14.5.21

En cheminant avec la parasha (35) : Bemidbar : multitude

Les Israëlites se regroupant autour de la manne, Nicolas Poussin
 

Le livre Bemidbar, "au désert" commence par la parasha du même nom par un paradoxe : dans ce nommé désert, il y a tant de monde, qu'il va falloir le recenser  Compter pour catégoriser : telle ou telle tribu dans un point géographique du campement, les Lévites ayant scrupuleusement leur tache respective pour montage et démontage de l'Arche, toute inattention pouvant être occasion de mort ... Bien sûr, il n'est question ici que d'hommes, jeunes. Cela peut être l'occasion d'un dictionnaire de prénoms masculins, aux consonances magnifiques : Issakhar, Amishadaï, Eliassaph

7.5.21

En cheminant avec la parasha (34) : Be'houkotaï : le bruit d'une feuille

Dans la dernière parasha du Lévitique, nous assistons à la longue liste de ce qui nous attend si nous désobéissons à notre Dieu. La liste est longue est très dure, et en même temps, avec le recul du temps, Dieu n'a guère eu à intervenir, pour produire toutes ces catastrophes, l'homme s'est bien débrouillé tout seul ...
Un verset, le 36, a particulièrement attiré mon attention, avec une punition énoncée de façon particulièrement poétique :  "(...) poursuivis par le bruit de la feuille qui tombe, ils fuiront comme on fuit devant l'épée, ils tomberont sans qu'on les poursuive. "

En cheminant avec la parasha (33) : Behar : l'aide d'urgence en cas de crise

Picasso. Le vieux juif

 Je reprends ici mon travail sur la parasha, et en ce jour de la reprise de liberté de la circulation, les versets résonnent comme un rappel des temps, comme un rappel de la morale et de la place de l'homme, en particulier de l'homme aisé, dans la société.

L'assistance aux autres est absolument nécessaire, rappelée très fermement par Dieu  :"Si ton frère vient à déchoir, si tu vois chanceler sa fortune, soutiens-le, fût-il étranger et nouveau venu, et qu'il vive avec toi. N'accepte de sa part ni intérêt ni profit, mais crains ton Dieu, et que ton frère vive avec toi. Ne lui donne point ton argent à intérêt, ni tes aliments pour en tirer profit. Je suis l'Eternel votre Dieu, qui vous ai fait sortir du pays de Canaan, pour devenir votre Dieu." (25: 35-38)  Dieu nous a peut-être libérés de l'Egypte mais attention, Dieu va très loin dans son rappel ici : "Ils sont mes esclaves, à moi, qui les ai fait sortir d'Egypte" (25:42)

 Un rappel qui en suit un autre, le début de la parasha : Dieu va jusqu'à exprimer : "vous n'êtes que des étrangers domiciliés chez moi (25 : 23)". Dans quel contexte ? Celui de l'année sabbatique et de l'année du jubilé. "La septième année, un chômage absolu sera accordé à la terre, un sabbat en l'honneur de l'Eternel. Tu n'ensemenceras ton champ ni ne tailleras ta vigne (...) ce sol en repos vous appartiendra à tous pour la consommation : à toi, à ton esclave, à ta servante, au mercenaire et à l'étranger qui habitent avec toi ; ton bétail même, ainsi que les bêtes sauvages de ton pays, pourront se nourrir de tous ces produits. "(25 : 4-7). Dans ces années, point n'est question de disette, mais de l'angoisse de disette née de cette situation de repos de la terre pouvant être vécu par l'homme comme un abandon. Apprendre à avoir confiance, apprendre à partager, ce sont des vertus dont nous avons rêvé en début de confinement, mais qui peu à peu sont délaissées. Ou peu à peu s'intallent, dans cette vie d'après, les intérêts catégoriels, les divisions catégorielles. Par manque d'anticipation, avons nous négligé de prendre conscience de la sixième année : "Je vous octroierai ma bénédiction dans la sixième année, tellement qu'elle produira la récolte de trois années" (25 : 21). Installés sur la terre, nous avons oublié que nous y sommes seulement des locataires, que la possession n'est ni obligatoire de façon pérenne, ni éternelle, qu'elle doit donner lieu au partage, à l'empathie ... En ce moment, nous sommes durement rappelés à la réalité, mais voulons-nous être décillés ?

30.4.21

En cheminant avec la parasha (32) : Emor : œil pour œil


 Stèle du code de Hamurabi

C'est dans cette parasha que l'on lit une des phrases les plus citées et les plus interprétées de la Bible. 

"fracture pour fracture, œil pour oeil, dent pour dent; selon la lésion qu'il aura faite à autrui, ainsi lui sera-t-il fait." (Lévitique, 24 : 20)

On note rarement qu'au sein de tout un tas de préceptes de saintetés propres aux prêtes, cette demande de Dieu est universelle. "Même législation vous, étrangers comme nationaux; car je suis l'Eternel votre Dieu à tous. " (Lévitique, 24 : 21). Homme l'on naît, homme l'on reste, dans la douleur comme dans le châtiment.

23.4.21

En cheminant avec la parasha (31) : Kedochim : des lois fondamentales , des lois éternelles ...

cahier de jeteur de sort fin XIXe début XXe

Cette parasha traite de justice sociale, une justice sociale très à la pointe à l'époque de sa rédaction. Je soulève certains points :
- La satiété n'est pas une qualité : ainsi, s'il reste de la viande consacrée au delà du troisième jour, on n'a pas le droit de la manger, et la punition, le retranchement du peuple, est très grave;  il faut la brûler; fondamentale aussi, énoncée juste après, la loi suivante : il faut de même ne pas moissonner son champ entièrement ni glaner ce qui est tombé, ni ramasser les grains  épars dans sa vigne : c'est la part des pauvres, mais aussi celle de l'étranger, de l'Autre. (Lévitique, 19 : 5-11)

D'autres lois de justice sont énoncées ensuite. Je note celle-ci : Ne prévariquez point dans l'exercice de la justice  : ne montre ni ménagement au faible ni faveur  au puissant : juge ton semblable avec impartialité ( Lévitique: 19:15) une loi qui n'est toujours pas réellement au point en 2021, que ce soit pour les puissants comme pour les faibles ...

Loi spéciale coronavirus : "ne sois pas indifférent au danger de ton prochain (Lévitique 19 : 16)

Une loi très célèbre, médiatisée par un nazaréen connu, mais qui n'est qu'une reprise, un cover du Lévitique  19:18 : "Ne te venge ni ne garde rancune aux enfants de ton peuple, mais aime ton prochain comme toi-même : je suis l'Eternel."

Quelques autres rappels qui me sont précieux :

Lévitique 19 :25 : " Ne vous livrez pas à la divination ni aux présages. "  19:28 : "ne vous imprimez point de tatouage: je suis l'Eternel" "19:31 : "N'ayez point recours aux évocations ni aux sortilèges; n'aspirez point à vous souiller par ces pratiques : je suis l'Eternel votre Dieu." 20:27 "Un homme ou une femme chez qui serait constatée une évocation ou un sortilège devront être mis à mort : on les lapidera : ils ont mérité leurs supplices."

En cheminant avec la parasha (30) : A'haré mot : on n'est pas carnivore comme on veut


 Dans cette parasha, on comprend bien que, même si la Torah ne prône pas le végétarisme, manger de la viande est tout sauf anodin. Tout ne se mange pas, et même parmi les animaux autorisés, les lois sont extrêmement strictes. "Tout homme de la maison d'Israël qui égorgera une pièce de gros bétail, ou une bête à laine ou une chèvre , dans le camp, ou qui l'égorgera hors du camp, sans l'avoir amenée à l'entrée de la Tente d'assignation pour en faire une offrande à l'Eternel, devant son tabernacle, il sera réputé meurtrier, cet homme, il a répandu le sang ; et cet homme , il sera retranché du milieu de son peuple." (Lévitique, 17 : 3-5). Même si l'on n'est pas hébreu, et même si on ne le fait pas soi-même :"Quiconque aussi, dans la maison d'israël ou parmi les étrangers établis au milieu d'eux, mangera de quelque sang, je dirigerai mon regard sur la personne qui aura mangé ce sang, et je la retrancherai du milieu de son peuple." (Lévitique 17 :10). les interdits couvrent également les oiseaux, et les bêtes mortes rendent impures. 

Le sang est la vie, il ne doit pas couler en vain, il mérite respect, sanctification et rite.

16.4.21

En cheminant avec la parasha (28) : Tazria : double ration

 


A méditer :

Si une femme a accouché d'un garçon, elle sera impure sept jours, comme après ses règles. Ensuite, elle reste encore 33 jours dans un statut intermédiaire.

Si elle accouche d'une femme, elle sera impure quinze jours, comme pour la période de nida. Le statut intermédiaire dure 66 jours. 

Ensuite, fille ou garçon, le sacrifice à effectuer au Temple est le même.


En cheminant avec la parasha (29) : Metsora'


Il est des oiseaux, miraculés, qui doivent cependant subir un traumatisme profond. Imaginez :

Devant vous, le pontife égorge votre compagnon de misère, oiseau comme vous, apportés ensemble comme offrandes : le sang coule et on y trempe de l'écarlate, du bois de cèdre, de l'hysope ... et vous. Tout dégoulinant, vous êtes secoué sept fois au dessus d'un individu couvert de pustules. Croyant venir le pire, vous recommandez votre petite âme d'oiseau à Dieu ... et bien non, on vous relâche, dans la campagne, sans indemnités, tout puant mais vivant ...
(lévitique , 14 : 5 à 8)

9.4.21

En cheminant avec la parasha (27) : Chemini : point trop n'en faut

Nadab et Abihu, fils d'Aaron sont consumés devant l'éternel par Hans Holbein,
 

"Les fils d'Aaron, Nadab et Abihou, prenant chacun leur encensoir, y mirent du feu, sur lequel ils jettèrent de l'encens, et apportèrent devant le Seigneur un feu profane sans qu'il le leur eût commandé. Et un feu s'élança de devant le Seigneur et les dévora, et ils moururent devant le Seigneur." (Lévitique 10 : 1 à 3)

Terrible punition, et aux père et frères restants il est interdit de prendre le deuil. Terrible leçon d'humilité, que les zélés dévots devraient bien méditer : Dieu a fixé des règles, suffisamment, et à vouloir en rajouter, on est dans l'extrême, dans l'excès, dans l'orgueil et le contentement de soi sans doute ...

2.4.21

En cheminant avec la parasha (24) : Peqoude : l'installation de Dieu


© Oliver Denker


 Depuis deux parashas les détails minutieux de la construction de l'Arche se développent sous nos yeux dans les plus grands détails.

Enfin, juste avant le dernier paragraphe de notre parasha, c'est fini 40 : 33 : "et ainsi Moïse termina sa tâche"

et alors, vision saisissante, très cinématographique. Une phrase suffit. La nuée prend toute la place, de jour comme de nuit. 

"Alors la nuée enveloppa la Tente d'assignation, et la majesté du Seigneur remplit le Tabernacle." (40 :34)

26.3.21

En cheminant avec la parasha (26) : Tsav : le sang encore

Eglise de Travna (Slovaquie)
 

Les prêtres n'échapperont pas au sang de l'holocauste. Le rite est très solennellement inauguré par Moïse lui-même :

Dans la parasha, Moïse lave et habille lui-même Aaron et ses fils, réalise les sacrifices comme décrit dans la parasha précédente, puis :

"L'ayant immolé (le second bélier), Moïse prit de son sang, qu'il appliqua sur le lobe de l'oreille droite d'Aaron, sur le pouce de sa maon droite et sur l'orteil de son pied droit, et il répandit le sang sur le tour de l'autel. (...) Alors Moïse prit de l'huile d'onction et du sang (de la poitrine du bélier) qui était près de l'autel et en fit aspersion, sur Aaron, sur ses vêtements, puis sur ses fils et les vêtements de ses fils aussi ; il consacra ainsi Aaron,  ses vêtements, et avec lui ses fils et les vêtements de ses fils."

19.3.21

En cheminant avec la parasha (25) : Vayikra : sacrifices mode d'emploi


 Pour les carnivores, sans pudeur, genre film gore :

oblations :

" On immolera le taureau" ( le bouc, le bélier) "devant le Seigneur ; les fils d'Aaron, les pontifes, offriront le sang, dont ils aspergeront le tour de l'autel qui est à l'entrée de la Tente d'assignation. Alors on dépouillera la victime et on la dépècera par quartiers. Les fils d'Aaron le pontife mettront du feu sur l'autel, et disposeront du bois sur ce feu; puis les fils d'Aaron, les pontifes, arrangeront les membres, la tête et la graisse sur le bois, disposé sur le feu qui sera sur l'autel. On lavera dans l'eau les intestins et les jambes : alors le pontife fera fumer le tout sur l'autel comme holocauste, combustion d'un odeur agréable au Seigneur.

sacrifice rémunératoire :

"Il appuiera sa main sur la tête de sa victime, qu'on immolera à l'entrée de la Tente d'assignation ; puis les fils d'Aaron, les pontifes, arroseront de son sang le tour de l'autel. On présentera, de cette victime rémunératoire, comme combustion au Seigneur, la graisse qui recouvre les intestins, toute la  graisse qui y adhère : les deux rognons avec la graisse qui y adhère du côté des flancs puis la membrane qui tient au foie et qu'on ôtera avec les rognons. Et les fils d'Aaron feront fumer ces graisses sur l'autel, près de l'holocauste déjà placé sur le bois du brasier : combustion d'un odeur agréable au Seigneur.

en cas d'erreur d'un pontife ou du peuple : on immolera le taureau devant l'Eternel. Puis le pontife-oint prendra du sang de ce taureau et l'apportera dans la Tente d'assignation : le pontife trempera son doigt dans le sang, et il fera aspersion sept fois devant l'Eternel, vers le voile du sanctuaire ; le pontife mettra aussi de ce sang sur les cornes de l'autel où l'on brûle les parfums devant le Seigneur, et qui est dans la Tente d'assignation (...) Alors il prélèvera toute la graisse du taureau expiatoire :  la graisse qui s'étend sur les intestins, toute la  graisse qui y adhère ; les deux rognons avec la graisse adjacente du côté des flancs et la membrane du foie qu'il détachera avec les rognons. 

pour les végétarien, pour les oblations c'est beaucoup plus simple :

fleur de farine et huile, sans levain ni miel à brûler. 

Reste à savoir s'ils peuvent se faire pardonner leur péché !

12.3.21

En cheminant avec la parasha (23) : Vayakel : l'interdiction du feu


 Dans cette parasha, Dieu nous prive du feu pour Yom Shabbat : 35,3 :"Vous ne ferez point de feu dans aucune de vos demeures en ce jour de repos." C'est ici la première fois, et la seule mention. Chouraqui l'explique ainsi : "En profondeur, le feu est la moins imparfaite des représentations de la divinité : Adonai est un feu dévorant. Lui seul et aucune autre de ses manifestations ne doit purifier et régénérer ses fils le jour du shabbat".

C'est une des lois fondamentales du shabbat en tous les temps, ce qui engendra bien des soucis pour les Juifs pratiquants de diaspora, notamment les Ashkenazes qui inventèrent pour y palier le shabbes goy

5.3.21

En cheminant avec la parasha (22) : Ki-Tissa


 Parfois, le pessimisme aide à l'optimisme. C'est ce qui s'est passé pour moi dans cette parasha. C'est la parasha du Veau d'or. Voici que ceux qui ont connu l'esclavage en Egypte se mettent à adorer un veau fait de pendants d'oreilles ! Ceux qui ont connu les plaies du sang, des grenouilles, de la vermine, des bêtes sauvages, de la peste, des ulcères, la grêle, les sauterelles, l'obscurité, la mort des premiers nés. Ceux qui se sont enfuis devant l'obstination de Pharaon, ceux qui ont vu la mer s'ouvrir et se refermer, les colonnes de nuées, le fracas de Dieu, la manne. 

Je me souviens de tout cela lorsque je vois, je vis, le fléau à nos portes et les réactions de nos contemporains. Les complotistes, les sans-masques, ceux qui ont toujours autre chose à faire qu'à respecter les gestes barrières avec toujours une bonne excuse. On a les ancêtres qu'on mérite. Et il est bon, cette semaine, de rappeler le temps des plaies, de la mer des Joncs,  et de manger ce "pain" totalement indigeste chaque année, encore et encore,

26.2.21

En cheminant avec la parasha (21) : Tetsavé : lumières


 

"Pour toi, tu ordonneras aux enfants d'Israël de te choisir une huile  pure d'olives concassées, pour le luminaire, afin d'alimenter les lampes en permanence." Exode 27:20

Judaïsme, religion de lumières : les lumières permanentes du temple ont disparu, mais il reste la lumière de shabat, celle des jours de fêtes, la veilleuse pour le mort, les lumières de Hanoucah, celle que l'on allume en espoir, comme pensée. Petit flotteur de liège emprunté aux petites chapelles grecques du bord du chemin, petite mèche fragile tremblotant dans la nuit ...

19.2.21

En cheminant avec la parasha (20) : Térouma : du pain


 Dans Térouma, tous les détails de la construction de l'Arche Sainte sont minutieusement décrits. Toutes les matières sont des plus précieuses : or, bois précieux, étoffes précieuses, sculptures monumentales. La description en est presque lassante : tous ces détails ont-ils encore un sens pour nous, en intérêt pour ce monument si précieux, si chargé, totalement disparu et pas vraiment au programme de reconstruction. Pourtant, parmi tout cela, un petit détail, tout simple : sur une table en bois précieux, aux mesures exactes, recouverte d'or pur, bordée d'or, chassis bordé d'or, anneaux d'or pour les pieds, barres pour la porter en bois précieux recouvert d'or, toutes les pièces sont en or. Tout cela pour quel usage ? 

(25; 30) : "Et tu placeras sur cette table des pains de proposition, en permanence, devant moi" Du pain. Bien sûr, nous lirons plus loin que ces pains sont en fleur de farine. Mais tout de même. Du pain. En ce temps de manne céleste, le cœur du trésor de la table est le pain. L'irremplaçable pain que même non levé on se devait d'emporter en quittant l'Egypte. Le pain, absent d'aucunes fêtes. Le pain, la nourriture que l'on ne peut  refuser même à un pauvre. Le pain, cuit au four ou simplement à la chaleur du sable du désert. Le pain.

12.2.21

En cheminant avec la parasha (19) : Michpatim : esclave, pour toujours ?

                                                    Juif du Caire. Bruyn Cornelis
 


Avec cette parasha, on sort du récit biblique et commence l'énonciation des lois dictées par l'Eternel.

Sans ce long passage figurent des choses essentielles comme le rapport à autrui, à ses propriétés, à son bétail, ses rapports avec ses ennemis, les trois grandes fêtes. Mais les premières lignes m'intriguent : on commence par rappeler les lois de l'esclavage. On pourrait penser qu'après l'énoncé des Dix Paroles, il fallait aborder les fondements, les choses essentielles, valables pour tous quelle que soit sa position sociale. Mais il semble que non. Peut-être le rédacteur cherche-t-il à ce que l'auditeur, imprégné des fondamentales dix paroles, puisse assouplir un peu son attention et se recentrer peu à peu pour aboutir à l'énoncé des célébrations fondamentales en fin de discours ?

Il n'empêche. Pour un peuple qui vient de sortir de l'esclavage d'Egypte, c'est étonnant d'entendre immédiatement cette notion pour organiser la société. Peut-être est-il indispensable de rappeler que l'esclavage, nécessité économique pour le pauvre, ne peut durer éternellement chez les Hébreux, limité à six ans sans contrepartie. Que l'homme est libre de rester esclave s'il le souhaite. Mais son maître peut aussi l'enchaîner pour toujours en lui donnant une femme dont il aura des enfants, sans possibilité de les récupérer , ou il doit les abandonner à leur sort. Le destin des femmes esclaves en dehors des esclaves sexuelles n'est pas clair : ont-elles la possibilité de s'affranchir si elles sont célibataires, comme pour l'homme ? Ce n'est pas dit ...

5.2.21

En cheminant avec la parasha (18) : Yitro : que faire d'une vérité ?

Yitro et Moïse, de James Tissot

 

La parasha qui contient les dix commandements s'appelle Yitro. 

Yitro, beau-père de Moïse, mais qui n'est pas hébreu. 

Yitro qui ramène la femme et les deux fils de Moïse, et pourtant c'est à Yitro seulement que Moïse s'adresse. 

Yitro qui écoute Moïse scrupuleusement, qui le croit, qui reconnaît la suprématie de son Dieu  et lui offre des holocaustes.

Yitro qui organise l'emploi du temps de Moïse afin qu'il échappe au burn out.

Mais Yitro qui repart vers son pays, Yitro ne connaîtra pas la révélation du Sinaï.

Que cela peut-il signifier ? Il existe une vérité, que l'on peut reconnaître et ne pas partager ? que l'on peut partager temporairement puis s'en retourner vers une autre dont on est issu, cependant qu'on en laisse une partie de sa famille en partage ? Une espèce d'anti-Ruth : Ton Dieu est le Dieu mais n'est pas mon Dieu ? Tolérance et respect sans pacte ni contrepartie 

29.1.21

En cheminant avec la parasha (17) : Bechala'h : un échec pour Dieu ?

 Dans cette parasha, non, je ne vais pas redire tout mon effarement de voir Dieu endurcir le cœur de Pharaon. Mais simplement me demander : cela a-t-il eu l'effet escompté ?

enluminure arménienne


Voici des peuples qui ont connu de grands effrois : la destruction massive, inexorable, du Dieu d'Israël sur un autre peuple que l'on a endurci pour mieux l'exterminer, ce jusqu'au bout : les Egyptiens avaient décidé de se sauver pendant l'ouverture de la mer "Fuyons devant Israël, car l'Eternel combat pour eux contre l'Egypte" (14:25). Mais non, ils furent endurcis et ainsi ils périrent. Ne serait-ce pas comme une leçon pour les autres peuples ? C'est ce qu'on pourrait croire: "A ces nouvelles les peuples s'inquiètent, un frisson s'empare des habitants de la Philistée. A leur tour ils tremblent les chefs d'Edom; les vaillants de Moab sont saisis de terreur, consternés tous les habitants de Canaan ..." (15 :14 à 16).  Pourtant, très vite,le convoi est attaqué, par Amalec, que l'Eternel veut éradiquer mais qui ne l'est pas. L'Eternel est-il tout puissant, qui laisse cet ennemi survivre ?

Et que penser de ses Israélites dont Dieu même se méfie : "le peuple pourrait se raviser à la vue de la guerre et retourner en Egypte (13 : 17) ": des geignards, qui malgré tout ce qu'ils ont vu doutent encore et regrettent l'Egypte, sa végétation, son eau, sa nourriture. Peuple peu sympathique, ingrat, rêvant de sa servitude passée... quelle image il donne de lui-même, quel mérite mérite-t-il ?  

22.1.21

En cheminant avec la parasha (16) : Bo : et ça continue encore et encore

                                                    La mort du fils de Pharaon, tableau de Lawrence Alma-Tadema
 

Tu croyais avoir tout vu ? Il paraît bien que non ! Et on le répète trois fois, comme si tu ne pouvais t'en rendre compte toi-même : tout ce que la grêle a épargné, les sauterelles le détruisent en créant leur nuit de myriades... à laquelle succède une nuit de trois jours, mais de toute façon que reste-t-il à voir ? 

Enfin pour finir on te parle de la mort de tout premier-né, animaux compris. Comme s'il restait encore des animaux, ou des chiens pour aboyer. De toute façon, tes cris couvriront leurs gémissements quand ton fils ainé mourra devant toi, car tu n'avais plus d'animaux pour teindre le linteau de ta porte avec son sang.

Alors ton voisin hébreu s'approchera de toi, et te demandera de l'or, de l'argent, des habits. 

Il ne te restera rien, rien que les yeux pour pleurer

Dans la Bible, on parle toujours des malheurs de Job, mais Dieu se contente de laisser faire le Malin. Alors qu'ici, c'est Dieu qui envoie les fléaux, et pire encore qui endurcit le cœur de Pharaon, pour qu'il ne cède pas, pour que les malheurs s'abattent sur le peuple égyptien.

Je ressors de ces deux parashas hébétée, abasourdie, assommée de ces richesses que je n'ai pas méritées, de ces destins détruits ...

17.1.21

En cheminant avec la parasha (15) : Vaèra


Imagine toi paysan.  Tu te lèves un matin, pour aller à la pêche. Le fleuve est rouge. Les poissons, tous crevés, remontent à la surface. Tu accuses Monsanto et tu rentre chez toi, sauf que tu n'as plus rien à boire que l'eau qui te reste dans la cruche. Tu te mets à creuser un puits, pour ne pas crever, en attendant que la situation redevienne normale.

Au bout de sept jours, tu te rends au fleuve. Ouf, il n'est plus rouge. Mais un grouillement inhabituel attire ton attention. De l'eau surgissent des centaines de grenouilles, qui envahissent tout : ton four, ton  pétrin, ton  lit. A force de les écraser, tout devient gluant, glauque, immonde. Puis elles périrent d'elles-mêmes. Tu en fais de grands tas puants. 

Est-ce cette infection qui produisit la suite ? La vermine commence à te recouvrir, toi puis tous tes animaux. Ton corps n'est que plaie grouillante, le dégoût et la peur te poursuivent et te hantent. Qu'arrive-t-il en ce pays ?

Exsangue est ton  corps, exsangue est ton  âme, tant que quand les hordes de loups, renards et autres lynx envahissent ton  domaine, tu n'as même plus la force de te lever, juste de barricader ta porte pendant qu'ils dévorent ton  pauvre bétail affaibli. Et puis, ils s'évanouissent, tu ne sais comment.

Cependant, une étrange maladie sans aucun symptôme se répand parmi ton  bétail, et pas un ne reste vivant. 

Le reste des animaux semblent épargnés, mais c'était trop vite en besogne : ils se couvrent de pustules et ils te contaminent, à ton  tour.

Puis le service Météo lance une alerte de niveau rouge, et il faut rentrer tout ce qu'il reste des survivants des pustules et des fauves, car un immense orage de grêle s'abat sur le pays, tuant tout ce qui n'est pas à l'abri. Et le désastre s'étend au monde végétal : plus une plante, même les plus gros arbres ! Tout est détruit dans le fléau, en particulier lin et orge : tu ne pourras bientôt même pas vêtir  ce qu'il te reste de corps...

Il te reste encore tes yeux pour pleurer sur ce qu'il reste de tes mains grevées par la vermine et les pustules ...

10.1.21

En cheminant avec la parasha (14) : Chemot : anonymes

Juan MANCHOLA Moïse abandonné sur le Nil, 1858

 Avec cette parasha commence le Livre de l'Exode, en hébreu Chemot, les Noms. Car il commence avec les noms de ceux de la famille de Jacob qui sont en Egypte.

Or curieusement, le récit commence sans nous donner de noms : un nouveau roi qui n'a pas connu Joseph, le père de Moïse, la mère de Moïse, la sœur de Moïse, la fille de Pharaon : pas de nom. Moïse lui même attend le verset 2,11 pour être nommé par la fille de Pharaon. Le beau-père de Moïse  est nommé par un premier nom, puis par un autre. Et la femme de Moïse lui donne des fils qui ne sont pas nommés. Moïse lui-même, déclare qu'il ne connait pas le nom du Dieu qui lui est apparu, et c'est là que Dieu se décide à se nommer lui-même...

1.1.21

En cheminant avec la parasha (13) : Vay'hi : éloge du métissage

Isaac bénit Jacob, Johannes Pieter de Frey,

 On sait peu de choses des enfants de Joseph, nés d'une fille de prêtre. Jacob les réintroduit dans la lignée familiale en les adoptant. Ils sont des inconnus, "Qui sont ceux-là ?"(48-8). Du sang neuf, entièrement exogamique. C'est peut-être ce qu'il fallait , lorsqu'avec douze enfants se sont exacerbées les querelles familiales. La formule est restée célèbre "Dieu te fasse devenir comme Ephraïm et Manassé". Heureux les petits-enfants de mère exogène, mais notons qu'en adoptant les fils de Joseph, on le saute, lui, l'Egyptien ...


25.12.20

Tendances (13) : chères disparues

 Hier, nous avons rendu visite à une vieille amie, dont nous avons fêté un certain anniversaire. Nous n'avons pas oublié, mais nous n'avions aussi pas intérêt je crois, car elle n'aurait pas été contente, notre amie, et se serait débrouillée pour le faire savoir. Mais ce n'était pas la peine, nous ne l'oublions pas. C'était bien joli, l'atmosphère de la réunion


C'est cette période qu'a choisie Rika Zaraï pour s'éclipser. France Inter lui a tiré un portrait glaçant : la chanteuse de "sans chemise sans pantalon" a écrit des livres contreversés de médecine naturelle prétendant guérir le sida ... Même si rien n'est faux, ce n'est pas pourtant l'image que j'en garderais. Enfant, je découvrais l'enchantement du Temps des fleurs, de Casatchok, et de Michaël :
J'ai découvert sa biographie , tout en finesse, loin des préjugés français, sur Akadem. C'est ici.




My favorite things (34) : Lumières de Noël

 Hier, seul soir sans couvre-feu, nous avons décidé d'aller voir les lumières de la ville. Nous avons pris le tram jusqu'à la Place Garibaldi. Curieusement, c'était un peu "cheap" :


Au Théâtre de Nice, c'était plus joli :

Mais la palme revient sans aucun doute, à la place Saint-François, qui a mis les moyens :
J'ai eu des crampes tant c'était long et je m'y suis reprise à deux fois !

Après, il y a eu l'esplanade des jets d'eau, mais c'était un peu loin parce que c'était fermé :

Et sur la place Masséna, des projections :

Pendant ce temps-là, aux Galeries Lafayette, ça balance terrible :



On peut remonter jusqu'à l'église Notre-Dame, grand dispositif comme à la place Saint-François, mais le résultat est plus sobre quand même :


A la Gare du Sud, beauté et sobriété :

Mais finalement, à quatre pas de ma maison, à l'église Jeanne d'Arc, c'est pas si mal !


En cheminant avec la parasha (12) : Vahigache

François Gérard, Joseph reconnu par ses frères, 1789, Angers, musée des Beaux-Arts


Au début de la parasha, Yehuda reprend le récit du premier entretien avec Joseph. Mais il y apporte quelques modification : les frères n'ont pas dit que Benjamin était le "chéri" de son père, et n'ont pas précisé que le faire venir en Egypte reviendrait à tuer le père. Jacob ne mentionne pas la dévoration de l'autre. C'est toute l'histoire familiale qui tourne dans la tête de Yehuda, notamment l'histoire des fauves qu'il a lui même construite, un point de l'histoire que Joseph ne connaît pas. La phrase "Pourrais-je voir la douleur qui accablerait mon père?" Cette vision, il la connut une première fois; rappelez-vous que les frères envoient des serviteurs annoncer la "mort" de Joseph, afin de ne pas être confrontés au premier choc du père.

Joseph ne croit pas vraiment totalement Yehuda, puisqu'il demande aussitôt : "Je suis Joseph; mon père vit-il encore ? Joseph a du mal avec son lien de famille, qu'il accole à son nom : Joseph votre frère (45-4), mon père (45-9) ton fils Joseph (45-9). Il parle à Jacob de "ta famille" (45-10). Mais le seul qu'il appelle son frère par deux fois est Benjamin (45-12 et 45-14), c'est par lui qu'il commence les retrouvailles physiques, Benjamin le seul non coupable de tous ... les autres prostrés dans le silence, la stupeur et peut-être la crainte aussi ; ils ne reparlent qu'au verset 15, après les embrassades, mais on ne sait ce qu'ils dirent. Que pouvaient-ils dire d'ailleurs qui soit à la hauteur des circonstances, on ne se perd pas en gérémiades comme dans le cinéma français, on focuse ailleurs en bon hollywoodien, qui rappelle la hiérarchie : il faut l'accord du boss, même si Joseph s'est déclaré père du Pharaon, c'est bien toujours ce dernier aux commandes, et (les temps changeront !) il est d'accord. Le texte le rappelle bien alors qu'on le sait déjà, "Joseph leur donna des voitures d'après l'ordre de Pharaon (45-21"). clin d'œil : on reparle fringues "Il donna à tous, individuellement, des habillements de rechange," dont cinq spécialement pour Benjamin (le rédacteur doit être séfarade lol, il dit hamsa !). Joseph connaît bien ses frères : "Point de rixes durant le voyage !" (45-24)

Bien sûr Jacob ne croit pas  tout de suite ses menteurs de fils (45-26), puis on voit ensuite le vrai père juif convaincu "MON FILS JOSEPH vit encore ! Ah ! j'irai et le verrai avant de mourir ! "(45-26). Pardon à tous, dans ma tête, je n'ai pu m'empêcher de substituer l'image de ma belle-mère dans sa cuisine ...

Et c'est à Beer Sheva, lieu symbolique par excellence que Jacob, sacrifie, retrouve la parole de Dieu, ses promesses et son assurance-vie pour le voyage

Dans la généalogie, on ne saura rien des enfantements de Dina, et on reparlera brièvement de la femme de Joseph, dont la seule chose que l'on sait déjà et qui est redite , c'est que c'est la fille d'un Putiphar (tiens donc ?)  et qu'elle est fille de prêtre, choix étrange ...

La Bible détaille bien l'installation légale et réglementée des bergers de la famille de Jacob dans le pays, tout est prévu et entériné par Pharaon. Car la famine gagne l'Egypte, et avec va croître la fortune de Pharaon qui recevra les bêtes, l'argent, puis la terre et les hommes qui se vendent eux-mêmes pour l'achat du pain.

18.12.20

En cheminant avec la parasha (11) : Mikets : un suspense familial

Basilique Saint marc de Venise

Avez-vous remarqué, les songes vont par deux dans la Génèse. Comme si un seul rêve, ce n'est rien, on oublie. La clé des songes ne suffit pas, pour ouvrir le coffre, il faut une combinaison. Joseph l'explique ensuite : "Et si le songe s'est reproduit à Pharaon, par deux fois, c'est que la chose est arrêtée devant Dieu."(41-32)

Comme toujours, Joseph fait attention à son look, afin d'aller voir Pharaon :il se rase et change ses vêtements. Ensuite, c'est Pharaon qui veillera à son look de dirigeant en l'habillant de byssus, tissu précieux par excellence.

Dès le retour sur la scène des frères de Joseph, le premier rêve prend vie ?  "Les frères de Joseph arrivés devant lui se prosternèrent devant lui la face contre terre. "(42-6). Non, pas encore, ils ne sont que dix en fait, il manque Benjamin

La suite est digne de tous les suspenses: Joseph prend un otage, mais prend soin des autres : il leur donne tout de même de la nourriture à emporter, il ne prend pas d'argent : pour les frères, qui commencent à regretter leur passé (on ne parle pas de repentir, juste de prix à payer pour la faute passée), le désarroi s'installe. Le récit troublant des frères et la présence de l'argent remplit Jacob de doute, il ne croit plus ses fils, peut-être a-t-il toujours eu des doutes et ne peut se résoudre à tomber dans un nouveau piège qui lui ferait perdre tous les fils de Rachel. Quitte à perdre Siméon, le deuxième fils de Léa, contre qui il avait des griefs : avec Lévi, c'est lui qui a tué tous les hommes de la tribu qui a agressé Dina.

Deuxième rêve avéré : tous les frères s'inclinent une deuxième fois devant Joseph, et ils sont bien onze cette fois puisque Benjamin et Siméon sont là aussi (43-26)

Acte suivant : la scène de vol. Elle rappelle le souvenir de Rachel, la mère de Joseph, qui a volé les pénates de son père, ce qui dit-on a raccourci sa vie ... Les frères, sûrs d'eux, demandent la mort du voleur et l'esclavage des autres, le serviteur ne requiert que l'esclavage du coupable. Les frères n'accablent pas Benjamin, mais tous se prosternent, et c'est le 2e rêve de Joseph qui se réalise (44-14).

La fin de la parasha laisse le lecteur en plein suspense. Comment les frères rentreraient-ils sans Benjamin ?

11.12.20

En cheminant avec la parasha (10) : Vayechev: Cecil B. deMille



 Joseph, c'est le chouchou pourri-gâté, le sale gosse quoi. Evidemment, ses frères ne l'aiment pas, ils ne fréquentent d'ailleurs que les fils des servantes (37-2) :  il passe son temps à rapporter à papa-gâteau, à recevoir des cadeaux (la robe longue);  un mégalo qui ne résiste pas à faire le récit de ses rêves : c'est moi la gerbe debout, et tout le monde se prosterne devant moi, soleil et lune compris, et vous aussi les onze pauvres étoiles. Même Joseph est excédé, qui rappelle sa mère d'entre les morts ("moi et ta mère viendrions se prosterner devant toi "?)

Puis, c'est le vrai film de la fin de Joseph auprès de sa famille : son père le missionne, lui indique un lieu, il cherche, il rencontre un homme qui le renseigne, ses frères voient venir non l'homme aux colts d'or mais "l'homme aux songes". Il ne manque que la musique d'Enrio. Ils complotent de l'enfermer dans une citerne "nous verrons alors ce qu'il adviendra de ses rêves". C'est un peu comme une tragédie grecque : peut-être ne serait-il rien arrivé si Joseph était resté petit berger chez lui ... Il y a les brutes qui veulent le tuer, celui qui veut le sauver en trouvant un prétexte (Ruben), celui qui veut en tirer profit (Yehouda) tout en s'épargnant la malédiction pour le meurtre d'un frère. Seul Ruben se désole de sa disparition, et les frères n'ont pas le courage d'affronter le père, trouvant un subterfuge en utilisant la robe de Joseph pour le faire croire mort. Le chagrin de Jacob est racinien; le premier vrai chagrin exprimé d'un père dans la Genèse, alors que bien des pères ont vu ou cru leur fils mort ...

Commence un autre récit filmique, l'histoire bien connue de Tamar qui se déguise en prostituée pour avoir un enfant de son beau-père. Avec ses paroles prophétiques : 

"Elle répondit : "que me donneras-tu  pour me posséder ?" Il répliqua: "je t'enverrai un chevreau de mon troupeau".

Banco

Puis nous reprenons le récit de la vie de Joseph, chez Putiphar. Là aussi, récit très  détaillé, et Joseph est une fois de plus précipité dans le malheur avec une histoire de tunique 

Et de nouveau une histoire de rêves ... Joseph est bien "l'homme aux songes" ...


6.12.20

En cheminant avec la parasha (09) : Vayichla'h : mise en ordre

                                                            Gustave Doré

 Cette parasha, c'est l'heure de vérité pour Jacob, et il faut reconnaître qu'il fait très bonne impression. Plus de mensonges. Et face à lui-même, il va affronter tout ce qu'il avait laissé de côté ces dernières années. Cela m'a fait songer aux préparations de Kippour : avant de retrouver son Dieu, il faut régler ses devoirs envers le prochain. Jacob doit beaucoup à son frère : il lui a volé droit d'aînesse et bénédiction. J'ose espérer que ce n'est pas seulement par tactique qu'il opère minutieusement tous les préparatifs des retrouvailles. On nous dévoile un patriarche vraiment très responsable : c'est la grande opération séduction respectueuse envers Esav. Ce qui nous permet de connaître aussi ses priorités : les biens, il va falloir les partager, et il y a une espèce d'esprit Chat Botté chez Jacob : on montre ses richesses, les unes après les autres ... mais c'est pour les partager. Puis on place sa famille, par ordre de préférence : cela peut apparaître cynique, mais je me mets à la place de Jacob : dans l'urgence absolue, il est pardonnable de faire des "choix de Sophie". Alors Jacob met les servantes et leurs enfants devant, puis Léa et ses enfants, et enfin Rachel et Joseph, ses préférés, tout au fond. 
C'est là que tout est réglé, il peut affronter son Dieu. Ce Dieu sans nom. Voyez l'importance des noms : par deux fois, Jacob veut connaître celui de son adversaire, mais il n'aura pas de réponse : le Dieu des Juifs n'a pas de nom. 

Les frères se retrouvent et sincèrement, on peut admirer Esav, le dindon de la farce : il pardonne à Jacob ce que rien ne pourra rembourser, ni troupeaux ni esclaves. Et plus tard dans la parasha, on apprend qu'il déménagera, car il n'y a pas de place pour deux. Pauvre Esav ...

Quelque part, cependant, la tradition du mensonge continue son chemin, se transmettant à la génération suivante, et c'est le terrible épisode concernant Dina. Dina outragée, c'est un terrible mensonge qui viendra à bout de ses agresseurs qui ont l'air pourtant de se repentir avec de nombreux signes du terrible outrage : un mensonge qui utilise la relation avec Dieu, la circoncision ; il fallait oser, et ils osent. Ceux dont le père a lutté avec Dieu se sentent-ils tout permis ? 

Dans cette parasha, Rachel meurt aussi. Un détail qui ne m'avait jamais frappé : Rachel était-elle de la même religion que son époux ? Rappelez-vous, dans la parasha précédente, elle a volé les Pénates de son père. Jacob, avant de rentrer en Eretz, fait brûler toutes les divinités étrangères. Et aussitôt après, Rachel meurt en couches ...

26.11.20

En cheminant avec la parasha (8) : Vayètsè : des rayures et des points

                                                     Jacob et le troupeau de Laban, Ribera


Je n'avais pas réalisé qu'avec la relecture, je cheminerai avec cette idée de mensonge. Cette semaine encore, elle est au cœur du texte.

Laban, tout d'abord, est maître en la matière. Tous ton discours en est empreint, dès son effusion à l'arrivée de Jacob. Celui qui ne voulait rien de "son corps et sa chair" va avoir quatorze ans de salaire pour ses deux filles, dont une seule faisait partie du contrat de départ.
C'est pourquoi l'on n'en veut pas trop à Jacob quand lui aussi, il ment à Laban pour préparer son départ : pour récupérer le maximum de bêtes, il propose à Laban un marché de dupe où il va user de magie tout en s'assurant que le "partage" sera incontestable. On ne comprend pas trop comment il s'y prend, mais il arrive à faire naître un maximum de bêtes "non blanches", sa part dans le troupeau à naître. Il ment alors à ses femmes en prétextant une intervention divine explicite. Puis il s'enfuit sans dire au revoir. 

On assiste alors à un morceau d'éloquence de Laban, qui, on dirait, ne manque pas d'humour : "Je t'aurais reconduit avec allégresse, avec des chants, au son du tambourin et de la harpe ! " J'imagine tout à fait une mise en scène par Tex Avery ou les frères Cohen.

La seule fois où Jacob ne ment pas : "quant à celui que tu trouverais en possession de tes dieux, qu'il cesse de vivre !",  cela lui portera malheur. Car il ignorait que c'était Rachel, menteuse devant son père, qui était la voleuse. Pour ne pas être démasquée, elle prétend même avoir ses règles, alors qu'elle porte Benjamin.  Les commentateurs disent que cela sera la cause de sa mort, après la naissance de son dernier fils. 

22.11.20

Murakami et Ozawa : aide à la lecture (12) : troisième conversation : De Telemann à Bartok

 

Concertos de Telemann et de Vivaldi, mai 1965


Premier et troisième concertos pour piano de Bartok, juillet 1965

 premier concerto pour piano Tchaikovsky

Symphonie fantastique de Berlioz





21.11.20

Murakami et Ozawa : aide à la lecture (11) : troisième conversation : Lire une partition attentivement

 Murakami : "Je ne suis pas sûre de comprendre ce qu'implique la lecture d'une partition, mais je vois ça comme le travail de traductionque je fais au quotidien. Je lis des livres en anglais, je les transpose en japonais, et je bute parfois sur un passage difficile. J'ai beau y réfléchir très longtemps, pas moyen de comprendre. Alors, j'en suis réduit à rester assis les bras croisés, à garder les yeux fixés sur ces lignes pendant des heures :parfois je finis par comprendre ; d'autres fois, il n'y a rien à faire. dans ces cas là je saute le passage difficile, passe à la suite et y reviens de temps à autre ; au bout de deux ou trois jours, tout s'éclaire enfin, comme si une voix intérieure me disait : "voilà donc ce que ça veut dire", et le sens se révèle en toute simplicité, comme si de rien n'était. "

De la musique. Conversations. MURAKAMI Haruki, OZAWA Seiji

My favorite things (33) : Corona (5)

 1. Lectures:
Recette pour temps de froid

"Dans la cuisine j'ai préparé une limonade chaude. J'avais mis à macérer dans du miel du citron, du gingembre, de la cannelle, des clous de girofle et de la cardamone ; dans les semaines à venir, je pourrai faire du vin chaud avec cette préparation, en ajoutant du vin rouge."

OGAWA Ito, La république du bonheur, ch. Riz au mukago, p190

2. Estampes

Hokusai. Le coquillage violet

3. Musique
Apparemment, la vielle n'est pas inconnue du peuple juif ...






19.11.20

My favorite things (32) : Corona (4)

 1. Lectures

"L'adieu aux lettres s'est achevé sans encombre, cette année encore.
La vérité, c'est que la famille Amemiya n'était pas écrivain public de génération en génération et l'adieu aux lettres était une cérémonie inventée par l'Aînée; du coup, j'aurais pu tout arrêter. Mais cela m'aurait gênée, quelque part, et puis, ça aurait été dommage, cette cérémonie avait son utilité, bref, tant qu'on m'enverrait des lettres à brûler, je continuerais, c'était mon destin, me semblait-il.
Parce que, de la même façon que les humains ont une âme, les mots en ont une à eux. Alors, pourquoi pas une cérémonie pour les envoyer au paradis ? "

OGAWA Ito, La république du bonheur, ch. Miso de Pétasite, p258

2. Jardinage

Amusant : je viens d'apprendre le nom de la misère qui me fascine et que j'aime à cultiver : une minuscule bouture donne des pots énormes qui croissent quelquesoient les conditions : Juif errant

3. Toby Nathan parle dans un interview , des questions que posent les gens quand ils te rencontrent à Bamako ; une de celles-ci :
"Quel es ton Dieu ?"
Et quand on répond : "Je n'en ai pas"
Alors ils disent : "Ah ? Tu es Français ? "

16.11.20

My favorite things (31) : Corona (3)

 1.J'ai trouvé un endroit pour me confiner :

"Le verbe grec kalyptein signifie "cacher". Calypso est donc littéralement "celle qui cache". Elle le cache au beau milieu de la mer, au milieu de nulle part. Et sur cette île perdue au milieu de nulle part, elle vit dans une caverne, et cette caverne est entourée d'arbres, des cyprès, des peupliers et des aulnes, avec des massifs de plantes aromatiques à l'arrière et des chouettes hululant dans les arbres (...) C'est un espace sombre, clos, fertile, dérobé. "

Une Odyssée, ch.Télémachie, Daniel Mendelsohn

2. J'aurais bien aimé aussi me confiner là, mais il semble qu'il y ait déjà beaucoup de monde

Hiroshige, Hakone

3. Cuisine : un air du pays sur la côte Est des Etats Unis : 

"D'ailleurs, elle m'a aussi appris bien des choses en matière culinaire : je me rappelle ce jour où je restai bouche bée devant une cassolette de linguinis recouverte d'un sauce qui - miraculeusement pour moi qui n'avait jamais mangé de pâtes qui ne sortent pas d'une boîte - n'était pas rouge mais verte, une sauce au nom italien qu'elle préparait avec des feuilles fraîchement cueillies dans son jardin, un petit carré à l'arrière de sa maison, dans lequel elle se promenait, coupant des herbes et chantonnant pour elle-même comme une sorcière surgie de quelque vieille légende."

Une Odyssée, ch.Télémachie, Daniel Mendelsohn


15.11.20

En cheminant avec la parasha (7) : Toledot : Isaac l'aveugle

Esav et Jacob, Matthias Stomer

Je continue cette semaine à (re)découvrir Isaac; et ce n'est pas vraiment en sa faveur ...

Isaac met ses pas dans les pas de son père : comme sa mère, son épouse est d'abord stérile (mais Isaac doit savoir mieux prier, et il aura des jumeaux, Esav et Jacob), et comme son père, devant Abimelech (ce roi est donc immortel ?) il la fera passer pour sa sœur : mais comme chat échaudé craint l'eau froide, cette fois si le roi ne se fera pas avoir, et le récompensera même, c'est incompréhensible.
Nous avons affaire à une famille de menteurs, de plus en plus menteurs au fil des générations :- Abraham a menti à Abimelech, Isaac ment à Abimelech. Jacob ment à tout le monde , et en premier à son père : "je suis Esav "dira-t-il par deux fois. C'est par deux fois aussi qu'il spoliera son frère, lui prenant et le droit d'ainesse et la bénédiction. Pauvre frère que la Bible, on ne sait pourquoi, n'aime pas. Il n'est pas bon d'être un ainé dans la Bible : Caïn, Ismaël, Esav. D'être un chasseur non plus : Caïn , Esav. Mais Esav est aussi un homme des champs, un homme simple et sans calcul, alors que Jacob, comme son père en son temps, est un homme "de la tente". Mais Esav ne veut pas tuer Jacob, du moins pas tout de suite. Esav pleure et se lamente, sa cause est juste et sa souffrance est sincère. Et Isaac, incapable de se protéger de son père, ne sera pas plus capable de protéger son fils ainé : aveugle il fut, aveugle il restera : aveugle à reconnaître ses enfants, aveugle à la souffrance de son fils préféré. 

Un autre point de vue sur la parasha, celui de Delphine Horvilleur :


Tendances (12) : Corona (2)

 



Réjouissez-vous, les enfants des écoles peuvent continuer à la piscine, elles restent ouvertes juste pour eux. Extrait de la procédure (descriptif syndical) :

Pour rentrer dans le concret, les élèves doivent se déshabiller (et se rhabiller) avec le masque, garder le masque jusqu’à la douche en maillot de bain, bonnet et serviette, l’enlever pour la douche (sauf masque en K-way), le remettre après pour accéder au bassin puis l’enlever de nouveau pour l’activité puis le remettre à leur sortie de l’eau quand l’activité est terminée puis le réenlever sous la douche pour enlever le chlore.

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Il me pèse de plus en plus ce drôle de confinement new style. Il est temps de prendre des décisions qui feront que les Tendances puissent se fondre dans les Favorite Things. Des décisions que jusqu'ici je n'arrive pas à mettre en pratique :

1. Arrêter d'écouter les infos, même celles de France-Culture ; maintenant que l'on est débarrassé de Trump, il n'y aura plus guère de vraies nouvelles, et de bonnes : montée des cas de Corona, montée du nombre d'attentats partout dans le monde. Autant arrêter d'être maso en révisant tous les jours...

2. Arrêter aussi la lecture du fil des copains : sensée me faire du bien, la plupart du temps, elle m'énerve : moi la randonneuse qui me contente de mon kilomètre de rayons, je vois les copains qui se promènent sur le Promenade des Anglais, les autres qui likent, voire les félicitent comme de nouveaux héros du confinement. La plupart des vieux d'aujourd'hui sont des ex-soixante-huitards, et obéir à des consignes, ça les emmerde. Braver le confinement pour le supporter leur rappelle peut-être leur parade de jeunesse. Je n'ai pas envie d'être aveugle. Mais je n'ai pas envie non plus de me fâcher avec mes copains. La plupart sont retraités. Moi tous les jours je vais bosser au milieu de mes petits qui éternuent et postillonnent tous azimuts sans masques ; leurs parents, en grosse minorité, portent le masque sous le menton et pour adresser la parole se rapprochent en l'ôtant carrément pour que vous puissiez les comprendre mieux. 

3. Il me restera du temps pour faire tout ce que j'aime faire et pour lequel le temps me manque : de la lecture, des etegamis, de la vielle à roue et donner des nouvelles de mon kilomètre de rayon ...


13.11.20

Murakami et Ozawa : aide à la lecture (10) : troisième conversation : Chef assistant de Léonard Bernstein




"Ozawa : (...) Ala suite de mon mariage et de mon augmentation de salaire, nous nous sommes installés dans un appartement à l'étage. Mais comme les étés sont caniculaires à New York, et que, bien entendu, nous n'avions pas de climatisation, lorsque nous n'arrivions pas à dormir, nous allions dans un cinéma ouvert toute la nuit - le moins cher que nous avions trouvé - et nous dormions là-bas. Nous habitions près de Broadway, par conséquent il y avait beaucoup de cinémas dans notre quartier. Mais dans la plupart d'entre eux, on vous forçait à quitter votre siège à la fin du film. Cela nous obligeait à nous réveiller toutes les deux heures pour sortir dans le hall et tuer le temps."
De la musique. Conversations. MURAKAMI Haruki, OZAWA Seiji

12.11.20

En cheminant avec la parasha (6) : Haye Sara

                                                Le sacrifice d'Isaac (détail), le Caravage
 

En relisant la parasha cette année, d'épisodes archi-connus, peut-être à cause du pessimisme ambiant, je redécouvre nos patriarches sous un aspect qui m'avait échappé. Ainsi que penser d'Isaac ? Est-ce le traumatisme de son presquassasinat, ou le syndrôme Tanguy. Cet homme au patronyme si gai, que se passe-t-il dans sa vie ? Longtemps (trop?) attendu, il naît d'un couple de vieillards, et aussitôt on éloigne  son demi-frère. Puis il est proposé pour l'holocauste, et il se laisse faire, se laisse lier, se laisse tuer. Au début de notre parasha, Sarah est morte, de chagrin ? Le voilà orphelin. Et puis on veut le marier. On a tellement peur de sa faiblesse, qu'Abraham lui interdit formellement le voyage (24-6). C'est donc un serviteur qui choisira sa femme, la belle Rivka, pleine d'initiative, on voit déjà que c'est elle qui va porter le pantalon ... A l'arrivée de Rivka, que faisait Isaac ? Il méditait. Et aussitôt il la conduisit chez sa mère. Il va hériter de toute la fortune d'Abraham. 

A la mort d'Abraham, Ismaël a douze fils. Le destin des Hébreux est pourtant dans les mains d'Isaac. Isaac, réveille-toi !

8.11.20

En cheminant avec la parasha (5) : Vayera ou la déroute familiale

Je pensais qu'étudier attentivement toute la Parasha chaque semaine allait m'aider à traverser le nouveau confinement avec plus de sérénité. Mais pour celle là spécialement je commence à douter.

Pourtant, ça avait bien commencé avec un de mes épisodes préférés. C'est l'extrait où Abraham reçoit les trois hôtes en sa tente. Toute ma vie, je regretterai de ne pas avoir acheté l'icône chez ce marchand du vieux Jérusalem, que je n'ai jamais retrouvée  et qui est restée gravée dans ma mémoire. La délicatesse du tracé racontait parfaitement le récit de ce passage qui commence notre parasha.

Abraham, l'hospitalier, plaide pour Sodome. Abraham n'est pas Noé, Abraham ne veut pas que les Justes périssent. Abraham marchande, et ira jusqu'à dix. Peut-être qu'Abraham ne savait pas qu'il n'y avait pas dix justes à Sodome et il s'en retourna pensant qu'il avait bien plaidé.

Mais mon répit est de courte durée.


Il sera dit que neuf Justes dans une ville injuste n'ont pas le droit de vivre. Il sera dit aussi qu'il n'est pas bon y être un enfant.

Et c'est ainsi que tout dérape. Trop de récits fondamentaux sont enfermés dans cette parasha. Les épisodes s'enchaînent, plus glaçants les uns que les autres, du coup, l'attention se relâche, et on ne voit pas tout ce que cette parasha a d'insupportable, de terrifiant. Mais bon sang de bonsoir , comment ne m'en étais-je pas aperçu avant ? Abraham, avinou, notre père, mais quel père ? et  de quelle famille ? Revisitons un peu nos aïeux :

Vous êtes une fille ? Vous n'avez pas de nom, filles anonymes. Voici Loth qui protège l'étranger, mais ce n'est pas l'amour paternel qui l'étouffe : en échange du salut de ses hôtes il propose aux Sodomiens de violer ses filles, vierges, de n'importe quelle façon (Génèse 19,8). Les Sodomites n'acceptent pas le marché, peut-être au fond ont-ils un peu de morale familiale si le reste ne suit pas ... En tout cas, les filles ont bien trempé dans la culture sodomite : après avoir échappé au viol par des inconnus, persuadées que le monde a disparu comme au temps de leur ancêtre Noé, elles ne veulent pas rester sans descendance et décident à leur tour de violer leur père ( qui apparemment se laisse tenter à noyer son chagrin dans l'alcool) à tour de rôle, après l' avoir enivré. Dieu refusait l'enfantement à Sarah, mais il le permettra pour les filles de Loth, permettant au Messie d'advenir (par l'intermédiaire de Ruth)

Vous êtes une épouse ? 

    -Vous n'avez pas de nom, comme la femme de Loth ; on ne sait pas quand Loth l'a épousée, si elle a eu de lui des fils, d'autres filles. On sait juste d'elle qu'elle s'est retournée mais on ne sait pas le motif : pleurait-elle sa maison ? sa famille ? Etait-elle simplement curieuse ? ou incrédule ? Jamais on ne saura. La femme de Loth, s'étant retournée, deviendra statue de sel (Genèse 19-26). 

    - Vous en avez un, vous venez juste de le changer : pour modifier votre destin ? Il semblerait que non car Abraham remet ça, et là c'est moins facile à avaler : il laisse encore partir sa femme avec le premier (donc le deuxième roi) venu, Abimelekh cette fois, et la fait encore passer pour sa sœur, (en plus il raconte des bobards, Genèse 20-13). 

    - Vous êtes une concubine mère porteuse : comme Agar, avec de l'eau et du pain, on vous renverra dans le désert, pour la deuxième fois.

Ne croyez pas que les garçons sont mieux lotis.   

 - Vous êtes un fils ...

    ... "illégitime "? Ca ne marche pas pour vous "avinou", notre père si vous vous appelez Ismaël.  On vous renvoie, en ayant protesté un peu quand même, sur de vagues promesses. Il vous reste votre mère ? si elle n'a pas le sens de l'orientation, comme Agar, elle vous perdra dans le désert. Puis elle vous abandonnera à une mort solitaire, sous le prétexte que c'est trop dur de vous voir périr (Genèse 21-16); de toute façon, elle est nulle : elle n'avait même pas vu la source qui vous aurait sauvée (Genèse 20-19). 

-Mais ne croyez pas que le fils "légitime" est mieux loti, et la parasha finit en apothéose : votre père , en directe communication avec Dieu, va partir en randonnée pédestre pour vous donner en holocauste, en vous obligeant à porter le bois de votre bûcher, à vous laisser attacher.  Lui qui voulait trouver dix justes, il ne marchandera pas pour vous ... Accablé par le chagrin, ou totalement lâche, aveugle (?), vous ne tenterez même pas de vous sauver ...

Soyez en convaincus, frères humains, on ne peut compter que sur les anges, qui seuls, secourront les deux frères : l'un viendra secouer Agar, l'autre stoppera le bras d'Abraham afin qu'il ne tue pas Isaac.

Est-il besoin d'en rajouter ? Je crois que j'ai besoin de faire un break jusqu'à la semaine prochaine ...

4.11.20

Tendances (11) : la France mais la République

 Mon ami Christian Jacomino a écrit un article qui parle de la France et de la République.

J'ai eu envie de lui répondre et de me souvenir de ces cours de Mme Richter, mon professeur d'Histoire de Terminale au lycée Calmette qui m'ont ouvert la voie vers mes études d'Histoire, et qui ont surtout, plus que l'Université, formé mon esprit critique et mon regard sur le monde. Sans doute aujourd'hui pourrait-elle être en danger de mort .

Quelle étrange idée pour moi que de vouloir dissocier  France et République, ces deux notions qui m'ont construite en tant que citoyenne...

La France, où la République est écrite jusque sur le fronton de certaines églises

église de Salernes (83)

 église de Aups (83)


Dans la Résistance, il n'y avait pas que des républicains, évidemment : des royalistes, des communistes. Mais ce n'est pas une raison pour vouloir sucrer la République. Dans la biographie de Charles De Gaulle qui passe en ce moment sur notre chaîne nationale, un passage fait écho de la complexité qui se joue : A la Libération, le président du Conseil National de la Résistance demande à De Gaulle de proclamer le retour de la République, mais De Gaulle refuse car pour lui la France Libre a toujours existé et Vichy n'était pas légitime. C'est la raison qu'évoquait Mitterand pour ne pas s'excuser de la déportation des juifs de France à la commémoration du Vel d'hiv. 

Il n'y qu'une France, mais il n'y a aussi qu'une République comme en France. Du moins c'est ce que j'espère et ce dont je désespère par ces temps de mauvais vent. Liberté, égalité, fraternité, va -t-on garder le cap ?

 La France est intimement mienne, mais à présent, sans la République, elle n'est rien. Si je devais y faire une liste, comme mon ami Christian, je n'y mettrai pas saint Louis sous un chêne, " Louis IX alias saint Louis" comme le titre une BD, le tueur de Cathares, le "pogrommeur" de Juifs. 

1.11.20

My favorite things (30) : automne (11)

 1. Lectures

"J'avais été un peu déçue par l'écriture de Kawabata. Les caractères étaient serrés sur la droite - comme le contenu d'un bento trop longtemps transporté de travers. "

La république du bonheur. OGAWA Ito

2. Statues de ma voisine

Sainte de salon (Canaux)



3. Fruits de saison
Les kakis si chers à mon cœur. Il y a 12 ans, ils furent mon plus joli cadeau de mariage dans le Kanagawa.

4. Il est certainement recouvert de neige aujourd'hui


5. Quand pourra-t-on retourner danser ?