"De l'autre côté du monde, avant de venir dans la Cité fortifiée, j'avais vu le dessin animé Yellow Submarine. Je me souvenais aussi de la musique. Mais j'avais complètement oublié le film en lui même. Nous vivons tous dans un sous-marin jaune... Cela signifiait à la fois quelque chose et rien. "
MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, troisième partie, chapitre 63
" Du haut-parleur s'échappait un solo de Gerry Mulligan. Je l'avais souvent entendu, autrefois. Tout en buvant lentement mon café bien chaud, j'ai fouillé dans ma mémoire et j'ai retrouvé le titre du morceau. C'était Walkin' Shoes, si ma mémoire était bonne. Il était interprété par un quatuor, sans piano, avec Chet Baker à la trompette. "
MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 60
" Balakirev, a murmuré quelqu'un à mon oreille. Comme lors d'un examen, un ami obligeant assis à mon côté qui me soufflerait la bonne réponse. Mais oui, Balakirev. Ils étaient quatre maintenant. Quatre sur cinq. Il en manquait toujours un.
"Balakirev" ai-je articulé à voix haute.Aussi clairement que si j'écrivais ce nom en l'air. "
MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 58
"A quoi pensez-vous ? m'a-t-elle demandé, assise sur le tabouret à côté de moi.
- Au groupe russe des cinq, ai-je répondu immédiatement, presque par réflexe. Pourquoi donc est-ce que je ne m'en souviens pas ? Avant, j'avais les noms à ma disposition immédiate. Nous les avions appris à l'école, au cours de musique. - Vous êtes un étrange personnage, a-t-elle redit. Pourquoi cela vous tourmente-t-il ici et maintenant ? - Quand je ne me souviens pas de quelque chose qu'en fait, je connais, cela me gêne. Vous ne ressentez pas la même chose ? - Cela me dérange bien plus quand je n'arrive pas à oublier une chose dont je ne veux pas me souvenir. - Chacun est différent. - Tchaïkovski appartenait-il au groupe des cinq ? Non, car justement, ce groupe s'est constitué en réaction à la musique à l'occidentale de Tchaïkovski."
"
MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 58
Il y a eu un moment de silence. Un silence que, dans ce café fermé, j'ai trouvé pesant sur mes épaules. Afin de le briser, j'ai posé une question. "Connaissez-vous le groupe russe des cinq ? " Elle a légèrement secoué la tête. Avant qu'elle n'éteigne sa cigarette dans le cendrier, la fumée s'est lentement élevée. "Non, je ne vois pas. Est-ce en rapport avec la politique ? C'est un groupe anarchiste ? - Non, non, aucun rapport avec la politique. Il s'agit de cinq compositeurs russes du XIXe siècle." Elle m'a regardée, l'air perplexe. "Et... alors ? - En fait, rien. Je voulais juste demander. Je me souviens du nom de trois d'entre eux, mais pas des deux autres. Avant, je les connaissais tous. Cela m'a turlupiné toute la journée. - Donc, le groupe russe des cinq, a-t-elle répété en riant. Vous êtes un étrange personnage.
"
MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 58
"D'après mes connaissances limitées en musique classique, Alexandre Borodine appartenait au groupe dit des "cinq". Qui d'autre en faisait partie ? Moussorgski, Rimski-Korsakov, et je ne me souvenais pas des autres. En mettant de l'ordre dans le réfrigérateur, je tentais de me rappeler leurs noms, mais impossible. Bon, de toute façon, cela n'avait aucune importance. Je suis parti de chez moi à 17h30. Pendant la journée, le temps était doux, annonçant déjà le printemps, mais le soir venu, un vent soudain soufflait, tellement froid qu'on aurait dit que l'hiver voulait reconquérir son territoire perdu. Les mains dans les poches de mon manteau, je me suis dirigé vers la gare. Sans raison particulière, j'ai imaginé Borodine jouant une belle mélodie dans sa tête en même temps qu'il se livrait à une expérience chimique compliquée. "
MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 58
"Ensuite, j'ai repassé quelques chemises et des draps en écoutant à la radio un quatuor à cordes d'Alexandre Borodine. Le repassage des draps prend du temps. Le présentateur de la radio a expliqué qu'autrefois, en Russie, Borodine était plus connu et respecté comme chimiste que comme musicien. A mes oreilles, le quatuor à cordes ne résonnait en rien comme s'il avait été créé par un chimiste. Mais on aurait peut-être pu dire que les douces mélodies et les suaves harmonies étaient le résultat d'une alchimie réussie."
MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 58
"Quand j'ai allumé la radio a retenti un Concerto pour viole d'amour de Vivaldi, interprété par l'ensemble I Musici, que j'ai écouté sans vraiment l'écouter. "
MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 52
"Je l'ai imaginé franchissant la porte de la Cité fortifiée, je l'ai imaginé yvivre sa vie. Peut-être était-ce "son" Pepperland. Pepperland est l'utopie colorée qui apparaît dans le film Yellow Submarine. Plutôt que de continuer à vivre dans ce monde réel qui -apparemment- ne lui offrait pas de place, ce garçon de seize ans cherchait à entrer dans un autre monde- avec tout son cœur, tout son sérieux. "
MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 50
"Et comme toujours, du vieux jazz était diffusé à faible volume. Paul Desmond faisait exploser son saxophone alto. Cela m'a rappelé que, lors de ma première visite ici, le Dave Brubeck Quartet avait joué avec Paul Desmond comme soliste.
"You go to my head " ai-je dit pour moi-même.La femme, qui réchauffait mon muffin au four, a levé les yeux et m'a regardé. "Paul Desmond, ai-je dit. - La musique ? - Oui. Le guitariste est Jim Hall. -Je ne connais pas grand-chose en jazz, s'est-elle excusée en désignant le haut-parleur. C'est juste une station de jazz branchée sur le câble." Je pouvais le comprendre. Elle était trop jeune pour apprécier le son de Paul Desmond. J'ai savouré une bouchée du muffin tiède aux myrtilles qu'elle m'avait servi et bu une gorgée de café. Tout en regardant tomber la neige par la fenêtre, j'ai écouté Paul Desmond. Une très belle composition. "
MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 50
"Lorsqu'il ne portait pas son sweat avec l'image du Yellow Submarine, il avait un autre sweat à capuche, marron, orné du personnage du film. C'était une étrange créature au visage bleu, aux oreilles roses et à la fourrure brune. J'avais vu le film mais je ne me souvenais plus du nom de ce personnage. C'était le Nowhere Man, qui vivait au Nowhere Land. La chanson que chantait John Lennon. Malgré mes efforts, impossible de me souvenir de son nom. A la maison, j'ai fait des recherches en ligne sur ces personnages et j'ai découvert que le nom de cette curieuse créature au visage bleu était "Dr Jeremy Hillary Boob". Boob est pianiste, botaniste, humaniste, dentiste, physicien, satiriste ... bref, un homme capable à la fois de tout et de rien ... "
MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 47
"Depuis une enceinte au plafond était diffusée une musique de jazz relaxante, à un volume agréable. Un trio avec piano jouait une belle interprétation de Star Eyes, mais je n'ai pas reconnu qui était le pianiste. "
MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 46
"Et puis, tout à coup, aussi soudainement que si un oiseau avait surgi d'un fourré à mes pieds, je me suis rappelé le titre du standard de Cole Porter que javais entendu dans le café près de la gare : Just One of Those Things. Et, comme une incantation qui se serait collée aux parois de ma conscience, sa mélodie se répétait sans fin. "
MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 43
"Un vieux standard de Cole Porter, interprété par le Dave Brubeck Quartet, était diffusé à faible volume depuis un petit haut-parleur du plafond. Le solo de saxophone alto de Paul Desmond qui fait penser à un cours d'eau claire. Même si je connaissais bien le morceau, je ne parvenais pas à me souvenir du titre. Enfin, sans connaître le titre, c'était juste la musique idéale à écouter lors d'une matinée tranquille d'un jour de congé. Une belle et apaisante mélodie qui avait résisté à l'épreuve du temps. Je l'ai écouté distraitement pendant un moment, sans penser à rien. "
MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 42
"Dans la cuisine j'ai préparé une limonade chaude. J'avais mis à macérer dans du miel du citron, du gingembre, de la cannelle, des clous de girofle et de la cardamone ; dans les semaines à venir, je pourrai faire du vin chaud avec cette préparation, en ajoutant du vin rouge."
OGAWA Ito, La république du bonheur, ch. Riz au mukago, p190
2. Estampes
Hokusai. Le coquillage violet
3. Musique
Apparemment, la vielle n'est pas inconnue du peuple juif ...
"Ozawa : (...) Ala suite de mon mariage et de mon augmentation de salaire, nous nous sommes installés dans un appartement à l'étage. Mais comme les étés sont caniculaires à New York, et que, bien entendu, nous n'avions pas de climatisation, lorsque nous n'arrivions pas à dormir, nous allions dans un cinéma ouvert toute la nuit - le moins cher que nous avions trouvé - et nous dormions là-bas. Nous habitions près de Broadway, par conséquent il y avait beaucoup de cinémas dans notre quartier. Mais dans la plupart d'entre eux, on vous forçait à quitter votre siège à la fin du film. Cela nous obligeait à nous réveiller toutes les deux heures pour sortir dans le hall et tuer le temps."
De la musique. Conversations. MURAKAMI Haruki, OZAWA Seiji
"Murakami : (...)je pense qu'écrire de la fiction a progressivement développé mon oreille musicale.
Ozawa : Intéressant ...
Murakami : Personne ne m'a appris à écrire et je n'ai jamais étudié les techniques d'écriture. Alors comment ai-je appris à écrire ? En écoutant de la musique. Et qu'est-ce qui compte le plus dans l'écriture ? Le rythme. Sans rythme pas de lecteur. Sans cela, la lecture devient laborieuse. C'est par exemple le cas pour les modes d'emploi, et ceux qui en ont déjà lu savent à quel point l'expérience est désagréable.
En général, on peut prédire l'impact qu'aura l'œuvre d'un nouvel écrivain en fonction du rythme qu'il donne à son style. Mais d'après ce que j'ai pu lire, la plupart des critiques littéraires ignorent ce critère. Ils se contentent d'évoquer la subtilité du style, l'incongruité du vocabulaire, l'élan narratif, le traitement des thèmes, les différentes techniques employées, etc. Mais je pense que ce lui qui écrit sans rythme n'a pas le talent nécessaire pour être écrivain. "
De la musique. Conversations. MURAKAMI Haruki, OZAWA Seiji