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2.10.24

Lecture : Nuage et eau (3) : la planète Japon

 "On dit parfois que le Japon est la planète la plus proche de la Terre. "

Entre nuage et eau, de Tozan, chapitre , ch.6, ed. Equateurs

21.11.20

My favorite things (33) : Corona (5)

 1. Lectures:
Recette pour temps de froid

"Dans la cuisine j'ai préparé une limonade chaude. J'avais mis à macérer dans du miel du citron, du gingembre, de la cannelle, des clous de girofle et de la cardamone ; dans les semaines à venir, je pourrai faire du vin chaud avec cette préparation, en ajoutant du vin rouge."

OGAWA Ito, La république du bonheur, ch. Riz au mukago, p190

2. Estampes

Hokusai. Le coquillage violet

3. Musique
Apparemment, la vielle n'est pas inconnue du peuple juif ...






16.11.20

My favorite things (31) : Corona (3)

 1.J'ai trouvé un endroit pour me confiner :

"Le verbe grec kalyptein signifie "cacher". Calypso est donc littéralement "celle qui cache". Elle le cache au beau milieu de la mer, au milieu de nulle part. Et sur cette île perdue au milieu de nulle part, elle vit dans une caverne, et cette caverne est entourée d'arbres, des cyprès, des peupliers et des aulnes, avec des massifs de plantes aromatiques à l'arrière et des chouettes hululant dans les arbres (...) C'est un espace sombre, clos, fertile, dérobé. "

Une Odyssée, ch.Télémachie, Daniel Mendelsohn

2. J'aurais bien aimé aussi me confiner là, mais il semble qu'il y ait déjà beaucoup de monde

Hiroshige, Hakone

3. Cuisine : un air du pays sur la côte Est des Etats Unis : 

"D'ailleurs, elle m'a aussi appris bien des choses en matière culinaire : je me rappelle ce jour où je restai bouche bée devant une cassolette de linguinis recouverte d'un sauce qui - miraculeusement pour moi qui n'avait jamais mangé de pâtes qui ne sortent pas d'une boîte - n'était pas rouge mais verte, une sauce au nom italien qu'elle préparait avec des feuilles fraîchement cueillies dans son jardin, un petit carré à l'arrière de sa maison, dans lequel elle se promenait, coupant des herbes et chantonnant pour elle-même comme une sorcière surgie de quelque vieille légende."

Une Odyssée, ch.Télémachie, Daniel Mendelsohn


1.11.20

My favorite things (30) : automne (11)

 1. Lectures

"J'avais été un peu déçue par l'écriture de Kawabata. Les caractères étaient serrés sur la droite - comme le contenu d'un bento trop longtemps transporté de travers. "

La république du bonheur. OGAWA Ito

2. Statues de ma voisine

Sainte de salon (Canaux)



3. Fruits de saison
Les kakis si chers à mon cœur. Il y a 12 ans, ils furent mon plus joli cadeau de mariage dans le Kanagawa.

4. Il est certainement recouvert de neige aujourd'hui


5. Quand pourra-t-on retourner danser ?

25.10.20

My favorite things (23) : automne (12)

 1. Lectures 

"Maintenant que je le savais, je brûlais d'envie de lui écrire. Je n'avais pas le temps de choisir du papier et un crayon; j'ai attrapé un stylo Uni qui traînait pour vite livrer mes sentiments au papier. Si j'avais fait un brouillon, l'essence de ma pensée se serait évaporée, il me fallait écrire d'un jet. "

Le bonheur retrouvé, OGAWA Ito, ch. Riz au mukago

2. Statues de ma voisine

J'ai commencé une collection de statue de ma voisine. 
Celle d'Aups est d'une élégance raffinée, tout dans le détail ...


3. Association des Royaumes de Savoie et du Comté de Nice

Musiques et souvenirs

23.10.20

My favorite things (22) : automne (11)

 1. Lectures

"j'avais choisi une encre verte. Dans mon travail habituel, je n'ai pas vraiment l'occasion d'utiliser cette couleur. Pour ainsi dire jamais. Mais quand j'avais écouté Madame Bernard-l'ermite parler, ses mots m'étaient apparus dans des tons verts"

Le bonheur retrouvé, ch. Riz au mukago, OGAWA Ito

2. Un p'tit coin de paradis. Roquebrune (suite)

Un tout petit bas-relief 


3. Musiques
Ils ne sont plus là mais il reste la musique ...




22.10.20

Tendances (09) : automne (10 )

 1. Mon ami Christian a rêvé cette nuit. Je me souviens, quand je me suis retrouvée seule, l'épreuve des nuits. Harassée de chagrin, je m'endormais sans somnifère. Et pourtant, les rêves me faisaient appréhender la nuit. Je ne faisais aucun cauchemar, pas de tourments sur les sentiments trahis, sur les douloureux règlements de la séparation. Des voyages, des visites, des randonnées, du comme avant. Au réveil, le comme avant est insupportable, insoutenable, il n'y a plus qu'à fondre dans les larmes, déjà, dès le réveil, en attendant les autres registres au fil de la journée. Encore maintenant, quinze ans se sont passés, pas une semaine ne passe où il est dans mes rêves; juste là, m'accompagnant, pas d'interférence, il est juste là comme une évidence. Au réveil, je peste ; pourquoi ? pourquoi ne rêvè-je pas de l'homme qui partage mes jours dans cette douce vie intime ?  Pourquoi suis-je encombrée de celui qui n'est plus que l'ombre de celui que j'ai tant aimé et l'ombre de lui-même, mais qui a laissé la place, inexistante dans le monde éveillé ? Il y a dans le rêve quelque chose d'injuste, et personne chez qui déposer de recours ...

2. Hier, cérémonie à la Sorbonne en la mémoire de Samuel Pati, retransmise sur la chaîne nationale. Des chroniqueurs sont invités, pour nous apprendre sans doute comment il faut penser. Des chroniqueurs, une femme imam. Et c'est reparti pour un tour.  Juste pendant le temps de la cérémonie, ç'aurait été bien qu'ils  n'aient pas en tête la seule idée de padamalgam. Juste le temps de la cérémonie, se mettre un peu dans la peau de l'autre assassiné et mettre son soi de côté. Juste un peu fermer sa gueule, même aller jusqu'à avoir honte, ça ne peut pas faire de mal pour qu'on y croie, à cette sincérité.

3. Lectures
"L'écriture n'est pas qu'une question superficielle de beauté ou de laideur, ce qui compte c'est le cœur qu'on y met. De la même façon que le sang coule dans les veines, si l'écriture exprime sincèrement nos intentions, le destinataire le sent. J'en suis convaincue."
Le bonheur retrouvé, OGAWA Ito, ch. Boulettes à l'armoise

4. A Flayosc, tu es prévenu

8.10.20

Tendances (07) : automne (6)

1.Randonnées : Le ballet incessant des hélicoptères nous rappelle sans cesse le désastre de nos vallées. Le préfet a interdit l'accès à toutes les forêts pour le week-end, même loin des inondations : les hélicoptères et les secours sont réservés aux sinistrés et le préfet a énoncé clairement qu'il n'était pas question de passer son temps ce week-end à secourir des randonneurs après tout ce qui s'est passé.

En attendant il reste les petits paradis (Roquebrune)



2. Ce matin, mon ami Christian a publié sur son blog un texte très émouvant illustré d'un très morceau de Vivaldi. J'ai toujours beaucoup de mal avec les contreténors. D'abord parce qu'ils sont assez souvent de mauvais ténors recyclés. Ensuite :  s'ils sont bons, le public leur trouve un angélisme inégalé; pour parler vrai, cela me révolte. D'abord parce que la musique, ce n'est ni par des anges ni pour des anges. La musique ce sont des tripes, des hormones, des sentiments, de la vie quoi ! C'est sans doute pour cela qu'on a mis les femmes de côté, interdites de concerts, de théâtre, remplacées par des hommes ou pire encore par des petits garçons. 
Heureusement, il y a Cécile Bartoli

3. Lectures

"La guerre nous a appris, à notre étonnement, que la vie la plus atroce n'en était pas moins la vie. Dans les ghettos et dans les camps, les gens s'aimèrent, chantèrent des chansons sentimentales, débattirent des programmes des partis politiques. Il y avait des cours du soir pour apprendre le français, et l'après-midi, les gens prenaient le café -s'ils  en avaient. Au seuil de la mort, un homme recousait encore ses boutons. Et point n'est besoin de rappeler que les enfants jouaient. Plus proche était la mort, plus grand était le refus d'admettre son existence."

Aharon Appelfeld, L'héritage nu, 2e conférence, p59

4. On peut trouver encore des prunes.

Gyoshû Hayami. Bol à thé et fruits


8.9.20

My favorite things (13) : week-end (01)

1.Petit paradis : Roquebrune (1)


2. Lecture 

"Là encore, cependant, la réaction du public ne fut pas immédiate. En effet, l'annonce que la troisième semaine de peste avait compté trois cent deux morts ne parlait pas à l'imagination. D'une part, tous peut-être n'étaient pas morts de la peste. Et, d'autre part, personne en ville ne savait combien, en temps ordinaire, il mourait de gens par semaine. "

Alber Camus, La peste, ed. Folio p77

3. Apprendre à la tombée de la nuit à dessiner avec Sylvie T. et à la fin du jour à peindre avec Valérie Eguchi

 



6.9.20

Tendances (03)

1. Lecture 

"Malgré ces spectacles inaccoutumés, nos concitoyens avaient apparemment du mal à comprendre ce qui leur arrivait. Il y avait les sentiments communs comme la séparation ou la peur, mais on continuait aussi à mettre au premier plan les préoccupations personnelles. Personne n'avait encore réellement accepté la maladie. La plupart étaient surtout sensibles à ce qui dérangeait leurs habitudes ou atteignait leurs intérêts. Ils en étaient agacés ou irrités et ce ne sont pas là des sentiments qu'on puisse opposer à la peste. Leur première réaction, par exemple, fut d'incriminer l'administration. "

Albert Camus, la Peste, ed. Folio p76

2. Bien que je sois plutôt obsédée par les petits bonheurs, de temps en temps, je suis ramenée à la réalité du monde par quelque horreur répétitive. Attentat de Charlie Hebdo ? Incendie de Notre-Dame ? Que nenni ... Dans un petit coin de campagne française, quelqu'un a trouvé une occupation divertissante et sans risque immédiat et aussitôt il trouve des followers, ou mieux, des copieurs, des fans, des imitateurs, et une ligue se crée. Le seul avantage de ce genre de récit, c'est que cela m'aide à comprendre comment le mal se propage dans le monde, un p'tit coup de rappel, même si la période n'est pas vraiment propice à être béat.

3. Heureusement , il y a l'ukiyo-e pour poursuivre son chemin


4. ... et puis les plantes. La vitalité, la puissance dans une toute petite chose qu'on plante au sens premier du terme. Saurez-vous trouver quelle est celle-là, dont le destin n'était certainement pas d'être en feuille sur mon balcon ?

19.7.20

My favorite things (1) : vacances (1)

Le saint du jour : Notre-Dame des Vernettes.


A la montagne, on achète des masques sur les marchés que personne ne met.


Peut-être en France on pense que les écrivains japonais sont bons parce qu'ils sont différents. Donc ils peuvent être glauques, écrire des romans où il ne se passe rien, ou l'héroïne, inutile, totalement inoccupée, totalement incapable d'aimer rien ni de s'intéresser à rien  et ne fait rien qu'à picoler, c'est être sublime, délicat ou simplement ... japonais. Le top, donner un titre et une couverture qui n'a rien à voir avec l'intérieur. Pas la peine de tenir jusqu'au tiers du roman (et c'était dur), passez il n'y a rien à voir ...

Ici, au cœur des montagnes, au milieu de rien que de la beauté,  il y a des animaux et des gens qui travaillent pour nous. Le résultat, beaufort de l'alpage, est inimaginable sans avoir goûté. Une vraie démonstration que le discours vegan insupportable d'abstinence de fromage est bullshit (sens propre).

4.11.18

Chroniques désordonnées au pays nippon de l'olive et autres délices (1) : thé hojicha

Pendant mon voyage au Japon, j'ai pris beaucoup de photos mais je n'ai eu ni le temps ni l'envie de faire une chronique. Mon ami Alain l'a fait tellement bien à ma place !
Maintenant que je suis rentrée, déjà nostalgique, ayant vidé une valise pleine de trouvailles, c'est le moment de me replonger dans mes souvenirs tout frais.
Ce matin, Hatsuo a décidé d'ouvrir le paquet de thé Hojicha que nous avons rapporté de Kurashiki.

Le thé Hojicha, comme l'indique Wikipedia, c'est un thé au départ assez quelconque, mais torréfié, il a un goût très particulier que j'apprécie beaucoup. Comme de plus il a un taux de caféine très faible, on peut en boire à tout moment. Il parait qu'il s'allie parfaitement aux sushis. Mais dans les sushiyas du Japon, c'est du thé vert en poudre que l'on boit, et j'en ai rapporté aussi, et même une version délicieuse avec du lait ( ce doit être chimique au possible, c'est ça l'avantage de ne pas savoir lire les compositions en Japonais )
Mon thé Hojicha, c'est le joli sachet en papier kraft.  Nous l'avions repéré dans notre guide pour Kurashiki et nous cherchions la boutique. Les gens ont été adorables : tout le quartier s'est rassemblé pour nous trouver la boutique de thé, les gens s'interpelant de boutique en boutique et formant un mini-attroupement avec force discours dont je ne captais rien mais dont Hatsuo ne ratait pas un mot. La boutique est tenue par le fabriquant lui-même, que j'ai hésité à photographier et pourtant c'était un très beau vieux monsieur et sa boutique était très belle, comme toutes les boutiques de Kurashiki et quasi Kurashiki toute entière. Mais le monsieur est moderne, il a un beau site internet avec la photo de sa jolie boutique. Il vend son sac de thé avec le mode d'emploi, très joli lui aussi :

et pour les gaijins aussi, au verso :


Nous sommes arrivés à Kurashiki de nuit, et nous avons erré dans la ville endormie. C'était déjà très joli, le long du canal les très belles maisons. Finalement, certaines choses étaient familières : au restaurant, de la poutine, mais servie sur un lit de tofu; grâce au conseil d'Hatsuo, j'ai pu aussi consommer du poisson de saison, mais je ne connais pas son nom.


Le lendemain, l'atmosphère diurne était différente, très animée. 
Toutes les boutiques ouvertes, et en même temps une qualité de l'architecture et des productions que j'ai rarement rencontrée dans les autres petites villes que j'ai visités. 


Nous n'avons pas fait que les boutiques, mais visité aussi la très belle demeure d'un négociant en riz, la maison Ohashi, qui est presque un quartier en elle-même; 




il y avait un pavillon de thé donnant sur un jardin 

et une employée voyant notre intérêt n'a pas lésiné sur les moyens


Toute la ville est pleine de magasins d'artisans, d'authentiques créateurs en tout genre. A la boutique face au magasin de thé, tatami and co, j'ai failli craquer pour un service à soba tête à tête, avais aussi envie d'acheter tous les balais, mais finalement j'ai acquis un couvre-livre pour mon Murakami, avant de m'apercevoir que mon Murakami il est trop grand ;-)


Nous avons aussi été invités à visiter une exposition d'un professeur et de ses élèves en couture, où il y avait de véritables merveilles (vous remarquerez l'adorable franponais). 

J'ai été autorisée exceptionnellement à faire une photo.

Il y aussi une foule de créateurs de vêtements, car à Kurashiki on fabrique du denim, des jeans, et autres variations. Même le Point en parle. Il y avait de magnifiques pièces très originales, dans tous les genres. Je me suis contenté de craquer sur un petit sac très rigolo.

J'avoue avoir quitté Kurashiki à regret, sans avoir pu visiter à mon gré l'ensemble de la ville, car nous devions prendre train et bateau pour les îles. Je compte bien y retourner, ce qui sera sans doute possible puisqu'elle se trouve sur la ligne de Shinkansen entre Osaka et les grandes villes plus au sud ...





15.10.15

Cent vues (91) : transportation


Mikiri no Fuji, Hokusai, cent vues du Mont Fuji

Comment ne pas être ironique, encore cette fois, par l'actualité du monde. On nous dit que ce joli monsieur calligraphie une publicité pour sa compagnie de navigation. "Venez chez moi faire la traversée"... Et si le Fuji se transportait vers la mer Egée ?

19.5.14

Le son du Français

dédié à Christian :

" La musique de la langue française ne se présente pas sous le même jour. Dans une mesure assez considérable, je le répète encore, l'apprentissage du français fut, en ce qui me concerne, un processus d'appropriation et d'incorporation de phrases et de textes le plus souvent littéraires à partir d'exercices d'écoute et de récitation imitative. Il me semble que j'éprouvais un plaisir proprement musical, en m'abandonnant aux rythmes et aux mouvements ascendants ou descendants des phrases qui se déployaient dans ces pages. Habitué à l'exemple de la musique qui proposait des notions comme thème, reprise, ou variation, j'étais devenu peu à peu sensible au phénomène de "retour du même" dans les lignes que je lisais et relisais à haute voix avec ou sans modèle
(...)
Ce qui crée le sentiment d'être touché par des effets d'ordre musical, ce n'est sans doute pas la langue elle-même qui, sous cet angle, n'est qu'un ensemble de virtualités grammaticales; c'est une certaine manière d'organiser des sons et des rythmes, des intensités, des durées et des silences, qui est à l'origine d'une certaine musicalité de la production verbale. Plongé dans un livre, pourquoi aimè-je tant répéter des mots qui sonnent, des phrases qui coulent, des paragraphes ou des ensembles textuels plus larges qui me paraissent fort bien taillés, bien construits ? D'où vient ce plaisir ? De la page que je suis en train de lire, assurément; mais il vient aussi du passé, de la vibration d'un passé lointain, des profondeurs ténébreuses mais sonores de la mémoire, bref de tout l'univers résonnant de ma petite enfance. Je cherche peut-être, dans la réalisation phonique des mots et des phrases chéris, des traces de souvenirs liées à l'écoute musicale de mon enfance non musicienne. Non, je devrais dire plutôt ces souvenirs se cherchent en moi."
Akira Mizubayashi, Une langue venue d'ailleurs, ch.11

18.5.14

Le son du Japon (36) Mizubayashi comme à Aikawa

"Le Japonais est une langue fort musicale. En deçà ou au delà de l'art poétique ou dramatique qui opère une prodigieuse intensification musicale, les paroles sont empreintes d'un chant particulier jusque dans les zones les plus obscures de la vie quotidienne. Enfant, j'entendais dans les grandes gares comme Tokyo ou Uéno, à l'arrivée d'un train "grandes lignes", le nom de la gare dit par une voix masculine d'une manière si particulière et si éloignée de l'énonciation habituelle qu'il résonnait véritablement comme un fragment musical : U-éno---, u-éno---, shu-ten, u-éno---... En hiver, des marchands de yakiimo (patates douces cuites dans de petits cailloux brûlants) circulent en camionnette (autrefois c'était en charrette) en signalant leur passage sur une ligne mélodique immédiatement reconnaissable : yakiimo--,yakiimo--, i--shiyakiimo, yakiimo--; oimo, oimo, i--shiyakiimo, yakiimo--... Et dans tout cela, comment ne pas le souligner, il y a, ou il y avait quelque chose de profondément mélancolique comme dans les chants populaires traditionnels...

Akira Mizubayashi, Une langue venue d'ailleurs, ch.11

17.5.14

Le français comme instrument de musique

"Oui, le français est un instrument de musique pour moi. C'est le sentiment que j'ai depuis longtemps, depuis, tout compte fait, le début de mon apprentissage. Pour devenir un bon instrumentiste, il faut de la discipline, je dirais même le sens de l'ascèse. Et c'est ce que je dis à mes étudiants aujourd'hui : maîtriser le français, c'est en jouer comme jouer du violon ou du piano. Chez un bon musicien, l'instrument fait partie de son corps. Eh bien le français doit faire partie de son corps chez un locuteur qui choisit de s'exprimer en français. En musique, il y a tous les niveaux, du niveau débutant au professionnel en passant par le niveau amateur. C'est pareil en langues. Le niveau professionnel ne s'acquiert pas en deux ou trois ans. Il faut des années de travail et toute une vie pour l'entretenir... Vous aimez le français ? D'accord. Mais qu'est-ce que ça veut dire pour vous, "aimer le français" ? Etre vous prêt à travailler le français comme pour devenir un vrai musicien ? Pourquoi ces questions ? Parce que je suis moi-même comme un musicien qui s'entraîne tous les jours. La différence entre un musicien et moi, c'est que je suis un instrumentiste sans public. Personne ne s'intéresse à mon jeu, je n'ai pas de répertoire, je n'ai aucun morceau célèbre à jouer devant un auditoire. "
Akira Mizubayashi, Une langue venue d'ailleurs, ch. 11

12.5.14

le français langue paternelle

"j'ai commencé à apprendre le français à l'âge de dix-neuf ans, à l'université. Le français, c'était purement et simplement une langue étrangère, totalement étrangère au départ. Ma vie se divise en deux partitions de durée inégale : mes dix-huit premières années monolinguistiques (...) ; la suite de mon existence, de la dix-neuvième année à aujourd'hui, placée sous la double appartenance au japonais et au français. L'un a surgi en moi; il s'est ensemencé au fond de moi; d'une certaine manière, il était toujours déjà là; il est, si j'ose dire, de constitution verticale. L'autre, c'est la langue vers laquelle j'ai cheminé avec patience et impatience tout à la fois; je me suis déplacé vers elle; c'est celle que je suis allé recueillir tandis qu'elle m'a accueilli en elle; elle m'est venue de loin, avec un retard considérable de dix-huit ans. Elle est de nature horizontale, d'une étendue immense qui concerne toujours des recoins inexplorés, des vides à remplir, des espaces à conquérir."
                    Akira Mizubayashi, Une langue venue d'ailleurs, ch.1

27.7.13

Eloge de l'ombre (2) : épilogue

"Pour moi, j'aimerais tenter de faire revivre, dans le domaine de la littérature au moins, cet univers d'ombre que nous sommes en train de dissiper. J'aimerais élargir l'auvent de cet édifice qui a nom "littérature", en obscurcir les murs, plonger dans l'ombre ce qui est trop visible et en dépouiller l'intérieur de tout ornement superflu. Je ne prétends pas qu'il faille en faire autant de toutes les maisons. Mais il serait bon, je crois, qu'il en reste, ne fût-ce qu'une seule, de ce genre. Et pour voir ce que cela peut donner, eh bien, je m'en vais éteindre ma lampe électrique."
Eloge de l'ombre, TANIZAKI Junichiro