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22.2.16

Ecoute le vent (25) : desseins d'univers



Desseins d'univers, Michel Rossigneux
"Un jour, donc, ce jeune homme qui vagabondait dans l'espace entreprit de descendre dans l'un de ces puits. Il s'était lassé de l'immensité de l'univers et aspirait à mourir seul, loin de tout et de tout le monde. Il entama sa descente, et peu à peu il lui sembla que le puits devenait de plus en plus agréable. Il commença à se sentir comme enveloppé dans une sorte d'énergie étrange. Après avoir parcouru environ un kilomètre vers le bas, il découvrit l'entrée d'une véritable galerie, s'y enfonça et continua ardemment à avancer au petit bonheur le long d'un chemin sinueux. Il ignorait depuis combien de temps il marchait. Sa montre s'était arrêtée. Etait-ce depuis deux heures ou bien depuis deux jours ? Il ne ressentait ni faim ni fatigue et la sensation qu'il éprouvait depuis un moment déjà, d'être enveloppé dans une force spéciale, était toujours présente.
Ecoute le chant du vent, MURAKAMI Haruki, ch.32

3.6.07

Desseins d'univers, 7 (fin)


Lithographie de Michel Rossigneux, in Desseins d'univers, ed Villa Arson, 1993





Entrailles

Dans l'épaisseur des ténèbres, qui peut dire quel noir est le plus noir ? Il n'en est pourtant qu'un seul, jonché de poussières d'étoiles innombrables. Dans la nuit de la nuit ou dans le jour du jour, il n'est soumis à nulle variation chromatique. Plus noir que le noir du noir.
Pourtant, dans ce monde d'aveugles, personne ne tombe ou même ne trébuche. Chacun circule d'un pas sûr. Mais circule-t-on ? On dit que le guetteur, là haut, dans sa vigie, est le seul à percevoir la vibration de leurs souffles mêlés.

7.5.07

Desseins d'univers, 6


Lithographie de Michel Rossigneux, in Desseins d'univers, ed Villa Arson, 1993


Agora

Entre les piliers pyramidaux soutenant la couverture transparente de l'agora, se morcelle un dédale de places secrètes. Trafiquants, amoureux, chalands, écoliers, errent dans les espaces laissés libres, au hasard des échoppes, des fontaines et des terrasses. Ils s'y perdent aussi, embrouillés dans les successions de galeries et de places.
Cependant tous évitent la fosse centrale, ouverte, non ceinte, offerte. Personne, jamais n'y saute ni ne tombe, pas même les suicidés. Le bruit court que ce puits est directement ouvert sur les ténèbres. Les sauts des marelles, le murmure des marchandages, le froissement des étoffes, les éclats des querelles, le clapotement des gouttières, les éructations des dîneurs et le râle des amants y parviendraient dans leur intégralité, fenêtre ouverte sur le quotidien.

22.10.06

desseins d'univers, 5


Lithographie originale de Michel Rossigneux pour Desseins d'Univers


Vigie


De la vigie, on peut embrasser l'étendue de la voûte céleste. Le guetteur y scrute l'espace jour et nuit. Quand une étoile s'éteint, il doit en recueillir aussitôt la poussière. Celle-ci traverse l'axe des plate-formes. Le guetteur en recense scrupuleusement chaque grain et le dépose dans un têt au pied de la stèle du sanctuaire.
Mais ce n'est pas en ce lieu qu'elle se décomposera. Seul bagage de ceux qui empruntent la galerie, la poussière d'étoile franchira alors le seuil des ténèbres.

6.10.06

Desseins d'univers, 4


Satellites













Gravure originale de Michel Rossigneux pour Dessein d'univers

En orbite incessante, des satellites spécialement recyclés protègent notre univers. Chacun abrite un spécimen très rare de l'Ancien Monde :
un alchimiste s'affaire autour d'un tas de plomb. Un moine japonais en kolomo est assis sur un zafu un peu mou : le matériau qui le contient, introuvable,s'est comprimé avec le temps. Un derviche tourne sur un tapis parfaitement tissé, à un détail près. Un cistercien encapuchonné calligraphie sur un lutrin. Un chaman agite une omoplate de bouc. Un trappiste prie, engoncé dans son cilice. Deux hassids argumentent devant un gros volume du Talmud, l'un en faveur de Chamaï, l'autre d'Hillel. Un sorcier indien invoque ses ancêtres devant la fumée de son feu. Un kabbaliste trace imperturbablement les quatre mêmes lettres. Un taoïste étrille sa vache. Une cellule est à présent vide, désertée par le yogi qui l'occupait.
Le Maître tient ces hommes pour des reliques d'un temps oublié. Depuis leur arrivée, pas un n'a pris une ride. Mais on ne peut les visiter ni les déranger en aucune manière. Notre immixtion leur ferait alors rejoindre la poussière de leur propre univers.

16.8.06

Desseins d'univers, 3


















Gravure originale de Michel Rossigneux pour Desseins d'Univers

Tenant lieu d'avertissement, une stèle à la mémoire des victimes de la querelle des deux centres s'élève à l'entrée de la galerie qui mène aux ténèbres. L'endroit est peu fréquenté. Mais, de temps à autre, un homme s'annonce à l'entrée du sas. Il tape un code, toujours le même, et pénètre dans le vestibule, sans même jeter un regard au gardien. Puis il disparaît dans la galerie qui mène aux ténèbres. Le gardien rédige toujours le même procès-verbal. Il pourrait s'agir du même homme qui s'avance, à l’infini. Mais le gardien sait qu'il n'en est rien. Personne ne ressort jamais de la galerie qui mène aux ténèbres.

4.8.06

Desseins d'univers, 2


Dessin de Michel Rossigneux
extrait de Dessein d'Univers, ed.Villa Arson













CENTRE

Une querelle demeure parmi les savants de la cité. Deux théories s'affrontent : les uns affirment que le Maître a commencé la construction par le centre, les autres soutiennent le contraire.
L'affaire prit un jour de l'ampleur, menaçant de troubler notre univers entier. Finalement, les plus résolus décidèrent d'avoir recours à un arbitrage. En délégation, ils se dirigèrent vers la galerie qui mène aux ténèbres.
Le gardien de la galerie a ordre de tirer à vue sur quelque intrus sans code d'identification. A l'entrée du sas, il le leur demanda. Il appliqua strictement les consignes.
Personne ne put témoigner de la teneur de l'arme qu'il utilisa : laser de série, brûlant à partir des extrémités , laser micro-ondes où la combustion part de l'intérieur des chairs.
A ce jour, le débat n'a pas trouvé d'issue.

22.6.06

Desseins d'univers, 1



Gravure de Michel Rossigneux.
Desseins d'univers a été publié en 1993 aux éditions de la villa Arson.

ALVEOLES

Notre univers est un monde mouvant.
Des alvéoles orbes qui se développent à sa surface, seules quelques unes ouvrent leur mystère pour converger vers un centre. L'évidence n'est qu'apparente : en dedans et au dehors, le Maître a forgé un tracé qui régule des forces toutes entières contenues, reliées. Invisible.
Qui s'aventure dans notre univers ne sait ce qui l'attend.