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2.4.21

En cheminant avec la parasha (24) : Peqoude : l'installation de Dieu


© Oliver Denker


 Depuis deux parashas les détails minutieux de la construction de l'Arche se développent sous nos yeux dans les plus grands détails.

Enfin, juste avant le dernier paragraphe de notre parasha, c'est fini 40 : 33 : "et ainsi Moïse termina sa tâche"

et alors, vision saisissante, très cinématographique. Une phrase suffit. La nuée prend toute la place, de jour comme de nuit. 

"Alors la nuée enveloppa la Tente d'assignation, et la majesté du Seigneur remplit le Tabernacle." (40 :34)

12.3.21

En cheminant avec la parasha (23) : Vayakel : l'interdiction du feu


 Dans cette parasha, Dieu nous prive du feu pour Yom Shabbat : 35,3 :"Vous ne ferez point de feu dans aucune de vos demeures en ce jour de repos." C'est ici la première fois, et la seule mention. Chouraqui l'explique ainsi : "En profondeur, le feu est la moins imparfaite des représentations de la divinité : Adonai est un feu dévorant. Lui seul et aucune autre de ses manifestations ne doit purifier et régénérer ses fils le jour du shabbat".

C'est une des lois fondamentales du shabbat en tous les temps, ce qui engendra bien des soucis pour les Juifs pratiquants de diaspora, notamment les Ashkenazes qui inventèrent pour y palier le shabbes goy

5.3.21

En cheminant avec la parasha (22) : Ki-Tissa


 Parfois, le pessimisme aide à l'optimisme. C'est ce qui s'est passé pour moi dans cette parasha. C'est la parasha du Veau d'or. Voici que ceux qui ont connu l'esclavage en Egypte se mettent à adorer un veau fait de pendants d'oreilles ! Ceux qui ont connu les plaies du sang, des grenouilles, de la vermine, des bêtes sauvages, de la peste, des ulcères, la grêle, les sauterelles, l'obscurité, la mort des premiers nés. Ceux qui se sont enfuis devant l'obstination de Pharaon, ceux qui ont vu la mer s'ouvrir et se refermer, les colonnes de nuées, le fracas de Dieu, la manne. 

Je me souviens de tout cela lorsque je vois, je vis, le fléau à nos portes et les réactions de nos contemporains. Les complotistes, les sans-masques, ceux qui ont toujours autre chose à faire qu'à respecter les gestes barrières avec toujours une bonne excuse. On a les ancêtres qu'on mérite. Et il est bon, cette semaine, de rappeler le temps des plaies, de la mer des Joncs,  et de manger ce "pain" totalement indigeste chaque année, encore et encore,

26.2.21

En cheminant avec la parasha (21) : Tetsavé : lumières


 

"Pour toi, tu ordonneras aux enfants d'Israël de te choisir une huile  pure d'olives concassées, pour le luminaire, afin d'alimenter les lampes en permanence." Exode 27:20

Judaïsme, religion de lumières : les lumières permanentes du temple ont disparu, mais il reste la lumière de shabat, celle des jours de fêtes, la veilleuse pour le mort, les lumières de Hanoucah, celle que l'on allume en espoir, comme pensée. Petit flotteur de liège emprunté aux petites chapelles grecques du bord du chemin, petite mèche fragile tremblotant dans la nuit ...

19.2.21

En cheminant avec la parasha (20) : Térouma : du pain


 Dans Térouma, tous les détails de la construction de l'Arche Sainte sont minutieusement décrits. Toutes les matières sont des plus précieuses : or, bois précieux, étoffes précieuses, sculptures monumentales. La description en est presque lassante : tous ces détails ont-ils encore un sens pour nous, en intérêt pour ce monument si précieux, si chargé, totalement disparu et pas vraiment au programme de reconstruction. Pourtant, parmi tout cela, un petit détail, tout simple : sur une table en bois précieux, aux mesures exactes, recouverte d'or pur, bordée d'or, chassis bordé d'or, anneaux d'or pour les pieds, barres pour la porter en bois précieux recouvert d'or, toutes les pièces sont en or. Tout cela pour quel usage ? 

(25; 30) : "Et tu placeras sur cette table des pains de proposition, en permanence, devant moi" Du pain. Bien sûr, nous lirons plus loin que ces pains sont en fleur de farine. Mais tout de même. Du pain. En ce temps de manne céleste, le cœur du trésor de la table est le pain. L'irremplaçable pain que même non levé on se devait d'emporter en quittant l'Egypte. Le pain, absent d'aucunes fêtes. Le pain, la nourriture que l'on ne peut  refuser même à un pauvre. Le pain, cuit au four ou simplement à la chaleur du sable du désert. Le pain.

12.2.21

En cheminant avec la parasha (19) : Michpatim : esclave, pour toujours ?

                                                    Juif du Caire. Bruyn Cornelis
 


Avec cette parasha, on sort du récit biblique et commence l'énonciation des lois dictées par l'Eternel.

Sans ce long passage figurent des choses essentielles comme le rapport à autrui, à ses propriétés, à son bétail, ses rapports avec ses ennemis, les trois grandes fêtes. Mais les premières lignes m'intriguent : on commence par rappeler les lois de l'esclavage. On pourrait penser qu'après l'énoncé des Dix Paroles, il fallait aborder les fondements, les choses essentielles, valables pour tous quelle que soit sa position sociale. Mais il semble que non. Peut-être le rédacteur cherche-t-il à ce que l'auditeur, imprégné des fondamentales dix paroles, puisse assouplir un peu son attention et se recentrer peu à peu pour aboutir à l'énoncé des célébrations fondamentales en fin de discours ?

Il n'empêche. Pour un peuple qui vient de sortir de l'esclavage d'Egypte, c'est étonnant d'entendre immédiatement cette notion pour organiser la société. Peut-être est-il indispensable de rappeler que l'esclavage, nécessité économique pour le pauvre, ne peut durer éternellement chez les Hébreux, limité à six ans sans contrepartie. Que l'homme est libre de rester esclave s'il le souhaite. Mais son maître peut aussi l'enchaîner pour toujours en lui donnant une femme dont il aura des enfants, sans possibilité de les récupérer , ou il doit les abandonner à leur sort. Le destin des femmes esclaves en dehors des esclaves sexuelles n'est pas clair : ont-elles la possibilité de s'affranchir si elles sont célibataires, comme pour l'homme ? Ce n'est pas dit ...

5.2.21

En cheminant avec la parasha (18) : Yitro : que faire d'une vérité ?

Yitro et Moïse, de James Tissot

 

La parasha qui contient les dix commandements s'appelle Yitro. 

Yitro, beau-père de Moïse, mais qui n'est pas hébreu. 

Yitro qui ramène la femme et les deux fils de Moïse, et pourtant c'est à Yitro seulement que Moïse s'adresse. 

Yitro qui écoute Moïse scrupuleusement, qui le croit, qui reconnaît la suprématie de son Dieu  et lui offre des holocaustes.

Yitro qui organise l'emploi du temps de Moïse afin qu'il échappe au burn out.

Mais Yitro qui repart vers son pays, Yitro ne connaîtra pas la révélation du Sinaï.

Que cela peut-il signifier ? Il existe une vérité, que l'on peut reconnaître et ne pas partager ? que l'on peut partager temporairement puis s'en retourner vers une autre dont on est issu, cependant qu'on en laisse une partie de sa famille en partage ? Une espèce d'anti-Ruth : Ton Dieu est le Dieu mais n'est pas mon Dieu ? Tolérance et respect sans pacte ni contrepartie 

29.1.21

En cheminant avec la parasha (17) : Bechala'h : un échec pour Dieu ?

 Dans cette parasha, non, je ne vais pas redire tout mon effarement de voir Dieu endurcir le cœur de Pharaon. Mais simplement me demander : cela a-t-il eu l'effet escompté ?

enluminure arménienne


Voici des peuples qui ont connu de grands effrois : la destruction massive, inexorable, du Dieu d'Israël sur un autre peuple que l'on a endurci pour mieux l'exterminer, ce jusqu'au bout : les Egyptiens avaient décidé de se sauver pendant l'ouverture de la mer "Fuyons devant Israël, car l'Eternel combat pour eux contre l'Egypte" (14:25). Mais non, ils furent endurcis et ainsi ils périrent. Ne serait-ce pas comme une leçon pour les autres peuples ? C'est ce qu'on pourrait croire: "A ces nouvelles les peuples s'inquiètent, un frisson s'empare des habitants de la Philistée. A leur tour ils tremblent les chefs d'Edom; les vaillants de Moab sont saisis de terreur, consternés tous les habitants de Canaan ..." (15 :14 à 16).  Pourtant, très vite,le convoi est attaqué, par Amalec, que l'Eternel veut éradiquer mais qui ne l'est pas. L'Eternel est-il tout puissant, qui laisse cet ennemi survivre ?

Et que penser de ses Israélites dont Dieu même se méfie : "le peuple pourrait se raviser à la vue de la guerre et retourner en Egypte (13 : 17) ": des geignards, qui malgré tout ce qu'ils ont vu doutent encore et regrettent l'Egypte, sa végétation, son eau, sa nourriture. Peuple peu sympathique, ingrat, rêvant de sa servitude passée... quelle image il donne de lui-même, quel mérite mérite-t-il ?  

22.1.21

En cheminant avec la parasha (16) : Bo : et ça continue encore et encore

                                                    La mort du fils de Pharaon, tableau de Lawrence Alma-Tadema
 

Tu croyais avoir tout vu ? Il paraît bien que non ! Et on le répète trois fois, comme si tu ne pouvais t'en rendre compte toi-même : tout ce que la grêle a épargné, les sauterelles le détruisent en créant leur nuit de myriades... à laquelle succède une nuit de trois jours, mais de toute façon que reste-t-il à voir ? 

Enfin pour finir on te parle de la mort de tout premier-né, animaux compris. Comme s'il restait encore des animaux, ou des chiens pour aboyer. De toute façon, tes cris couvriront leurs gémissements quand ton fils ainé mourra devant toi, car tu n'avais plus d'animaux pour teindre le linteau de ta porte avec son sang.

Alors ton voisin hébreu s'approchera de toi, et te demandera de l'or, de l'argent, des habits. 

Il ne te restera rien, rien que les yeux pour pleurer

Dans la Bible, on parle toujours des malheurs de Job, mais Dieu se contente de laisser faire le Malin. Alors qu'ici, c'est Dieu qui envoie les fléaux, et pire encore qui endurcit le cœur de Pharaon, pour qu'il ne cède pas, pour que les malheurs s'abattent sur le peuple égyptien.

Je ressors de ces deux parashas hébétée, abasourdie, assommée de ces richesses que je n'ai pas méritées, de ces destins détruits ...

17.1.21

En cheminant avec la parasha (15) : Vaèra


Imagine toi paysan.  Tu te lèves un matin, pour aller à la pêche. Le fleuve est rouge. Les poissons, tous crevés, remontent à la surface. Tu accuses Monsanto et tu rentre chez toi, sauf que tu n'as plus rien à boire que l'eau qui te reste dans la cruche. Tu te mets à creuser un puits, pour ne pas crever, en attendant que la situation redevienne normale.

Au bout de sept jours, tu te rends au fleuve. Ouf, il n'est plus rouge. Mais un grouillement inhabituel attire ton attention. De l'eau surgissent des centaines de grenouilles, qui envahissent tout : ton four, ton  pétrin, ton  lit. A force de les écraser, tout devient gluant, glauque, immonde. Puis elles périrent d'elles-mêmes. Tu en fais de grands tas puants. 

Est-ce cette infection qui produisit la suite ? La vermine commence à te recouvrir, toi puis tous tes animaux. Ton corps n'est que plaie grouillante, le dégoût et la peur te poursuivent et te hantent. Qu'arrive-t-il en ce pays ?

Exsangue est ton  corps, exsangue est ton  âme, tant que quand les hordes de loups, renards et autres lynx envahissent ton  domaine, tu n'as même plus la force de te lever, juste de barricader ta porte pendant qu'ils dévorent ton  pauvre bétail affaibli. Et puis, ils s'évanouissent, tu ne sais comment.

Cependant, une étrange maladie sans aucun symptôme se répand parmi ton  bétail, et pas un ne reste vivant. 

Le reste des animaux semblent épargnés, mais c'était trop vite en besogne : ils se couvrent de pustules et ils te contaminent, à ton  tour.

Puis le service Météo lance une alerte de niveau rouge, et il faut rentrer tout ce qu'il reste des survivants des pustules et des fauves, car un immense orage de grêle s'abat sur le pays, tuant tout ce qui n'est pas à l'abri. Et le désastre s'étend au monde végétal : plus une plante, même les plus gros arbres ! Tout est détruit dans le fléau, en particulier lin et orge : tu ne pourras bientôt même pas vêtir  ce qu'il te reste de corps...

Il te reste encore tes yeux pour pleurer sur ce qu'il reste de tes mains grevées par la vermine et les pustules ...

10.1.21

En cheminant avec la parasha (14) : Chemot : anonymes

Juan MANCHOLA Moïse abandonné sur le Nil, 1858

 Avec cette parasha commence le Livre de l'Exode, en hébreu Chemot, les Noms. Car il commence avec les noms de ceux de la famille de Jacob qui sont en Egypte.

Or curieusement, le récit commence sans nous donner de noms : un nouveau roi qui n'a pas connu Joseph, le père de Moïse, la mère de Moïse, la sœur de Moïse, la fille de Pharaon : pas de nom. Moïse lui même attend le verset 2,11 pour être nommé par la fille de Pharaon. Le beau-père de Moïse  est nommé par un premier nom, puis par un autre. Et la femme de Moïse lui donne des fils qui ne sont pas nommés. Moïse lui-même, déclare qu'il ne connait pas le nom du Dieu qui lui est apparu, et c'est là que Dieu se décide à se nommer lui-même...