On sait peu de choses des enfants de Joseph, nés d'une fille de prêtre. Jacob les réintroduit dans la lignée familiale en les adoptant. Ils sont des inconnus, "Qui sont ceux-là ?"(48-8). Du sang neuf, entièrement exogamique. C'est peut-être ce qu'il fallait , lorsqu'avec douze enfants se sont exacerbées les querelles familiales. La formule est restée célèbre "Dieu te fasse devenir comme Ephraïm et Manassé". Heureux les petits-enfants de mère exogène, mais notons qu'en adoptant les fils de Joseph, on le saute, lui, l'Egyptien ...
1.1.21
En cheminant avec la parasha (13) : Vay'hi : éloge du métissage
25.12.20
En cheminant avec la parasha (12) : Vahigache
Au début de la parasha, Yehuda reprend le récit du premier entretien avec Joseph. Mais il y apporte quelques modification : les frères n'ont pas dit que Benjamin était le "chéri" de son père, et n'ont pas précisé que le faire venir en Egypte reviendrait à tuer le père. Jacob ne mentionne pas la dévoration de l'autre. C'est toute l'histoire familiale qui tourne dans la tête de Yehuda, notamment l'histoire des fauves qu'il a lui même construite, un point de l'histoire que Joseph ne connaît pas. La phrase "Pourrais-je voir la douleur qui accablerait mon père?" Cette vision, il la connut une première fois; rappelez-vous que les frères envoient des serviteurs annoncer la "mort" de Joseph, afin de ne pas être confrontés au premier choc du père.
Joseph ne croit pas vraiment totalement Yehuda, puisqu'il demande aussitôt : "Je suis Joseph; mon père vit-il encore ? Joseph a du mal avec son lien de famille, qu'il accole à son nom : Joseph votre frère (45-4), mon père (45-9) ton fils Joseph (45-9). Il parle à Jacob de "ta famille" (45-10). Mais le seul qu'il appelle son frère par deux fois est Benjamin (45-12 et 45-14), c'est par lui qu'il commence les retrouvailles physiques, Benjamin le seul non coupable de tous ... les autres prostrés dans le silence, la stupeur et peut-être la crainte aussi ; ils ne reparlent qu'au verset 15, après les embrassades, mais on ne sait ce qu'ils dirent. Que pouvaient-ils dire d'ailleurs qui soit à la hauteur des circonstances, on ne se perd pas en gérémiades comme dans le cinéma français, on focuse ailleurs en bon hollywoodien, qui rappelle la hiérarchie : il faut l'accord du boss, même si Joseph s'est déclaré père du Pharaon, c'est bien toujours ce dernier aux commandes, et (les temps changeront !) il est d'accord. Le texte le rappelle bien alors qu'on le sait déjà, "Joseph leur donna des voitures d'après l'ordre de Pharaon (45-21"). clin d'œil : on reparle fringues "Il donna à tous, individuellement, des habillements de rechange," dont cinq spécialement pour Benjamin (le rédacteur doit être séfarade lol, il dit hamsa !). Joseph connaît bien ses frères : "Point de rixes durant le voyage !" (45-24)
Bien sûr Jacob ne croit pas tout de suite ses menteurs de fils (45-26), puis on voit ensuite le vrai père juif convaincu "MON FILS JOSEPH vit encore ! Ah ! j'irai et le verrai avant de mourir ! "(45-26). Pardon à tous, dans ma tête, je n'ai pu m'empêcher de substituer l'image de ma belle-mère dans sa cuisine ...
Et c'est à Beer Sheva, lieu symbolique par excellence que Jacob, sacrifie, retrouve la parole de Dieu, ses promesses et son assurance-vie pour le voyage
Dans la généalogie, on ne saura rien des enfantements de Dina, et on reparlera brièvement de la femme de Joseph, dont la seule chose que l'on sait déjà et qui est redite , c'est que c'est la fille d'un Putiphar (tiens donc ?) et qu'elle est fille de prêtre, choix étrange ...
La Bible détaille bien l'installation légale et réglementée des bergers de la famille de Jacob dans le pays, tout est prévu et entériné par Pharaon. Car la famine gagne l'Egypte, et avec va croître la fortune de Pharaon qui recevra les bêtes, l'argent, puis la terre et les hommes qui se vendent eux-mêmes pour l'achat du pain.
18.12.20
En cheminant avec la parasha (11) : Mikets : un suspense familial
Avez-vous remarqué, les songes vont par deux dans la Génèse. Comme si un seul rêve, ce n'est rien, on oublie. La clé des songes ne suffit pas, pour ouvrir le coffre, il faut une combinaison. Joseph l'explique ensuite : "Et si le songe s'est reproduit à Pharaon, par deux fois, c'est que la chose est arrêtée devant Dieu."(41-32)
Comme toujours, Joseph fait attention à son look, afin d'aller voir Pharaon :il se rase et change ses vêtements. Ensuite, c'est Pharaon qui veillera à son look de dirigeant en l'habillant de byssus, tissu précieux par excellence.
Dès le retour sur la scène des frères de Joseph, le premier rêve prend vie ? "Les frères de Joseph arrivés devant lui se prosternèrent devant lui la face contre terre. "(42-6). Non, pas encore, ils ne sont que dix en fait, il manque Benjamin
La suite est digne de tous les suspenses: Joseph prend un otage, mais prend soin des autres : il leur donne tout de même de la nourriture à emporter, il ne prend pas d'argent : pour les frères, qui commencent à regretter leur passé (on ne parle pas de repentir, juste de prix à payer pour la faute passée), le désarroi s'installe. Le récit troublant des frères et la présence de l'argent remplit Jacob de doute, il ne croit plus ses fils, peut-être a-t-il toujours eu des doutes et ne peut se résoudre à tomber dans un nouveau piège qui lui ferait perdre tous les fils de Rachel. Quitte à perdre Siméon, le deuxième fils de Léa, contre qui il avait des griefs : avec Lévi, c'est lui qui a tué tous les hommes de la tribu qui a agressé Dina.
Deuxième rêve avéré : tous les frères s'inclinent une deuxième fois devant Joseph, et ils sont bien onze cette fois puisque Benjamin et Siméon sont là aussi (43-26)
Acte suivant : la scène de vol. Elle rappelle le souvenir de Rachel, la mère de Joseph, qui a volé les pénates de son père, ce qui dit-on a raccourci sa vie ... Les frères, sûrs d'eux, demandent la mort du voleur et l'esclavage des autres, le serviteur ne requiert que l'esclavage du coupable. Les frères n'accablent pas Benjamin, mais tous se prosternent, et c'est le 2e rêve de Joseph qui se réalise (44-14).
La fin de la parasha laisse le lecteur en plein suspense. Comment les frères rentreraient-ils sans Benjamin ?
26.11.20
En cheminant avec la parasha (8) : Vayètsè : des rayures et des points
Je n'avais pas réalisé qu'avec la relecture, je cheminerai avec cette idée de mensonge. Cette semaine encore, elle est au cœur du texte.
Laban, tout d'abord, est maître en la matière. Tous ton discours en est empreint, dès son effusion à l'arrivée de Jacob. Celui qui ne voulait rien de "son corps et sa chair" va avoir quatorze ans de salaire pour ses deux filles, dont une seule faisait partie du contrat de départ.
C'est pourquoi l'on n'en veut pas trop à Jacob quand lui aussi, il ment à Laban pour préparer son départ : pour récupérer le maximum de bêtes, il propose à Laban un marché de dupe où il va user de magie tout en s'assurant que le "partage" sera incontestable. On ne comprend pas trop comment il s'y prend, mais il arrive à faire naître un maximum de bêtes "non blanches", sa part dans le troupeau à naître. Il ment alors à ses femmes en prétextant une intervention divine explicite. Puis il s'enfuit sans dire au revoir.
On assiste alors à un morceau d'éloquence de Laban, qui, on dirait, ne manque pas d'humour : "Je t'aurais reconduit avec allégresse, avec des chants, au son du tambourin et de la harpe ! " J'imagine tout à fait une mise en scène par Tex Avery ou les frères Cohen.
La seule fois où Jacob ne ment pas : "quant à celui que tu trouverais en possession de tes dieux, qu'il cesse de vivre !", cela lui portera malheur. Car il ignorait que c'était Rachel, menteuse devant son père, qui était la voleuse. Pour ne pas être démasquée, elle prétend même avoir ses règles, alors qu'elle porte Benjamin. Les commentateurs disent que cela sera la cause de sa mort, après la naissance de son dernier fils.
12.7.13
D' Abraham le silencieux
(...)
La nuit, je relus la fin de la ligature d'Isaac. La façon très concrète dont cette épreuve s'achève m'émerveilla et, dans le même temps, je me demandais ce qu'on pouvait retirer de l'obéissance à un ordre inhumain. Que pouvait se dire Abraham ? J'ai réussi, j'ai obéi au commandement de Dieu, j'ai freiné la miséricorde en moi ? J'ai été un exemple pour les générations futures ? Et que pouvait-il dire à son fils Isaac ? Merci de t'être comporté ainsi à mes côtés, avec un courage bien plus grand que le mien ? Cette péricope est un sombre labyrinthe qui ouvre sur de sombres labyrinthes, et c'est pour cela que mieux valait se rendre à Beer-Sheva avec les ânes, sans rien dire, comme l'a fait Abraham. Toute parole sur une telle épreuve aurait été stupide. Abraham s'était exécuté face à l'ordre reçu. Il en souffrirait sans nul doute le restant de sa vie. D'ailleurs, la Bible ne nous dit rien de plus sur lui, jusqu'à sa mort."
Le garçon qui voulait dormir, Aharon Appelfeld, ch. 43



