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27.2.25

Murs incertains (08) : spoiler

" Même adolescent, il m'arrivait de feuilleter la Bible de temps en temps. A un moment donné, c'est devenu une habitude. La lire fait réfléchir et j'en ai retiré bien des enseignements. Ce verset se trouve dans les Psaumes : "l'homme est semblable à un souffle, ses jours sont comme l'ombre qui passe"."
M. Koyasu s'est interrompu, il a ouvert la porte du poêle et a remis en ordre le feu avec la pince. Puis il a lentement répété le psaume comme pour se convaincre de quelque chose. "L"homme est semblable à un souffle, ses jours sont comme l'ombre qui passe."Ah... Vous comprenez ? L'homme n'est qu'un souffle éphémère, et ce qu'il est durant sa vie s'efface comme une simple ombre. Ah... Ces mots m'ont toujours captivé, mais je n'ai vraiment compris leur sens qu'après ma mort. Oui, nous les humains, ne sommes qu'un souffle éphémère. Et à présent que je suis mort, je n'ai même plus d'ombre avec moi."
J'ai regardé M. Koyasu dans les yeux sans dire un mot.
"Vous êtes toujours en vie, a-t-il dit alors. Alors faites-en le meilleur usage possible. Parce que vous avez toujours votre ombre noire avec vous. "

MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 38

18.11.24

Un monde presque parfait

 La vie est pleine de bizarreries merveilleuse.

En ce moment, j'apprends à lire des partitions bizarres, dans le système ashkenaze de l'Ouest (il y a une semaine je ne savais pas du tout que ce système existait, ni celui de l'est d'ailleurs) dont les mots sont dans une langue que personne ne parle plus mais qui a été recréée de toute pièce pour un pays lequel des milliers de personnes essaient de le rayer de la carte (from the river to the sea). Ce système je vais l'adapter à la musique modale sefarade quand j'en aurai assez compris. En attendant, je suis les cours d'un professeur britannique à l'accent parfait (je comprends tout !) par zoom, en compagnie de Corses, d'Ecossais, d'un gars de Melbourne pour qui c'est cinq heures du matin. Nous passons notre temps à transposer des syllabes chantées sur des mots. La Bible toute entière a été pour cela entièrement coloriée en bleu, jaune, vert et rouge par une très gentille dame qui pratique le système ashkenaze de l'est donc nous ne pouvons pas utiliser son audio, de toute la Bible aussi, mais oui, mais oui. Et tout cela entièrement gratuit, les couleurs, la Bible, les cours, la soirée, le zoom. Tout. Il ne faut jamais oublier que nous vivons dans un monde merveilleux.
Presque. Sur le site il y a un compteur qui compte les heures que certaines personnes passent dans des tunnels si tant est qu'elles sont encore vivantes ...
https://www.cantoreducator.com/downloads/torah/torah.shtm

2.9.24

"J'écoute et j'obéis" (attribué à Shéérazade)

 Etude sur le Chema Israël

J'apprends dans cette étude que le mot obéir n'existe pas dans la Torah.( Pour l'hébreu moderne, il a fallu emprunter à l'araméen)). Dans la Torah, on utilise "écoute".

2.8.24

De Luca, comme une évidence (4) : Comment as-tu pu ?

 "Dans une synagogue, tu pleures quand c'est à toi de lire la page du père qui monte sur la montagne avec le couteau et le feu. Comment as-tu pu, Avram avinu, Abraham notre père ?

Grandeur Nature, Erri de Luca, Grandeur Nature, p.40, ed. Gallimard NRF

1.8.24

De Luca, comme une évidence (3) : ligature

 "On parle couramment de sacrifice d'Isaac. Ce n'en fut pas un. Père et fils déscendent, allégés de la charge portée jusqu'au sommet. Derrière eux, une bête égorgée à la place brûle sur l'autel. 

En hébreu, l'épisode est appelé : ligature d'Isaac. Le nœud entre deux là haut est définitif. Détacher le fils ne peut effacer le geste précédent qui le ligotait. "

Grandeur Nature, Erri de Luca, Grandeur Nature, p.38, ed. Gallimard NRF

31.7.24

De Luca, comme une évidence (2) : péché originel


 

"La divinité a pourtant expliqué depuis le début qu'elle renonçait à l'omnipotence pour laisser sa liberté à la créature humaine. Elle consiste dans le choix entre obéir ou transgresser.

Dans le jardin d'Eden, après la transgression, la divinité discute avec les deyx indisciplinés. La théologie parle du péché originel, mais il ne co cerne pas seulement le couple débutant. Il comprend aussi leur artisan qui les a créés tels quels. Après la désobéissance, il ne les efface pas. Il ne les reprogramme pas. Il les garde comme ça. Le péché originel est sa marque de fabrique."

Préface, in Grandeur Nature, Erri de Luca,  ed. Gallimard NRF

2.9.22

Os du crâne (5) : des odeurs

 " (...) et la pièce s'emplit brusquement d'un parfum inconnu, pareil à une averse printanière arrosant les feuilles de marjolaine et de thym blanc.

Béni soit l'odorat, car la mémoire olfactive l'emporte sur les autres. Maudite soit la langue qui ne dispose pas des qualificatifs requis. Les autres sens possèdent le bleu, le flou, le bon, le salé, la voix d'un ténor et le rugueux. Les odeurs n'ayant ni termes ni noms, comme la douleur, elles sont forcées de recourir à des mots d'emprunt, de se souvenir et de se comparer : à des souffrances et des senteurs antérieures, des mots désuets dont les sons mystérieux suscitent en moi une trompeuse impression d'exactitude. Je puise la myrrhe, le nard, la gomme adragante, le ladanum et surtout l'aloès, lesquels n'existent que pour me permettre de prédire l'avenir. Une définition pouvant palier l'absence de substantif, je me bornerai à dire que l'aloès est une plante aromatique citée dans la Bible. Par métaphore, il désigne l'odeur qu'exhalent les reins d'une grande jeune femme aux cheveux emmêlés, enlaçant un jeune garçon à qui elle a sauvé la vie et dont elle vient de raser la tête, pendant qu'elle se touche et l'enduit de sa substance.

Y a-t-il au monde une langue ayant un terme capable d'exprimer cela ? Si oui, je la fais mienne. S'il existe un peuple qui la parle, c'est le mien, son Dieu est mon Dieu, sa terre, la mienne. Mais la langue de mon peuple n'a pas de mots pour dire la mémoire, la folie, la bêtise (...)

Meïr Shalev, Fontanelle, ch.7 ed. Gallimard

28.5.21

En cheminant avec la parasha (37) : Beha'alotekha : la femme est toujours coupable

 

Myriam, Anselm Feuerbach

Quel peuple de geigneurs ! Dans le désert, la manne offerte généreusement ne suffit pas aux Hébreux qui n'ont pas l'âme de vegans. Ils pleurent après la viande, après le poisson de leurs souvenirs. Moïse craque, il a bien raison, quel cadeau ce peuple ! Mais l'Eternel n'est guère patient non plus, et il se venge. Dans sa vengeance, il n'est guère juste : il en tue quelques uns après la chute des cailles, mais on ne dit pas quels sont ses critères; on ne sait pas non plus les critères pour punir Miriam de la lèpre, alors qu'Aaron aussi a péché avec elle : comme dit le proverbe populaire, les femmes savent toujours de quoi elles sont coupables ...

14.5.21

En cheminant avec la parasha (35) : Bemidbar : multitude

Les Israëlites se regroupant autour de la manne, Nicolas Poussin
 

Le livre Bemidbar, "au désert" commence par la parasha du même nom par un paradoxe : dans ce nommé désert, il y a tant de monde, qu'il va falloir le recenser  Compter pour catégoriser : telle ou telle tribu dans un point géographique du campement, les Lévites ayant scrupuleusement leur tache respective pour montage et démontage de l'Arche, toute inattention pouvant être occasion de mort ... Bien sûr, il n'est question ici que d'hommes, jeunes. Cela peut être l'occasion d'un dictionnaire de prénoms masculins, aux consonances magnifiques : Issakhar, Amishadaï, Eliassaph

7.5.21

En cheminant avec la parasha (34) : Be'houkotaï : le bruit d'une feuille

Dans la dernière parasha du Lévitique, nous assistons à la longue liste de ce qui nous attend si nous désobéissons à notre Dieu. La liste est longue est très dure, et en même temps, avec le recul du temps, Dieu n'a guère eu à intervenir, pour produire toutes ces catastrophes, l'homme s'est bien débrouillé tout seul ...
Un verset, le 36, a particulièrement attiré mon attention, avec une punition énoncée de façon particulièrement poétique :  "(...) poursuivis par le bruit de la feuille qui tombe, ils fuiront comme on fuit devant l'épée, ils tomberont sans qu'on les poursuive. "

En cheminant avec la parasha (33) : Behar : l'aide d'urgence en cas de crise

Picasso. Le vieux juif

 Je reprends ici mon travail sur la parasha, et en ce jour de la reprise de liberté de la circulation, les versets résonnent comme un rappel des temps, comme un rappel de la morale et de la place de l'homme, en particulier de l'homme aisé, dans la société.

L'assistance aux autres est absolument nécessaire, rappelée très fermement par Dieu  :"Si ton frère vient à déchoir, si tu vois chanceler sa fortune, soutiens-le, fût-il étranger et nouveau venu, et qu'il vive avec toi. N'accepte de sa part ni intérêt ni profit, mais crains ton Dieu, et que ton frère vive avec toi. Ne lui donne point ton argent à intérêt, ni tes aliments pour en tirer profit. Je suis l'Eternel votre Dieu, qui vous ai fait sortir du pays de Canaan, pour devenir votre Dieu." (25: 35-38)  Dieu nous a peut-être libérés de l'Egypte mais attention, Dieu va très loin dans son rappel ici : "Ils sont mes esclaves, à moi, qui les ai fait sortir d'Egypte" (25:42)

 Un rappel qui en suit un autre, le début de la parasha : Dieu va jusqu'à exprimer : "vous n'êtes que des étrangers domiciliés chez moi (25 : 23)". Dans quel contexte ? Celui de l'année sabbatique et de l'année du jubilé. "La septième année, un chômage absolu sera accordé à la terre, un sabbat en l'honneur de l'Eternel. Tu n'ensemenceras ton champ ni ne tailleras ta vigne (...) ce sol en repos vous appartiendra à tous pour la consommation : à toi, à ton esclave, à ta servante, au mercenaire et à l'étranger qui habitent avec toi ; ton bétail même, ainsi que les bêtes sauvages de ton pays, pourront se nourrir de tous ces produits. "(25 : 4-7). Dans ces années, point n'est question de disette, mais de l'angoisse de disette née de cette situation de repos de la terre pouvant être vécu par l'homme comme un abandon. Apprendre à avoir confiance, apprendre à partager, ce sont des vertus dont nous avons rêvé en début de confinement, mais qui peu à peu sont délaissées. Ou peu à peu s'intallent, dans cette vie d'après, les intérêts catégoriels, les divisions catégorielles. Par manque d'anticipation, avons nous négligé de prendre conscience de la sixième année : "Je vous octroierai ma bénédiction dans la sixième année, tellement qu'elle produira la récolte de trois années" (25 : 21). Installés sur la terre, nous avons oublié que nous y sommes seulement des locataires, que la possession n'est ni obligatoire de façon pérenne, ni éternelle, qu'elle doit donner lieu au partage, à l'empathie ... En ce moment, nous sommes durement rappelés à la réalité, mais voulons-nous être décillés ?

16.4.21

En cheminant avec la parasha (29) : Metsora'


Il est des oiseaux, miraculés, qui doivent cependant subir un traumatisme profond. Imaginez :

Devant vous, le pontife égorge votre compagnon de misère, oiseau comme vous, apportés ensemble comme offrandes : le sang coule et on y trempe de l'écarlate, du bois de cèdre, de l'hysope ... et vous. Tout dégoulinant, vous êtes secoué sept fois au dessus d'un individu couvert de pustules. Croyant venir le pire, vous recommandez votre petite âme d'oiseau à Dieu ... et bien non, on vous relâche, dans la campagne, sans indemnités, tout puant mais vivant ...
(lévitique , 14 : 5 à 8)

2.4.21

En cheminant avec la parasha (24) : Peqoude : l'installation de Dieu


© Oliver Denker


 Depuis deux parashas les détails minutieux de la construction de l'Arche se développent sous nos yeux dans les plus grands détails.

Enfin, juste avant le dernier paragraphe de notre parasha, c'est fini 40 : 33 : "et ainsi Moïse termina sa tâche"

et alors, vision saisissante, très cinématographique. Une phrase suffit. La nuée prend toute la place, de jour comme de nuit. 

"Alors la nuée enveloppa la Tente d'assignation, et la majesté du Seigneur remplit le Tabernacle." (40 :34)

26.3.21

En cheminant avec la parasha (26) : Tsav : le sang encore

Eglise de Travna (Slovaquie)
 

Les prêtres n'échapperont pas au sang de l'holocauste. Le rite est très solennellement inauguré par Moïse lui-même :

Dans la parasha, Moïse lave et habille lui-même Aaron et ses fils, réalise les sacrifices comme décrit dans la parasha précédente, puis :

"L'ayant immolé (le second bélier), Moïse prit de son sang, qu'il appliqua sur le lobe de l'oreille droite d'Aaron, sur le pouce de sa maon droite et sur l'orteil de son pied droit, et il répandit le sang sur le tour de l'autel. (...) Alors Moïse prit de l'huile d'onction et du sang (de la poitrine du bélier) qui était près de l'autel et en fit aspersion, sur Aaron, sur ses vêtements, puis sur ses fils et les vêtements de ses fils aussi ; il consacra ainsi Aaron,  ses vêtements, et avec lui ses fils et les vêtements de ses fils."

19.3.21

En cheminant avec la parasha (25) : Vayikra : sacrifices mode d'emploi


 Pour les carnivores, sans pudeur, genre film gore :

oblations :

" On immolera le taureau" ( le bouc, le bélier) "devant le Seigneur ; les fils d'Aaron, les pontifes, offriront le sang, dont ils aspergeront le tour de l'autel qui est à l'entrée de la Tente d'assignation. Alors on dépouillera la victime et on la dépècera par quartiers. Les fils d'Aaron le pontife mettront du feu sur l'autel, et disposeront du bois sur ce feu; puis les fils d'Aaron, les pontifes, arrangeront les membres, la tête et la graisse sur le bois, disposé sur le feu qui sera sur l'autel. On lavera dans l'eau les intestins et les jambes : alors le pontife fera fumer le tout sur l'autel comme holocauste, combustion d'un odeur agréable au Seigneur.

sacrifice rémunératoire :

"Il appuiera sa main sur la tête de sa victime, qu'on immolera à l'entrée de la Tente d'assignation ; puis les fils d'Aaron, les pontifes, arroseront de son sang le tour de l'autel. On présentera, de cette victime rémunératoire, comme combustion au Seigneur, la graisse qui recouvre les intestins, toute la  graisse qui y adhère : les deux rognons avec la graisse qui y adhère du côté des flancs puis la membrane qui tient au foie et qu'on ôtera avec les rognons. Et les fils d'Aaron feront fumer ces graisses sur l'autel, près de l'holocauste déjà placé sur le bois du brasier : combustion d'un odeur agréable au Seigneur.

en cas d'erreur d'un pontife ou du peuple : on immolera le taureau devant l'Eternel. Puis le pontife-oint prendra du sang de ce taureau et l'apportera dans la Tente d'assignation : le pontife trempera son doigt dans le sang, et il fera aspersion sept fois devant l'Eternel, vers le voile du sanctuaire ; le pontife mettra aussi de ce sang sur les cornes de l'autel où l'on brûle les parfums devant le Seigneur, et qui est dans la Tente d'assignation (...) Alors il prélèvera toute la graisse du taureau expiatoire :  la graisse qui s'étend sur les intestins, toute la  graisse qui y adhère ; les deux rognons avec la graisse adjacente du côté des flancs et la membrane du foie qu'il détachera avec les rognons. 

pour les végétarien, pour les oblations c'est beaucoup plus simple :

fleur de farine et huile, sans levain ni miel à brûler. 

Reste à savoir s'ils peuvent se faire pardonner leur péché !

12.3.21

En cheminant avec la parasha (23) : Vayakel : l'interdiction du feu


 Dans cette parasha, Dieu nous prive du feu pour Yom Shabbat : 35,3 :"Vous ne ferez point de feu dans aucune de vos demeures en ce jour de repos." C'est ici la première fois, et la seule mention. Chouraqui l'explique ainsi : "En profondeur, le feu est la moins imparfaite des représentations de la divinité : Adonai est un feu dévorant. Lui seul et aucune autre de ses manifestations ne doit purifier et régénérer ses fils le jour du shabbat".

C'est une des lois fondamentales du shabbat en tous les temps, ce qui engendra bien des soucis pour les Juifs pratiquants de diaspora, notamment les Ashkenazes qui inventèrent pour y palier le shabbes goy

5.3.21

En cheminant avec la parasha (22) : Ki-Tissa


 Parfois, le pessimisme aide à l'optimisme. C'est ce qui s'est passé pour moi dans cette parasha. C'est la parasha du Veau d'or. Voici que ceux qui ont connu l'esclavage en Egypte se mettent à adorer un veau fait de pendants d'oreilles ! Ceux qui ont connu les plaies du sang, des grenouilles, de la vermine, des bêtes sauvages, de la peste, des ulcères, la grêle, les sauterelles, l'obscurité, la mort des premiers nés. Ceux qui se sont enfuis devant l'obstination de Pharaon, ceux qui ont vu la mer s'ouvrir et se refermer, les colonnes de nuées, le fracas de Dieu, la manne. 

Je me souviens de tout cela lorsque je vois, je vis, le fléau à nos portes et les réactions de nos contemporains. Les complotistes, les sans-masques, ceux qui ont toujours autre chose à faire qu'à respecter les gestes barrières avec toujours une bonne excuse. On a les ancêtres qu'on mérite. Et il est bon, cette semaine, de rappeler le temps des plaies, de la mer des Joncs,  et de manger ce "pain" totalement indigeste chaque année, encore et encore,

19.2.21

En cheminant avec la parasha (20) : Térouma : du pain


 Dans Térouma, tous les détails de la construction de l'Arche Sainte sont minutieusement décrits. Toutes les matières sont des plus précieuses : or, bois précieux, étoffes précieuses, sculptures monumentales. La description en est presque lassante : tous ces détails ont-ils encore un sens pour nous, en intérêt pour ce monument si précieux, si chargé, totalement disparu et pas vraiment au programme de reconstruction. Pourtant, parmi tout cela, un petit détail, tout simple : sur une table en bois précieux, aux mesures exactes, recouverte d'or pur, bordée d'or, chassis bordé d'or, anneaux d'or pour les pieds, barres pour la porter en bois précieux recouvert d'or, toutes les pièces sont en or. Tout cela pour quel usage ? 

(25; 30) : "Et tu placeras sur cette table des pains de proposition, en permanence, devant moi" Du pain. Bien sûr, nous lirons plus loin que ces pains sont en fleur de farine. Mais tout de même. Du pain. En ce temps de manne céleste, le cœur du trésor de la table est le pain. L'irremplaçable pain que même non levé on se devait d'emporter en quittant l'Egypte. Le pain, absent d'aucunes fêtes. Le pain, la nourriture que l'on ne peut  refuser même à un pauvre. Le pain, cuit au four ou simplement à la chaleur du sable du désert. Le pain.

12.2.21

En cheminant avec la parasha (19) : Michpatim : esclave, pour toujours ?

                                                    Juif du Caire. Bruyn Cornelis
 


Avec cette parasha, on sort du récit biblique et commence l'énonciation des lois dictées par l'Eternel.

Sans ce long passage figurent des choses essentielles comme le rapport à autrui, à ses propriétés, à son bétail, ses rapports avec ses ennemis, les trois grandes fêtes. Mais les premières lignes m'intriguent : on commence par rappeler les lois de l'esclavage. On pourrait penser qu'après l'énoncé des Dix Paroles, il fallait aborder les fondements, les choses essentielles, valables pour tous quelle que soit sa position sociale. Mais il semble que non. Peut-être le rédacteur cherche-t-il à ce que l'auditeur, imprégné des fondamentales dix paroles, puisse assouplir un peu son attention et se recentrer peu à peu pour aboutir à l'énoncé des célébrations fondamentales en fin de discours ?

Il n'empêche. Pour un peuple qui vient de sortir de l'esclavage d'Egypte, c'est étonnant d'entendre immédiatement cette notion pour organiser la société. Peut-être est-il indispensable de rappeler que l'esclavage, nécessité économique pour le pauvre, ne peut durer éternellement chez les Hébreux, limité à six ans sans contrepartie. Que l'homme est libre de rester esclave s'il le souhaite. Mais son maître peut aussi l'enchaîner pour toujours en lui donnant une femme dont il aura des enfants, sans possibilité de les récupérer , ou il doit les abandonner à leur sort. Le destin des femmes esclaves en dehors des esclaves sexuelles n'est pas clair : ont-elles la possibilité de s'affranchir si elles sont célibataires, comme pour l'homme ? Ce n'est pas dit ...

5.2.21

En cheminant avec la parasha (18) : Yitro : que faire d'une vérité ?

Yitro et Moïse, de James Tissot

 

La parasha qui contient les dix commandements s'appelle Yitro. 

Yitro, beau-père de Moïse, mais qui n'est pas hébreu. 

Yitro qui ramène la femme et les deux fils de Moïse, et pourtant c'est à Yitro seulement que Moïse s'adresse. 

Yitro qui écoute Moïse scrupuleusement, qui le croit, qui reconnaît la suprématie de son Dieu  et lui offre des holocaustes.

Yitro qui organise l'emploi du temps de Moïse afin qu'il échappe au burn out.

Mais Yitro qui repart vers son pays, Yitro ne connaîtra pas la révélation du Sinaï.

Que cela peut-il signifier ? Il existe une vérité, que l'on peut reconnaître et ne pas partager ? que l'on peut partager temporairement puis s'en retourner vers une autre dont on est issu, cependant qu'on en laisse une partie de sa famille en partage ? Une espèce d'anti-Ruth : Ton Dieu est le Dieu mais n'est pas mon Dieu ? Tolérance et respect sans pacte ni contrepartie