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26.12.11

Mes notes de chevet : 77. Occasions dans lesquelles les choses sans valeur prennent de l'importance

"Les dames qui escortent, à cheval, l'Empereur quand il sort de son palais."
Sei Shônagon, Notes de Chevet
Mes notes de chevet :
Il existe deux sortes de vélos bleus. Les vieux, avec leur changement de vitesse en métal, et les récents où la mollette, plus fiable, est en plastique. Depuis quelque temps, un homme a du faire un de ces paris stupides, ces paris stupides que l'on fait parfois à soi-même, pour se prouver quelque chose, une misère, et que la plupart du temps on abandonne tant les enjeux sont dérisoires. Mais celui-là n'abandonne pas, c'est un têtu. Et chaque jour il bat son propre record, et grignote, doucement mais sûrement, le parc vélocipédique : opère-t-il à coup de marteau, à coup de pied, je ne le sais, mais son geste est remarquablement efficace : disloquer la coque protectrice du levier de vitesse plastique des vélos bleus. Peu à peu, la proportion augmente, régulièrement. C'était un de temps en temps, puis de plus en plus souvent. Maintenant, on ne trouve quasiment aucun vélo récent en état, sauf les neufs, ou garés dans des lieux trop voyants. 
Oui, vraiment, c'est peu de choses. Juste un petit retard de transport, qui fait changer pour un vieux modèle, changer de station, remettre une balade. Rien de vital pour moi. Je ne sais pourquoi, j'y vois pourtant le symbole de notre monde, le glissement du quotidien vers le côté obscur de la force, son grignotage.
Bien sûr, il n'y a aucune trace des gens qui comme moi, remontent un vélo tombé, qui  téléphonent pour signaler un vélo égaré,  qui garent un vélo errant. Il y en a certainement beaucoup, de ces usagers de ce véhicule dérisoire, un peu brinquebalant, dont l'usage limité est gratuit. Ainsi va le monde, les trains qui partent à l'heure n'intéressent personne. Et l'on contemple fasciné l'agonie des déraillements.

3.11.10

Observatoire jospinien, 4 : jardin

Ceci serait-il dans mon beau verger de campagne ?




Pas du tout, simplement sur mon balcon :


22.8.10

Observatoire jospinien, 3 : the sound of water

Autrefois quand j'étais enfant, les cantonniers branchaient sur les bouches à incendie de grands tuyaux rugueux. Ils ouvraient dans la ville des rivières d'eau claire, véritables inondations qui balayaient tout sur leur passage en faisant un joli son de torrent de montagne. Avec le balai de bruyère, ils raclaient le bitume, produisant un étrange bruit de rame.
Ce dimanche matin, un quart d'heure après l'ouverture disco de la laverie, donc sept heures trente, le son d'un énorme moteur a couvert celui du bulletin d'information. Ca se voit que c'est les vacances, les horaires sont deux heures plus tard qu'à l'ordinaire. Le cantonnier a zébré la rue de son gros boudin relié au tanker  autotracté dont on entendait les halètements de pompage, une idée mignature du démazoutage en Louisiane. Le nettoyage a nécessité un bon quart d'heure.
Pourtant les bouches à incendie existent toujours, ainsi que le risque d'amende à y stationner sa voiture. mais l'installation pérenne est désormais désuète, ayant les défauts de ses qualités : quasi sans technologie, sans engin mécanique, sans pétrole, comme si toutes les technologies écologiques se devaient d'être hightech pour emporter les déchets anciens (graines de tournesol, débrits de frites, bouteilles de verre, mégots) et modernes (canettes et packs divers) engendrés par les apéros prolongés quotidiens de l'angle de ma rue, pour lesquels aucun rendez-vous facebook n'est nécessaire.

20.8.10

Observatoire jospinien, 2 : if music is the food of love

Voilà une demie-heure que je râle. Il est 7h00. Evidemment, vous allez me dire que je suis en vacances et habituellement je serais déjà levée depuis bien longtemps. Evidemment, cela ne m'a pas vraiment réveillée mais je n'ai pas pu me rendormir. Evidemment tout le monde n'aime pas France Culture mais avouez quand même que c'est plus pratique pour se rendormir. Evidemment, le patron se lève tôt pour ouvrir sa "beautiful laundrette", plus tôt que moi, tous les jours, et il ne prend pas de vacances, ce qui me permet entre autre d'avoir mon animation musicale gratuite. Evidemment, j'aurais pu me coucher plus tôt. Malgré la partie endiablée de foot commencée sur la chaussée à vint-trois-heure-quarante cinq par les clients du restaurant d'en face dont les spectateurs fumeurs avaient tiré leurs chaises sur le trottoir pour mieux voir.
Je ne suis qu'une rabat-joie : pas de violence ici : de la musique douce et nostalgique, des activités sportives saines et conviviales. En plus j'ai le confort bourgeois de mes  doubles-vitrages et de mon stilnox : ta gueule la vieille !

15.8.10

Le son de chez moi, 33 : Observatoire jospinien, 1 : tempête et tourterelle

    Au quinze août dominical, tout est calme : seules la tourterelle et la harpe éolienne se disputent l'antenne à l'heure du thé