Cet après-midi, j'ai fait un pain d'épices avec ma machine à pain. J'avais prévu de le faire demain matin, avec mes petits élèves de maternelle, en prévision du pot de fin d'année. Mais ce pain d'épices, je ne pourrai pas le faire avec eux. J'ai attrapé un imprévu.
J'aime quand la maison est remplie de l'odeur du gâteau qui cuit. Avant, je n'aimais pas le pain d'épices. Aussi lorsque j'en mangeais chez ma marraine pour le goûter, en regardant la carline sur le mur, j'y mettais beaucoup de beurre. C'était un pain d'épices industriel, pré-tranché. Comme celui dont se régalait Tonton Pierre quand, redevenus célibataires tous les deux, nous en dînions sur la terrasse de son chalet de montagne. Aussi, quand il a fêté ses quatre-vingt dix ans, j'en ai préparé un pour lui tout seul, un tout vrai artisanal qui sent bon. Et je le lui ai apporté à la maison de retraite, dans un joli torchon rayé de violet que j'avais acheté en lot de trois. Le lendemain, ma cousine, en le visitant, avait trouvé le pain d'épices et le torchon, mais Tonton Pierre n'avait pas su lui dire qui les lui avait donnés, il ne se rappelait plus.
Tout-à-l'heure mon pain d'épices sera cuit, et mes petits élèves seront tous seuls demain matin. Mais quand je le porterai à l'école demain après-midi, enveloppé dans son torchon à rayures violettes, et que nous le mangerons, je ne pourrai pas ne pas penser à mon oncle, que j'aurai accompagné au matin pour sa dernière balade.
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27.6.12
14.4.12
1Q84, le retour : tome 3
Je ne me le pardonnerai pas : tome 3 paru depuis le 1er mars, et je ne le savais pas...
Su hier soir à 10h, acheté ce matin à l'ouverture, commencé à lire en sortant sous mon parapluie.
J'y ai trouvé la phrase exacte du moment, de mon moment :
"Simplement, moi, voyez-vous, je n'ai pas envie de parler au compte-gouttes. Sur un sujet pareil, je n'aime pas lâcher trois mots par-ci, et puis quatre par-là. Je veux d'abord arriver à comprendre l'ensemble des faits, saisir les liens entre tous les événements et obtenir des preuves. Des paroles irréfléchies, voilà qui peut causer bien des ennuis inutiles. Vous allez imaginer que je ne dis que ce qui m'arrange mais, monsieur Onda, c'est mon style personnel."
Murakami Haruki, 1Q84, tome 3, chapitre 1, p10
Su hier soir à 10h, acheté ce matin à l'ouverture, commencé à lire en sortant sous mon parapluie.
J'y ai trouvé la phrase exacte du moment, de mon moment :
"Simplement, moi, voyez-vous, je n'ai pas envie de parler au compte-gouttes. Sur un sujet pareil, je n'aime pas lâcher trois mots par-ci, et puis quatre par-là. Je veux d'abord arriver à comprendre l'ensemble des faits, saisir les liens entre tous les événements et obtenir des preuves. Des paroles irréfléchies, voilà qui peut causer bien des ennuis inutiles. Vous allez imaginer que je ne dis que ce qui m'arrange mais, monsieur Onda, c'est mon style personnel."
Murakami Haruki, 1Q84, tome 3, chapitre 1, p10
26.9.11
Bonne année 5772
A quoi tient une bonne année ? De vieux rêves réalisés, avec le passé revisité qui vous fait un clin d'œil. Des nuages qui n'arrivent pas à masquer le ciel bleu. Tenir le cap sans perdre de vue l'horizon. Avec toujours la mer tout près.
Je vous souhaite la nouvelle douce comme le miel.
19.8.11
Mes notes de chevet (bis)
Tous ces jours-ci, j'ai entrepris l'énorme travail de rapatrier toutes mes notes de chevet sur ce blog. Je me retrouvais dans la position du locataire qui n'a pas envie de déménager. Beaucoup de mélancolie à faire les cartons, dans ce lieu au départ de commande, et où je me suis prise au jeu. Mais faire les cartons permet aussi de faire le point. Ces Notes, en les reparcourant au fil des copiés-collés, je les vois à présent comme lectrice, des mots extérieurs à moi, inconnus car oubliés. Et je me suis plu à les lire. C'est bon signe. Signe qu'elles vont continuer, de semaine en semaine. Avec le bonheur de ménager mon suspens, de ne pas lire plus qu'une note de Sei chaque semaine, de ne pas savoir, un peu ridiculement, puisque ce texte n'a ni suspense ni continuité de l'intrigue. Et je remercie sincèrement Christian, malgré les circonstances, de m'avoir incité à les produire, c'est un vrai cadeau qu'il m'a fait.
le souvenir des belles choses : O.
Regarder un nouveau ciel et y trouver la croix du Sud, boire du champagne sans modération, contempler la cascade d'Escragnolles, feuilleter un agenda somptueusement décoré, se promener dans la garrigue, décrire les personnages de la grande crèche, cueillir des cerises dans un grand panier, faire une balade à dos de dromadaire, évoquer une vie aventureuse, manger de l'omelette.
8.4.11
Mon quartier (12) : place Franklin
Cela fait longtemps que j'avais remarqué ce magnifique bâtiment au 3 de la Place Franklin.
C'est aussi lui qui abrite ma boîte aux lettres.
Libellés :
dédicace,
mon quartier,
Nice,
promenades urbaines
29.11.10
Avent
L'Avent n'a pas de signification particulière pour moi. Et pourtant cette année, l'idée de crèche me rend mélancolique. D'abord parce qu'Olivier n'est plus là, et je ne verrai plus son petit légionnaire parmi les santons de Provence.
Mais une autre crèche aussi me restera inaccessible, et je n'ai pas de nouvelle de celui qui la construisait avec amour. J'espère que la petite fontaine coule toujours sous le ciel de papier, même si nous ne partagerons cette année ni les lumières que l'on souffle ni celles que l'on allume...
Mais une autre crèche aussi me restera inaccessible, et je n'ai pas de nouvelle de celui qui la construisait avec amour. J'espère que la petite fontaine coule toujours sous le ciel de papier, même si nous ne partagerons cette année ni les lumières que l'on souffle ni celles que l'on allume...
3.7.10
Nous mourons tous par petits bouts, 2
PIVOT TERZIEFF RECITE RILKE
envoyé par POLLY44. - L'info video en direct.
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18.6.10
Pour T.
Je descendais juste de l'école, et j'allais arriver chez moi, dernière rue avant de tourner. C'est là que je l'ai vu, sur le trottoir d'en face, en tee-shirt jaune couleur de soleil. En un réflexe, j'ai voulu traverser et aussitôt je me suis souvenu : je suis indésirable, je le sais sans qu'il me l'ait dit. Alors, j'ai continué mon chemin, sur mon trottoir, en parallèle, comme seront nos vies désormais. Et je suis rentrée chez moi, tout près. Et j'ai pleuré.
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14.3.10
Pour retrouver la nostalgie nippone, 17 : Il y a
..Il y a là les bordures, les distances, ton allure, quand tu marches juste devant. ,
Cette chanson...,
découverte grace à Laurence, m'a rappelé mon petit film d'Izu.
Cette chanson...,
découverte grace à Laurence, m'a rappelé mon petit film d'Izu.
11.6.09
Dédicace (8 et fin)
Et voilà, je venais pour la signature. Cette signature, c’était comme un baroud d’honneur pour la librairie, qui allait fermer. Les libraires avaient décidé de finir en beauté. Tous les amis étaient donc là. J’avais apporté un bouquet de fraesias magnifiquement agencé dans un papier kraft de couleur, un vrai bouquet de mariée de printemps. Les libraires avaient débouché du vin blanc.
C’était étrange que la librairie finisse avec Maud, et cette obligation pour moi de m’y rendre. Je n’aime pas les dédicaces. Ni en donner ni en demander. Dans son livre l’auteur a dit ce qu’il avait à déclarer, et sa signature est-elle autre chose qu’un signe sur le papier ? S’il ne vous connaît pas, il n’a rien à vous dire ; s’il vous connaît, que peut-il écrire que vous ne sachiez ? Je cède pourtant de temps en temps à la coutume, par inaptitude à m’y soustraire.
J’allais y être étrangement renseignée.
Je m’avançais avec mon livre –ou plutôt le sien- à la table, intimidée certainement par le manque de naturel que je trouvais à la situation. Elle me regarda, sourit, nous échangeâmes sans doute des banalités d’usage. Puis elle ouvrit la page de garde. Hésitant quelques secondes, elle fut peut-être tentée d’user d’une paraphrase. Elle aurait pu, c’est évident, faire autrement. Pourtant, elle ne résista pas longtemps à poser la question qui lui brûlait les lèvres et elle dit : « Excuse-moi. J’ai oublié ton prénom… »
Certainement, j’aurais pu, j’aurais dû, répondre Antoinette. Ou Aglaé. Cette ironie ne me vint pas. Sans doute parce que je n’ai pas une seule fraction de seconde douté de la sincérité de sa demande. J’y répondis simplement. Elle écrivit alors sa dédicace, pour D. ». Suivie sans doute d’une phrase élégante, une vraie dédicace d’écrivain. J’avoue n’en garder aucun souvenir.
Il fallut survivre à cet instant, continuer les funérailles et ce n’était pourtant pas moi qu’on enterrait.
C’était étrange que la librairie finisse avec Maud, et cette obligation pour moi de m’y rendre. Je n’aime pas les dédicaces. Ni en donner ni en demander. Dans son livre l’auteur a dit ce qu’il avait à déclarer, et sa signature est-elle autre chose qu’un signe sur le papier ? S’il ne vous connaît pas, il n’a rien à vous dire ; s’il vous connaît, que peut-il écrire que vous ne sachiez ? Je cède pourtant de temps en temps à la coutume, par inaptitude à m’y soustraire.
J’allais y être étrangement renseignée.
Je m’avançais avec mon livre –ou plutôt le sien- à la table, intimidée certainement par le manque de naturel que je trouvais à la situation. Elle me regarda, sourit, nous échangeâmes sans doute des banalités d’usage. Puis elle ouvrit la page de garde. Hésitant quelques secondes, elle fut peut-être tentée d’user d’une paraphrase. Elle aurait pu, c’est évident, faire autrement. Pourtant, elle ne résista pas longtemps à poser la question qui lui brûlait les lèvres et elle dit : « Excuse-moi. J’ai oublié ton prénom… »
Certainement, j’aurais pu, j’aurais dû, répondre Antoinette. Ou Aglaé. Cette ironie ne me vint pas. Sans doute parce que je n’ai pas une seule fraction de seconde douté de la sincérité de sa demande. J’y répondis simplement. Elle écrivit alors sa dédicace, pour D. ». Suivie sans doute d’une phrase élégante, une vraie dédicace d’écrivain. J’avoue n’en garder aucun souvenir.
Il fallut survivre à cet instant, continuer les funérailles et ce n’était pourtant pas moi qu’on enterrait.
6.6.09
Dédicace (7)
Mais je ne pouvais fuir : j’attendais Philomène.
Je contemplai la libraire qui parlait à un client, qui ensachait les livres. Je la connaissais bien ; je pensais à son intransigeance littéraire, à sa passion des textes. Philomène arriva, je reconnus son impatience à la façon de ses pas sur les marches. J’entrai aussitôt en matière. Ici, environnée des livres de Gadenne, de Segalen, de Murakami, c’était une véritable torture de ne pouvoir lui asséner la vérité. Je m’entendais prononcer des mots, utiliser des périphrases, tourner autour du pot : je lui dis que dans son récit, il n’y avait aucune intrigue cohérente, une simple succession de faits juxtaposés, sans fondement ni consistance ; mais je pensais, cette histoire est complètement débile, inintéressante, j’avais sué sang et eau à dépasser la page trois. Je lui dis que les idées n’étaient pas assez fouillées ; en fait, elles étaient d’une prétention inconséquente, d’un anticonformisme de Prisunic, jusqu’au prénom des personnages, une vraie ineptie propre à déclancher des rires malsains. Je lui dis que le style était maladroit, peu assuré ; il était tissé de lieux communs, de pastiche de nouveau roman, une abomination.
Je réalisais que j‘étais en train de commettre un délit d’opinion : autant de prétention, autant de nullité, de bêtises m’étaient insupportables. Cela dépassait le texte, il englobait son auteur, sa personnalité tout entière. Comment, comment…
Elle accusa le coup bravement. Dans les jours qui suivirent, elle tenta de se défendre, de me persuader du bien fondé de sa recherche. Je ne réussissais plus à être naturelle avec elle. Quelque chose s’était cassé. Sa légèreté m’était devenue insoutenable. Je fis tout pour l’éviter, ne plus la voir. Cependant, ce ne fut pas cette rupture qui m’affecta le plus : mais le fait de n’en pas souffrir. Elle m’était devenue totalement indifférente.
Je contemplai la libraire qui parlait à un client, qui ensachait les livres. Je la connaissais bien ; je pensais à son intransigeance littéraire, à sa passion des textes. Philomène arriva, je reconnus son impatience à la façon de ses pas sur les marches. J’entrai aussitôt en matière. Ici, environnée des livres de Gadenne, de Segalen, de Murakami, c’était une véritable torture de ne pouvoir lui asséner la vérité. Je m’entendais prononcer des mots, utiliser des périphrases, tourner autour du pot : je lui dis que dans son récit, il n’y avait aucune intrigue cohérente, une simple succession de faits juxtaposés, sans fondement ni consistance ; mais je pensais, cette histoire est complètement débile, inintéressante, j’avais sué sang et eau à dépasser la page trois. Je lui dis que les idées n’étaient pas assez fouillées ; en fait, elles étaient d’une prétention inconséquente, d’un anticonformisme de Prisunic, jusqu’au prénom des personnages, une vraie ineptie propre à déclancher des rires malsains. Je lui dis que le style était maladroit, peu assuré ; il était tissé de lieux communs, de pastiche de nouveau roman, une abomination.
Je réalisais que j‘étais en train de commettre un délit d’opinion : autant de prétention, autant de nullité, de bêtises m’étaient insupportables. Cela dépassait le texte, il englobait son auteur, sa personnalité tout entière. Comment, comment…
Elle accusa le coup bravement. Dans les jours qui suivirent, elle tenta de se défendre, de me persuader du bien fondé de sa recherche. Je ne réussissais plus à être naturelle avec elle. Quelque chose s’était cassé. Sa légèreté m’était devenue insoutenable. Je fis tout pour l’éviter, ne plus la voir. Cependant, ce ne fut pas cette rupture qui m’affecta le plus : mais le fait de n’en pas souffrir. Elle m’était devenue totalement indifférente.
30.5.09
Dédicace (6)
Je regardais Philomène mûrir, organiser sa vie, faire ses choix. Il me fallut longtemps pour m’apercevoir que nos deux existences suivant leur cour s’éloignaient peu à peu inexorablement. Nous avions discuté de ses ambitions littéraires et je lui avais toujours affirmé que, pour réussir, l’étape incontournable était d’écrire un roman. Un jour que nous étions rencontrés fortuitement à la librairie, Philomène m’avait annoncé la grande nouvelle : elle l’avait commencé. Résolue, appliquée, elle y travaillait quotidiennement. Inflexible, j’avais refusé de le lire avant qu’elle ait totalement fini. Après des mois, elle m’avait remis enfin, toute fière, le manuscrit. Nous avions convenu d’un rendez-vous à la librairie pour que je puisse lui faire part de mes remarques. Il faisait beau dehors, un peu froid, et je l’attendais, accoudée à la mezzanine.
Il est toujours tentant d’observer comment quelqu’un aborde un livre pour la première fois : certains se contentent de le regarder de loin sans oser le toucher. Comment sont-ils attirés : est-ce le titre, l’auteur, qui leur évoque des souvenirs précis, au goût de revenez-y, est-ce l’illustration, en médaillon ou pleine page, peinture chérie, photo troublante, ou rien tout blanc ? Certains retournent immédiatement le livre et lisent la quatrième de couverture, découvrant parfois la fin que le directeur de collection y a inscrite, peut-être par sadisme, comme une vengeance envers les lecteurs curieux. D’autres lisent le début, ou feuillettent, au hasard, cherchant un passage où accrocher l’œil. Certains restent là, accrochés, seconde après minute, mais ne se dirigent pas toujours avec vers la caisse. Certains lisent en catimini, regardent autour d’eux pour voir si personne ne les épie – je me plonge à cet instant dans l’observation méticuleuse de l’abribus extérieur-. Ceux-là sont dans le vrai : la lecture publique est une activité proprement impudique, elle révèle chez le voyeur tout un enchaînement d’interrogations : pour quoi ce livre- là ? une habitude, une excentricité ? pourquoi cette fréquentation, pourquoi ce manque de culture soudain comblé ? une vie double ou triple, pire une absence d’expression d’un sentiment refoulé pour la bourse, l’acupuncture, peut-être même la poésie ? Certains libèrent leurs deux mains, posent le livre bien à plat, feuillettent lentement. D’autres font tourner les pages à toute allure en marquant l’empreinte de l’articulation du pouce sur le papier glacé ; d’autres vont jusqu’à mouiller leur doigt à la tourne, quand le spectacle devient trop insoutenable, je fuis.
Il est toujours tentant d’observer comment quelqu’un aborde un livre pour la première fois : certains se contentent de le regarder de loin sans oser le toucher. Comment sont-ils attirés : est-ce le titre, l’auteur, qui leur évoque des souvenirs précis, au goût de revenez-y, est-ce l’illustration, en médaillon ou pleine page, peinture chérie, photo troublante, ou rien tout blanc ? Certains retournent immédiatement le livre et lisent la quatrième de couverture, découvrant parfois la fin que le directeur de collection y a inscrite, peut-être par sadisme, comme une vengeance envers les lecteurs curieux. D’autres lisent le début, ou feuillettent, au hasard, cherchant un passage où accrocher l’œil. Certains restent là, accrochés, seconde après minute, mais ne se dirigent pas toujours avec vers la caisse. Certains lisent en catimini, regardent autour d’eux pour voir si personne ne les épie – je me plonge à cet instant dans l’observation méticuleuse de l’abribus extérieur-. Ceux-là sont dans le vrai : la lecture publique est une activité proprement impudique, elle révèle chez le voyeur tout un enchaînement d’interrogations : pour quoi ce livre- là ? une habitude, une excentricité ? pourquoi cette fréquentation, pourquoi ce manque de culture soudain comblé ? une vie double ou triple, pire une absence d’expression d’un sentiment refoulé pour la bourse, l’acupuncture, peut-être même la poésie ? Certains libèrent leurs deux mains, posent le livre bien à plat, feuillettent lentement. D’autres font tourner les pages à toute allure en marquant l’empreinte de l’articulation du pouce sur le papier glacé ; d’autres vont jusqu’à mouiller leur doigt à la tourne, quand le spectacle devient trop insoutenable, je fuis.
16.5.09
Dédicace (5)
-Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant.- Je n'aimais pas la poésie. Je n'osais jamais dire tout le mal que j'en pensais. C'aurait été comme devant des historiens de l'art avouer que l'on n'aime pas Picasso -d'une femme inconnue et que j'aime et qui m'aime- Pourtant en cas de périls extrêmes comme la queue à la poste ou les courses à Auchan -et qui n'est chaque fois ni tout -à-fait la même ni tout-à-fait une autre- j'ai tout un répertoire de textes en octo et dodécasyllabes en guise de mantra. Les poètes n'existent pas. Il n'y a que des écrivains et leurs oeuvres, -et m'aime et me comprend de dix lignes ou de quatre cents pages. En sont la plupart de mauvais les poètes -ceux qui se disent tels, incapables d'écrire deux lignes en français ou plus de dix pages à la suite, ils dissèquent les phrases, usent des renvois à la ligne, abolissent la ponctuation, à grands renforts de revers d'écharpe, leur tenue de l'hiver.
Je pensais que je n'aimais pas la poésie, jusqu'à ce soir dans les Landes. Ce soir, couvrant le chuchotement des aiguilles de la forêt, John s'est mis à parler. Je n'ai pas compris tout de suite le sens que prenait la conversation, à quoi rimait cette succession de mots, de phrases et de textes. C'était de la musique avant toute chose, de rythmes et des souffles, de soupirs et d'échos. Je ne savais de qui était le texte et je n'en avais pour lors rien à faire. Je buvais la mélodie que développait la voix. Et cela dura, dura dans la nuit, se perpétua, tout un recueil à voix nue, sans partition, seulement pour moi, seulement pour chacun de nous.
Je croyais que je n'aimais pas la poésie.
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Je pensais que je n'aimais pas la poésie, jusqu'à ce soir dans les Landes. Ce soir, couvrant le chuchotement des aiguilles de la forêt, John s'est mis à parler. Je n'ai pas compris tout de suite le sens que prenait la conversation, à quoi rimait cette succession de mots, de phrases et de textes. C'était de la musique avant toute chose, de rythmes et des souffles, de soupirs et d'échos. Je ne savais de qui était le texte et je n'en avais pour lors rien à faire. Je buvais la mélodie que développait la voix. Et cela dura, dura dans la nuit, se perpétua, tout un recueil à voix nue, sans partition, seulement pour moi, seulement pour chacun de nous.
Je croyais que je n'aimais pas la poésie.
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27.4.09
Dédicace (4)
C’est aussi, étrangement, à une signature, que j’ai rencontré Philomène. La première image que j’ai d’elle, c’est celle d’un décolleté penché vers un livre et d’un petit sein bien dressé à l’intérieur de la chemise blanche. Comme devaient l’être les hommes, elle m’a séduite par sa fraîcheur, sa joliesse, son innocence un brin Lolita. Je voulus nous revoir. Après plusieurs déjeuners, et par hasard, je découvris l’inimaginable : l’écho de Maud, la voix mystérieuse de ma dernière soirée avec elle, c’était celle de Philomène. Elle était pourtant aussi éloignée que possible de ce que pouvait être Maud, plutôt une antisymétrie. J’en déduisis que les textes que j’avais lus ne pouvaient être que le produit d’une schizophrénie, d’une métempsycose momentanées.
Je décidai d’adopter cette jeune sœur. C’était une amitié simple, reposante, adolescente. En y repensant, je ne saurais retrouver quelles étaient nos occupations, ni les motivations de ces rencontres hors du plaisir d’être simplement ensemble. Nous ne partagions ni les mêmes aspirations, ni les mêmes goûts, même à propos de nos littératures respectives : ses textes ne ressemblaient plus du tout à ceux de Maud, nous ne parlions d’ailleurs jamais d’elle pour qui nous n’étions plus l’une comme l’autre que de l’histoire ancienne. Nous ne l’avions jamais croisée à la librairie où nous aimions nous donner rendez-vous.
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Je décidai d’adopter cette jeune sœur. C’était une amitié simple, reposante, adolescente. En y repensant, je ne saurais retrouver quelles étaient nos occupations, ni les motivations de ces rencontres hors du plaisir d’être simplement ensemble. Nous ne partagions ni les mêmes aspirations, ni les mêmes goûts, même à propos de nos littératures respectives : ses textes ne ressemblaient plus du tout à ceux de Maud, nous ne parlions d’ailleurs jamais d’elle pour qui nous n’étions plus l’une comme l’autre que de l’histoire ancienne. Nous ne l’avions jamais croisée à la librairie où nous aimions nous donner rendez-vous.
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22.4.09
Dédicace (3)
Un soir, lorsque furent partis les derniers invités, Maud me parla du trouble où l’avait jetée une jeune poète qui lui adressait des textes et sollicitait son avis. Elle me les fit lire. Je fus troublée aussi : on aurait dit des siens, exactement des siens sans en être copie, l’expression d’un même souffle, de cette même voix. Que fallait-il répondre, comment répondre à un écho ? Maud décida de ne pas répondre non plus…
Après cette soirée, je n’eus plus de nouvelles de Maud. J’attendis plusieurs jours, plusieurs semaines, supposant quelque aventure…Rien. Et puis, accidentellement, je la rencontrai en faisant la queue…pour une tourte de blette au carton de berger. Elle était la cliente devant moi. Etait-ce un nouveau signe ? Je laissais éclater ma surprise, ma joie. Surprise, elle l’était aussi. Elle me parla alors, usant d’une langue-mélange entre l’extrême courtoisie et l’épouillage raffiné entre collègues de bureau : non, elle n’avait pas déménagé, bien sûr tout allait bien, bien sûr que non elle ne m’oubliait pas, elle avait de nouveaux projets, mais on en reparlerait. La vendeuse s’adressa alors à elle ? Je ne l’avais jamais vue faire ses courses : je détaillais son attitude, la syntaxe utilisée pour obtenir une tranche de jambon ; elle ne m’avait pas parlé autrement aujourd’hui. Elle s’éclipsa lorsque ce fut mon tour.
Elle ne me donna aucune nouvelle. Benoîte, je me pris de culpabilité. Qu’avais-je fait ou dit pour mériter ce traitement, une indélicatesse, une pointe d’humour mal passée ? Je finis par l’appeler au téléphone : elle développa le même thème charcutier, avec d’infimes variations de ton : jurant de sa plus grande amitié, elle ne voyait pas de quoi elle pourrait m’en vouloir, j’étais innocente…
Après ce « coup » de fil, elle ne me donna plus jamais de ses nouvelles.
Après cette soirée, je n’eus plus de nouvelles de Maud. J’attendis plusieurs jours, plusieurs semaines, supposant quelque aventure…Rien. Et puis, accidentellement, je la rencontrai en faisant la queue…pour une tourte de blette au carton de berger. Elle était la cliente devant moi. Etait-ce un nouveau signe ? Je laissais éclater ma surprise, ma joie. Surprise, elle l’était aussi. Elle me parla alors, usant d’une langue-mélange entre l’extrême courtoisie et l’épouillage raffiné entre collègues de bureau : non, elle n’avait pas déménagé, bien sûr tout allait bien, bien sûr que non elle ne m’oubliait pas, elle avait de nouveaux projets, mais on en reparlerait. La vendeuse s’adressa alors à elle ? Je ne l’avais jamais vue faire ses courses : je détaillais son attitude, la syntaxe utilisée pour obtenir une tranche de jambon ; elle ne m’avait pas parlé autrement aujourd’hui. Elle s’éclipsa lorsque ce fut mon tour.
Elle ne me donna aucune nouvelle. Benoîte, je me pris de culpabilité. Qu’avais-je fait ou dit pour mériter ce traitement, une indélicatesse, une pointe d’humour mal passée ? Je finis par l’appeler au téléphone : elle développa le même thème charcutier, avec d’infimes variations de ton : jurant de sa plus grande amitié, elle ne voyait pas de quoi elle pourrait m’en vouloir, j’étais innocente…
Après ce « coup » de fil, elle ne me donna plus jamais de ses nouvelles.
29.3.09
Dédicace (2)
Flash-back... C'était au début d'un été... Je faisais découvrir le Plan des Noves à Maud, un plateau aride et sauvage au-dessus de Vence que j'affectionnais particulièrement. À la fin du pique-nique, nous prîmes le dessert - je n'oublierai jamais cette tourte de blette dont je revois le carton désuet de bergers Marie-Antoinette-. J'osais alors exprimer ce sentiment de solitude dans lequel je vivais et semblais me complaire, le manque d'intérêt que les gens accordaient à ma personne timide et opaque, aussi confidentielle que la revue qui avait suscité notre amitié. C’est alors que Maud m’interrompit. Comme toujours concise, elle m’exprima en deux phrases ce qu’elle ressentait pour moi, son affinité élective.
Cette reconnaissance, cette déclaration d’amitié, fut la seule que je reçus de quiconque sous une forme aussi précise. Elle me laissa tellement stupéfaite qu’aujourd’hui encore je ne saurais dire de quels mots Maud avait pu user ; mais l’impression qu’ils me firent fut si puissante et si tenace qu’elle reste enfouie dans ma mémoire jusqu’encore me bouleverser à cette seule évocation.
Cette reconnaissance, cette déclaration d’amitié, fut la seule que je reçus de quiconque sous une forme aussi précise. Elle me laissa tellement stupéfaite qu’aujourd’hui encore je ne saurais dire de quels mots Maud avait pu user ; mais l’impression qu’ils me firent fut si puissante et si tenace qu’elle reste enfouie dans ma mémoire jusqu’encore me bouleverser à cette seule évocation.
22.3.09
Dédicace (1)
La vie est étrange parfois, la vie est étrange soudain. L'autre jour, je suis rentrée dans une librairie pour chercher un livre au hasard et comme toujours j'ai trouvé exactement ce qu'il me fallait : le réfrigogérateur de Claude Ponti. Mais là n'est pas l'histoire. Une table était préparée, une table de signatures. Et j'ai repensé, j'y repense souvent, à ce qui m'est arrivé, il y a longtemps maintenant , dans une autre vie. Et qui m'avait inspiré un texte, ce texte que je suis allée chercher dans ma malle à secrets, car je l'ai même perdu sous forme informatique. Ce texte que j'ai relu et que j'ai envie de retaper ici, par épisode, comme ça, pour voir, pour voir si mon malaise a cicatrisé, pour voir ce qu'il en reste, aujourd'hui, si ces mots ont un sens encore de si loin...Ce texte où tout est vrai, seul les noms ayant été changés. La vie est un roman, comme dit l'autre.
"Aujourd’hui, encombrée de mon bouquet, je venais pour la signature. Maud était déjà là, assise derrière sa pile de livres. J’essayai en vain un rapide calcul de tête : combien cela faisait-il d’années que je ne l’avais pas aperçue, que je ne lui avais pas adressé plus que des salutations polies ? Six ans, plus ? Notre première rencontre, c’était à des années-lumière…
C’était aussi à une signature, ailleurs. Je venais juste de revenir à Nice et je n’y connaissais presque plus personne. Au milieu de la foule armée de coupes et de petits-fours, je ne savais à qui parler. Maud y dédicaçait, mais je ne saurais dire quoi. Quelqu’un fit les présentations : à l’annonce de mon nom, elle me dit sûre de me connaître ; pourtant c’était impossible, mon travail était trop confidentiel : je ne publiais que dans une seule revue de métaphysique à deux cents exemplaires, à propos d’un évangile apocryphe inconnu. Il aurait été totalement incongru, impudique, d’en parler dans un pareil endroit lors d’une première rencontre avec une étrangère. Pourtant, tentée, quand je finis par le faire, je découvris qu’elle faisait partie des deux cents abonnés…
Nous prîmes cela pour un signe et nous devînmes amies. Très intensément, tout de suite, je me vis incluse dans le cercle extrêmement réduit de ses intimes. Je découvris rapidement qu’en dehors de lui, les gens ne l’aimaient guère. Elle était compliquée, tranchante dans ses arguments, inflexible dans ses choix, rapide et incisive jusque dans sa façon d’articuler, de respirer. Mais je l’aimais, je l’aimais malgré, peut-être à cause de tout cela. Elle était fascinante, elle m’impressionnait. Pour rien au monde je ne lui aurais montré mon travail : j’avais trop peur d’être moi-même cause du tranchant de ses dents qui déchiquetaient chaque point faible de ses victimes
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"Aujourd’hui, encombrée de mon bouquet, je venais pour la signature. Maud était déjà là, assise derrière sa pile de livres. J’essayai en vain un rapide calcul de tête : combien cela faisait-il d’années que je ne l’avais pas aperçue, que je ne lui avais pas adressé plus que des salutations polies ? Six ans, plus ? Notre première rencontre, c’était à des années-lumière…
C’était aussi à une signature, ailleurs. Je venais juste de revenir à Nice et je n’y connaissais presque plus personne. Au milieu de la foule armée de coupes et de petits-fours, je ne savais à qui parler. Maud y dédicaçait, mais je ne saurais dire quoi. Quelqu’un fit les présentations : à l’annonce de mon nom, elle me dit sûre de me connaître ; pourtant c’était impossible, mon travail était trop confidentiel : je ne publiais que dans une seule revue de métaphysique à deux cents exemplaires, à propos d’un évangile apocryphe inconnu. Il aurait été totalement incongru, impudique, d’en parler dans un pareil endroit lors d’une première rencontre avec une étrangère. Pourtant, tentée, quand je finis par le faire, je découvris qu’elle faisait partie des deux cents abonnés…
Nous prîmes cela pour un signe et nous devînmes amies. Très intensément, tout de suite, je me vis incluse dans le cercle extrêmement réduit de ses intimes. Je découvris rapidement qu’en dehors de lui, les gens ne l’aimaient guère. Elle était compliquée, tranchante dans ses arguments, inflexible dans ses choix, rapide et incisive jusque dans sa façon d’articuler, de respirer. Mais je l’aimais, je l’aimais malgré, peut-être à cause de tout cela. Elle était fascinante, elle m’impressionnait. Pour rien au monde je ne lui aurais montré mon travail : j’avais trop peur d’être moi-même cause du tranchant de ses dents qui déchiquetaient chaque point faible de ses victimes
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