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28.12.19

Nous mourons tous par petits bouts : surprise (2)


Comment avez-vous pu oublier que la voleuse de bible, c'est moi ! Mais moi, à bible, j'aurais mis un s.
(c'est marrant , quand on tape sur Google voleuse de bible, je ne suis pas si célèbre, on ne parle pas de moi, mais le premier sujet est : "l'adultère, qu'en dit la bible ?" Non, non, je ne suis pas de mauvaise foi, c'est vrai, essayez ;-)

Après un chapitre dans une autobiographie, j'avais aussi déjà fait en mars les honneurs de la presse à propos d'une expo photo et j'en avais parlé ici , nous voilà à présent dans la saison 2, nouvelle publication, un roman cette fois, et du coup une conférence à l'attaque des lieux de culte, ou plutôt mon lieu de culte.  Car, atttention, ce texte  est "especial", tirage de tête et sous-titre différents que pour les sites fnac.com et décitre,  mais ciblé pour les happy few qui ont l'honneur, ou plutôt le déshonneur, de me connaître ...
Depuis, serendipity oblige, je suis cernée par le sujet.
Ce matin, sur France Culture, mon philosophe radiophonique préféré, Fienky
puis la chronique facebook de Nas Daily d'aujourd'hui
et le film de mon cinéaste japonais préféré

Alors, je vous conseille :
d'écouter Finkie
d'aller voir La Vérité
de vous abonner à la chronique de Nas Daily
et pour le reste : Alex Beaupain est passé à France Culture juste avant Finkie, comme un clin d'œil réconfortant. Pour le remercier, je vous propose de  réécouter cette chanson si appropriée (et un clin d'œil à la théière)







18.3.19

Nous mourons tous par petits bouts : SURPRISE !

Vient de paraître :
"Les milliers de photos prises pendant plus de trente ans ont toutes été volées et détruites par une personne qui voulait détruire mon âme en détruisant ces témoignages que sont les photographies. Elle oubliait que c'est la chasse qui est intéressante et pas la proie dans sa gibecière. Emportant les images de milliers de kilomètres traversés à pied. Emportant aussi l'image de mon visage de la vingtaine à la quarantaine. Je suis passé ainsi de l'analogique au numérique."
Si c'est pas du réchauffé ça !
Ben oui, oui oui oui oui, c'est de moi dont on parle !!!

Comme j'aime bien la précision, je tiens à signaler quelques inexactitudes. 
Les fautes d'orthographe ayant été sans doute corrigées par l'éditeur, il reste plusieurs erreurs d'opération : pas trente ans, mais 10731 jours, soit 29 ans, 4 mois et 18 jours de vie commune. C'est mathématiquement calculé par cet excellent outil. Ce qui ne peut faire évidemment de la vingtaine à la quarantaine. En ce qui me concerne, de16 ans à 45 ans et presque 6 mois.  Je ne pense pas avoir traversé des milliers de kilomètres à pied, quoique ...
Durant ce temps-là, ce n'était pas je mais tout le temps nous; nous avons parcouru l'existence, une belle existence, avec ses hauts, ses bas, tout de même beaucoup de hauts, tout de même une belle vie, de belles rencontres.
Mais en Mai 2005, un courriel qui traine et ...
Cocue, double-vie de l'autre depuis de longs mois. 
Ma pauv'dam, d'un banal !
Je n'ai pas eu besoin de photos pour me sentir l'âme sucée. 
Ben là j'avoue mon incompétence : quand après quinze jours on m'a demandé d'envoyer la moitié des CD et l'intégralité des DVD japonais en Belgique... j'avais des préoccupations plus ...
Ouais là, sûr, c'fut la guerre...

La prochaine fois, on fera comme ça quoi ...

Pour des références plus littéraires, je vous recommande :
2006 / Villa Amalia
2008 /Ales Beaupain 




15.12.18

Meurtre et Commandeur (44) : divorce

"Cette enveloppe sur la table de la cuisine, je la contemplai vaguement, sans vraiment la voir et sans but précis, tout l'après-midi, et bientôt, j'en vins à penser que c'était comme si le poids d'une vie conjugale de six années était enfermée à l'intérieur en totalité. Le temps de nos six années - imprégné de tous nos souvenirs et de toutes nos émotions - était en train de mourir à petit feu, asphyxié dans une banale enveloppe administrative"
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 1, ch.29, Certians éléments peu naturels,  ed.Belfond

11.5.17

Une minute de silence

https://sadside-melissa.blogspot.fr/2007/05/une-minute-de-silence.html

Notre histoire, tu la verras défiler dans ta tête

Alors chut, pose doucement un doigt devant ta bouche
Et lutte, efface de ta mémoire ces mots qui nous touchent
Brûle, ces images qui nous plongent dans la solitude

Ecoute, ce qu'il reste de nous
Immobile et debout
Une minute de silence

Ce qu'il reste, c'est tout
De ces deux cœurs immenses
Et de cet amour fou
Et fais quand tu y penses
En souvenir de nous
Une minute de silence

Ecoute passer mes nuits blanches
Dans tes volutes de fumée bleue
Cette minute de silence
Est pour nous deux

Ecoute, ce qu'il reste de nous
Immobile et debout
Une minute de silence

Ce qu'il reste, c'est tout
De ces deux cœurs immenses
Et de cet amour fou
Et fais quand tu y penses
En souvenir de nous
Une minute de silence

Une minute de silence

Michel Berger

9.10.08

Kippour


Cette année, deux lettres me sont parvenues, deux lettres apparentées d’une étrange manière en de multiples points communs.
Deux lettres d’êtres chers.
Deux lettres écrites dans le secret, inavouables.
Deux lettres qui ne m’étaient pas destinées. Il est toujours singulier de lire une lettre qui ne vous est pas destinée ; habituellement nous le faisons dans le secret, lumière éteinte, entre deux portes, pour ne pas être surpris en flagrant délit de curiosité.
Mais «lettres ouvertes » en quelque sorte : lettres adressées à quelqu’un d’autre, à l’autorité, mais que je devais pourtant lire, car c’est ainsi la tradition.
Deux lettres, qui n’étaient pas écrites par ceux qui pourtant les signaient. Le vocabulaire, le style du nègre commanditaire en était transparent jusqu’à l’outrance, jusqu’à l’invraisemblance.
Deux lettres écrites sous la pression, cette pression affective du chantage aux sentiments.
Deux lettres inutiles. D’une inutilité tellement crasse (formule tellement adéquate, je me demande qui l’a inventée) qu’elles se détournent de leur but, et même se retournent contre leur auteur.
Deux lettres douloureusement reçues, évidemment. Qui laisseront trace, évidemment.

Pourtant, deux lettres différentes.
La première, lettre d’hiver. L’auteur en est adulte, on dit « adulte consentant », ces mots sonnent étrangement ici. Je pense souvent à lui, à comment il doit se sentir. L’acte est impardonnable plus par la vérité défigurée qu’il véhicule que par la trahison qu’elle révèle. J’ai perdu un ami que je croyais fidèle, il me reste le souvenir de beaux moments. Je pense souvent à lui, à comment il doit se sentir. Peut-être pas si mal que cela, et je me serais trompée sur lui. Ceci reste pour moi un mystère.
La deuxième d’été. L’auteur en est enfant. Même exercice de dictée. Même contenu futile, inutile. Même mensonge et manipulation. Je ne me demande pas si cela laissera des traces. Car malheureusement je le sais. Bien sûr, j’ai compris le désarroi, le chagrin, la panique de l’enfant acculé. Je souffre comme s’il était mien. Le destin d’un enfant est terrible à qui l’on demande le choix de Sophie. Quand celui qui le demande est personne ayant autorité sur lui. Le destin d’être mère est terrible : ne pas pouvoir protéger son enfant de ceux qui lui veulent du mal est déjà dur à avaler ; ne pas pouvoir protéger son enfant de ceux qui lui veulent du bien est plus terrible encore.
L’épreuve a été éprouvante, pléonasme. Nous la surmonterons, certitude. Parce que les lettres ne sont que des lettres, que les photocopies sont encore plus éphémères au temps.
Aujourd’hui c’est Kippour, le jour du résultat du grand examen, sondage de la rate et du foie. Ce soir nous serons sous mon talit et une nouvelle année commencera pour nous. En confiance. Ensemble.

8.5.08

3ans + 1 jour : clôture

https://sadside-melissa.blogspot.fr/2008/05/3ans-1-jour-clture.html

3 ans + 1 jour.
Et cela m'est égal. Un jour comme les autres.
Je n'ai pas oublié. Je me suis même souvenu de la date. Mais cela n'a produit aucun effet. Ou plutôt l'effet d'un événement du passé que l'on se souvient très douloureux mais qui fait totalement partie d'une ancienne vie, d'une autre vie, qu'un autre nous-même a pu vivre.
Un jour comme les autres. Faits de tracas quotidiens, et de tas de petits bonheurs dont la source est ici et aussi à l'autre bout de la terre.
Un jour comme les autres. Presque.
Ce jour là, j'ai reçu des nouvelles de l'autre. La même forme pitoyable que d'habitude. La différence est que cette fois-ci, avec mes amies, nous avons pu jouer au brunch de "sex and the city". J'étais Carrie, c'était bon ! L'incident est rentré dans les tracas quotidiens, au même titre que l'incident avec parent d'élève énervé le matin. Simplement fatigant.
J'ai pu me consacrer à mon tas de petits bonheurs dont la source est ici et aussi à l'autre bout de la terre.
Je peux clôre définitivement the sad side of the she-wolf. Plus de she-wolf, plus de sad-side...

19.11.07

Demain je divorce

Memories
Like the corners of my mind
Misty watercolor memories
Of the way we were
Scattered pictures
Of the smiles we left behind
Smiles we gave to one another
For the way we were

Can it be that it was all so simple then
Or has time rewritten every line
If we had the chance to do it all again
Tell me - would we? could we?

Memories
May be beautiful and yet
Whats too painful to remember
We simply choose to forget

So it is the laughter
We will remember
Whenever we remember
The way we were

So it is the laughter
We will remember
Whenever we remember
The way we were

15.11.07

La vie est pleine de surprises


Dans le dossier de la partie adverse, c’est juste une lettre manuscrite, numérotée 3, entre une déclaration d’impôts et un relevé de banque. Ou plutôt la photocopie d’une lettre.
La vie est pleine de surprises. J’ai reconnu tout de suite la graphie émouvante, toute personnelle, sans avoir besoin de regarder l’en-tête. La même qui écrivait des vœux de bonheur ( ?, mais oui…) pour l’année 2006.

J’aurais préféré une bonne enguelade, une bonne dose de mots haineux exprimant son mépris pour moi, sa haine, son dégoût.
Ce ne sera que quelques lignes dans un dossier qui ne me sont pas adressées et qui pourtant me jugent, ou plutôt me décrivent. Tel qu’il me voit.

Il commence par « je suis un intime de la famille L. »
Etrange. Il n’y a plus de famille L. Nous étions trois à porter ce nom, et de famille il n’y a plus. Et ce présent aussi. « Je suis ». Est-il mon intime, lui dont j’avais déjà fait le deuil de l’amitié, depuis des mois déjà ?

Intime. Étrange terme. Mais exact. Partager des choses intimes. J’ai vécu avec lui l’intime. J’ai vécu beaucoup de moments, des partages, des joies, de grands bonheurs, des petits. Certains totalement oubliés. Certains inscrits dans la mémoire et douloureux aujourd’hui. Certains totalement heureux : un coucher de soleil, la rencontre d’une chauve-souris, une pastèque partagée, le don d’un livre de cuisine, celui d’un livre de nuages, des sources chaudes, des bains de boue, des ballades en âne… je ne les compte plus. Je m’en souviens. Pas de bruits, pas de cris, que des sourires, de la tendresse. Vous avez dit tendresse ?
Vivre l’intime de quelqu’un d’autre, et de tout cet intime ne retenir que ce qu’il en écrit, que ces parcelles de temps hors de leur contexte véritable, que des signes extérieurs, où le contexte véritable, celui de l’intime intime, n’appartient qu’à celui qui le vit là devant témoin… Vivre certains moments desquels je ne suis pas fière. Ne pas penser : « Danger, tout ce qui sera dit pourra être utilisé contre vous ». Vivre certains moments dont il ne peut pas être fier, lui non plus. Moments qu’il n’a pu oublier. D’autres moments aussi, où il ne se rendait même pas compte de l’image qu’il donnait de lui, en tant qu’homme,. En tant qu’époux. Et même en tant que père. Des moments où le spectateur se dit. « Qui est cet homme-là ? » Ne sommes-nous pas tous ainsi ? S’est-il dit alors : « Danger, tout ce qui sera dit pourra être utilisé contre vous » ?

Et puis des termes étranges dans sa bouche. Des termes familiers pour un autre, mais par pour lui, pas seulement parce qu’il n’est pas assez savant pour cela. Il glisse même vers le poétique « Il est des mots et des silences qu’un ami homme peut comprendre sans faire de longs discours ». Mes silences, mes mots, mes maux, j’en ai partagé quelques-uns, parfois, avec lui. Je les croyais en lieu sûr, évidemment ; j’en croyais aussi sûres les réponses, les commentaires, les avis. Evidemment. Comment faire autrement ?


Le plus surprenant en tout cela: tout ce qui fut écrit dans la tendresse de l’amour, dans le bonheur du jour, ne serait qu’idéalisation de la vie de couple et appel au secours. Ce n’est pas surprenant, mais c’est tout simplement à gerber. Du révisionisme pur et simple.
« Quand je quittais ma table, le ciel était plus bleu, les murs étaient lavés, Léa était plus douce, Dvorah plus rayonnante. Nulle altération des sens, je voyais le monde comme il est, comme on ne le voit plus. » Mensonge littéraire ? Je sais bien que non…

Il dit qu’il est désolé. Pouquoi l’est-il ? Il ne le dit pas. Pourquoi le fait-il ? Il ne le dit pas non plus. Le juge lira la lettre, une lettre de plus, dans un dossier de plus, qui dira que l’amour est mort, qui décrit la dégénérescence annoncée d’un couple de plus. C’est en principe une évidence lorsque les gens divorcent. Cela expliquera peut-être le fond, mais non la forme… Une énigme, cependant, demeure. À quoi cela peut-il bien lui servir, à lui ? Mais à lui, à quoi cela lui servira-t-il ? Sans doute pas à le rendre fier de lui.

C’est étrange, bien que j’en aie beaucoup pleuré, je n’arrive pas à le détester. Peut-être est-ce simplement parce que j’avais déjà fait mon deuil de lui, comme de tant d’autres choses depuis deux ans. Il ne reste dans mon souvenir que les belles heures, un coucher de soleil, la rencontre d’une chauve-souris, une pastèque partagée, le don d’un livre de cuisine, celui d’un livre de nuages, des sources chaudes, des bains de boue, des ballades en âne…Rien qui puisse intéresser un juge, j’en ai bien peur…

2.1.07

« Je ne sais comment j’ai pu vivre avec elle si longtemps »

« Je ne sais comment j’ai pu vivre avec elle si longtemps »
Avec lui, elle le sait.
Chaque jour de sa vie pendant près de trente années, de chaque fibre de son être elle l’a aimé. Son amour était chevillé à son corps. Elle l’a porté en étendard sans honte aucune. Elle l’a senti vivre en elle près de 950 000 secondes. Elle l’aimait. Dans les événements gais, dans les malheurs, dans l’incertude et le chagrin, elle l’aimait. Dans les regards échangés en concert. Dans les disputes mesquines de couple à propos de poubelle ou de cartable. Dans les moments de doute. Dans l’exaltation des réussites.
Son amour n’a jamais failli, n’a jamais faibli. Malgré les rencontres. Dans les épreuves. Dans les confrontations. Même à la fin, lorsque son corps savait déjà ce que son esprit refusait. Dans la trahison lorsqu’est apparue la nudité de la vérité.

How happy is the blameless Vestal's lot!
The world forgetting, by the world forgot;
Eternal sunshine of the spotless mind!
Each pray'r accepted, and each wish resign'd.
Alexander Pope


Cet amour étonnait, dérangeait, exaspérait. Il consolait ou donnait de l’espoir. Il était source de raillerie ou de sarcasme.
Les êtres sont simplement ce qu’ils sont. Ils sont aussi ce qu’ils deviennent.
Chaque morceau du corps supplicié d’Al Khaladj criait l’unicité de Dieu. Tel était encore son amour lorsqu'elle fut découpée.
Aucune Isis n’a recollé l’effondrement de la baliverna. Un jour, elle est morte, et elle a laissé les événements de son passé dépassé derrière elle. Elle se reconstruit une vie à la première personne du singulier. Elle s’est éveillée à la liberté.
Son amour n’a pas été vain. Il l’avait construite et lui avait insufflé souffle dans la tempête. Il lui a fait garder son intégrité. L’amour ne s’éteint pas. Il se répartit autrement. Il lui a érigé un bouclier comme celui de la cité de Dune. Il la protège des danseurs-visages et des abominations, des Golems, et autres Tulkous, enveloppes qui s’épuiseront dans le vain harcèlement des âmes vivantes. D'ailleurs, l’idée lui plaît de rester vivante jusqu’à personne ne sait quand.

3.12.06

nous n'étions que des ados attardés

Quelqu’un a dit de nous : « Nous n'étions que des ados attardés. Trimballant une inexpérience de la vie à travers les décennies. »

Je n’ai pas l’impression d’avoir passé toutes ses années dans l’inexpérience. Ni que l’implacable expérience de ces derniers mois ait entamé ce moi profond. J’ai tissé pendant plus de vingt-cinq ans dans le fil de mes jours ma force quotidienne dans l’amour. Un amour monumental, monolithique, fait de confiance, d’expérience partagée, de soif de connaître. Mon expérience s’est bâtie sur le plaisir des petites choses, de l’exigence des grandes, de la fréquentation impérieuse de la beauté des livres, des objets, des oeuvres d’art ; de la rencontre avec les hommes et leurs traces dans les murettes, les dolmens, les cabanes ; avec les fées et leurs traces sur les chemins, dans les troncs des mues de cigales, dans les échos des sources, les vapeurs du thé et les notes des muses ; dans les sourires des petits, leurs gribouillis, les émerveillements de leurs premières émotions esthétiques et de leurs premiers mots lus. Je me suis nourrie de petits bonheurs, d’émotions champêtres, de rires enfantins et des richesses du vieux monde. La tempête d’hier n’a pu me balayer. Je fais toujours aussi peu de cas du jugement des trentenaires que l’absence d’idéal ronge, des quadragénaires abattus par le quotidien, des quinquagénaires bedonnants cadrés par le raisonnable. En moi est restée la petite fille obstinée et tenace, qui enfermée dans sa prison familiale rêvait d’un lendemain meilleur. Que protège la femme déterminée, qui n’est plus à terre, relevée pour continuer la lutte, la découverte de nouvelles merveilles cachées dans les pages et derrière le col. Que ceux qui se veulent mûrs deviennent blets, là est leur destin.

11.10.06

Avec le temps

Je ne compterai pas les larmes que j’ai versées sur cette chanson chaque fois que je l’entendais. Que ce soit par Léo Ferré, par Dalida très différente
. Elle me bouleversait.
L'autre qu'on adorait, qu'on cherchait sous la pluie
L'autre qu'on devinait au détour d'un regard

Les chansons sont pour moi un élément essentiel de la vie, les échos
de mon âme, les signes du quotidien.
Celle-ci m’apparaissait insupportable, épouvantable (un lapsus m’a fait écrire éprouvantable) inacceptable.
Ces derniers mois, je ne voulais même pas l’écouter, je coupais l’autoradio.
Et puis je l’ai entendu par hasard, en entier, et je l’ai écoutée.
Un nouvel écho, un nouveau signe.
Je ne la trouve plus insupportable, épouvantable, inacceptable.
Elle est pleine d’enseignement, désabusée sûrement, mais très sage.
Elle est simplement apaisante.
Il y a simplement pour moi beaucoup de nostalgie à ne plus utiliser les mots des pauvres gens.

Avec le temps, va, tout va bien.

6.8.06

Du bonheur d'être veuve

Au mémorial de Caen, il y avait une exposition sur Saint-Exupéry et sa femme Consuelo. Des photos, des objets personnels, des films. Je supporte désormais très bien les fictions autour de l’amour, même les plus tristes. Mais je ne supporte toujours pas les histoires vraies. En boucle était diffusée la prière que Saint-Exupéry avait écrite pour que sa femme l’utilise à la première personne :une petite merveille du genre faites qu’il disparaisse le premier car il ne pourrait vivre sans moi. Je n’ai pas tenu le coup et je suis vite partie.
Les veuves ne connaissent pas leur bonheur. Tristan bedonnant et râleur, Roméo tombant dans les bras d’une autre cousine, Pelleas dans ceux de son meilleur ami. Qu’il doit être doux de pleurer la mort de l’être parfait, parti dans son idéal d’amoureux, le cœur rempli de soi, fidèle et tendre.

Peut-on jamais savoir par où commence
Et quand finit l'indifférence
Passe l'automne vienne l'hiver
Et que la chanson de Prévert
Cette chanson, Les Feuilles Mortes
S'efface de mon souvenir
Et ce jour là, mes amours mortes
En auront fini de mourir
(Serge Gainsbourg)

29.4.06

Echos, 2

"Personne n'avait à le savoir. Cela serait un autre temps. Ce temps serait vécu par une autre femme. Il se situerait dans un autre monde. Il ouvrirait une autre vie.


... elles étaient entrées à l'intérieur de la ferme et elles avaient bu un verre de vin cuit en y trempant des biscuits au sucre et en racontant leurs vies respectives, malheureuses, les hommes égoïstes, libidineux, autoritaires, peureux , misérables. Elles évoquaient les bonheurs qui vieillissaient comme les corps.


-...Au téléphone il pleurait. C'était une histoire très triste à écouter
-Ca lui fera des yeux brillants...Avec des yeux brillants, il examinera avec plus de soin le fond de sa vie.


On dit que la toile selon son étendue, sa forme, sa solidité, ses leurres, sa beauté, au tout dernier moment tisse l'araignée qui lui est nécessaire.


L'envie que l'autre a de soi inventa un règne dont la disparition l'emplit de douleur.


Il y a un plaisir non pas d'être seule mais d'être capable de l'être.
O Oh How I"



Pascal Quignard in Villa Amalia

28.4.06

Apesanteur

"Survint un état d'apesanteur.
Etrange état où le corps s'éloigne légèrement de lui-même. Où tout s'assèche dans le monde interne.
Où la lucidité ou du moins le vide commence à se mouvoir dans l'espace du crâne.
Où, si la souffrance persiste, elle fait moins souffrir.
Où au moins la souffrance fait souffrir d'un peu plus loin à partir de corps lui-même."

Pascal Quignard in Villa Amalia

Echos

Tu es Anne. Plus précisément : tu es celle qui ne voulais pas qu'on l'appelle Eliane...
-C'est vrai, murmura-t-elle. C'était..
-Que dis-tu ?
Elle parla plus fort :
-C'est vrai. C'était mon nom jadis.
........................................................................
Alors elle mit sa tête entre ses mains. Elle se mit à souffrir sans retenue dans le salon, confortablement assise entre le secrétaire et les rideaux, entre la pousière et la poussière, pendant qu'il faisait griller le pain.
.........................................................................
-Pourquoi faudrait-il que j'accepte que tu casses tout ce qui a été jusqu'ici notre vie ?
-Parce que j'ai quarante-sept ans. Il y a quarante-sept ans que je suis née dans une petite ville de Bretagne où on portait de longues nattes dans le dos et où on tirait ses chaussettes jusque sous les genoux. Voilà la pauvre raison. Je n'ai plus le droit à l'erreur.
-Et moi je suis l'erreur ?
-Tu n'es pas une erreur, Thomas. Tu es une faute. Tu es tout simplement une faute.
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Villa Amalia, Pascal Quignard

20.4.06

la petite valise rouge

Ce jour là, Marie l'a vu passer de son balcon. Il traînait la petite valise rouge, celle que nous avions achetés ensemble pour nos week ends en amoureux et nos concerts. Dans l'autre main, il tenait la valise de son tsouras. Cet instrument, je l'avais poussé à l'acheter à Kalamata. J'avais chanté à ses accords la chanson de mariage de l'amandier et de la cannelle.
C'est ainsi qu'il est parti, il y a presqu'un an.
C'est ainsi que mon cœur s'est brisé aux éclats.
Cette scène me revient en boucle les jours mauvais, étrangement non pas depuis le couloir du 22, mais depuis la vue du balcon de Marie.