" Du haut-parleur s'échappait un solo de Gerry Mulligan. Je l'avais souvent entendu, autrefois. Tout en buvant lentement mon café bien chaud, j'ai fouillé dans ma mémoire et j'ai retrouvé le titre du morceau. C'était Walkin' Shoes, si ma mémoire était bonne. Il était interprété par un quatuor, sans piano, avec Chet Baker à la trompette. "
MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 60
"De retour du cimetière, je me suis arrêté comme d'habitude au café sans nom. J'avais l'impression d'être devenu le célibataire type d'un certain âge, qui suis ses habitudes à la manière d'un automate. Je me suis assis à ma place habituelle au comptoir. J'ai commandé le café noir habituel et un muffin nature (il n'y avait plus de muffin aux myrtilles, ce jour-là). La femme habituelle derrière son comptoir m'a souri comme d'habitude. De doux sons de guitare jazz provenaient du haut-parleur mais je ne connaissais ni le titre du morceau, ni le guitariste. Tout en écoutant vaguement la musique, j'ai bu mon café bien chaud, dégusté le muffin que j'ai coupé en petites portions. Oui, les muffins simples avaient aussi leurs qualités. "
MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 51
"Et comme toujours, du vieux jazz était diffusé à faible volume. Paul Desmond faisait exploser son saxophone alto. Cela m'a rappelé que, lors de ma première visite ici, le Dave Brubeck Quartet avait joué avec Paul Desmond comme soliste.
"You go to my head " ai-je dit pour moi-même.La femme, qui réchauffait mon muffin au four, a levé les yeux et m'a regardé. "Paul Desmond, ai-je dit. - La musique ? - Oui. Le guitariste est Jim Hall. -Je ne connais pas grand-chose en jazz, s'est-elle excusée en désignant le haut-parleur. C'est juste une station de jazz branchée sur le câble." Je pouvais le comprendre. Elle était trop jeune pour apprécier le son de Paul Desmond. J'ai savouré une bouchée du muffin tiède aux myrtilles qu'elle m'avait servi et bu une gorgée de café. Tout en regardant tomber la neige par la fenêtre, j'ai écouté Paul Desmond. Une très belle composition. "
MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 50
" Je suis allé au café sans nom près de la gare, et, comme les autres fois, j'ai bu un café bien chaud et mangé un muffin aux myrtilles tout en lisant le journal du matin, et en écoutant April in Paris d'Errol Garner diffusé par le haut-parleur du plafond. C'était devenu ma petite habitude du lundi. "
MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 47
"Depuis une enceinte au plafond était diffusée une musique de jazz relaxante, à un volume agréable. Un trio avec piano jouait une belle interprétation de Star Eyes, mais je n'ai pas reconnu qui était le pianiste. "
MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 46
"Et puis, tout à coup, aussi soudainement que si un oiseau avait surgi d'un fourré à mes pieds, je me suis rappelé le titre du standard de Cole Porter que javais entendu dans le café près de la gare : Just One of Those Things. Et, comme une incantation qui se serait collée aux parois de ma conscience, sa mélodie se répétait sans fin. "
MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 43
"Un vieux standard de Cole Porter, interprété par le Dave Brubeck Quartet, était diffusé à faible volume depuis un petit haut-parleur du plafond. Le solo de saxophone alto de Paul Desmond qui fait penser à un cours d'eau claire. Même si je connaissais bien le morceau, je ne parvenais pas à me souvenir du titre. Enfin, sans connaître le titre, c'était juste la musique idéale à écouter lors d'une matinée tranquille d'un jour de congé. Une belle et apaisante mélodie qui avait résisté à l'épreuve du temps. Je l'ai écouté distraitement pendant un moment, sans penser à rien. "
MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 42
"_ Si une jeune fille ou un jeune homme d'une vingtaiane d'années était tenté de déguster un highball en écoutant du jazz, quel musicien lui conseillez-vous pour commencer ?
_A la maison, oui, le jazz, c'est ce qu'il y a de mieux. Mais quand vous buvez un verre dans un bar, vous n'avez pas vraiment le choix. Pour répondre à votre question, je dirais Billie Holiday, mais je ne sais pas du tout si les jeunes sont encore capables de s'identifier à cette interprète.
"Regarde Thelonious Monk. Ses accords énigmatiques sont aucunement fruit d'une théorie ou d'un raisonnement, que nenni. Il a seulement ouvert bien grand les yeux et il s'est contenté de les puiser à deux mains dans l'obscurité de sa conscience. L'important est point de créer à partir de rien. Ce que tu dois plutôt faire, Messieurs, c'est de trouver celle qu'il te faut parmi leschoses qui sont déjà en ta possession."
Cet homme connaissait donc Thelonious Monk."
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 1, ch.22, L'invitation tient toujours, ed.Belfond
"Je préparai de la sauce tomate en écoutant ces sonates depuis la cuisine. Il me restait une grande quantité de tomates et je voulais les utiliser pour faire de la sauce avant qu'elles ne s'abîment.
Je fis bouillir de l'eau dans un grand faitout, plongeai les tomates dedans, enlevai leur peau, les détaillai au couteau, ôtai leurs graines, écrasai les chairs, puis je versai un filet d'huile d'olive dans une grande sauteuse en acier, rajoutai de l'ail et les mis à cuire un bon moment. J'écumai fréquemment. Du temps où je vivais avec ma femme, c'était une sauce que j'avais souvent concoctée. Cela prenait du temps, il fallait de la patience, mais c'était une tâche, par principe, simple. Pendant que ma femme était au travail, seul à la ciusine, je m'y attelais en écoutant des CD."
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur,Livre 1, ch.15, Ce n'est que le début, ed.Belfond,
"Puis je continuais droit vers le nord, sur l'autoroute, en écoutant le plaisant solo de blues de Milt Jackson.
MURAKAMI Haruki, Le meurtre du commandeur livre 1, ch. 2 Tout le monde finira peut-être par aller sur la lune, ed. Belfond
"Les branches du saule oscillaient sous la brise du début d'été. Dans une petite chambre sombre, quelque part à l'intérieur de Kino, quelqu'un allongeait la main pour la poser sur la sienne. Les yeux fermés, il sentit son poids, sa chaleur, sa douceur. C'était quelque chose qu'il avait oublié depuis très longtemps. Dont il avait été mis à l'écart." Le bar de Kino, Des hommes sans femme, MURAKAMI Haruki
"Elle était toute à la musique, buvant son brandy lentement sans dire un mot, complètement perdue dans ses pensées. Le silence ne semblait pas lui peser. Le brandy était le genre d'alcool qui s'accordait bien avec lui. En agitant son verre, elle prenait tout son temps pour humer les parfums, en admirer la couleur.
"Tout deux l'écoutèrent en silence. Quand il fut terminé, elle lui dit : "Pourriez-vous mettre l'autre face ?" Et c'est ce qu'il fit. Le bar de Kino, Des hommes sans femme, MURAKAMI Haruki
Ce soir-là, la femme entra seule dans le bar. Il n'y avait aucun autre client. La pluie tombait alors sans discontinuer. Quand elle ouvrit la port, l'air gorgé des parfums de la pluie et de la nuit s'engouffra à l'intérieur. Elle s'assit au comptoir, commanda un brandy, et demanda à Kino de mettre un disque de Billie Holiday. "Le plus ancien possible." Le bar de Kino, Des hommes sans femme, MURAKAMI Haruki
Il était évident que le comportement de ces hommes déplaisait fortement à Kamita - dont Kino ne connaissait pas encore le nom. Son visage resta imperturbable mais, de la main gauche, il se mit à tapoter sur le comptoir, comme un pianiste qui teste les touches du clavier. Je dois intervenir, pensa Kino. Ici, c'est moi le responsable. Le bar de Kino, Des hommes sans femme, MURAKAMI Haruki
"Splendide chanson n'est-ce pas ? La voix, les instruments acoustiques ... C'est à l'annonce du décès d'Antonio Carlos Jobim, le Brésilien dont je vous ai repassé une chanson hier, du moins il me semble que c'était hier, que l'Américain Michael Franks décida de sortir cet album, dans lequel figure ce morceau qui lui donne son titre. C'était en 1995." Radio Imagination, ch2, Seikô Itô, ed Actes Sud
Mon sifflement résonna magnifiquement dans cet entrepôt réfrigéré où rien ne lui faisait obstacle. Un peu réconforté, je sifflai les quatre mesures suivantes. Et quatre autres encore. J'avais l'impression que chaque flipper dressait les oreilles pour mieux m'entendre. Même si, bien sûr, personne ne remuait la tête, personne ne frappait du pied. pourtant, ma mélodie atteignit les quatre coins du dépôt avant de s'éteindre.
MURAKAMI Haruki, Flipper, 1973, ch.22, ed. Belfond
Je refermai la fenêtre, insérai une cassette de Charlie Parker, et commençai à traduire Quand les oiseaux migrateurs dorment-ils ?
MURAKAMI Haruki, Flipper, 1973, ch.7, ed. Belfond
Je sifflai en même temps que le long solo de Stan Getz sur "Jumping with Symphony Sid" et mon humeur s'en trouva nettement améliorée.
MURAKAMI Haruki, Flipper, 1973, ch. 7, ed. Belford