Affichage des articles dont le libellé est littérature. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est littérature. Afficher tous les articles

9.4.25

Murs incertains (41) : bibliothèque immatérielle

"
Sur de hautes et longues étagères, des écrits de toutes époques et de tous pays étaient alignés à perte de vue. Mes yeux blessés n'étaient pas encore complètement rétablis, mais j'étais en mesure de lire tous ces livres sans aucune gêne. Parce qu'il s'agissait là d'ouvrages stockés à l'intérieur de la conscience, et que je ne lisais pas avec mes yeux, mais avec mon cœur. De l'Almanach agricole à Homère, de Tanizaki à Ian Fleming. Dans cette cité où il n'y avait pas un seul livre, c'était un plaisir sans fin que d'avoir accès librement et sans restrictions à ces livres dépourvus de formes matérielles et donc invisibles.

"

MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, troisième partie, chapitre 69


5.4.25

Murs incertains (37) : recluse

"

"Je peux faire de petits achats en ligne et me faire livrer et me faire livrer ce dont j'ai besoin pour le café. Ici, dans la rue commerçante, je trouve de quoi pourvoir à mes besoins du quotidien, ce qui m'évite de sortir souvent. Cette vie de recluse me rappelle le film tiré du Journal d'Anne Franck, celle qui vivait dans sa cachette à Amsterdam. Plafond bas et petite fenêtre...
- Mais personne ne vous pourchasse et vous n'êtes pas obligée de vous cacher. Vous vivez une vie que vous avez choisie.
-Oui, mais pour qui loge dans un si petit espace et dont les seuls allers-retours se font entre le rez-de-chaussée et le premier étage surgit inévitablement l'illusion d'être poursuivi obstinément par quelqu'un ou quelque chose, et de vivre en se cachant d'un danger imminent. "

MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 61


31.3.25

Murs incertains (34) : citation



"Elle lisait. Non pas un livre de poche mais un épais ouvrage relié. Elle l'a fermé et m'a souri. D'après son marque-page, je pouvais voir qu'elle l'avait presque terminé. 
"Qu'est-ce que vous lisez ? ai-je demandé en enlevant mon duffle-coat et en l'accrochant au porte-manteau
- L'Amour au temps du choléra, a-t-elle répondu.
- Vous aimez Garcia Marquez ?
-Oui, beaucoup. D'ailleurs, j'ai presque tout lu de lui. Mais j'aime particulièrement ce roman. Je le lis pour la deuxième fois. Et vous ?
- Je l'ai beaucoup lu quand j'étais plus jeune. Dès la parution de ses livres.
- J'aime tout spécialement ce passage.

"Fermina Daza et Florentino restèrent dans la cabine de commandement jusqu'à l'heure du déjeuner, une fois passé le village de Calamar qui, à peine quelques années auparavant, était une fête perpétuelle et n'était plus aujourd'hui qu'un port en ruine aux rues désolées. Une femme vêtu de blanc et qui agitait un mouchoir fut le seul être vivant qu'ils aperçurent depuis le navire. Fermina Daza ne comprenait pas pourquoi on ne la recueillait pas alors qu'elle semblait en détresse, mais le capitaine lui expliqua qu'elle était le fantôme d'une noyée qui envoyait des signaux trompeurs afin d'attirer les bateaux vers les dangereux tourbillons de l'autre rive. Ils passèrent si près d'elle que Fermina Daza la vit dans ses moindres détails, se découpant bien nette contre le soleil, et elle ne mit pas en doute la réalité de sa non-existence, bien qu'il lui sembla reconnaître son visage." 
"

MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 61


1.4.23

Le journal d'Anne(3) : vie et destin

  "Oui, je ne veux pas, comme la plupart des gens, avoir vécu pour rien. Je veux être utile ou agréable aux gens qui vivent autour de moi et qui ne me connaissent pourtant pas, je veux continuer à vivre, même après ma mort ! Et c'est pourquoi je suis reconnaissante à Dieu de m'avoir donné à la naissance une possibilité de me développer et d'écrire, et donc d'exprimer tout ce qu'il y a en moi !"

Journal d'Anne Franck, Mercredi 5 Avril 1944 

31.3.23

Le journal d'Anne (2) : la beauté du monde comme remède

 "Alors, je ne pense pas à toute la détresse, mais à la beauté qui subsiste encore. C'est là que réside pour une grande part la différence entre Maman et moi. Le conseil qu'elle donne contre la mélancolie est : "Pense à toute la détresse du monde et estime-toi heureuse de ne pas la connaître."

Mon conseil à moi, c'est : "Sors, va dans les champs, dans la nature et au soleil, sors et essaie de retrouver le bonheur en toi ; pense à toute la beauté qui croît en toi et autour de toi et sois heureuse !"

Journal d'Anne Franck, Mardi 7 Mars 1944 

30.3.23

Le journal d'Anne (1) : fausse prémonition

C'est une sensation très étrange, pour quelqu'un dans mon genre, d'écrire un journal. Non seulement je n'ai jamais écrit, mais il me semble que plus tard, ni moi ni personne ne s'intéressera aux confidences d'une écolière de treize ans. 

Journal d'Anne Franck, samedi 20 juin 1942.

4.3.22

Conjuguons avec Murakami (12) : lecture

 "Ce fut ainsi que se termina mon dimanche matin : je lus au très étrange frère de ma petite amie un extrait d'Engrenage d'Akutagawa"

MURAKAMI Haruki, With the Beatles, Première personne du singulier, ed. Belfond

3.10.20

My favorite things (19) : automne (5)

 1. Il y a des articles rassurants, qui donnent du baume au cœur, et on sent bien la différence entre les Juifs et les Chrétiens. Ainsi, dans l'article d'Horvilleur cité hier :

"La pensée juive ne considère pas que nous puissions pardonner au nom de ceux qui ne sont plus là. Elle a si souvent dans son histoire croisé la mort et la tragédie, qu’elle a fini par admettre que personne n’a de mandat pour pardonner au nom des morts. Aucun de nous n’est en mesure d’effacer les fautes dont un autre a été victime, ou de pardonner l’impardonnable dont on n’a pas souffert soi-même."

2. lectures

"Je ne peux affirmer que l'art de la littérature soit tout-puissant, magique, un pur acte de foi, mais on ne peut lui contester une vertu : sa loyauté envers l'individu, sa vigilance à l'égard de sa souffrance et de ses peurs, et on ne peut lui contester le fragment de lumière, qui, de temps en temps, étincelle en lui."

Aharon Appelfeld, L'héritage nu, conférence 1 p50

3. Petit paradis (suite)


4. Et pour finir pure beauté 




19.7.20

My favorite things (1) : vacances (1)

Le saint du jour : Notre-Dame des Vernettes.


A la montagne, on achète des masques sur les marchés que personne ne met.


Peut-être en France on pense que les écrivains japonais sont bons parce qu'ils sont différents. Donc ils peuvent être glauques, écrire des romans où il ne se passe rien, ou l'héroïne, inutile, totalement inoccupée, totalement incapable d'aimer rien ni de s'intéresser à rien  et ne fait rien qu'à picoler, c'est être sublime, délicat ou simplement ... japonais. Le top, donner un titre et une couverture qui n'a rien à voir avec l'intérieur. Pas la peine de tenir jusqu'au tiers du roman (et c'était dur), passez il n'y a rien à voir ...

Ici, au cœur des montagnes, au milieu de rien que de la beauté,  il y a des animaux et des gens qui travaillent pour nous. Le résultat, beaufort de l'alpage, est inimaginable sans avoir goûté. Une vraie démonstration que le discours vegan insupportable d'abstinence de fromage est bullshit (sens propre).

1.3.20

Chantier


"Elle s'arrête toujours devant les murs éventrés des maisons en démolition pour reconstituer la cuisine avec les marques des placards et de l'évier, chercher les chambres aux papiers peints déchirés ou se devine la place d'un lit, d'une commode ou d'un bureau grâce aux lignes poussiéreuses, plus sombres, qui trahissent encore l'existence des meubles fantômes, puis repérer la salle de bains où luisent les morceaux de carrelages bleus ou blancs, parfois même un lavabo accrochés à des tuyaux qui ne fuiront plus."
Les rêveurs, p51, ch. Ce jour là, Isabelle Carré

29.2.20

Talisman


"Et tout au fond du couloir, derrière un rideau de chintz, se cachait une impressionnante collection de livres de la Bibliothèque verte ou rose, à côté d'une centaine d'autres plus anciens. Avec leur couverture de cuir frappé d'or, l'intérieur recouvert de papier cuve, ils ressemblaient à des trésors sauvés d'un naufrage, ils devaient être rares, d'une valeur inestimable. J'aimais y mettre mon nez pour respirer longuement l'odeur du papier jauni, une odeur âcre, poussiéreuse, mais pleine de promesses, rassurante. Ces livres en avaient vu d'autres, ils restaient là, quoi qu'il arrive, vivant, nous attendant patiemment, au milieu de nombreuses toiles d'araignées et de leur cadavres recroquevillés, accrochés au plafond, aux angles de la pièce, à ses moindres recoins. Shakespeare, Hugo, Beaumarchais, Dumas, Balzac, Schiller, Stefan Zweig...
Plus tard, à l'adolescence, j'eus le sentiment qu'ils s'abîmaient dans toute cette poussière, oubliés là, relégués au second, derrière leurs rideaux, alors, de temps en temps, j'en voulais un. Je le cachais dans ma valise et l'emmenais à Paris. Moi, je saurai l'aimer, me disais-je pour me justifier. personne ne les réclamait jamais, personne ne semblait s'apercevoir de leur disparition. Je me félicitais de les avoir sauvés de l'indifférence et du voisinage des innombrables mouches, retournées sur le dos, alignéees en colonies sur le sol ou prises dans les toiles d'araignées.
Leur présence m'a toujours rassurée, et il m'arrivait d'en glisser un sous mon oreiller ou de m'endormir en le tenant serré coltre moi, je devais imaginer que quelque chose d'eux infuserait pendant mon sommeil. "
Les rêveurs, p.54, Isabelle Carré

22.7.19

Céline ou comment faire avec ...

Je profite des vacances pour écouter France Culture, et voici que l'émission Grandes Traversées a consacré une semaine à Louis-Ferdinand Céline.

La chute d'Icare. Albert Woda

On n'en finit pas de se disputer à propos de Céline. Certains refusent catégoriquement de le lire. D'autres l'excuserait presque de son ignominie. Dernière polémique en date : doit-on publier les Pamphlets ?
Cette série d'émission est remarquable. Chaque aspect de la vie, de l'œuvre de Céline, est disséquée par d'éminents spécialistes d'avis les plus divers concernant cet auteur. Le tout ponctué d'extraits de l'œuvre, de correspondances, d'interviews, de documents de l'époque.
Evidemment, ce n'est pas le style d'émission d'été les pieds dans la piscine. Certains passages sont quasi-insoutenables. Mais l'ensemble est absolument passionnant.
Et que cela m'a-t-il apporté, personnellement ?
Une bonne piqûre de rappel.
J'ai lu Céline jeune, dans ma vingtaine. J'en avais entendu parler avant mais n'étais pas tentée. J'ai été obligée d'acheter le Voyage pour mon dîplome d'enseignante, il était au programme de l'Université. Et là, j'ai découvert le génie littéraire, irremplaçable, incontournable. Ceux qui ne le liront pas n'en auront pas conscience, et, oui, il leur manquera quelque chose.
Et c'est bien là le problème. Comment concilier le Voyage et les Pamphlets ? Comment concilier le génie littéraire et l'abominable, ignominieux homme ?
C'est ce qui se dégage de l'émission, c'est ce qui me renforce dans ma position.
C'est impossible. On ne peut concilier. Et pourtant c'est le même homme.
Ce qui m'atteint dans mes croyances. Je dirai même dans ma spiritualité. Comment est-ce concevable ? C'était la paracha de la semaine dernière, celle de Balak: existe-t-il de vrais prophètes qui ne sont pas dans le camp du Bien ? Existe-t-il des artistes extraordinaires qui ne sont pas dans le camp du Bien ? A quoi leur don sert-il alors ? Peut-on admirer leur œuvre et les dissocier de leur vie, de leurs actions ?
Pourtant, ce n'est pas si dur à comprendre pour pouvoir vivre avec. Je l'ai vu tant de fois, en cotoyant de nombreux artistes souvent intimement : une œuvre magnifique , et de pauvres types : mesquins, ou/et orgueilleux, ou/et sans éthique ou/et pitoyables ou/et même stupides en dehors de leur art ...
Ce n'est d'ailleurs pas une spécificité artistique : j'ai connu des enseignants, des personnels soignants extrêmement dévoués inaptes à s'occuper de leur famille ... pourquoi cela serait-il différent pour les artistes ?
Reste à l'accepter, à l'avaler dirai-je. C'est pourquoi souvent à présent, quand j'admire infiniment une œuvre, je ne veux rien savoir de son auteur, je résiste à la volonté d'en connaître plus. Pourquoi souffrir pour rien, ne pas jouir de l'œuvre seule ?

24.1.19

Meurtre et Commandeur (59) : où la daurade devient sardine

" "Mais si c'est difficile de t'expliquer avec des mots, pourquoi ne le dessinerais-tu pas ? Après tout, tu es peintre.
- Si tu ne peux pas avec des mots, répondis-je, fais-le avec des images. Facile à dire. En réalité, bien difficile à faire.
- Cela vaut au moins la peine de chercher, non ?
- Le capitaine Achab aurait peut-être dû poursuivre une sardine" répondis-je.
Masahiko rit. "Pour sa sécurité peut-être. mais l'art ne naît pas de ce genre d'attitude.
- Oh, arrête, s'il te plaît. Dès qu'on sort le joker "art", il n'y a plus de discussion possible. "
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.42, Si ça se casse en tombant par terre, c'est un œuf, ed.Belfond

2.12.18

Meurtre et commandeur (34) : c'est pas du faux

""Dis, tu sais ? me dit ma sœur en marchant, d'une toute petite voix, comme pour ne pas être entendue par quelqu'un d'autre (il n'y avait personne en fait). Alice, elle existe vraiment. C'est pas du fau. C'est vrai. Le Lièvre de mars aussi, et le Morse, et le Chat du Cheshire, et les Cartes Soldats, tous vivent vraiment dans ce monde.
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 1, ch.23, Tous vivent vraiment dans ce monde,  ed.Belfond

29.8.15

Les partisans et les livres (7) : désuétude du vocabulaire



"Une fois sa tâche terminée, il resta près de la fenêtre sans bouger. Je craignais qu'il se tourne vers moi pour chercher à savoir où j'avais été depuis que je les avais laissés sur le quai de la gare.
Mais il ne dit rien, perdu dans ses pensées. Mon angoisse devenait si oppressante que je lui demandai :
"Où étiez-vous, papa ?
- Pourquoi demandes-tu cela ?
- Je suis curieux de la savoir."
Il se mordit les lèvres :
"Pourquoi emploies-tu le mot "curieux" ? Ne sais-tu donc pas qu'il est désuet ?
- Que dire alors, papa ?
- Ce qui te vient à l'esprit mais pas cet adjectif."
Cette remarque me laissait perplexe. Il y avait donc des mots qu'il était interdit d'employer ? Di un mot pouvait nous aider à comprendre quelque chose, pourquoi s'en priver ?
Mais la remarque sibylline de mon père, qui semblait soudain très malheureux, m'avait fait taire. Je m'assis sur un fauteuil et mes yeux se fermèrent."
Les partisans, Aharon Appelfeld, ch. 69

27.8.15

Les partisans et les livres (5) : littérature française

"Le soir, je m'assis par hasard auprès de Werner qui me confia que les jours passés au ghetto avaient été pour lui des jours étonnamment bénis. Il avait lu les classiques de la littérature française, l'un après l'autre, et amélioré sa connaissance de la langue étudiée consciencieusement au lycée.
"C'est étrange, j'étais retranché à l'intérieur de moi-même, hermétique à la souffrance autour de moi. Mes parents et mon frère luttaient comme des désespérés pour obtenir une miche de pain et moi, envoûté par un diable, je ne lâchais pas mes livres.
"Lorsque j'étais affecté à une brigade de travail, je cachais un livre dans ma poche pour lire pendant les pauses. J'étais fasciné par Maupassant et Flaubert. Plus tard, quand j'ai eu entre les mains le premier volume d'A la recherche du temps perdu, de Marcel Proust, mon bonheur ne connût plus de limites.
"Mes parents ne me faisaient aucune remontrance sur cette frénésie et me regardaient parfois avec émerveillement. Mon frère, lui, me lança qu'il était interdit de se réfugier dans les livres en ce moment si tragique. Sa remarque ne m'empêcha pas de continuer d'acheter des livres aux gens sur le point d'être déportés vers les camps. A cause de cette accoutumance, je n'ai presque pas vu mes parents et mon frère durant les derniers jours au ghetto." "
Les partisans, Aharon Appelfeld, ch. 34

23.7.07

Famille de papier

Les œuvres que j’aime sont comme une famille. Il me faut prendre des nouvelles d’elles régulièrement : le cours de ma vie est peuplé, constitué même de ces rappels à une bribe d’entre elles, sans quoi le quotidien n’a souvent pas de saveur en lui-même. Je me rappelle par exemple très bien de ce que je lisais dans tel paysage, ou dans tel événement. Témoins de ma vie plus que les humains infidèles et passagers.
Il m’est pour cela nécessaire, vital, de m’en réimprégner périodiquement, de les visiter temporairement ou de façon plus prolongée. Je relis ainsi très régulièrement Le livre des lumières de Haim Potok, les différents volumes de Dune et du seigneur des anneaux (dont une fois à haute voix à un auditeur privilégié). Je retrouve le même plaisir à les côtoyer, le même suspens dans les trames, la même saveur des anecdotes. Quand je découvre un auteur, j’aime livre son œuvre complet, l’un après l’autre, au fil des jours. J’aime connaître le fil de sa vie, voir sa photo. Ainsi ai-je fait pour Haruki Murakami et Aaron Appelfeld. Pourtant, je n’accorde qu’une importance relative à sa biographie ou à la véracité de ses propos ; je ne suis pas dupe, je sais que la littérature est mensonge. Ou plutôt qu’elle a ses propres vérités, ses propres lois, et que les auteurs ne sont passionnants et intègres que dans leur œuvre. Mais j’aime savoir un auteur en vie, car la source n’est pas tarie. Et je l’aime non en tant que personne, mais en tant que maître de littérature, passeur de vie.

21.11.06

extrait du " baiser d'Esau" de Meir Shalev

"Djémila elle-même était une femme extrêmement aimée. Son mari, qui était berger et savait lire la terre comme un livre, avait vu un jour les traces de ses pieds nus sur le sentier. Les empreintes de ses orteils et des coussinets de ses talons étaient si parfaites, et l'intervalle entre les plantes des pieds si noble et si séduisant, que le jeune homme avait abandonné ses brebis et suivi les traces jusqu'aux pieds qui les imprimaient, et il était tombé sur la terre qu'ils piétinaient. Quelques mois après, les tractations pour la dot une fois achevées, Djémila était entrée dans la maison de son mari près de notre village. Avec le reste de son argent, il lui avait acheté des souliers pour qu'elle ne laissât pas d'empreintes et en échange il n'avait pas épousé d'autres femmes.
Le baiser d'Esau de Meir Shalev