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9.4.25

Murs incertains (41) : bibliothèque immatérielle

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Sur de hautes et longues étagères, des écrits de toutes époques et de tous pays étaient alignés à perte de vue. Mes yeux blessés n'étaient pas encore complètement rétablis, mais j'étais en mesure de lire tous ces livres sans aucune gêne. Parce qu'il s'agissait là d'ouvrages stockés à l'intérieur de la conscience, et que je ne lisais pas avec mes yeux, mais avec mon cœur. De l'Almanach agricole à Homère, de Tanizaki à Ian Fleming. Dans cette cité où il n'y avait pas un seul livre, c'était un plaisir sans fin que d'avoir accès librement et sans restrictions à ces livres dépourvus de formes matérielles et donc invisibles.

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MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, troisième partie, chapitre 69


8.4.25

Murs incertains (40) : un faux authentique

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"Avez-vous déjà lu le Papalagui ?"
C'est la question que m'a posée le jeune Yellow Submarine, alors que nous étions assis dans cette petie pièce au sous-sol de ma conscience, une bougie entre nous.
Oui, je l'avais lu quand j'étais jeune, mais je ne m'en souvenais pas dans les détails. Je me rappelais cependant qu'il s'agissait d'un chef d'une des îles Samoa qui racontait à son peuple ses expériences tirées de ses voyages à travers l'Europe au début du XXe siècle. 
"Oui, exactement. Mais on sait aujourd'hui que cette histoire est une fiction. C'est un écrivain allemand qui a interprété les récits d'un chef des mers du Sud pour en faire un livre. Lequel est donc un faux. A l'époque pourtant, il a été considéré comme un rapport authentique et ses lecteurs ont été très nombreux. Ce n'est pas étonnant. Car il s'agit bien d'une critique intelligente et humoristique de la civilisation moderne.
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MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, troisième partie, chapitre 68


7.4.25

Murs incertains (39) : quelque chose et rien

"De l'autre côté du monde, avant de venir dans la Cité fortifiée, j'avais vu le dessin animé Yellow Submarine. Je me souvenais aussi de la musique. Mais j'avais complètement oublié le film en lui même. Nous vivons tous dans un sous-marin jaune...  Cela signifiait à la fois quelque chose et rien. "

MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, troisième partie, chapitre 63


6.4.25

Murs incertains (38) : ce mur pouvait exister

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Fermina Daza ne comprenait pas pourquoi on ne la recueillait pas alors qu'elle semblait en détresse, mais le capitaine lui expliqua qu'elle était le fantôme d'une noyée qui envoyait des signaux trompeurs afin d'attirer les bateaux vers les dangereux tourbillons de l'autre rive. (Gabriel Garcia Marquez, l'Amour au temps du choléra)

L'écrivain colombien Garcia Marquez n'estimait pas nécessaire la distinction entre les vivants et les morts. Qu'est-ce qui était réel et qu'est-ce qui était irréel ? Ou plutôt, y avait-il vraiment dans ce monde quelque chose qui séparait le réel de l'irréel ?
Je pense que ce mur pouvait exister. Non, il existe, sans aucun doute. Mais il s'agit d'un mur de totale incertitude. Selon la situation et selon l'adversaire, sa rigidité change constamment. Sa forme change. A l'instar d'un être vivant.

MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 61


5.4.25

Murs incertains (37) : recluse

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"Je peux faire de petits achats en ligne et me faire livrer et me faire livrer ce dont j'ai besoin pour le café. Ici, dans la rue commerçante, je trouve de quoi pourvoir à mes besoins du quotidien, ce qui m'évite de sortir souvent. Cette vie de recluse me rappelle le film tiré du Journal d'Anne Franck, celle qui vivait dans sa cachette à Amsterdam. Plafond bas et petite fenêtre...
- Mais personne ne vous pourchasse et vous n'êtes pas obligée de vous cacher. Vous vivez une vie que vous avez choisie.
-Oui, mais pour qui loge dans un si petit espace et dont les seuls allers-retours se font entre le rez-de-chaussée et le premier étage surgit inévitablement l'illusion d'être poursuivi obstinément par quelqu'un ou quelque chose, et de vivre en se cachant d'un danger imminent. "

MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 61


2.4.25

Murs incertains (35) : et si c'était vrai aussi pour Murakami ?

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"Dans ses histoires, le réel et l'irréel, les vivants et les morts ne font qu'un, tout se mêle, a-t-elle commenté. Comme s'il s'agissait d'événements quotidiens qui vont de soi. 
- C'est ce que souvent on appelle le réalisme magique, ai-je remarqué.
- Oui, c'est vrai. Toutefois, si ces histoires relèvent du réalisme magique  selon les normes critiques, pour Garcia Marquez lui-même, ne représentaient-elle pas du réalisme ordinaire ? Car dans le monde dans lequel il vivait, le réel et l'irréel se mélangeaient tout naturellement, et il décrivait les choses telles qu'il les voyait."
Je me suis assis sur le tabouret à côté d'elle. "Vous voulez dire que dans son monde, le réel et l'irréel se juxtaposent, coexistent à valeur égale, et que Garcia marquez n'est que leur chroniqueur ? 
- Oui, je pense. Et j'adore cette posture dans ses romans. "

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MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 61


31.3.25

Murs incertains (34) : citation



"Elle lisait. Non pas un livre de poche mais un épais ouvrage relié. Elle l'a fermé et m'a souri. D'après son marque-page, je pouvais voir qu'elle l'avait presque terminé. 
"Qu'est-ce que vous lisez ? ai-je demandé en enlevant mon duffle-coat et en l'accrochant au porte-manteau
- L'Amour au temps du choléra, a-t-elle répondu.
- Vous aimez Garcia Marquez ?
-Oui, beaucoup. D'ailleurs, j'ai presque tout lu de lui. Mais j'aime particulièrement ce roman. Je le lis pour la deuxième fois. Et vous ?
- Je l'ai beaucoup lu quand j'étais plus jeune. Dès la parution de ses livres.
- J'aime tout spécialement ce passage.

"Fermina Daza et Florentino restèrent dans la cabine de commandement jusqu'à l'heure du déjeuner, une fois passé le village de Calamar qui, à peine quelques années auparavant, était une fête perpétuelle et n'était plus aujourd'hui qu'un port en ruine aux rues désolées. Une femme vêtu de blanc et qui agitait un mouchoir fut le seul être vivant qu'ils aperçurent depuis le navire. Fermina Daza ne comprenait pas pourquoi on ne la recueillait pas alors qu'elle semblait en détresse, mais le capitaine lui expliqua qu'elle était le fantôme d'une noyée qui envoyait des signaux trompeurs afin d'attirer les bateaux vers les dangereux tourbillons de l'autre rive. Ils passèrent si près d'elle que Fermina Daza la vit dans ses moindres détails, se découpant bien nette contre le soleil, et elle ne mit pas en doute la réalité de sa non-existence, bien qu'il lui sembla reconnaître son visage." 
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MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 61


29.3.25

Murs incertains (33) : bonne mémoire

" Du haut-parleur s'échappait un solo de Gerry Mulligan. Je l'avais souvent entendu, autrefois. Tout en buvant lentement mon café bien chaud, j'ai fouillé dans ma mémoire et j'ai retrouvé le titre du morceau. C'était Walkin' Shoes, si ma mémoire était bonne. Il était interprété par un quatuor, sans piano, avec Chet Baker à la trompette. "


MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 60


22.3.25

Murs incertains (27) : trou de mémoire


"D'après mes connaissances limitées en musique classique, Alexandre Borodine appartenait au groupe dit des "cinq". Qui d'autre en faisait partie ? Moussorgski, Rimski-Korsakov, et je ne me souvenais pas des autres. En mettant de l'ordre dans le réfrigérateur, je tentais de me rappeler leurs noms, mais impossible. Bon, de toute façon, cela n'avait aucune importance.
Je suis parti de chez moi à 17h30. Pendant la journée, le temps était doux, annonçant déjà le printemps, mais le soir venu, un vent soudain soufflait, tellement froid qu'on aurait dit que l'hiver voulait reconquérir son territoire perdu. Les mains dans les poches de mon manteau, je me suis dirigé vers la gare. Sans raison particulière, j'ai imaginé Borodine jouant une belle mélodie dans sa tête en même temps qu'il se livrait à une expérience chimique compliquée. "

MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 58


21.3.25

Murs incertains (26) : des chimistes et de la musique



"Ensuite, j'ai repassé quelques chemises et des draps en écoutant à la radio un quatuor à cordes d'Alexandre Borodine. Le repassage des draps prend du temps.
Le présentateur de la radio a expliqué qu'autrefois, en Russie, Borodine était plus connu et respecté comme chimiste que comme musicien. A mes oreilles, le quatuor à cordes ne résonnait en rien comme s'il avait été créé par un chimiste. Mais on aurait peut-être pu dire que  les douces mélodies et les suaves harmonies étaient le résultat d'une alchimie réussie."

MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 58


17.3.25

Murs incertains (22) : fond sonore


 

"Quand j'ai allumé la radio a retenti un Concerto pour viole d'amour de Vivaldi, interprété par l'ensemble I Musici, que j'ai écouté sans vraiment l'écouter. "

MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 52

15.3.25

Murs incertains (20) : utopie colorée


"Je l'ai imaginé franchissant la porte de la Cité fortifiée, je l'ai imaginé yvivre sa vie. Peut-être était-ce "son" Pepperland. Pepperland est l'utopie colorée qui apparaît dans le film Yellow Submarine. Plutôt que de continuer à vivre dans ce monde réel qui -apparemment- ne lui offrait pas de place, ce garçon de seize ans cherchait à entrer dans un autre monde- avec tout son cœur, tout son sérieux. "

MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 50

12.3.25

Murs incertains (17) : muffin




"Et comme toujours, du vieux jazz était diffusé à faible volume. Paul Desmond faisait exploser son saxophone alto. Cela m'a rappelé que, lors de ma première visite ici, le Dave Brubeck Quartet avait joué avec Paul Desmond comme soliste.
"You go to my head " ai-je dit pour moi-même.La femme, qui réchauffait mon muffin au four, a levé les yeux et m'a regardé.
"Paul Desmond, ai-je dit.
- La musique ?
- Oui. Le guitariste est Jim Hall.
-Je ne connais pas grand-chose en jazz, s'est-elle excusée en désignant le haut-parleur. C'est juste une station de jazz branchée sur le câble."
Je pouvais le comprendre. Elle était trop jeune pour apprécier le son de Paul Desmond. J'ai savouré une bouchée du muffin tiède aux myrtilles qu'elle m'avait servi et bu une gorgée de café. Tout en regardant tomber la neige par la fenêtre, j'ai écouté Paul Desmond. Une très belle composition. "

MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 50

11.3.25

Murs incertains (16) : habitude


" Je suis allé au café sans nom près de la gare, et, comme les autres fois, j'ai bu un café bien chaud et mangé un muffin aux myrtilles tout en lisant le journal du matin, et en écoutant April in Paris d'Errol Garner diffusé par le haut-parleur du plafond. C'était devenu ma petite habitude du lundi. "

MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 47

10.3.25

Murs incertains (15) : un sous-marin jaune (2)




"Mes recherches m'ont donné envie de revoir Yellow Submarine (plus de vingt ans s'étaient écoulés depuis que je l'avais vu et j'en avais à peu près tout oublié). Je suis donc allé à l'unique magasin de locations de vidéos, devant la gare, mais ce film n'était pas disponible. Les seuls des Beatles proposés sur les étagères étaient A Hard Day's Night et Help ! "

MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 47

9.3.25

Murs incertains (14) : un sous-marin jaune (1)

"Lorsqu'il ne portait pas son sweat avec l'image du Yellow Submarine, il avait un autre sweat à capuche, marron, orné du personnage du film. C'était une étrange créature au visage bleu, aux oreilles roses et à la fourrure brune. J'avais vu le film mais je ne me souvenais plus du nom de ce personnage. C'était le Nowhere Man, qui vivait au Nowhere Land. La chanson que chantait John Lennon. Malgré mes efforts, impossible de me souvenir de son nom. 
A la maison, j'ai fait des recherches en ligne sur ces personnages et j'ai découvert que le nom de cette curieuse créature au visage bleu était "Dr Jeremy Hillary Boob". Boob est pianiste, botaniste, humaniste, dentiste, physicien, satiriste ... bref, un homme capable à la fois de tout et de rien ... "

MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 47

7.3.25

Murs incertains (13) : version relaxante, volume agréable



"Depuis une enceinte au plafond était diffusée une musique de jazz relaxante, à un volume agréable. Un trio avec piano jouait une belle interprétation de Star Eyes, mais  je n'ai pas reconnu qui était le pianiste. "

MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 46

6.3.25

Murs incertains (12) : littérature japonaise


 

Prenez par exemple Avant l'Aube, de Tozon Shimazaki. Il pourrait vous le réciter mot pour mot, du début à la fin. Il mémorise tout, même quand il s'agit, comme dans ce cas, d'un roman assez volumineux. Mais je ne pense pas qu'il comprenne ce que le livre essaie de transmettre au lecteur ou ce qu'il signifie dans l'histoire littéraire japonaise.

MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 45

5.3.25

Murs incertains (11) : titre retrouvé



"Et puis, tout à coup, aussi soudainement que si un oiseau avait surgi d'un fourré à mes pieds, je me suis rappelé le titre du standard de Cole Porter que javais entendu dans le café près de la gare :  Just One of Those Things. Et, comme une incantation qui se serait collée aux parois de ma conscience, sa mélodie se répétait sans fin. "

MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 43

1.3.25

Murs incertains (09) : pierre de qualité


C'était une pierre tombale très lisse, sans aucun ornement. Plate et lisse comme le monolithe de 2001 : l'Odysée de l'espace.  

MURAKAMI Haruki, La cité aux murs incertains, ed. Belfond, deuxième partie, chapitre 42