Ces petits gestes traditionnels me relient au passé, à mes disparus. La galette des Rois chaque année avec les amis de Cagnes-sur-Mer, les crêpes que mon père savait si bien faire sauter. Ce sont les rares bons souvenirs avec mes parents. Ma mère ne manquait jamais de m'offrir du muguet et de même je lui en offrais, jusqu'à la fin elle a eu son bouquet sur la table de chevet de sa maison de retraite. Les roses multicolores du marché au fleur, le panettone de Noël, ce sont les derniers liens que nous avons partagés, bien après que ma mère ne fasse plus sa tarte aux pommes dont je ne retrouverai jamais le goût en vrai mais qui reste gravée dans ma mémoire tellement fort que je peux le reconstituer dans ma mémoire rien que d'en parler ici.
5.5.24
Chakoul (3) : Pessah
Ces petits gestes traditionnels me relient au passé, à mes disparus. La galette des Rois chaque année avec les amis de Cagnes-sur-Mer, les crêpes que mon père savait si bien faire sauter. Ce sont les rares bons souvenirs avec mes parents. Ma mère ne manquait jamais de m'offrir du muguet et de même je lui en offrais, jusqu'à la fin elle a eu son bouquet sur la table de chevet de sa maison de retraite. Les roses multicolores du marché au fleur, le panettone de Noël, ce sont les derniers liens que nous avons partagés, bien après que ma mère ne fasse plus sa tarte aux pommes dont je ne retrouverai jamais le goût en vrai mais qui reste gravée dans ma mémoire tellement fort que je peux le reconstituer dans ma mémoire rien que d'en parler ici.
29.4.24
Chakoul (2) : compte à rebours
L'été où ma fille a commencé à ne plus me voir j'ai perdu une amie d'enfance. J'ai regardé sur mes photos de classe et c'est au CM1 que nous avons commencé à cheminer côte à côte. Puis au collège. Je n'étais pas vraiment dans sa sphère immédiate mais nous avions des amies communes. Ou plutôt j'avais des amies communes. Car tout le monde voulait être amie avec elle, maintenant on dirait qu'elle est très populaire : une beauté insolite, la fraîcheur même, avec des grandes boucles et une taille épaisse, ce qui n'était pas dans le canon de l'époque, mais si fraîche; elle était fraîche des pieds à la tête, dans tous ses accessoires, dans chaque recoin de sa chambre puis de sa maison, c'était la revue 100 idées à chaque image. Elle était toujours gaie, toujours pétillante. Mais il y avait toujours une distance avec elle, j'arrivais à l'attraper une fois tous les deux ans peut-être, puis elle avait toujours autre chose à faire, mais très polie, toujours gaiement. Je me souviens lui avoir réappris à poser la division quand elle a passé le concours d'instits, et elle est devenue bien sûr un maître-formateur très populaire, adorée des adultes et des enfants, avec tout plein d'idées pédagogiques délicieuses.
Et puis soudain, un an avant de prendre sa retraite, elle est morte. En dix jours. Un ami me prévient le lundi qu'elle vient d'être diagnostiquée après une fatigue chronique, et qu'elle va mourir. El le jeudi en huit on l'enterrait, ou plutôt on la crémationnait. Même à la cérémonie, il y avait un dresscode de bouquet que je n'avais pas su, j'ai donc été recalée et j'ai gardé pour moi mon joli bouquet de fleurs de mariée, j'ai pensé à la chanson de Brassens "avec mon p'tit bouquet ..."
Et je me dis, que ferai-je si c'était moi ? Partir discrètement, sans se revoir ? Finalement, ça ne changerait pas grand chose, surtout pour moi. Cela en vaudrait-il la peine ? Est-ce mon côté sadique qui me sussure cela, un désir de vengeance qui n'ose s'exprimer ? Que pourrait-on rattraper en dix jours ?
Il faudrait toujours vivre en se disant qu'il ne nous reste que dix jours. Trouver ce qu'il est important de faire, de régler avant la fin, de prendre le temps d'apprécier, de ne pas avoir à regretter ...
26.4.24
Chakoul (1) : Ouverture
"Pour toute nourriture il apporte son cœur.
Partageant à ses fils ses entrailles de père,
Dans son amour sublime il berce sa douleur ;
Et, regardant couler sa sanglante mamelle,
Sur son festin de mort il s'affaisse et chancelle,
Ivre de volupté, de tendresse et d'horreur."
En attendant, lorsque vous trouvez "comment dire dans un dîner que vos enfants ne veulent plus vous voir", il est rare que cela passe comme une lettre à la poste. Les regards deviennent gênés, confus. Pire que quand vous annoncez votre divorce. Une faute de goût. D'abord, tout de suite, on vous plaint.Ensuite, l'effroi emplit les interlocuteurs, un effroi fait d'une identification qui supplée souvent l'empathie. Plusieurs suites possibles :
C'est ce qui m'arrive. Je suis donc sans mot pour le dire. Avec la disparue je n'ai aucun moyen de communication, puisque les tables tournantes ne s'adressent qu'aux morts. Pas de téléphone, pas de courriel, pas d'instagram, pas d'adresse postale. Ke nada. Seul embryon de réconfort, je n'ai pas encore de procédure judiciaire contre moi non plus.
Dans ma tête, il me reste la conclusion de la sentence de la victime
"Mettre un trait final à cette relation, finalement, c'est plus simple"


