Seul dans la maison de mes parents, un peu plus tard cet après-midi là, je pris conscience que la chambre que je partageais avec Devorah était de plus en plus envahie de livres. Beaucoup étaient des livres neufs qui venaient de la librairie hébraïque de Kingston Avenue : des livres d'enfants et des travaux hassidiques, d'autres étaient des romans en collection de poche, d'autres venaient de la bibliothèque municipale. Devorah avait tendance à remplir les espaces vides de livres : l'extrémité des tables, le haut des coiffeuses, le rebord des bureaux, quelquefois même les chaises. Elle rangeait sans arrêt les livres avec un soin infini, elle alignait leurs dos pour qu'aucun ne dépasse : une rangée vraiment militaire. C'était sa manière à elle de prendre possession d'un lieu, de déclarer qu'elle avait l'intention d'occuper un certain espace pour une certaine durée.
Chaïm Potok, Le don d'Asher Lev, p170
Affichage des articles dont le libellé est livres. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est livres. Afficher tous les articles
7.7.16
26.8.15
Les partisans et les livres (4) : Stefan Zweig
"Après avoir lu un moment, Danzig se redressa sur ses avant-bras et lança :
"Autrefois, j'aimais Stefan Zweig.
- Et maintenant ? demanda Hermann Cohen.
- Il me paraît candide.
- Serions-nous devenus plus intelligents ?
- En tout cas, nous avons changé?
- En quoi ?
- Je n'en ai pas la moindre idée."
Les partisans, Aharon Appelfeld, ch.8
"Autrefois, j'aimais Stefan Zweig.
- Et maintenant ? demanda Hermann Cohen.
- Il me paraît candide.
- Serions-nous devenus plus intelligents ?
- En tout cas, nous avons changé?
- En quoi ?
- Je n'en ai pas la moindre idée."
Les partisans, Aharon Appelfeld, ch.8
Libellés :
Appelfeld,
lectures,
Les partisans,
littérature allemande,
livres,
Zweig
25.8.15
Les partisans et les livres (3) : atmosphère
"Il est étrange de constater l'effet que peut produire une caisse de livres. Notre campement, dont le caractère provisoire est visible dans chaque bâche tendue, a changé d'aspect, comme si des scènes lointaines, tranquilles et tendres, étaient venues le peupler. Saisir un livre me ramène aussitôt à la maison, auprès de mes parents. Un lampadaire est allumé, le livre m'absorbe tout entier. Mon père, représentant entre autres de la célèbre marque Singer vient de recevoir un nouveau catalogue qu'il feuillette avec attention. Ma mère prépare une douceur en vue du goûter. Le roman de Dostoïevski est si prenant que je ne l'entends pas qui m'appelle pour me régaler. Quand je parviens enfin à me détacher des visions fascinantes produites par le texte, je me retiens de lui reprocher d'avoir brisé la magie, pour ne pas la peiner."
Les partisans, Aharon Appelfeld, ch.7
Libellés :
Appelfeld,
Dostoievski,
lectures,
Les partisans,
livres
24.8.15
Les partisans et les livres (2) : le livre brûlé
"A chaque opération nous découvrons des maisons juives abandonnées par leurs propriétaires. La plupart du temps elles sont occupées par des Ruthènes qui en modifient l'apparence, mais parfois la maison est là, inchangée. Les nouveaux habitants portent les vêtements de leurs prédécesseurs, ce qui peut leur donner une silhouette trompeuse, l'espace d'un instant.
Lors d'une opération, Salo a reconnu la maison spacieuse de son oncle Herzig, illuminée par de multiples lustres (...)
"- Continue de mentir et tu seras châtié. N'oublie pas que nous sommes des partisans, nous combattons pour nos vies. Celui qui ose entraver notre chemin verra son sang retomber sur sa tête. Où sont les livres ? demanda Felix.
- Je n'en ai pas.
- Montre-nous immédiatement où tu les as jetés, ou nous mettrons le feu à la maison.
- Ayez pitié de moi et de mes enfants.
- Nous vous épargnerons si tu nous montres les livres. Il y en avait beaucoup ici.
- Je les ai brûlés.
- Pourquoi ?
- Je ne savais qu'en faire.
- Où les as-tu brûlés ?
- Derrière l'étable.
- Maudit sois-tu. Montre-nous l'endroit exact.
- Ne me tuez pas. J'ai cinq enfants."
Deux combattant accompagnèrent Salo derrière l'étable où ils découvrirent, dans un monticule de cendres, quelques pages à moitié épargnées. Salo rapporta un fragment sur lequel les mots de la prière du matin surnageaient : Face à toi je remercie, Dieu du vivant et de l'existant."
Les partisans, Aharon Appelfeld, ch. 6
Libellés :
Appelfeld,
judaïsme,
lectures,
Les partisans,
livres
23.8.15
Les partisans et les livres (1) : un monde sans livre
"Pendant des années, les livres étaient notre préoccupation principale et voici que nous avons été brutalement séparés d'eux. Comme il est étrange que nous nous soyons si vite habitués à vivre sans livres. Parfois, dans l'après-midi, j'ai la sensation d'un livre dans les mains, à l'heure où j'avais l'habitude de m'installer dans un fauteuil. J'avais dévoré Crime et Châtiment avant qu'on l'étudie en classe. Chaque phrase m'avait emporté avec la puissance d'un torrent. A présent, non seulement les livres ont disparu, mais les cahiers, stylos, crayons, comme si on nous avait ôté notre intériorité. Sans le petit Livre des Psaumes qu'un combattant a emporté, nous n'aurions plus aucun contact physique avec le monde dans lequel nous vivions hier encore.
Livres, livres, où êtes-vous ? Avez-vous seulement existé ? Ce n'est jamais une voix solitaire qui pose ces questions à mes oreilles, mais une rumeur collective qui s'élève du plus profond de nous-mêmes. L'absence des livres, voilà ce qui détermine la différence entre nos vies d'avant et celles d'aujourd'hui. Un combattant, jeune homme sensible à l'ironie dissimulée aux coins des lèvres, a formulé les choses ainsi : " Nous sommes retournés à la nature. Dans deux ou trois mots, nous ressemblerons à l'homme préhistorique, nous cesserons de parler pour miauler, rugir ou aboyer, et c'est peut-être mieux au fond."
Les partisans, Aharon Appelfeld, ch.5
Livres, livres, où êtes-vous ? Avez-vous seulement existé ? Ce n'est jamais une voix solitaire qui pose ces questions à mes oreilles, mais une rumeur collective qui s'élève du plus profond de nous-mêmes. L'absence des livres, voilà ce qui détermine la différence entre nos vies d'avant et celles d'aujourd'hui. Un combattant, jeune homme sensible à l'ironie dissimulée aux coins des lèvres, a formulé les choses ainsi : " Nous sommes retournés à la nature. Dans deux ou trois mots, nous ressemblerons à l'homme préhistorique, nous cesserons de parler pour miauler, rugir ou aboyer, et c'est peut-être mieux au fond."
Les partisans, Aharon Appelfeld, ch.5
Libellés :
Appelfeld,
lectures,
Les partisans,
livres
3.5.06
Réincarnation
"Des livres, en revanche,on en avait à profusion, les murs en étaient tapissés, dans le couloir, la cuisine, l'entrée, sur les rebords des fenêtres, que sais-je encore ? Il y en avait des milliers, dans tous les coins de la maison. On aurait dit que les gens allaient et venaient, naissaient et mourraient, mais que les livres étaient éternels. Enfant, j'espérais devenir un livre quand je serai grand. Pas un écrivain, un livre : les hommes se font tuer comme des fourmis. Les écrivains aussi. Mais un livre, même si on le détruisait méthodiquement, il en subsisterait toujours quelque part un exemplaire qui ressusciterait sur une étagère, au fond d'un rayonnage dans quelque bibliothèque perdue, à Rykjavik, Valladolid ou Vancouver."
Amos Oz, in Une histoire d'amour et de ténèbres.
Amos Oz, in Une histoire d'amour et de ténèbres.
19.4.06
Erri de Luca, 2
"Je lis de vieux livres parce que les pages tournées de nombreuses fois et marquées par les doigts ont plus de poids pour les yeux. Parce que chaque exemplaire d'un livre peut appartenir à plusieurs vies. Les livres devraient rester sans surveillance dans les endroits publics pour se déplacer avec les passants qui les emporteraient un moment avec eux. Puis ils devraient mourir comme eux, usés par les malheurs, contaminés, noyés en tombant d'un pont avec les suicidés. Ils devraient mourir n'importe comment, sauf d'ennui et de propriété privée, condamnés à vie à l'étagère."
Erri de Luca, Trois chevaux
Erri de Luca, Trois chevaux
Libellés :
Erri De Luca,
lectures,
livres,
livres voyageurs
Erri de Luca, 1
"Celui qui écrit à la possibilté de rassembler les gens autour de lui, de leur donner rendez-vous dans la page, dans l'écriture,dans sa tête. On devient un lieu, un lieu de rencontre pour d'autres. Pour moi ce sont des personnes. Pour le lecteur ce sont des personnages imaginaires qui appartiennent au roman. Mais moi, je suis le lieu où se retrouvent des êtres. Il faut certes des mots. Mais les paroles dépendent moins de l'habileté de l'écrivain que de sa capacité d'écoute.J'écoute les mots des autres qui sont de retour. j'entends leur voix. Et ça m'est facile. pour moi, écrire n'est pas un travail. C'est une façon d'être en compagnie et de rassembler des absents."
Erri de Luca, Trois chevaux
Erri de Luca, Trois chevaux
Inscription à :
Articles (Atom)


