3.9.26

"Et tu choisiras la vie"

https://www.akadem.org/nitsavim-vayeleh-des-ponts-entre-les-gouffres

Cette semaine, c'est la parasha Nitsavim, qui contient ce verset célèbre, et qui m'incite à écrire enfin ce qui est dans ma tête depuis des semaines, des mois même je puis le dire. Car chaque matin je prononce les versets du réveil 

Modé ani léfanekha melekh ‘haï vekayam, ché-hé-’hézarta bi nichmati be’hemla, raba émounatékha.

Je Te remercie, ô roi vivant et éternel, de m’avoir restitué mon âme avec miséricorde ; grande est Ta fidélité.

Chaque matin. Et chaque matin, je m'y efforce, car je ne suis pas sincère. Peut-on continuer à faire une prière si l'on n'est pas sincère. Bon sujet de discussion. Y compris avec moi-même, qui n'ai aucune envie de remercier. Aucune. J'ai appris que nombre d'hypertendus meurent tranquillement entre 6h et 8h du matin, à la reprise d'activité du corps après le repos nocturne. L'Ange de la Mort leur donne une fin tranquille, et dans sa générosité il permet de se défiler de la première prière du matin. 

15.3.26

Le souvenir des belles choses: l'odeur des asperges sauvages

 Hier, j'ai profité du dernier jour de beau temps de la semaine pour programmer une "chasse aux asperges sauvages". J'ai pris la ligne 15 jusqu'à l'arrêt au nom qui fait rêver : "les escaliers de verre". Les escaliers ne sont pas en verre mais en béton, avec des rampes imitant des lianes. On y grimpe pour arriver sur les flancs du mont Boron qui regorgent de petites asperges printanières. Mais en ce moment, il y a aussi des tapis entiers de freesias sauvages, odorantes, petites étoiles blanches au milieu du vert prairie du au printemps si pluvieux. J'y ai découvert une terrasse aire de taichi avec vue sur la rade, toute embaumée du parfum des freesias.
Certain vilain ces temps-ci m'a rappelé le souvenir de ma mère, "et ses tentatives de suicide, sa chaise longue où elle s’était condamnée à perpétuité à l’immobilité". Ce n'est pourtant pas ainsi qu'elle reste dans mon cœur. Mais ici, au cœur du printemps. Si j'étais rédactrice du Talmud, j'y rajouterai que ma mère aura part au monde futur. Non pas parce qu'elle fut une fervente croyante. Mais parce qu'elle m'a appris à ramasser les asperges sauvages. Ce petit bonheur qu'elle m'a laissée pour toujours peut vous sembler dérisoire, il fait pourtant partie de ses mérites qui ont construit celle que je suis devenue. Dans mon enfance, nous allions chaque printemps ramasser les asperges dès qu'elles dressaient leur pointe. Je ne sais pas quel âge j'avais à mes débuts, mais je n'étais pas autonome, je ne savais pas les trouver (en cherchant par exemple un asparagus plante d'où la nouvelle pousse sortait); et comme toute enfant, en étais bien marrie; aussi ma mère avait mis en place un stratagème très efficace, elle "sentait l'odeur d'une asperge" tout près d'elle, et du coup, je pouvais la découvrir et la cueillir. J'étais transportée de bonheur. Et plus encore, je me souviens avoir prononcé les mots fièrement, quand avec l'expérience je les trouvais seules, "celle-là tu ne l'as pas sentie !". Je ne sais si c'est ce bonheur qui me saisit encore aujourd'hui quand je pars en chasse. Alors que dans la vie je suis très myope, il est très rare que j'en rate une lors de ma collecte. Certainement par le rayonnement de l'odorat de ma mère. 





31.12.25

Bye bye 2025 !

                                            
Dernier jour d'une drôle d'année. Il s'est passé tellement de choses mondialement et chez moi que je n'arrive pas à en faire un bilan véritable. En tout cas, j'ai bien affronté les (sacrées) tempêtes et ça, c'est déjà une véritable bataille gagnée. Pour maintenir le cap, quelques résolutions inévitables pour 2026. 
Ainsi, j'ai révisé mon carnet d'adresses : des personnes dont la ligne est vierge, inusitée, depuis des années, ou depuis peu,  pas de mon fait bien sûr ; c'est une des choses qui m'affectent le plus mais effectivement, c'est mieux d'appuyer sur "remove". Aller de l'avant, passer à autre chose. 

L'amour dure 3(0) ans comme dirait l'autre, presque. Ce fut la durée de mon premier mariage, pas si mal si on y pense. Pour le deuxième j'ai encore du temps lol. Ce fut aussi la durée de l'amour filial. J'ai pu enfin me faire à l'idée, c'est ainsi et qu'y faire ? Après avoir bataillé, fait des essais et sans doute des erreurs, je renonce. Dans l'imaginaire des êtres humains, ce n'est pas possible, mais pourtant dans la réalité c'est ainsi pour certains. J'ai décidé de redevenir "nullipare" (ne vous inquiétez pas, hier encore je ne connaissais pas ce mot moi non plus). Que dire sinon être lucide ? Il y a aussi l'usure du temps, à force de mordre ses lèvres, de verser des larmes, de stocker sa peine, le cœur s'use aussi. Je repense toujours à la chanson de Ferré tellement vraie "Le cœur, quand ça bat plus /C'est pas la peine d'aller chercher plus loin/Faut laisser faire, et c'est très bien" "Avec le temps, va, tout s'en va/On oublie les passions et l'on oublie les voix/Qui vous disaient tout bas les mots des pauvres gens/Ne rentre pas trop tard, surtout ne prends pas froid. "  Le monde est fait de parents et d'enfants, Charlotte Gainsbourg a des parents, Guy Georges aussi. Parfois ça marche, parfois non, et peut-être aussi parfois ça n'en vaut pas le coup. 

En tout cas, en 2025, ce fut la fin de ma famille : je n'ai plus d'ascendants depuis longtemps, et cette année j'ai perdu mon frère et ma belle-sœur sans en avoir eu connaissance, et c'est dans ma tête comme s'ils n'étaient pas vraiment morts, seulement "portés disparus" dans le silence complice des survivants. Je redeviens nullipare.  J'ai perdu aussi des proches vivants, qui se sont perdus tout seuls avec l'assèchement du cœur  et la non empathie. Par fatalité,  ils ont disparu de mon répertoire.

 Il reste les autres, les compagnons de cœur, et c'est très bien ainsi. Nous allons traverser ensemble 2026 en nous blottissant pour nous tenir chaud, et en vivant toujours de nouvelles aventures. La vie sera digne d'être vécue aussi en 2026. On la prendra au pas, au trot ou au galop, la nouvelle année du cheval ...


3.11.25

battements de cœur (2): naufrage encore

 "je crois qu'en devenant parent on s'embarque pour une sorte de naufrage annoncé. Si ce n'est pas à cause de la houle, ce sera à cause d'autre chose, du vent, d'une mauvaise rencontre. Ca me parait si compliqué que malgré tous nos efforts, toute l'attention qu'on y met, on finit tôt ou tard par tomber à l'eau. "
L'île des battements de cœur, Laura Imai Messina, p194, ed. 10-18

2.11.25

battements de cœur (1) : naufrages

 "La vie est une succession de naufrages.
L'île où nous accostons, l'état de notre bateau ou de notre radeau de fortune, nos bras, le seul objet conservé de notre vie passée : tout prend de l'importance. Parce qu'à notre arrivée sur la plage, quelle que soit l'existence qui l'a précédée, tour se transforme en souvenir.
Quelle que soit la somme de nos douleurs, il arrive que la vie recommence à zéro. "
L'île des battements de cœur, Laura Imai Messina, p37, ed. 10-18

8.10.25

Nous mourons tous par petits bouts : le frère que je n'ai jamais eu (1)

 Il pleut sur Nantes
Donne moi la main
Le ciel de Nantes
Rend mon cœur chagrin


Voici comment avant-hier j'ai appris par un texto de ma belle-sœur que mon frère de Nantes a été malade, puis mourant, puis mort, puis enterré.
A tous les habitués de mon blog qui pourraient penser qu'il s'agit d'une nouvelle fiction ici des méandres de mon imagination, je leur affirme qu'il n'en est rien. C'est la  vérité vraie, la vérité toute nue.
A tous ceux qui pourraient penser que j'ai du bien mal agir pour mériter ce traitement, j'avoue sincèrement mon entière ignorance. 
Je n'avais pas de nouvelle de mon frère depuis plusieurs années, mais nous n'étions pas fâchés. Nous n'avions tout simplement plus rien à nous dire. Mais nous n'étions pas même vraiment en froid, puisque la dernière chose que je lui ai envoyée est un etegami de l'année du tigre.

Peut-être est-ce pour cela, lui qui a toujours eu le sens de l'humour, que l'idée lui est venue de filer à l'anglaise ...
J'ai pensé tout d'abord à un spam, une mauvaise blague vu le contenu. Quelqu'un qui ne me/le connaissais/t pas bien. En effet, je n'ai jamais eu de frère Jacques. Le seul frère Jacques que j'ai connu était celui de la comptine. Mon frère, aux yeux de toute la famille, était Jacky. 
Peut-être est-ce pour cela que le seul sentiment que j'arrive à ressentir est la colère. Jacques est peut-être mort, qu'en est-il de Jacky ?






3.10.25

passer une BONNE NUIT à TOKYO (3) : highball

 "Le highball était frais comme tout. Servir une préparation bien glacée était ce qui comptait le plus pour Maeda, quand il posait la boisson sur le comptoir, le gaz carbonique et la paroi glacée du petit verre s'associaient pour dégagerune fine brume.
"Voici ! "
D'une voix à peine audible, Maeda signala à Eiko qu'elle était servie. Elle tendit sa main droite qu'elle tenait repliée contre elle pour saisir le verre, à l'instant où ses doigts l'effleurèrent, elle eut un geste de recul, surprise par ce contact glacial.
D'un ambre presque noir, la boisson était surmontée d'un quartier de citron découpé en forme de croissant.
Charmée par ce parfum frais, Eiko rapprocha le verre pour le porter à sa bouche. Elle posa les lèvres sur le rebord glacé et but une première gorgée.
Ce n'était pas de l'alcool qu'elle buvait, non, elle avait l'impression d'avoir en bouche le temps même de ce bar paisible et désert dans la nuit.
"Comme c'est bon" dit-elle malgré elle, tout au bonheur de sentir la nuit de Tôkyô se propager en elle.   "

Bonne nuit Tokyo, YOSHIDA Atsuhiro, ed. Picquier Poche, chapitre La dernière pièce