14.6.09

Au seuil du mois de juillet,



mon horoscope...

Vie sociale : Pas d'hypocrisie : affirmez votre autorité en douceur.
( ;-) à ma lectrice qui ne laisse jamais de message et se reconnaîtra ! )

Le marché du dimanche




Fleurs, figues blanches d'Italie, pommes de terres roses, mes premières pêches, mes premières nectarines, huile d'oliviers sauvages et purée d'olives chez le marchand d'œufs, les meilleurs gnocchis du monde chez Agnoletti.
Quand je faisais mon marché, je savais déjà que je ferais une photo de mes emplettes. Et il m'est revenu qu'il y a quelques temps, au bout du monde, un homme que je ne connaissais pas regardait ces photos. Aujourd'hui, il les photographie souvent tellement mieux que moi

Pour retrouver la nostalgie nippone, 12 : bassin aux libellules

Nénuphars, libellules, araignées d'eau, à la Villa Noailles à Grasse. Pour cette année, c'est trop tard, le jardin rouvre en Mars de l'année prochaine, juste le vendredi après-midi, pendant tout le printemps

Toute l'année est jolie...

Billet conservé pour ne pas supprimer les commentaires
selon l'avis de Sei Shonagôn, dans ses notes de chevet 2, rapatriées

11.6.09

Dédicace (8 et fin)

Et voilà, je venais pour la signature. Cette signature, c’était comme un baroud d’honneur pour la librairie, qui allait fermer. Les libraires avaient décidé de finir en beauté. Tous les amis étaient donc là. J’avais apporté un bouquet de fraesias magnifiquement agencé dans un papier kraft de couleur, un vrai bouquet de mariée de printemps. Les libraires avaient débouché du vin blanc.
C’était étrange que la librairie finisse avec Maud, et cette obligation pour moi de m’y rendre. Je n’aime pas les dédicaces. Ni en donner ni en demander. Dans son livre l’auteur a dit ce qu’il avait à déclarer, et sa signature est-elle autre chose qu’un signe sur le papier ? S’il ne vous connaît pas, il n’a rien à vous dire ; s’il vous connaît, que peut-il écrire que vous ne sachiez ? Je cède pourtant de temps en temps à la coutume, par inaptitude à m’y soustraire.
J’allais y être étrangement renseignée.
Je m’avançais avec mon livre –ou plutôt le sien- à la table, intimidée certainement par le manque de naturel que je trouvais à la situation. Elle me regarda, sourit, nous échangeâmes sans doute des banalités d’usage. Puis elle ouvrit la page de garde. Hésitant quelques secondes, elle fut peut-être tentée d’user d’une paraphrase. Elle aurait pu, c’est évident, faire autrement. Pourtant, elle ne résista pas longtemps à poser la question qui lui brûlait les lèvres et elle dit : « Excuse-moi. J’ai oublié ton prénom… »
Certainement, j’aurais pu, j’aurais dû, répondre Antoinette. Ou Aglaé. Cette ironie ne me vint pas. Sans doute parce que je n’ai pas une seule fraction de seconde douté de la sincérité de sa demande. J’y répondis simplement. Elle écrivit alors sa dédicace, pour D. ». Suivie sans doute d’une phrase élégante, une vraie dédicace d’écrivain. J’avoue n’en garder aucun souvenir.
Il fallut survivre à cet instant, continuer les funérailles et ce n’était pourtant pas moi qu’on enterrait.

Aujourd'hui c'est jeudi ?


en guise d'hommage à Gwen et Madame Ga dont je me régale de la correspondance

6.6.09

Météo

"On était au milieu de la matinée mais le soleil n'en avait pas été informé et on pouvait compter que la brume vagabonde traînerait encore par là un moment avant de céder la place à ce que dans la région on appelait le jour. La visibilité était limitée dans toutes les directions à une auréole de clarté qui ne dépassait pas cinquante mètres."
Herman Raucher, Un été 42

j'ai vécu pendant longtemps dans un pays de la sorte. C'était pour moi insupportable, inconsciemment, physiquement. Je ne me demandais jamais quel temps il faisait en me levant : mauvais. Pourtant, mauvais était le terme utilisé par les gens du pays quand l'été le temps était très bleu et très chaud, trop chaud pour eux. Non, je ne me demandais jamais quel temps il faisait en me levant. Ici, maintenant, chez moi, non plus. Pour des raisons exactement contraires : c'est ici un pays où il fait "mauvais" tous les jours...

Dédicace (7)

Mais je ne pouvais fuir : j’attendais Philomène.
Je contemplai la libraire qui parlait à un client, qui ensachait les livres. Je la connaissais bien ; je pensais à son intransigeance littéraire, à sa passion des textes. Philomène arriva, je reconnus son impatience à la façon de ses pas sur les marches. J’entrai aussitôt en matière. Ici, environnée des livres de Gadenne, de Segalen, de Murakami, c’était une véritable torture de ne pouvoir lui asséner la vérité. Je m’entendais prononcer des mots, utiliser des périphrases, tourner autour du pot : je lui dis que dans son récit, il n’y avait aucune intrigue cohérente, une simple succession de faits juxtaposés, sans fondement ni consistance ; mais je pensais, cette histoire est complètement débile, inintéressante, j’avais sué sang et eau à dépasser la page trois. Je lui dis que les idées n’étaient pas assez fouillées ; en fait, elles étaient d’une prétention inconséquente, d’un anticonformisme de Prisunic, jusqu’au prénom des personnages, une vraie ineptie propre à déclancher des rires malsains. Je lui dis que le style était maladroit, peu assuré ; il était tissé de lieux communs, de pastiche de nouveau roman, une abomination.
Je réalisais que j‘étais en train de commettre un délit d’opinion : autant de prétention, autant de nullité, de bêtises m’étaient insupportables. Cela dépassait le texte, il englobait son auteur, sa personnalité tout entière. Comment, comment…
Elle accusa le coup bravement. Dans les jours qui suivirent, elle tenta de se défendre, de me persuader du bien fondé de sa recherche. Je ne réussissais plus à être naturelle avec elle. Quelque chose s’était cassé. Sa légèreté m’était devenue insoutenable. Je fis tout pour l’éviter, ne plus la voir. Cependant, ce ne fut pas cette rupture qui m’affecta le plus : mais le fait de n’en pas souffrir. Elle m’était devenue totalement indifférente.

3.6.09

Mes notes de chevet ,2. Les époques

« Parmi les époques, j’aime le premier mois, le troisième mois, les quatrième et cinquième mois, le septième mois, le huitième et le neuvième mois, le douzième mois ; tous ont leur charme dans le cours des saisons. Toute l’année est jolie » 
Sei Shônagon, Notes de Chevet.
Mes notes de chevet :
J’aime la fraîcheur de « toute l’année est jolie ». Comme j’aimerais partager son enthousiasme ! Je n’aime pas le premier mois ; janvier, comme un grand lundi, s’étire dans le froid sans aucun intérêt que de nous rapprocher de février. Le mois d’août, frustration extrême, décroît jour après jour vers la rentrée, vers le décroît de la lumière vespérale, ou septembre sonnera le glas des jours d’été, grand lundi de l’année scolaire, et moment du changement d’heure nous précipitant dans la nuit de l’hiver. Je crois bien que seul d’avril à juin je savoure les jours qui passent... 


2 Messages de forum


  • 27 décembre 2010 09:39, par berlherm
    Le beau nécessite le laid, le bien aussi a besoin du mal pour exister, sinon tout serait uniforme. Il faut donc apprécier l’existence de ce qu’on n’apprécie pas car cela augmente la valeur du beau, du bien, du bon...


  • 28 décembre 2010 08:16, par Dvorah Massa-Adachihara
    Peut-être avec ce décembre de pluie infinie vais-je apprécier Janvier cette année ! Il n’y a pas à dire : la pluie nécessite le beau temps, et il serait temps que celui-ci revienne !

le son de chez moi , 16 : bal populaire à la fête des Mais


J'ai toujours eu un problème avec les bals, les chansons populaires. Je n'aime pas la foule. Quand trop de gens se réjouissent, je me pose toujours trop de questions. Quand la musique est banale et les paroles stupides, je n'arrive pas à me distraire. J'ai toujours regardé avec beaucoup d'envie ces gens qui tournent avec tant d'aisance, de concentration, souvent très sérieux; en même temps, je me sens "voyeur et mal à l'aise".
Jusqu'à cette année à la fête des Mais. Je regardais, il regardait, et puis il m'a dit : "Viens". Et j'ai dansé, et j'ai tourné dans ses bras, concentrée, sérieuse. Et ravie. A la fin, j'ai dit : je n'ai pas l'habitude . Il m'a dit : moi non plus; mais avec toi, j'ai envie de changer mes habitudes.

"Non je ne me souviens plus
du nom du bal perdu.
Ce dont je me souviens
ce sont ces amoureux
Qui ne regardaient rien autour d'eux.
Y'avait tant d'insouciance
Dans leurs gestes émus,
Alors quelle importance
Le nom du bal perdu ?
Non je ne me souviens plus
du nom du bal perdu.
Ce dont je me souviens
c'est qu'ils étaient heureux
Les yeux au fond des yeux.
Et c'était bien...
Et c'était bien..."

1.6.09

Le son de chez moi, 15 : cascade d'Escragnoles

Dans la série espace de méditation offert gratuitement par le support, goûtez donc...

31.5.09

Des courses laitières



Tôt levée hier matin pour cause d'insomnie, j'ai filé au Cours Saleya. J'y ai rapporté :
-deux chèvres mi-secs mangés chauds à midi avec de la riquette
-un chèvre frais à savourer avec les framboises
-un vache en cube ( rien à voir avec un apéricube svp )
-une plaquette de beurre
-un litre de lait de chèvre qui deviendra yaourt
annexe : courgettes rondes à farcir, et un navet raton laveur.

30.5.09

Dédicace (6)

Je regardais Philomène mûrir, organiser sa vie, faire ses choix. Il me fallut longtemps pour m’apercevoir que nos deux existences suivant leur cour s’éloignaient peu à peu inexorablement. Nous avions discuté de ses ambitions littéraires et je lui avais toujours affirmé que, pour réussir, l’étape incontournable était d’écrire un roman. Un jour que nous étions rencontrés fortuitement à la librairie, Philomène m’avait annoncé la grande nouvelle : elle l’avait commencé. Résolue, appliquée, elle y travaillait quotidiennement. Inflexible, j’avais refusé de le lire avant qu’elle ait totalement fini. Après des mois, elle m’avait remis enfin, toute fière, le manuscrit. Nous avions convenu d’un rendez-vous à la librairie pour que je puisse lui faire part de mes remarques. Il faisait beau dehors, un peu froid, et je l’attendais, accoudée à la mezzanine.
Il est toujours tentant d’observer comment quelqu’un aborde un livre pour la première fois : certains se contentent de le regarder de loin sans oser le toucher. Comment sont-ils attirés : est-ce le titre, l’auteur, qui leur évoque des souvenirs précis, au goût de revenez-y, est-ce l’illustration, en médaillon ou pleine page, peinture chérie, photo troublante, ou rien tout blanc ? Certains retournent immédiatement le livre et lisent la quatrième de couverture, découvrant parfois la fin que le directeur de collection y a inscrite, peut-être par sadisme, comme une vengeance envers les lecteurs curieux. D’autres lisent le début, ou feuillettent, au hasard, cherchant un passage où accrocher l’œil. Certains restent là, accrochés, seconde après minute, mais ne se dirigent pas toujours avec vers la caisse. Certains lisent en catimini, regardent autour d’eux pour voir si personne ne les épie – je me plonge à cet instant dans l’observation méticuleuse de l’abribus extérieur-. Ceux-là sont dans le vrai : la lecture publique est une activité proprement impudique, elle révèle chez le voyeur tout un enchaînement d’interrogations : pour quoi ce livre- là ? une habitude, une excentricité ? pourquoi cette fréquentation, pourquoi ce manque de culture soudain comblé ? une vie double ou triple, pire une absence d’expression d’un sentiment refoulé pour la bourse, l’acupuncture, peut-être même la poésie ? Certains libèrent leurs deux mains, posent le livre bien à plat, feuillettent lentement. D’autres font tourner les pages à toute allure en marquant l’empreinte de l’articulation du pouce sur le papier glacé ; d’autres vont jusqu’à mouiller leur doigt à la tourne, quand le spectacle devient trop insoutenable, je fuis.

le son de chez moi, 14 : marionnettes nissardes

Pour la fête des mais, les vieilles marionnettes sont de sortie, et tout le monde s'y laisse prendre : pas d'effets spéciaux, pas d'esthétique, pas d'originalité, et pourtant tous sont là en plein soleil...

28.5.09

Au seuil du mois de Juin

Horoscope irrésistiblement drôle, comprenne qui peut !
"Les imperfections du quotidien s'effaceront devant des sourires affectueux. Recherchez la compagnie d'amis variés, avec qui les échanges sont d'une certaine hauteur....
Des changements d'équipe apporteront un nouveau souffle. Les journées se drouleront avec tension et complicité.Prévoyez des quiproquos les dix derniers jours...De l'humour"
;-)

27.5.09

Moi aussi j'aime bien les lucioles...

Billet conservé pour ne pas effacer les commentaires
Voir les notes de chevet 1

Mes notes de chevet (1) : Au printemps, c’est l’aurore


« Au printemps, c’est l’aurore que je préfère. La cime des monts devient peu à peu distincte et s’éclaire faiblement. Des nuages violacés s’allongent en minces traînées. En été, c’est la nuit. J’admire naturellement le clair de lune ; mais j’aime aussi l’obscurité où volent en se croisant des lucioles (...) »
Sei Shônagon,
Notes de Chevet

Mes notes de chevet :
Entre fin du printemps et début de l’été, j’aime le petit matin : la lumière qui pénètre à travers les interstices des persiennes m’éveille soudain et je n’ai qu’une envie, boire le bleu profond du ciel. C’est également ce bleu que je cherche et observe fonçant au crépuscule jusqu’à disparaître dans la nuit. Mais je hais les matins d’hiver qui me font partir au travail à la nuit comme un boulanger marchant vers le fournil.

Mes notes de chevet : présentation

J'ai commencé une nouvelle série



C'est la folie des grandeurs : voici que je me prends pour Sei Shônagon.

J'ai trouvé l'eau si claire


Il fut un temps où l'art des fontaines était détenu par des géomètres royaux, et de leur dessin, onze ans après, jaillissait une source.

18.5.09

Où il vaut mieux s'appeler Lascaris


à Castellar, le village des pancartes, près de Menton

le son de chez moi, 13

Une surprise : un peu de Crète pas trop loin de chez moi, à Castellar vers Menton

Café européen

Hier, après avoir monté le chemin du Paradis jusqu'à Gourdon, cafés (excellent) et bien mérité. En guise de règlement et pour alléger ma descente, me voici attrapant six pièces de 50c pour régler, et voici le tirage dans mon porte-monnaie.

Je ne sais si mon compagnon, japonais, peut comprendre l'émotion qui m'a saisie en observant les pièces sur la table. Mais je sais que j'irai voter le 7, en souvenir du temps où les pièces ne pouvaient qu'être identiques, en ce lieu où toutes ces nationalités sont représentées pourtant devant ce café, s'arrêtant devant des étals dérisoires de sucettes, même si elles n'ont pas gravi le chemin du Paradis.


.

16.5.09

Dédicace (5)

-Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant.- Je n'aimais pas la poésie. Je n'osais jamais dire tout le mal que j'en pensais. C'aurait été comme devant des historiens de l'art avouer que l'on n'aime pas Picasso -d'une femme inconnue et que j'aime et qui m'aime- Pourtant en cas de périls extrêmes comme la queue à la poste ou les courses à Auchan -et qui n'est chaque fois ni tout -à-fait la même ni tout-à-fait une autre- j'ai tout un répertoire de textes en octo et dodécasyllabes en guise de mantra. Les poètes n'existent pas. Il n'y a que des écrivains et leurs oeuvres, -et m'aime et me comprend de dix lignes ou de quatre cents pages. En sont la plupart de mauvais les poètes -ceux qui se disent tels, incapables d'écrire deux lignes en français ou plus de dix pages à la suite, ils dissèquent les phrases, usent des renvois à la ligne, abolissent la ponctuation, à grands renforts de revers d'écharpe, leur tenue de l'hiver.
Je pensais que je n'aimais pas la poésie, jusqu'à ce soir dans les Landes. Ce soir, couvrant le chuchotement des aiguilles de la forêt, John s'est mis à parler. Je n'ai pas compris tout de suite le sens que prenait la conversation, à quoi rimait cette succession de mots, de phrases et de textes. C'était de la musique avant toute chose, de rythmes et des souffles, de soupirs et d'échos. Je ne savais de qui était le texte et je n'en avais pour lors rien à faire. Je buvais la mélodie que développait la voix. Et cela dura, dura dans la nuit, se perpétua, tout un recueil à voix nue, sans partition, seulement pour moi, seulement pour chacun de nous.
Je croyais que je n'aimais pas la poésie.


.

3.5.09

Le son du Japon, 34 : comment résister ?

Allez, encore une petite couche ? N'est-ce pas aussi un voyage dans le temps (Maritie et Gilbert Carpentier ;-) )

Pour retrouver la nostalgie nippone, 11

La chanson entêtante de ce film, présente partout me tapait sur les nerfs pendant tout mon voyage au Japon, et je n'étais pas spécialement attirée par le dessin. Maintenant que j'ai vu le film, ces impressions sont bien sûr balayées, et c'est tant mieux. Ah...
"Hans, quel joli nom !"

1.5.09

le son de chez moi 12 : défile du premier Mai

Certains diront que j'ai l'ironie facile : je réponds : nous sommes le premier Mai, et c'est tout à fait par hasard que j'ai rencontré ce troupeau peu avant midi sur la route de la chapelle Saint Jean à Saint Vallier. Et, comme pour ce genre de manifestation, il a bien fallu stopper la voiture, j'ai filmé depuis ma fenêtre, tout simplement... Que disaient-elles ? Sans doute quelque chose comme : "Barre-toi de mon herbe !"

Bonne journée !

30.4.09

Ballade de printemps



Mise en ligne par lu.ciole
Les fleurs, l'air, la lumière, hier, sur le chemin Nietzsche. Je me suis souvent demandé en quoi la culture aide à vivre plus heureux l'instant présent, si ce n'était après tout qu'un leurre, une lubie d'intello. Sur ce chemin, je ne pensais pas spécialement à ce philosophe allemand dont j'ai pourtant lu le Zarathoustra. Mais à la lumière du pays, au sourire de il postino. C'était comme si en même temps je marchais ici et maintenant, et en son temps heureux sur une route de Sicile. Deux fois plus de plaisir en somme.

28.4.09

Melnitz, extrait 4

Ils étaient assis face à face.
Son visage était –il ne trouvait pas d’autre formulation- précis, avec des lignes nettes, comme tracées par un dessinateur au trait ferme. Un nez sûr de soi et un menton décidé. Des cheveux plus courts que ne le veut la mode en Suisse, à la coupe presque juvénile. Les lobes des oreilles avaient autrefois été percés, mais le trou se refermait déjà. Peut-être avait-elle dû vendre ses boucles d’oreilles.
« Tu me regardes comme si tu voulais m’apprendre par cœur », dit Rosa.
Mais il n’en était pas encore là. Il commençait juste à l’épeler.
Ce n’était pas une beauté, personne ne dirait, au premier coup d’œil : voilà une jolie femme. Mais les femmes ne sont pas toutes faites pour le premier coup d’œil. On pouvait, sans difficulté, s’imaginer la regarder, jour après jour, de l’autre côté d’une table.

Melnitz de Charles Lewinski, p737

Le son de chez moi, 11 : autres méditations tortueuses

Pause au Parc Phœnix pour absorber le soleil enfin retrouvé.

27.4.09

Cent vues du mont Fuji

extrait, par DAZAI Osamu

"La veille de mon départ...j'étais assis sur une chaise, en bas, à prendre du thé, lorsque je vis venir deux jeunes filles en manteau d'hiver ; elles avaient l'air intelligente (des dactylos, peut-être...) et arrivaient du tunnel avec des rires joyeux. Soudain, découvrant devant elles le Fuji immaculé, elles s'arrêtèrent, saisies par le spectacle. Elles échangèrent quelques mots à voix basse, et l'une d'elles, qui avait le teint clair et portait des lunettes, vint vers moi en souriant.
-Excusez-moi, me dit-elle, est-ce que vous pouvez nous photographier ?
J'étais pris au dépourvu. Ces appareils, je n'y connais rien; et d'ailleurs je ne m'intéresse absolument pas à la photo... Affectant le calme, je pris l'appareil photographique et sur un ton serein, je demandai à me faire expliquer son utilisation; puis, je collais l'œil au viseur - la peur au ventre. Au milieu de l'espace délimité par le viseur, il y avait le Fuji, et devant lui, deux petites fleurs de pavot - avec le même manteau rouge.
Elles se serrèrent l'une contre l'autre avec un air très sérieux -ce qui m'amusa beaucoup. Mais je ne pouvais empêcher mes mains de trembler?
J'observai ces deux fleurs et, en les voyant prendre ainsi la pose et se figer dans leur sérieux, je retins le fou rire.
Incapable de cadrer correctement la photo, je résolus de les éliminer de l'image toutes les deux et de ne photographier que le Fuji : un immense Fuji, omniprésent !
Adieu, Fuji...et merci pour tout !
Clic !
- Voilà, dis-je aux deux jeunes filles(...)
D'une seule voix, elles me remercièrent.
Une fois de retour chez elles, elles seraient bien étonnées quand elles feraient développer la photo ! Rien que le Fuji dans son immensité -et nulle part leur image à elles !

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Dédicace (4)

C’est aussi, étrangement, à une signature, que j’ai rencontré Philomène. La première image que j’ai d’elle, c’est celle d’un décolleté penché vers un livre et d’un petit sein bien dressé à l’intérieur de la chemise blanche. Comme devaient l’être les hommes, elle m’a séduite par sa fraîcheur, sa joliesse, son innocence un brin Lolita. Je voulus nous revoir. Après plusieurs déjeuners, et par hasard, je découvris l’inimaginable : l’écho de Maud, la voix mystérieuse de ma dernière soirée avec elle, c’était celle de Philomène. Elle était pourtant aussi éloignée que possible de ce que pouvait être Maud, plutôt une antisymétrie. J’en déduisis que les textes que j’avais lus ne pouvaient être que le produit d’une schizophrénie, d’une métempsycose momentanées.
Je décidai d’adopter cette jeune sœur. C’était une amitié simple, reposante, adolescente. En y repensant, je ne saurais retrouver quelles étaient nos occupations, ni les motivations de ces rencontres hors du plaisir d’être simplement ensemble. Nous ne partagions ni les mêmes aspirations, ni les mêmes goûts, même à propos de nos littératures respectives : ses textes ne ressemblaient plus du tout à ceux de Maud, nous ne parlions d’ailleurs jamais d’elle pour qui nous n’étions plus l’une comme l’autre que de l’histoire ancienne. Nous ne l’avions jamais croisée à la librairie où nous aimions nous donner rendez-vous.

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26.4.09

Pour retrouver la nostalgie nippone, 10


...très efficace : Still Walking de Hirokazu Koreeda (titre original : Aruitemo aruitemo, 2008)
le bus, les petites fèves fraîches, le bain, la véranda...et le japonais et les Japonais bien sûr...

Melnitz, extrait 3

Plus ils approchaient, plus souvent il leur fallait se courber pour déchiffrer un nom. En ces quelques années les lettres avaient déjà pâli, comme pâlit le souvenir en lequel un homme est d'abord un héros, puis juste un mort, un nom, et après plus rien.
Sur quelques sépultures gisaient des restes de fleurs. Elles tombaient en poussière, à l'imitation des défunts auxquels on les avait apportées.
Puis ils le trouvèrent. Meijer, Alfred, 1914.
François se pencha sur la tombe, du geste gauche d'un vieil homme. De la main droite, il parcourut le petit tertre de feuilles sèches érigé par le vent. Le tertre funéraire proprement dit s'était depuis longtemps nivelé au sol.
Il ramassa une pierre, non pas un caillou selon l'usage dans les cimetières juifs, mais un fragment de roc aux arêtes vives, de ceux qui émergent toujours dans les champs, aussi soigneusement labourés fussent-ils. Mais il n'y avait pas de pierre tombale où il aurait pu la poser en signe de commémoration, aussi la laissa-t-il retomber, la regarda s'enfoncer dans le tas de feuillage en décomposition.
Puis François se redressa, avec une extrême lenteur. Son dos refusait de redevenir droit.
"Je t'en prie, Pin'has, dit-il.
- Je ne sais pas s'il est juste de faire ça
-Y a t-il quoi que ce soit de juste en ce monde ? " dit François...
Ainsi advint-il que Pin'has Pomeransz récita le Kaddisch devant une tombe chrétienne : "Yissgadal veyiskadasch schemeï rabo."
Le Kaddisch pour Alfred Meijer, dont on avait fait un chrétien et un Suisse, et à qui tout cela n'avait servi à rien.
Le Kaddisch pour un Juif sur la tombe duquel se dressait une croix.

Hokusai et le mont Fuji, semaine 47 et fin

Shojin tozan (groupe de grimpeurs dans la montagne).

C'est la fin. On ne voit pas le mont Fuji, car on y est. Il y a beaucoup de monde, comme toujours au Japon. Coïncidence, hier, randonnée pour moi aussi .

Aujourd'hui, le feuilleton se termine, et il pleut.


.

23.4.09

Melnitz, extrait 2

Le pire, ce fut que la vie continua. C'aurait dû être comme lorsque, au cinématographe, le filme se coince dans l'appareil de projection et se bloque, puis que la chaleur de la lampe ronge l'image, d'abord juste une tache, puis un trou qui s'agrandit, un néant bordé de brun, où disparaiît tout ce qui, tout à l'heure encore, était visible sur l'écran, les visages, les têtes, les gens, les couples d'amoureux. Les premières minutes, le pianiste continue à jouer, puis il constate qu'il n'y a plus rien à accompagner, lève les mains des touches, au beau milieu de la mélodie inachevée, sans accord final. Après, le public vitupère le projectionniste, dans la salle la lumière s'allume et les gens restent assis, pas encore revenus dans le monde réel et train de se demander que serait la suite de l'histoire.
Si elle avait continué.
C'est ainsi que ça aurait dû se passer. Mais la terre ne s'arrêta pas de tourner.
Melnitz de Charles Lewinsky, p559

L'impression d'être utile

"Je ne suis pas malheureux à Nice. L'important, c'est d'être utile. Et ne pas s'ennuyer, ce qui est impossible tant la délinquance est variée."
Eric de Montgolfier, procureur à Nice, dans le Nice Matin d'aujourd'hui

22.4.09

Le son de chez moi, 10, le son du Japon 33 : bassin

Besoin d'une pause ?
Offert par le jardin japonais de la villa Ephrussi de Rothschild (et accessoirement une société Nippon etc dont j'ai oublié le nom...

Dédicace (3)

Un soir, lorsque furent partis les derniers invités, Maud me parla du trouble où l’avait jetée une jeune poète qui lui adressait des textes et sollicitait son avis. Elle me les fit lire. Je fus troublée aussi : on aurait dit des siens, exactement des siens sans en être copie, l’expression d’un même souffle, de cette même voix. Que fallait-il répondre, comment répondre à un écho ? Maud décida de ne pas répondre non plus…
Après cette soirée, je n’eus plus de nouvelles de Maud. J’attendis plusieurs jours, plusieurs semaines, supposant quelque aventure…Rien. Et puis, accidentellement, je la rencontrai en faisant la queue…pour une tourte de blette au carton de berger. Elle était la cliente devant moi. Etait-ce un nouveau signe ? Je laissais éclater ma surprise, ma joie. Surprise, elle l’était aussi. Elle me parla alors, usant d’une langue-mélange entre l’extrême courtoisie et l’épouillage raffiné entre collègues de bureau : non, elle n’avait pas déménagé, bien sûr tout allait bien, bien sûr que non elle ne m’oubliait pas, elle avait de nouveaux projets, mais on en reparlerait. La vendeuse s’adressa alors à elle ? Je ne l’avais jamais vue faire ses courses : je détaillais son attitude, la syntaxe utilisée pour obtenir une tranche de jambon ; elle ne m’avait pas parlé autrement aujourd’hui. Elle s’éclipsa lorsque ce fut mon tour.
Elle ne me donna aucune nouvelle. Benoîte, je me pris de culpabilité. Qu’avais-je fait ou dit pour mériter ce traitement, une indélicatesse, une pointe d’humour mal passée ? Je finis par l’appeler au téléphone : elle développa le même thème charcutier, avec d’infimes variations de ton : jurant de sa plus grande amitié, elle ne voyait pas de quoi elle pourrait m’en vouloir, j’étais innocente…
Après ce « coup » de fil, elle ne me donna plus jamais de ses nouvelles.

19.4.09

Hokusai et le mont Fuji, semaine 46

Tôkaidô Kanaya no Fuji (Le mont Fuji vu depuis Kanaya sur la route de Tokaidô)

"Le Fleuve possède aussi cette qualité lyrique par excellence, qui est l'expression volubile de soi, et la superbe ignorance de tout ce qui n'est pas soi. — Le Fleuve se tord et se roule et se pousse avec un bruit continu. Le Fleuve méconnaît et nie qu'il y ait d'autres fleuves à côté de lui, et recevant toutes les eaux qu'il puisse jamais connaître, il peut se croire unique au centre d'un univers enceint de montagnes. "
Victor Segalen, Equipée chapitre 9

Tea time

Pause gourmande pendant la visite des Jardins Ephrussi de Rothschild. Les jardins sont magnifiques en cette saison.

Le son de chez moi, 9 : du point de vue de la tortue

Dans le jardin de la villa Ephrussi deRothschild à Saint-Jean-cap-Ferrat, une tortue médite...

le son de chez moi, 8, le son du Japon 32 : bambou

Dans le jardin japonais de la villa Ephrussi deRothschild à Saint-Jean-cap-Ferrat

13.4.09

Pour répondre aux questions de "eg" que peut-être (presque) tout le monde se pose?


Faire cheerianou : c'est une bénédiction chez les juifs que l'on fait chaque fois que quelque chose est nouveau, fait pour la première fois, où qui revient régulièrement comme un événement : habit neuf, premiers pas, fête, ici premières fraises de l'année...
Tu as raison, je le fais plus souvent, mais officiellement la bénédiction à propos du soleil c'est tous les 28 ans. Voir
ici d'autres renseignements à ce sujet.
Le grand ménage de Pâque, c'est en rapport avec la fête : il ne faut posséder dans sa maison aucunes céréales qui puissent lever, même sous forme de miettes ! Alors c'est grand ménage général. j'aime bien en général, car cela me permet de faire un grand tri.
Pas la peine d'être dans un club de bordéliques...j'y suis déjà depuis longtemps !

11.4.09

Hokusai et le mont Fuji, semaine 45

Sunshû Katakura chaen no Fuji (Le mont Fuji vu de la plantation de thé de Katakura dans la province de Suruga)

En Chine, ce sont de jeunes filles vierges qui cueillait les feuilles de thé destinées à l'empereur...

Melnitz, extrait 1

Après, Arthur ne pouvait ni ne voulait l'oublier, cet après qui était toujours un avant, car le nouveau désir se réveillait déjà à peine le précédent était-il assouvi. Après, quand ils reprenaient leur souffle et que leurs cœurs cessaient de battre la chamade comme s'ils avaient gravi une cime, et c'était bien une cime, à chaque fois, une chaîne de montagne impraticable, qui vous effraie et pourtant vous attire irrésistiblement, qu'il faut explorer et conquérir, toujours différente et tujours plus familière, avec des sentiers qu'on voudrait arpenter de nouveau, encore et encore, s'il n'y avait la crainte de se trouver à bout de forces avant d'en avoir exploré d'autres, plus attirants encore. Après, lorsque les yeux ne voudraient pas se rouvrir, comme l'on cherche à prolonger un rêve tout en sachant qu'on ne le fera pas revenir, pas jusqu'à la prochaine fois, où il sera différent, encore plus beau, plus énigmatique, plus dangereux. Après, lorsque, sur la peau, le fin duvet est encore en charge, jette des étincelles sous le frottement des doigts-pas plus loin ! pas maintenant ! pas encore !-après, quand déjà le quotidien s'infiltre à travers les volets clos, avec son odeur fade, cette nauséabonde odeur de la réalité que l'on avait masquée pendant quelques minutes sans la chasser vraiment, quand la spontanéité les lâchait comme un manteau mal cousu, que la nudité redevenait nudité et non plus libération, après, quand ils se redressaient et demeuraient ainsi quelques secondes parce qu'ils n'étaient pas encore sûr de tenir en équilibre, après, quand ils étaient assis côte à côte jambes ballantes, comme si le lit n'était non plus dans le cabinet médical d'Arthur mais un rivage, au bord d'un lac,une mer, et la réalité une eau froide où ils devaient sauter - pas encore ! de grâce, pas encore ! quand tous deux fixaient l'armoire vitrée pleines d'ouvrages de médecine parce qu'ils n'avaient pas encore le courage de croiser leurs regards.Après, quand c'était terminé et que déjà montaient en eux cette légère déception inhérente au bonheur comme le vieillissement à la vie, après, quand le temps s'immobilisait et pourtant devait reprendre son cours, après ils surmontaient ces secondes de doux embarras...
Melnitz, de Charles Lewinsky, ed Grasset, p456.

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8.4.09

cheerianou des gariguettes


Oui, le panier est vide !
Aujourd'hui c'étaient les premières gariguettes de l'année au marché. Comme d'habitude, elles n'ont pas tenu plus loin que les rails du tram : tout grignoté le long du chemin, Hatsuo et moi !
Il y a beaucoup d'occasions de faire cheerianou aujourd'hui. Ce matin, même si je n'ai pas eu le courage de me lever à 6h pour le lever du soleil, lever qui n'eut pas vraiment lieu pour cause de nuage, je me suis tout de même rendue à la mer pour faire la bénédiction à propos du soleil. C'est tous les 28 ans. Où serai-je à la prochaine ? Nous avons décidé que ce serait à Yokohama.
Sur le rivage, il y avait aussi un autre que moi qui jetait son hametz à la mer, pour les mouettes en quelque sorte; très jolie idée; j'ai préféré grignoter le mien sous forme de gâteau au chocolat, en famille; quel détournement, ce n'est pas sérieux ;-)
Je vais devoir vous laisser, ce soir, comme chaque année, nous traversons la Mer Rouge, après une journée de ménage sauvage chez moi, toujours autant de poussière (et j'ai à peine honte, mais comme je n'ai plus de belle-mère, ce n'est pas grave...)

6.4.09

Hokusai et le mont Fuji, semaine 44

Sunshû Ôno shinden (Rizières d'Ôno dans la province de Suruga)


C'est sûr comme dit l'autre le paysage est serein : des grues, des boeufs. Y en a même un qui fume la pipe. C'est très beau, c'est sûr, composition parfaite. Mais quand même, femmes et boeufs même combat : au boeuf la paille, à la femme le grain, et l'homme peut marcher d'un pas léger...

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1.4.09

Et si Pikachu existait ?


On vient de découvrir une sorte de Pikachu pris dans la glace en Antarctique. Il serait vieux de plus de 10 000 ans. Cette découverte extraordinaire tend à prouver que les Pikachu ont réellement existé...

Pour en savoir plus, connectez vous ici
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29.3.09

Hokusai et le mont Fuji, semaine 43

Minobu-gawa ura Fuji (le mont Fuji vu de derrière depuis la rivière Minobu)


"Repose-toi du son dans le silence, et, du silence, daigne revenir au son. Seul si tu peux, si tu sais être seul, déverse-toi parfois jusqu'à la foule."

Victor Segalen, Conseils au bon voyageurs, stèles du bord du chemin

Dédicace (2)

Flash-back... C'était au début d'un été... Je faisais découvrir le Plan des Noves à Maud, un plateau aride et sauvage au-dessus de Vence que j'affectionnais particulièrement. À la fin du pique-nique, nous prîmes le dessert - je n'oublierai jamais cette tourte de blette dont je revois le carton désuet de bergers Marie-Antoinette-. J'osais alors exprimer ce sentiment de solitude dans lequel je vivais et semblais me complaire, le manque d'intérêt que les gens accordaient à ma personne timide et opaque, aussi confidentielle que la revue qui avait suscité notre amitié. C’est alors que Maud m’interrompit. Comme toujours concise, elle m’exprima en deux phrases ce qu’elle ressentait pour moi, son affinité élective.
Cette reconnaissance, cette déclaration d’amitié, fut la seule que je reçus de quiconque sous une forme aussi précise. Elle me laissa tellement stupéfaite qu’aujourd’hui encore je ne saurais dire de quels mots Maud avait pu user ; mais l’impression qu’ils me firent fut si puissante et si tenace qu’elle reste enfouie dans ma mémoire jusqu’encore me bouleverser à cette seule évocation.

22.3.09

Hokusai et le mont Fuji, semaine 42

Kôshû Isawa no akatsuki (Aube sur Isawa dans la province de Kai)


Voici qui répond parfaitement à mon ami paddy.

Comment bien choisir son porteur ? Ecoutons Victor Segalen, dans Equipée:
"Ne pas choisir un époux trop fidèle ou économe, qui regrette la femme gratuite demeurée au logis; mais plutôt un joyeux garçon prêt aux aventures de la route. N'accepter point de buveur reconnu de vin d'orge ...et l'alcool, même impur, ne pousse point à marcher droit ! Rechercher au besoin le fumeur, silencieux, maigre et réservé. "

Dédicace (1)

La vie est étrange parfois, la vie est étrange soudain. L'autre jour, je suis rentrée dans une librairie pour chercher un livre au hasard et comme toujours j'ai trouvé exactement ce qu'il me fallait : le réfrigogérateur de Claude Ponti. Mais là n'est pas l'histoire. Une table était préparée, une table de signatures. Et j'ai repensé, j'y repense souvent, à ce qui m'est arrivé, il y a longtemps maintenant , dans une autre vie. Et qui m'avait inspiré un texte, ce texte que je suis allée chercher dans ma malle à secrets, car je l'ai même perdu sous forme informatique. Ce texte que j'ai relu et que j'ai envie de retaper ici, par épisode, comme ça, pour voir, pour voir si mon malaise a cicatrisé, pour voir ce qu'il en reste, aujourd'hui, si ces mots ont un sens encore de si loin...Ce texte où tout est vrai, seul les noms ayant été changés. La vie est un roman, comme dit l'autre.

"Aujourd’hui, encombrée de mon bouquet, je venais pour la signature. Maud était déjà là, assise derrière sa pile de livres. J’essayai en vain un rapide calcul de tête : combien cela faisait-il d’années que je ne l’avais pas aperçue, que je ne lui avais pas adressé plus que des salutations polies ? Six ans, plus ? Notre première rencontre, c’était à des années-lumière…
C’était aussi à une signature, ailleurs. Je venais juste de revenir à Nice et je n’y connaissais presque plus personne. Au milieu de la foule armée de coupes et de petits-fours, je ne savais à qui parler. Maud y dédicaçait, mais je ne saurais dire quoi. Quelqu’un fit les présentations : à l’annonce de mon nom, elle me dit sûre de me connaître ; pourtant c’était impossible, mon travail était trop confidentiel : je ne publiais que dans une seule revue de métaphysique à deux cents exemplaires, à propos d’un évangile apocryphe inconnu. Il aurait été totalement incongru, impudique, d’en parler dans un pareil endroit lors d’une première rencontre avec une étrangère. Pourtant, tentée, quand je finis par le faire, je découvris qu’elle faisait partie des deux cents abonnés…
Nous prîmes cela pour un signe et nous devînmes amies. Très intensément, tout de suite, je me vis incluse dans le cercle extrêmement réduit de ses intimes. Je découvris rapidement qu’en dehors de lui, les gens ne l’aimaient guère. Elle était compliquée, tranchante dans ses arguments, inflexible dans ses choix, rapide et incisive jusque dans sa façon d’articuler, de respirer. Mais je l’aimais, je l’aimais malgré, peut-être à cause de tout cela. Elle était fascinante, elle m’impressionnait. Pour rien au monde je ne lui aurais montré mon travail : j’avais trop peur d’être moi-même cause du tranchant de ses dents qui déchiquetaient chaque point faible de ses victimes
...

Le son de chez moi, 6 : un dimanche après-midi au Vieux Nice

Face au Théâtre Francis Gag, juste avant "la nuit juste avant la fôret"

20.3.09

Pour retrouver la nostalgie nippone, 9

Ce qui précède donnant envie de ce qui suit...

dessin de Tanigushi dans l'homme qui marche.

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Pour retrouver la nostalgie nippone, 8 : Printemps


Aujourd'hui, c'est le premier jour du Printemps et c'est aussi ce jour que les fleurs du tout petit cerisier du jardin des Petits ont choisi d'apparaître

15.3.09

Hokusai et le mont Fuji, semaine 41

Nakahara dans la province de Sagami (Sôshû Nakahara)


Cette foule m'est beaucoup plus sympathique que celle de la semaine dernière. Des gens plus simples sans doute. La femme sur le pont, n'est que fardeau semblant peu lui peser : tête et main porte un plateau, l'autre main un outil, et le bébé bien chauve sur son dos; rien ne peut empêcher sa grâce de se dégager autour d'elle. Mais chacun ici porte simplement le poids de son existence, même le pêcheur qui sonde la rivière. Aucune trace de vent ne semble pouvoir agiter les grelots-épouventails. Une dynamique aussi calme que le mont Fuji.

10.3.09

Hokusai et le mont Fuji, semaine 40

Tôkaidô Shinagawa Goten-yama no Fuji (le mont Fuji vu du Goten-yama à Shinagawa sur la route de Tôkaidô)


Il y a longtemps, et déjà tant de monde...

7.3.09

Pour lutter contre la nostalgie nippone, 11 : Cosplay

Mais où sommes-nous donc ?


Dans le cadre de Mars au Musée, soirée Cosplay au très sérieux Musée d'Art Asiatique ! Je n'ai pas boudé mon plaisir, avec Death Note et compagnie (ne sont-ils pas croquants ces garçons?) et même un Japonais pas du tout Cosplay et très mignon genre Shibuya ! Deux filles avaient un peu triché, et c'était assez amusant : elles étaient en jupe plissée ecossaise et veste marine....une était française, donc pouvait bluffer, mais l'autre, asiatique, alors ça ... évidemment...

28.2.09

Hokusai et le mont Fuji, semaine 39

Senju kagai yori chôbô no Fuji (Le mont Fuji vu du quartier de plaisir de Senju)

Je n'ai pas besoin d'aussi grande escorte pour me promener avec mon amoureux !

Non Kiji...

...il faudra quand même un peu de temps pour ranger, mais la boîte est très jolie, et puis nous n'en sommes pas encore là !

21.2.09

Le son de chez moi, 4 : D'autres ont le swing, 2, Carnaval

Ceux là aussi sont bien mignons !

Le son de chez moi, 3 : d'autres qui ont le swing, 1, Carnaval

Ce n'est pas Hokusai, mais...
dans les jardins, les gens dansent spontanément au son des orchestres invités.

Hokusai et le mont Fuji, semaine 38

Honjô Tatekawa (Chantier de bois près du canal Tatekawa à Honjô (Edo))

Les deux de gauche, ils ont le swing n'est-ce pas ?


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18.2.09

"Hasard, hasard



Mise en ligne par lu.ciole
...) Et vois-tu, parfois, j'ai cette idée qui me traverse l'esprit : peut être la chance est-elle quelque chose de tout à fait banal après tout. Les coïncidences se produisent un peu partout autour de nous, tout le temps. Mais la plupart d'entre nous n'y font pas attention, nous les laissons filer, s'échapper. Comme des feux d'artifice en plein jour. On entend une sorte de petite explosion, mais même si on lève les yeux vers le ciel, on ne voit rien. Pourtant, si nous avions véritablement envie que quelque chose se réalise, il y aurait une forme visible qui apparaîtrait dans notre champ visuel, comme un message en suspension. Alors nous serions en mesure de le voir très clairement et de déchiffrer sa signification. En le voyant là, devant nos yeux, nous serions étonnés, nous nous interrogerions : comment des événements si étranges peuvent-ils réellement advenir dans la vie ? Même s'il n'y a rien de véritablement étrange, en fait. Je ne peux m'empêcher de ressentir cela". (...)
Haruki Murakami, Hasard, hasard, in Saules aveugles, femme endormie


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La luciole



Mise en ligne par lu.ciole
"(...) J'ouvris le couvercle du bocal, fis sortir la luciole et la posai sur le rebord de la citerne, large de quelques centimètres. On aurait dit que l'insecte ne comprenait pas où il se retrouvait. Il entreprit de faire le tour d'un boulon à petits pas chancelants puis se prit les pattes sur des éclats de peinture. Il tenta une sortie vers la droite, se heurta à un obstacle, rebroussa chemin. précautionneusement, il se hissa au sommet du boulon et resta immobile, un long moment. Statique, comme mort.
Je me penchai davantage sur le garde-corps et l'observai. Longuement nous demeurâmes ainsi, la luciole et moi, dans la plus parfaite immobilité. Seul le vent, semblable à une rivière, coulait entre nous. Les innombrables feuilles de l'orme bruissaient dans la nuit.
J'attendis une éternité.

Bien plus tard, la luciole prit son envol. Elle déploya soudain ses ailes, comme si un souvenir l'avait saisie, et la seconde d'après elle se retrouva au-dessus du garde-corps avant de plonger dans l'obscurité transparente. Puis comme si elle voulait rattraper le temps perdu, elle s'éleva en dessinant des cercles rapides au dessus de la citerne. Elle s'immobilisa un instant, ses traces lumineuses eurent juste le temps de s'effacer, et elle s'éloigna en direction de l'est.
Après sa disparition, le souvenir de ses traces lumineuses resta longtemps en moi. Dans les ténèbres épaisses derrière mes yeux clos, ses lueurs ténues demeurèrent vivaces, tels des esprits vagabonds.
J'essayai encore et encore de tendre les mains dans la nuit. Mes doigts ne touchaient rien. Cette toute petite lumière était pour moi désormais hors d'atteinte."

Haruki Murakami, La luciole, in Saules aveugle, femme endormie

Moi je sais où la luciole s'est rendue...


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14.2.09

Hokusai et le mont Fuji, semaine 37

Tôkaidô Hodogaya (Hodogaya sur la route du Tokaidô)

Je ne suis pas d'acord avec Jocelyn Bouquillard : la passagère du palanquin ne somnole pas. Quoi de plus beau que quelqu'un qui remet sa sandale ?

7.2.09

Assommons les pauvres

Aujourd'hui, pour la première fois à Nice, j'ai croisé quelque chose comme ça :

Je ne pourrai jamais, jamais m'y habituer. C'est comme un coup de poing qui m'est donné dans le ventre, un dégout de l'humanité qui me prend aux tripes, qui me donne envie de faire comme Baudelaire dans assommons les pauvres.
Mais je n'ai rien fait, et j'ai passé mon chemin. Je n'en décolère pas.

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Grâce à l'adorable famille S., notre frigo s'est transformé en lieu d'échanges poétiques et autres mots doux... Qu'elle en soit remerciée !

Pour rassasier la curiosité de Shizuka

Peu après avoir déballé les tableaux j'ai donné à Hatsuo un marteau et deux clous, et il les a accrochés là où il a voulu

Hokusai et le mont Fuji, semaine 36

Kôshû Misaka no umizura suimen (Le mont Fuji, reflété dans le lac, à Misaka, dans la province de Kai

Le tout petit homme, dans sa très grande barque, préfère-t-il, pour se diriger, le reflet enneigé à la montagne sèche ?

1.2.09

Hokusai et le mont Fuji, semaine 35


Sôshû Hakone no kusui (Sôshû Hakone no kusui)

Un Japon chimérique, un Japon vide de Japonais, personne ne randonne, personne ne peint ou ne prend de photos. Quel farceur cet Hokusai !


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A quoi sert une chanson quand elle est désarmée

J'ai longtemps eu comme un peu honte de l'apprécier, sans jamais renier ni dénier mon goût pourtant. Mon amour de la littérature et mon désir de partage me faisait me méfier des intellos tranchants, ce n'était pas la mode d'aimer la chansonnette. Les années ont passé, je suis restée fidèle.
Hier, c'était la première fois que je m'offrais un concert, et la presque première fois que je participais à ce genre, dans une salle immense où il devait mesurer deux centimètres et demi à tout casser. Pas l'excuse de flasher sur sa belle plastique. Et que de bonnes surprises : une voix très belle en direct, la même qu'en studio et sans triche. Beaucoup de présence, quelques récits simples mais aux accents sincères. Des chansons pleines de souvenirs. Et de poésie, de redécouverte, quelques découvertes aussi. Et tous ces gens autour de moi, j'étais presque "jeune" parmi eux ; beaucoup de mémés, majorité de soixantenaires; des médecins, des femmes en taileurs stricts. La lumière éteinte, beaucoup de chaleur, chacun (plutôt chacune) chantait simplement, tendrement, laissant loin les soucis du monde, la façade bourgeoise. Ce n'était pas étrange de chanter avec lui des textes de Carla Bruni. C'était comme si Etienne Roda-Gil n'était pas mort. Peut-être est-ce le seul métier utile que de permettre aux gens d'être sans fard un court moment.
Il y avait beaucoup de ma vie dans ces textes.
"Même si les maitres parlent Et qu'on ne m'entend plus,Même si c'est moi qui chante À n'importe quel coin de rue, Je veux être utile À vivre et à rêver."
"Mélissa, métisse d'Ibiza Vit toujours dévêtue Dites jamais que je vous ai dit ça Ou Mélissa me tue..."
"Elle n'est pas donnée à tout le monde La chance de s'aimer pour la vie dix ans dix mois dix secondes Et nous voici "
"Il faut le croire Moi seul je sais quand elle a froid Ses regards Ne regardent que moi"
Il y a beaucoup de ma vie dans ces textes. Petit miracle que l'homme que j'aime partage ce plaisir.
"J' veux pas q' tu t'ennuies J' veux pas q' t'aies peur J' voudrais q' tu oublies L' goût du malheur"