Jardin du Monastère pour la fête des Mais
10.5.10
Pour retrouver la nostalgie nippone, 20 : calme plat
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pour retrouver la nostalgie nippone
2.5.10
Mes notes de chevet, 25. Oiseaux
« De la grue, j’aurais trop à dire. Cependant, il est vraiment splendide que sa voix monte par delà les nuages, et cela, je ne puis le taire »
Sei Shônagon, Notes de chevet

Mes notes de chevet :Je n’ai jamais vu de grues sauvages. Mais je les ai entendues. En grand nombre.
C’était en Dordogne, une nuit de printemps. Nous avions attendu la nuit avec un télescope, mais la brume légère ne semblait pas vouloir se lever. Tout d’un coup, des cris par centaines, tout près, très bas, mais on ne voyait rien. Les grues en migration passaient tout près de nous, invisibles, inexorablement, pendant de longues minutes. Puis le silence de la nuit, de nouveau, mais pas comme avant.
Sei Shônagon, Notes de chevet
Mes notes de chevet :Je n’ai jamais vu de grues sauvages. Mais je les ai entendues. En grand nombre.
C’était en Dordogne, une nuit de printemps. Nous avions attendu la nuit avec un télescope, mais la brume légère ne semblait pas vouloir se lever. Tout d’un coup, des cris par centaines, tout près, très bas, mais on ne voyait rien. Les grues en migration passaient tout près de nous, invisibles, inexorablement, pendant de longues minutes. Puis le silence de la nuit, de nouveau, mais pas comme avant.
1.5.10
Marché de vendredi
18.4.10
Autre marché
Au marché des bouquinistes, sur la table de l'étal, c'est le tableau de Klee sur la couverture qui m'a attiré, celui que je suis en train d'étudier avec les enfants.
Gloires, Psaumes, traduit par Mechonnic
"La fièvre au cœur au fond de moi dans mon songe brûle un feu j'avais ces paroles sur la langue "
(39, 4)
Gloires, Psaumes, traduit par Mechonnic
"La fièvre au cœur au fond de moi dans mon songe brûle un feu j'avais ces paroles sur la langue "
(39, 4)
17.4.10
Marché de samedi
Pour changer cette semaine, tome de chèvre., mais quand même un p'tit frais comme d'habitude.
Un plan de tomates cerises pour l'école
Et du lilas, enfin ! agrémenté par une rose rouge offerte par le vieux marchand de 83 ans !
Japonisation gastronomique, 2 : tiramisu...
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Japonisation gastronomique, 1 : asperges sauvages...
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14.4.10
Mes notes de chevet , 24. Arbres
« Le katsura, le pin à cinq aiguilles, le saule, l’oranger. L’aubépine de Chine (...) quand tous les arbres ont perdu leurs fleurs, et sont tout verts, les feuilles rouge foncé de l’aubépine, sans prendre garde à la saison, brillent et attirent l’œil au milieu des feuilles vertes auxquelles on ne fait plus attention. C’est merveilleux »
Sei Shônagon, Notes de chevet
Mes notes de chevet : L’odeur de miel qui me fascinait tant enfant. Le bourdonnement des abeilles dans le soleil. Cette cascade blanche compacte, accrochant la lumière en paillette, cachant ses dards, gare à qui s’approche. Elle a raison : l’aubépine est une merveille...
Sei Shônagon, Notes de chevet
Mes notes de chevet : L’odeur de miel qui me fascinait tant enfant. Le bourdonnement des abeilles dans le soleil. Cette cascade blanche compacte, accrochant la lumière en paillette, cachant ses dards, gare à qui s’approche. Elle a raison : l’aubépine est une merveille...
9.4.10
Pour retrouver la nostalgie nippone, 19 : où sommes-nous, 4 ?
A la Bambouseraie d'Anduze, ils sont vraiment arrivés à me filer le bourdon : c'est quand qu'on repart ?
6.4.10
Pour retrouver la nostalgie nippone, 18 : mochi
Vous êtes un dimanche de Pâques. Vous avez une amie anglaise. Elle vous invite chez une autre amie anglaise, au fin fond d'une guarrigue cévenole. Et voilà ce que vous y trouvez ! Et voilà qu'Hatsuo se met au fourneau... Un étrange miracle de Pâque...œcuménique !
31.3.10
Traversée
Avant-hier, comme beaucoup, j'ai traversé la Mer Rouge. De ce que j'ai laissé derrière moi, je n'ai rien regretté. Juste le temps d'apercevoir le cœur endurci de Pharaon. Le juste bagage, il est bon de voyager léger.
28.3.10
Mimosa d'or 2010
7 minutes au paradis.
J'ai vu ce film ce soir et j'étais de l'avis du jury. Et j'ai également repensé, bien que ce ne soit pas le propos du film que, non, on ne sert pas une cause fut-elle juste par n'importe quel moyen
27.3.10
Pour lutter contre la nostalgie nippone, 19: alliance
On peut manger un peu plus tard, histoire de faire alliance de deux talents :
salade poire-avocat pour moi
curry japonais pour Hatsuo
salade poire-avocat pour moi
curry japonais pour Hatsuo
24.3.10
Mes notes de chevet , 23. Fêtes
« Rien n’égale en beauté la fête du cinquième mois...
Les dames qui ont reçu des lettres dans lesquelles on avait enveloppé de très longues racines d’acore veulent, pour répondre, écrire de bien jolies choses, et se consultent entre amies. Il est amusant de les voir se montrer mutuellement les réponses qu’elles préparent...
Jusqu’au son du coucou qui dit son nom vers le soir, tout est délicieux et m’émeut à l’extrême »
Sei Shônagon, Notes de chevet

Mes notes de chevet : j’adore recevoir des courriels. Mais qu’est-ce comparés à des lettres associées à des herbes ? Il fut un temps pas si lointain où l’on recevait trèfles à quatre feuilles, fleurs séchées, feuilles d’automne, et autres débris... Moi qui n’use même pas de mon stylo-plume tout neuf, soudain, je suis étreinte par une nostalgie toute végétale.
Les dames qui ont reçu des lettres dans lesquelles on avait enveloppé de très longues racines d’acore veulent, pour répondre, écrire de bien jolies choses, et se consultent entre amies. Il est amusant de les voir se montrer mutuellement les réponses qu’elles préparent...
Jusqu’au son du coucou qui dit son nom vers le soir, tout est délicieux et m’émeut à l’extrême »
Sei Shônagon, Notes de chevet
Mes notes de chevet : j’adore recevoir des courriels. Mais qu’est-ce comparés à des lettres associées à des herbes ? Il fut un temps pas si lointain où l’on recevait trèfles à quatre feuilles, fleurs séchées, feuilles d’automne, et autres débris... Moi qui n’use même pas de mon stylo-plume tout neuf, soudain, je suis étreinte par une nostalgie toute végétale.
14.3.10
Pour retrouver la nostalgie nippone, 17 : Il y a
..Il y a là les bordures, les distances, ton allure, quand tu marches juste devant. ,
Cette chanson...,
découverte grace à Laurence, m'a rappelé mon petit film d'Izu.
Cette chanson...,
découverte grace à Laurence, m'a rappelé mon petit film d'Izu.
8.3.10
7.3.10
Pour lutter contre la nostalgie nippone, 17: spécial Shizuka...
...et Petit Page !
...en éventant avec un cahier le riz des sushis dans un saladier en Pyrex. Bon, le cahier est japonais, et le cuisinier aussi !
;-)
Le résultat est pas si mal :
Après la guerre civile
Facebook est comme l'avenue d'une très grande ville. On y croise beaucoup d'inconnus, avec lesquels on s'associe le temps d'un voyage en tram.
On y tombe aussi parfois sur une personne que l'on n'a pas revue depuis la guerre civile.
Comment va-t-elle réagir ? Sommes-nous du même bord désormais, ou plutôt comment envisage-t-elle le nouveau clivage ? Je pense aux jours passés, et au nom de ceux-là j'ai envie de passer outre, de prendre le temps de nouvelles simples, de sourire aux souvenirs communs, bons. Mais je n'ose plus, je suis lâche, Alors, si c'est un bon jour, je tente quelque chose de très léger, un sourire, un imperceptible ralentissement. Sinon, je passe mon chemin, mais la nuit, l'avenue déserte se peuple de fantômes...
On y tombe aussi parfois sur une personne que l'on n'a pas revue depuis la guerre civile.
Comment va-t-elle réagir ? Sommes-nous du même bord désormais, ou plutôt comment envisage-t-elle le nouveau clivage ? Je pense aux jours passés, et au nom de ceux-là j'ai envie de passer outre, de prendre le temps de nouvelles simples, de sourire aux souvenirs communs, bons. Mais je n'ose plus, je suis lâche, Alors, si c'est un bon jour, je tente quelque chose de très léger, un sourire, un imperceptible ralentissement. Sinon, je passe mon chemin, mais la nuit, l'avenue déserte se peuple de fantômes...
4.3.10
Mes notes de chevet, 22. Étangs
(...) L’étang de Sarusawa. Un empereur, ayant entendu dire qu’une uneme s’y était jetée, serait allé, à ce que l’on raconte, voir cet étang. Cela me charme, et il est inutile de dire combien je suis émue que Hitomaro ait chanté les cheveux dénoués flottant sur l’eau...
L’étang de Kagami. L’étang de Sayama. Peut-être trouve-t-on celui-ci joli parce que l’on se rappelle, charmé, la poésie sur la bardane d’eau.
Sei Shônagon, Notes de chevet
Hiroshige
Mes notes de chevet : Mes étangs sont peuplés d’oiseaux : canards colvert du bout du canal de Périgueux, voisinant avec quelque mulard rescapé d’une loterie, aquarelles de flamants roses à Bages, ou minuscules grêbes en plongée au Canet, hérons en migration perchés sur les peupliers de Sigoulès, éclair bleu du martin pêcheur depuis une barge à Biscarosse.3.3.10
Pour lutter contre la nostalgie nippone, 16: Des tartelettes pour l'impératrice
Pour Hinamatsuri, la fête des filles, j'ai ressorti le joli cadeau de mariage de mon mari, mes poupées chats d'Enoshima. Et j'ai fait des tartelettes au yuzu mangées comme il se doit entre copines.
Un petit cliché pour faire râler celles qui étaient "empêchées"(il y avait aussi du cheesecake, ;-) Gladys ).
28.2.10
le son de chez moi, 28 : bouquet final
Au revoir Carnaval, à l'année prochaine !
Le son de chez moi, 27 : bateau de feu
A Nice, les feux d'artifice sont tirés sur la mer, depuis cinq bateaux en mouvement. Un luxe que j'apprécie tout particulièrement...
Le son de chez moi, 26 : Au Carnaval, ça boume
J'ai toujours rêvé de faire partie d'une fanfare ou d'une bande de ce genre. Si je trouve trois autres fous, je commence demain.
27.2.10
Mes notes de chevet, 21. Fleurs des arbres
"Pour la fleur de deutzie, elle est d’un rang inférieur, et n’a rien qu’on puisse vanter. Cependant, la deutzie fleurit à une époque agréable : on la trouve charmante quand on pense que, peut-être, un hototogisu se cache dans son ombre. Au retour de la fête de Kamo, dans les environs de la lande de Murasaki, que c’est joli lorsqu’on voit, autour des pauvres chaumières, les haies hirsutes, toutes blanches de ces fleurs. On dirait des vêtements blancs, mis sur d’autres, verts, et aux endroits où il n’y a pas de fleurs, cela ressemble à une étoffe de couleur "feuille verte et feuille morte." C’est ravissant."
Sei Shônagon, Notes de chevet
photo Hatsuo Adachihara
Mes notes de chevet : C’est ainsi que je suis tombée amoureuse des Japonais : leur besoin impérieux de contempler les fleurs, les arbres et les plantes, de jouir du paysage même au milieu d’une foule nombreuse ; leur année ponctuée par le calendrier horticole : floraison des cerisiers, des pruniers, des tulipes, des hortensias, feuillages d’automne ... parcourir les sentiers sous les pluies de pétales.
26.2.10
Pour retrouver la nostalgie nipponne, 16 : comment (ne pas) voir le mont Fuji
"Je sais que mon épouse est dans mon cœur.
Mais quand je ne serai plus là, où sera-t-elle ?"
J'ai vu ce film hier sur Arte.
Tant de choses à dire.
Comment être femme et vivre toute une vie dans le renoncement de soi, de ses désirs profonds, par amour.
Comment être mère de ces adultes égoïstes et jaloux.
Certains de mes amis parlent de leurs enfants lucidement, c'est ma fille mais c'est une grosse vache, c'est mon fils et nous n'avons rien à nous dire; souffrants mais lucides, c'est la vérité. Nous ne sommes pas nos enfants. Nous devons vivre en le sachant, en l'acceptant, pour le meilleur et pour le pire, ne pas avoir d'autres choix. Rudi résume la situation en un "l'essentiel est que tous deux nous nous aimons". C'est vrai et en même temps il n'a rien vu des aspirations de sa femme; C'est vrai et en même temps il le comprendra. C'est vrai et il l'aime, pour le meilleur et pour le pire, il n'a pas d'autre choix.
CHERRY BLOSSOMS-HANAMI : bande annonce du film
envoyé par eolenovo. - Les dernières bandes annonces en ligne.
Mais quand je ne serai plus là, où sera-t-elle ?"
J'ai vu ce film hier sur Arte.
Tant de choses à dire.
Comment être femme et vivre toute une vie dans le renoncement de soi, de ses désirs profonds, par amour.
Comment être mère de ces adultes égoïstes et jaloux.
Certains de mes amis parlent de leurs enfants lucidement, c'est ma fille mais c'est une grosse vache, c'est mon fils et nous n'avons rien à nous dire; souffrants mais lucides, c'est la vérité. Nous ne sommes pas nos enfants. Nous devons vivre en le sachant, en l'acceptant, pour le meilleur et pour le pire, ne pas avoir d'autres choix. Rudi résume la situation en un "l'essentiel est que tous deux nous nous aimons". C'est vrai et en même temps il n'a rien vu des aspirations de sa femme; C'est vrai et en même temps il le comprendra. C'est vrai et il l'aime, pour le meilleur et pour le pire, il n'a pas d'autre choix.
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23.2.10
Mes notes de chevet, 20. Choses qui égayent le cœur (suite)
« (...) Le brouillard a mouillé ses vêtements, qu’il laisse négligemment pendre. Les cheveux de ses tempes sont un peu en désordre ; il a l’air de les avoir, sans soin, fourré sous son bonnet laqué. Avant que la rosée des liserons fût tombée, il a quitté son amie ; il pensait à la lettre qu’il doit écrire, mais le chemin lui semble long, il fredonne "les jeunes tiges de chanvre".
Il allait à son poste au Palais ; pourtant, comme la fenêtre de treillis n’est pas baissée, il déplace légèrement le store, d’un côté, puis regarde à l’intérieur de la chambre. Il se dit, amusé, que sans doute, ici, tout à l’heure, un homme s’est levé pour partir. Peut-être celui-ci songeait-il, comme lui, au charme de la rosée ? »
Sei Shônagon, Notes de chevet
photo : Hatsuo Adachihara
Il allait à son poste au Palais ; pourtant, comme la fenêtre de treillis n’est pas baissée, il déplace légèrement le store, d’un côté, puis regarde à l’intérieur de la chambre. Il se dit, amusé, que sans doute, ici, tout à l’heure, un homme s’est levé pour partir. Peut-être celui-ci songeait-il, comme lui, au charme de la rosée ? »
Sei Shônagon, Notes de chevet
photo : Hatsuo Adachihara
Mes notes de chevet :
Il est bon de penser, que s’il existe encore une femme qui se prend pour Sei Shônagon, il existe aussi un homme, tendre, pensif et plein d’humour, qui examine la rosée et sourit à la vue d’une chambre d’amour.
Il est bon de penser, que s’il existe encore une femme qui se prend pour Sei Shônagon, il existe aussi un homme, tendre, pensif et plein d’humour, qui examine la rosée et sourit à la vue d’une chambre d’amour.
22.2.10
Le son de chez moi, 24 : Carnaval sur terre
On peut se mettre très jeune à la danse...
12.2.10
Boucler la boucle
Pour Alain et Josette.
Il m'aura fallu seize ans pour boucler la boucle, pour parcourir les quinze minutes à pied restants qui menaient/mènent à ce paysage :
Avec une autre vie. Mais ça valait le coup. Quand vous voulez, nous rebouclerons avec vous, vue d'en haut,
vue d'en bas :
C'est beau. Comme la Grèce en plus près. A deux heures de chez moi...
11.2.10
en direct de ma fenêtre à Nice
Actuellement, 11 Février, 14h30
10.2.10
La solitude des livres
"Elle l'ébranla sans en avoir eu l'intention :
-Pourquoi ne lis-tu pas ?
-J'ai du mal à me concentrer.
-Tu as essayé ?
-Même pas
-Les Juifs aiment lire, non ?
-Mon père et ma mère aimaient se plonger dans un livre.
-Mon grand-père était curé. Il disait : "Prenez exemple sur les Juifs, ils sont le peuple du Livre. Il n'y a pas de maison juive sans bibliothèque."
Il ressentit un instant la fierté des jours anciens :
-Chez nous, il y a une grande bibliothèque.
-Et qu'est-il arrivé aux livres ?
-Ils sont restés seuls. "
La chambre de Mariana, Aharon Appelfeld
-Pourquoi ne lis-tu pas ?
-J'ai du mal à me concentrer.
-Tu as essayé ?
-Même pas
-Les Juifs aiment lire, non ?
-Mon père et ma mère aimaient se plonger dans un livre.
-Mon grand-père était curé. Il disait : "Prenez exemple sur les Juifs, ils sont le peuple du Livre. Il n'y a pas de maison juive sans bibliothèque."
Il ressentit un instant la fierté des jours anciens :
-Chez nous, il y a une grande bibliothèque.
-Et qu'est-il arrivé aux livres ?
-Ils sont restés seuls. "
La chambre de Mariana, Aharon Appelfeld
5.2.10
Mes notes de chevet, 19. Choses qui font naître un doux souvenir
« ... Un petit morceau d’étoffe violette ou couleur de vigne, qui vous rappelle la confection d’un costume, et que l’on découvre dans un livre où il était resté, pressé.
Un jour de pluie où l’on s’ennuie, on retrouve les lettres d’un homme jadis aimé...
Une nuit où la lune est claire. »
Notes de Chevet, Sei Shônagon.
Un jour de pluie où l’on s’ennuie, on retrouve les lettres d’un homme jadis aimé...
Une nuit où la lune est claire. »
Notes de Chevet, Sei Shônagon.
Mes notes de chevet :
En débarrassant l’appartement de ma mère, je suis tombée sur le tiroir à mercerie. Quand j’étais toute petite, que les temps étaient autres, c’est moi, qui ouvrais, seule, la porte aux clients de mon père et qui les faisais rentrer dans la salle d’attente ; une femme, venant quotidiennement, m’apportait à chaque fois un cadeau, un trésor : un bout de galon à rideau, un petit morceau d’étoffe brodée de feuilles de vigne dorées... un jour, elle m’apporta un nuancier de fil, dépliant magique ; je me souviens encore de mon émerveillement à parcourir des yeux les nuances subtiles de fil à coudre, à y revenir comme dans un livre d’images. De longs jours après, alors que j’avais grandi, ma mère crut bon de rendre l’objet utile et de l’utiliser pour repriser ou coudre sans besoin d’acheter la bobine en question. Elle fragmenta le nuancier, comme les bouquinistes les livres de gravures anciennes. J’ai retrouvé au fond du tiroir, les brisures de l’arc-en-ciel, et je crois bien que j’ai pleuré...
En débarrassant l’appartement de ma mère, je suis tombée sur le tiroir à mercerie. Quand j’étais toute petite, que les temps étaient autres, c’est moi, qui ouvrais, seule, la porte aux clients de mon père et qui les faisais rentrer dans la salle d’attente ; une femme, venant quotidiennement, m’apportait à chaque fois un cadeau, un trésor : un bout de galon à rideau, un petit morceau d’étoffe brodée de feuilles de vigne dorées... un jour, elle m’apporta un nuancier de fil, dépliant magique ; je me souviens encore de mon émerveillement à parcourir des yeux les nuances subtiles de fil à coudre, à y revenir comme dans un livre d’images. De longs jours après, alors que j’avais grandi, ma mère crut bon de rendre l’objet utile et de l’utiliser pour repriser ou coudre sans besoin d’acheter la bobine en question. Elle fragmenta le nuancier, comme les bouquinistes les livres de gravures anciennes. J’ai retrouvé au fond du tiroir, les brisures de l’arc-en-ciel, et je crois bien que j’ai pleuré...
31.1.10
Olivier, in memoriam
"On s'aperçoit qu'on devient désert quand quelqu'un que l'on aime meurt. Qu'on n'a pas d'autre sens que d'être habité par des gens dont la présence nous réjouit ou dont le seul nom nous éclaire. Et quand ces présences s'éteignent, que les noms s'effacent, il y a un moment étrange et pénible où l'on devient à soi-même comme une maison vidée de ses habitants. On n'est propriétaire de rien au bout du compte."
Christian Bobin, dans une interview du Monde des Religions, n°25
Christian Bobin, dans une interview du Monde des Religions, n°25
30.1.10
Mes notes de chevet, 18. Choses qui font battre le cœur
« ... Se coucher seule dans une chambre délicieusement parfumée d’encens.
S’apercevoir que son miroir de Chine est un peu terni.
Un bel homme, arrêtant sa voiture, demande qu’on lui indique le chemin.
... Une nuit où l’on attend quelqu’un. Tout à coup on est surpris par le bruit de l’averse que le vent jette contre la maison. »
Notes de chevet, Sei ShônagonMes notes de chevet :
Beaux hommes égarés, vous pouvez également compter sur moi. Je suis toujours troublée, et complice, de cette jeune femme, devenue une amie, qui vivait au Xe siècle et dont je partage la plupart des émotions.
« ... Se coucher seule dans une chambre délicieusement parfumée d’encens.
S’apercevoir que son miroir de Chine est un peu terni.
Un bel homme, arrêtant sa voiture, demande qu’on lui indique le chemin.
... Une nuit où l’on attend quelqu’un. Tout à coup on est surpris par le bruit de l’averse que le vent jette contre la maison. »
Notes de chevet, Sei Shônagon
S’apercevoir que son miroir de Chine est un peu terni.
Un bel homme, arrêtant sa voiture, demande qu’on lui indique le chemin.
... Une nuit où l’on attend quelqu’un. Tout à coup on est surpris par le bruit de l’averse que le vent jette contre la maison. »
Notes de chevet, Sei Shônagon
Mes notes de chevet :
Beaux hommes égarés, vous pouvez également compter sur moi. Je suis toujours troublée, et complice, de cette jeune femme, devenue une amie, qui vivait au Xe siècle et dont je partage la plupart des émotions.
Beaux hommes égarés, vous pouvez également compter sur moi. Je suis toujours troublée, et complice, de cette jeune femme, devenue une amie, qui vivait au Xe siècle et dont je partage la plupart des émotions.
24.1.10
Ma première journée en Orient , 2
Dans chaque paire de socques japonaise, l'une des deux fait, en marchant, un bruit légèrement différent de l'autre, de même que "kring" est légèrement différent de "krang". De sorte que l'écho des pas d'un marcheur a un rythme alterné de tons. Sur le trottoir d'une gare, par exemple, le son acquiert une sonorité immense. Et la foule se met parfois inconsciemment à marcher au pas, d'où résulte le plus drôle des sons traînants de bois imaginable.
Lafkadio Hearn, Ma première journée en Orient , fin du chapitre 5
Lafkadio Hearn, Ma première journée en Orient , fin du chapitre 5
Ma première journée en Orient , 1
"Enfin, tandis que vous songez encore au mystère des choses, vous aurez, comme une révélation, la certitude que la plus grande partie du pittoresque stupéfiant des rues japonaises dépend simplement de la profusion des caractères chinois et japonais blancs, noirs, bleus et or, qui décorent toute chose, jusqu'aux surfaces des chambranles des portes et des écrans de papier. Peut-être alors, pour un moment, vous imaginerez-vous l'effet de caractères anglais substitués à ces caractères magiques; et cette idée suffira à donner un choc brutal à votre sentiment esthétique, et vous deviendrez, comme je l'ai fait, un ennemi du romaji-Kai, société fondée dans le vilain but utilitaire d'introduire l'usage des caractères romains dans l'écriture japonaise."
Lafkadio Hearn, Ma première journée en Orient, fin du ch 1
Lafkadio Hearn, Ma première journée en Orient, fin du ch 1
Le paradis des chats
Olivier s'en est allé rejoindre son chat, un chat roux comme celui là. Olivier le bien nommé est parti de chez lui comme il l'avait voulu. Les étoiles ont maintenant perdu leur nom que je ne saurai plus, lui qui était ma carte du ciel et mon dictionnaire de leur éthymologie arabe. C'était le seul homme qui avait réussi à me donner la gueule de bois, au champagne. J'ai peur de perdre sa voix, qui sonne encore dans ma tête, et je ne sais comment faire, sinon la pleurer avec tout le reste, ce qu'il n'aurait pas aimé du tout. Je te demande pardon Olivier, je prendrai soin de Grande Sœur et dès que nous en aurons le courage nous retrinquerons, Lehaim !
20.1.10
Mes notes de chevet, 17. Choses détestables
« En frottant le bâton d’encre de Chine sur la pierre de l’écritoire, on rencontre un cheveu qui s’y est introduit. Ou encore un petit caillou était caché dans ce bâton d’encre, et il grince “gishi-gishi” »
Sei Shônagon, Notes de chevet
Sei Shônagon, Notes de chevet
Mes notes de chevet :
Tout ce que le FBI pourra trouver dans les interstices de mon clavier : des poils de mon chien, des miettes de brioche, des poussières de Grèce, du pollen de narcisse, de la poudre de curry ...
Tout ce que le FBI pourra trouver dans les interstices de mon clavier : des poils de mon chien, des miettes de brioche, des poussières de Grèce, du pollen de narcisse, de la poudre de curry ...
14.1.10
Des agrafes
"
"Les agrafes ont sauté, dit-elle soudain, comme si elle parlait toute seule.-Les agrafes ?
-Oui. Les agrafes qui nous reliaient tous les trois sont parties. C'est irrémédiable."
Je me demandais quel bruit cela pouvait bien faire quand les agrafes d'une famille sautaient. Un petit chuintement comme quand on extrait le noyau d'un fruit ? Ou alors une explosion semblable à celles qui se produisent au cours de réactions chimiques ? "
La piscine, Yôko Ogawa
3.1.10
Si Manek était mort Mathilde le saurait...
J'ai revu le film de Jeunet ce soir, Un long dimanche de fiançailles, et j'ai pleuré tout le long, comme la première fois.
Je me souviens quand j'ai découvert le roman de Sébastien Japrisot. C'était une chaude, très chaude journée d'été. Au matin, j'avais commencé à nous lire à haute voix, et je n'ai cessé qu'à la nuit, quasi aphone et la dernière page achevée. Par la fenêtre, on voyait la silhouette lointaine du Mont Athos, tout au moins le matin et le soir, quand la brume n'était pas trop forte. Mon père était certainement déjà mort et déjà enterré, et je ne le savais pas encore, sauf que j'avais rêvé de lui, étrangement, le jour où c'était arrivé. Je me souviens de la grande chambre nue, et des draps blancs du lit où je lisais, certainement trop petits comme toujours en Grèce. Je me souviens de mon inquiétude quand le film est sorti, car je n'avais guère aimé Alien. Mais non, c'était bien, tout pareil à cette longue journée grecque.
Je me souviens quand j'ai découvert le roman de Sébastien Japrisot. C'était une chaude, très chaude journée d'été. Au matin, j'avais commencé à nous lire à haute voix, et je n'ai cessé qu'à la nuit, quasi aphone et la dernière page achevée. Par la fenêtre, on voyait la silhouette lointaine du Mont Athos, tout au moins le matin et le soir, quand la brume n'était pas trop forte. Mon père était certainement déjà mort et déjà enterré, et je ne le savais pas encore, sauf que j'avais rêvé de lui, étrangement, le jour où c'était arrivé. Je me souviens de la grande chambre nue, et des draps blancs du lit où je lisais, certainement trop petits comme toujours en Grèce. Je me souviens de mon inquiétude quand le film est sorti, car je n'avais guère aimé Alien. Mais non, c'était bien, tout pareil à cette longue journée grecque.
Exercices d'écriture
Certains commencent l'année au champagne, d'autres à l'eau gazeuse, d'autres devant la télé, d'autres sur le place Masséna, d'autres en brûlant des voitures. D'autres choisissent d'écrire sur le mur arrière de mon école. Je ne sais à qui est destiné ce message, j'ai beau chercher.... je ne suis pas assez célèbre pour mériter une telle dédicace. Peut-être l'assemblée des copropriétaires responsables de la nouvelle barrière qui ferme depuis peu le chemin à son extrémité...Ou simplement rien, histoire d'essayer la bombe ce sont les mots qui sont venus. A partir de demain, le chemin sera moins désert avec la petite cohorte des enfants se rendant à l'école; ils ne vont pas manquer de demander des explications ; le petit écureuil qui passe tout le temps sur le fil du pylône va en entendre de toutes sortes sans doute ; c'est bien la première fois que je suis bien contente de ne pas être un écureuil.
2.1.10
L'année égoïste, 3
et un bon massage d'une heure, un ! Et avec ça dans un institut, huile tiédie au chauffe-biberon ! Eh oui, c'est comme ça Petit Page ! ;-)
1.1.10
31.12.09
Bye bye 2009
Cette année s’achève sans regret. Année étrange et comment bien remplie. Nombreux furent les deuils propres et figurés.
Pour conclure, rendues au 31 Décembre les clés de la maison de mon enfance. Mes grands-parents vécurent là depuis 1930 en location, c’est sûr que la propriétaire n’y croyait plus, un peu comme les acheteurs en viager de Jeanne Calment. De ce lieu, j’ai du vider chaque mètre carré, et chaque centimètre comportait un souvenir ; un mauvais généralement, et je ne sais si j’en ai quelques là de bons, mais en quantité. Une enfance passée à attendre de grandir et partir, à guetter l’élément déclencheur de disputes avec des crêtes statistiques pour chaque fête ou anniversaire. Je ne me souviens guère de mes séjours adultes de la période aquitaine. C’est comme si, après mon départ, ma mère y avait toujours été veuve et vieille. Maintenant qu’elle est sdf dans sa colonie de vacances dont j’ai brodé le trousseau de galon tissé, une part de mes souvenirs vont s’éteindre d’eux-mêmes, et c’est sans doute mieux.
Pourtant, ce matin, dernier petit déjeuner de 2009, j’ai été émue comme presque tous les matins depuis la deuxième quinzaine de janvier : sur la table de la cuisine étaient, que je n’avais pas disposés, un bol et une théière à long manche, contenant une mesure de thé genmacha, mais pas l’eau, pour que je puisse boire mon thé chaud, comme je l’aime. Non, 2009 ne pourra jamais être une année mauvaise, et pas seulement à cause du thé.
Libellés :
écriture,
nous mourons tous par petits bouts,
thé
29.12.09
Le goéland ou l'invité clandestin
En face de chez moi au petit déjeuner un matin de décembre sans soleil ...
Le son de chez moi, 23 : rêve de chien
Grand chasseur de fauve ? Mon chien réveillé est toujours silencieux ...
L'année égoïste, 1
On y est presque, en 2010...
Ma résolution : 2010 : EGOÏSTE !
Je commence : j'ai enfin pris rendez-vous le 2, pour matérialiser le cadeau d'anniversaire offert par de gentils lutins : un massage d'UNE HEURE !!!!
20.12.09
Pour moi la question ne se pose pas
Mission parlementaire sur le voile intégral
Lundi 30 novembre 2009, par Djemila Benhabib, auteure de Ma vie à contre-Coran
Mesdames les sénatrices, Mesdames les présidentes, Mesdames et messieurs les dignitaires,
Chers amis,
Merci mille fois de ce grand honneur que vous me faites, aujourd'hui, de me consacrer parmi les Femmes debout et de permettre à ma voix, celle d'une femme de culture musulmane féministe et laïque de résonner dans cette prestigieuse institution de la République. Merci à vous, mes amies de Femmes solidaires et de la Ligue du droit international des femmes pour votre travail acharné, permanent et indispensable que ce soit dans les quartiers, auprès des femmes victimes de violences et discriminations, des sans papiers ou encore au sein des politiques et des instances onusiennes. C'est dire que c'est ici, localement que prend racine le travail pour les droits des femmes pour se répercuter à l'échelle internationale. C'est dire aussi que la Marche des femmes pour la liberté et l'égalité est une et indivisible. Lorsqu'une femme souffre dans un quelconque endroit de la planète, c'est notre affaire à toutes et à tous. Merci de nous faire sentir de mille façons que nous sommes les maillons d'une même chaîne.
Lundi 30 novembre 2009, par Djemila Benhabib, auteure de Ma vie à contre-Coran
Mesdames les sénatrices, Mesdames les présidentes, Mesdames et messieurs les dignitaires,
Chers amis,
Merci mille fois de ce grand honneur que vous me faites, aujourd'hui, de me consacrer parmi les Femmes debout et de permettre à ma voix, celle d'une femme de culture musulmane féministe et laïque de résonner dans cette prestigieuse institution de la République. Merci à vous, mes amies de Femmes solidaires et de la Ligue du droit international des femmes pour votre travail acharné, permanent et indispensable que ce soit dans les quartiers, auprès des femmes victimes de violences et discriminations, des sans papiers ou encore au sein des politiques et des instances onusiennes. C'est dire que c'est ici, localement que prend racine le travail pour les droits des femmes pour se répercuter à l'échelle internationale. C'est dire aussi que la Marche des femmes pour la liberté et l'égalité est une et indivisible. Lorsqu'une femme souffre dans un quelconque endroit de la planète, c'est notre affaire à toutes et à tous. Merci de nous faire sentir de mille façons que nous sommes les maillons d'une même chaîne.
Voilà encore quelques années, je n'aurais jamais imaginé que ma vie de femme, que ma vie de militante serait si intimement liée au féminisme et à la laïcité.
Je vous surprendrai peut-être en vous avouant que je ne suis pas devenue féministe en tournant les pages du /Deuxième Sexe/, ni en me plongeant dans ce magnifique roman d'Aragon /Les Cloches de Bâle/, où il était question entre autres de Clara Zetkin et de Rosa Luxembourg, deux figures de proue du féminisme et de la paix dans le monde.
Je ne suis pas devenue laïque en m'abreuvant de Spinoza, de Ibn Al-Arabi, de Descartes, de Ibn Khaldoun, ou de Voltaire, mon maître. Absolument pas.
J'aurais pu tourner mon regard ailleurs pour me perdre dans cette enfance si heureuse que j'ai eue dans une famille généreuse, cultivée, ouverte sur le monde et sur les autres, profondément engagée pour la démocratie et la justice sociale. J'aurais pu m'égarer dans la beauté de cette ville qu'est Oran où il faisait si bon vivre au bord de la mer. Cette ville qui a propulsé la carrière littéraire d'Albert Camus, avec son célèbre roman /La peste/, jusqu'au Nobel de littérature. J'aurais pu ne rien voir, ne rien entendre des brimades, du mépris, des humiliations et des violences qu'on déversait sur les femmes. J'ai choisi de voir et d'écouter d'abord avec mes yeux et mes oreilles d'enfant. Plus tard, j'ai choisi de dire les aspirations de toutes ces femmes qui ont marqué ma vie pour que plus jamais, plus aucune femme dans le monde, n'ait honte d'être femme.
Pour vous dire vrai, à l'enfance et surtout à l'adolescence, je n'ai jamais rêvé de mariage, de prince charmant, de robe longue, de grande maison, d'enfants et de famille. Les quelques mariages auxquels j'avais assisté, en Algérie, me faisaient sentir que la femme était un objet bien plus qu'un sujet. Inutile de vous préciser que ma perspective était ultraminoritaire, car les femmes sont formatées à devenir des épouses puis des mères dès l'enfance. Je devais avoir, quoi, cinq, six, peut-être sept ans tout au plus, lorsqu'on me somma de rejoindre ma grand-mère dans la cuisine, car ma place naturelle était à mi-distance entre les fourneaux et la buanderie, de façon à pouvoir faire éclater mes talents de cuisinière et de ménagère le moment venu.
En 1984, l'Algérie adopte un code de la famille inspiré de la charia islamique. J'ai 12 ans à cette époque. Brièvement, ce code exige de l'épouse d'obéir à son mari et à ses beaux-parents, permet la répudiation, la polygamie, destitue la femme de son autorité parentale, permet à l'époux de corriger sa femme et en matière d'héritage comme de témoignage, l'inégalité est érigée en système puisque la voix de deux femmes équivaut à celle d'un homme tout comme les parts d'héritage.
Question : L'Algérie est-elle devenue musulmane en 1984 ?
Réponse : Je vous la donnerai pendant le débat tout à l'heure si vous le souhaitez.
Pour ce qui est de la laïcité, j'ai compris sa nécessité lorsque, au tout début des années 1990, le Front islamique du salut (FIS) a mis à genoux mon pays l'Algérie par le feu et par le sang en assassinant des milliers d'Algériens. Aujourd'hui, on est forcé de constater que les choses n'ont pas tellement changé.
Trop de femmes dans le monde se font encore humilier, battre, violenter, répudier, assassiner, brûler, fouetter et lapider. Au nom de quoi ? De la religion, de l'islam en l'occurrence et de son instrumentalisation. Pour refuser un mariage arrangé, le port du voile islamique ou encore pour avoir demandé le divorce, porté un pantalon, conduit une voiture et même avoir franchi le seuil de la porte sans la permission du mâle, des femmes, tant de femmes subissent la barbarie dans leur chair. Je pense en particulier à nos sours iraniennes qui ont défilé dans les rues de Téhéran pour faire trembler l'un des pires dictateurs au monde : Ahmadinejad. Je pense à *Neda*, cette jeune Iranienne assassinée à l'âge de 26 ans. Nous avons tous vu cette image de Neda gisant sur le sol, le sang dégoulinant de sa bouche. Je pense à *Nojoud Ali*, cette petite Yéménite de 10 ans, qui a été mariée de force à un homme qui a trois fois son âge et qui s'est battue pour obtenir le droit de divorcer. et qui l'a obtenu. Je pense à*Loubna Al-Hussein* qui a fait trembler le gouvernement de Khartoum l'été dernier à cause de sa tenue vestimentaire.
La pire condition féminine dans le globe, c'est celle que vivent les femmes dans les pays musulmans. C'est un fait et nous devons le reconnaître. C'est cela notre première solidarité à l'égard de toutes celles qui défient les pires régimes tyranniques au monde. Qui oserait dire le contraire ? Qui oserait prétendre l'inverse ? Les islamistes et leurs complices ? Certainement.mais pas seulement.
*Il y a aussi ce courant de pensée relativiste qui prétend qu'au nom des cultures et des traditions nous devons accepter la régression, qui confine l'autre dans un statut de victime perpétuelle et nous culpabilise pour nos choix de société en nous traitant de racistes et d'islamophobes lorsque nous défendons l'égalité des sexes et la laïcité. C'est cette même gauche qui ouvre les bras à Tarik Ramadan pour se pavaner de ville en ville, de plateau de TV en plateau de TV et cracher sur les valeurs de la République.*
Sachez qu'il n'y a rien dans ma culture qui me prédestine à être éclipsée sous un linceul, emblème ostentatoire de différence. Rien qui me prédétermine à accepter le triomphe de l'idiot, du sot et du lâche, surtout si on érige le médiocre en juge. Rien qui prépare mon sexe à être charcuté sans que ma chair en suffoque. Rien qui me prédestine à apprivoiser le fouet ou l'aiguillon. Rien qui me voue à répudier la beauté et le plaisir. Rien qui me prédispose à recevoir la froideur de la lame rouillée sur ma gorge. Et si c'était le cas, je renierais sans remords ni regret le ventre de ma mère, la caresse de mon père et le soleil qui m'a vu grandir.
L'islamisme politique n'est pas l'expression d'une spécificité culturelle, comme on prétend ça et là. C'est une affaire politique, une menace collective qui s'attaque au fondement même de la démocratie en faisant la promotion d'une idéologie violente, sexiste, misogyne, raciste et homophobe.
Nous avons vu de quelle façon les mouvements islamistes, avec la complicité, la lâcheté et le soutien de certains courants de gauche cautionnent la régression profonde qui s'est installée au cour même de nos villes. Au Canada, nous avons tout de même failli avoir les tribunaux islamiques. En Grande-Bretagne c'est déjà la norme dans plusieurs communautés. D'un bout à l'autre de la planète, le port du voile islamique se répand et se banalise, il devient même une alternative acceptable aux yeux de certains car c'est tout de même mieux que la burqa!
Que dire de la démission des démocraties occidentales sur des enjeux primordiaux à la base du vivre-ensemble et de la citoyenneté tels que la défense de l'école publique, des services publics et de la neutralité de l'État?
Que dire des reculs en matière d'accessibilité à l'avortement ici même en France ?
Tout ça pour dire qu'il est toujours possible de faire avancer les sociétés grâce à notre courage, notre détermination et à notre audace. Je ne vous dis pas que ce sont là des choix faciles. Loin de là. Les chemins de la liberté sont toujours des chemins escarpés. Ce sont les seuls chemins de l'émancipation humaine, je n'en connais pas d'autres.
Cette merveilleuse page d'histoire, de NOTRE histoire, nous enseigne que subir n'est pas se soumettre. Car par-delà les injustices et les humiliations, il y a aussi les résistances. Résister, c'est se donner le droit de choisir sa destinée. C'est cela pour moi le féminisme. Une destinée non pas individuelle, mais collective pour la dignité de TOUTES les femmes. C'est ainsi que j'ai donné un sens à ma vie en liant mon destin de femme à tous ceux qui rêvent d'égalité et de laïcité comme fondement même de la démocratie. L'histoire regorge d'exemples de religions qui débordent de la sphère privée pour envahir la sphère publique et devenir la loi. Dans ce contexte, les femmes sont les premières perdantes. Pas seulement. La vie, dans ses multiples dimensions, devient soudainement sclérosée lorsque la loi de Dieu se mêle à la loi des hommes pour organiser les moindres faits et gestes de tous. Il n'y a plus de place pour les avancées scientifiques, la littérature, le théâtre, la musique, la danse, la peinture, le cinéma, bref la vie tout simplement. Seuls la régression et les interdits se multiplient. C'est d'ailleurs pour ça que j'ai une aversion profonde à l'égard des intégrismes quels qu'ils soient, car je suis une amoureuse de la vie.
Rappelez-vous une chose : lorsque la religion régit la vie de la cité, nous ne sommes plus dans l'espace du possible, nous ne sommes plus dans le référentiel des doutes, nous ne sommes plus dans le repère de la Raison et de la rationalité si chères aux Lumières. Séparer l'espace public de l'espace privé en réaffirmant la neutralité de l'État me semble indispensable, car seule la laïcité permet de se doter d'un espace commun, appelons-le un référentiel citoyen, loin de toutes croyances et de toutes les incroyances, pour prendre en main la destinée de la cité. Avant de conclure, permettez-moi de partager avec vous une lettre destinée à l'un de vos élus.
J'ai longuement hésité avant de vous écrire. Peut-être, par peur d'être perçue comme celle venue d'ailleurs qui fait indélicatement irruption dans les « affaires françaises ». Au diable les convenances, je n'ai jamais été douée pour la bienséance surtout lorsqu'elle est au service des plus forts, des plus puissants et des plus arrogants. Puis, s'il avait fallu que je vive en fonction du regard des autres, je n'aurais rien fait de ma vie ou si peu. Lorsqu'il s'agit des droits des femmes, nulle convenance ne doit primer sur l'essentiel. L'essentiel étant : la liberté, l'égalité et l'émancipation des femmes. J'entends encore des copines françaises me dirent avec insistance : parle-lui, dis-lui, écris-lui. Étrangement, leurs propos me rappellent le titre de ce magnifique film d'Almodovar /Parle avec elle/ où dès les premiers instants, le rideau se lève furtivement, pendant quelques secondes, sur un spectacle de danse, mettant en scène le corps d'une femme, celui de Pina Bausch. Elle qui exprimait si bien dans ses chorégraphies crûment la violence exercée à l'encontre des femmes.
Monsieur Gérin, c'est à vous que je m'adresse, je voudrais vous parler, vous dire la peur que j'ai connu le 25 mars 1994 alors que j'habitais à Oran, en Algérie et que le Groupe islamique armé (GIA) avait ordonné aux femmes de mon pays le port du voile islamique. Ce jour-là, j'ai marché la tête nue ainsi que des millions d'autres Algériennes. Nous avons défié la mort. Nous avons joué à cache-cache avec les sanguinaires du GIA et le souvenir de Katia Bengana, une jeune lycéenne âgée de 17 ans assassinée le 28 février 1994 à la sortie de son lycée planait sur nos têtes nues. Il y a des événements fondateurs dans une vie et qui donnent une direction particulière au destin de tout un chacun. Celui-là, en est un pour moi. Depuis ce jour-là, j'ai une aversion profonde pour tout ce qui est hidjab, voile, burqa, niqab, tchador, jilbab, khimar et compagnie. Or, aujourd'hui vous êtes à la tête d'une commission parlementaire chargée de se pencher sur le port du voile intégral en France.
En mars dernier, je publiais au Québec, un livre intitulé /Ma vie à contre-Coran/ : une femme témoigne sur les islamistes. Dès les premières phrases, je donnais le ton de ce qu'est devenue ma vie en termes d'engagements politiques en écrivant ceci : « J'ai vécu les prémisses d'une dictature islamiste. C'était au début des années 1990. Je n'avais pas encore 18 ans. J'étais coupable d'être femme, féministe et laïque. » Je dois vous avouer que je ne suis pas féministe et laïque par vocation, je le suis par nécessité, par la force des choses, par ces souffrances qui imprègnent mon corps car je ne peux me résoudre à voir l'islamisme politique gagner du terrain ici même et partout dans le monde. Je suis devenue féministe et laïque à force de voir autour de moi des femmes souffrir en silence derrière des portes closes pour cacher leur sexe et leur douleur, pour étouffer leurs désirs et taire leurs rêves.
Il fut un temps où on s'interrogeait en France sur le port du voile islamique à l'école. Aujourd'hui, il est question de voile intégral. Au lieu d'élargir la portée de la loi de 2004 aux établissements universitaires, nous débattons sur la possibilité de laisser déambuler dans nos rues des cercueils. Est-ce normal ? Demain, peut-être c'est la polygamie qui sera à l'ordre du jour. Ne riez pas. Cela s'est produit au Canada et il a fallu que les cours (de justice) s'en mêlent. Car après tout la culture à bon dos lorsqu'il s'agit d'opprimer les femmes. Ironie du sort, j'ai constaté dans plusieurs quartiers que les jupes se rallongent et disparaissent peu à peu. La palette des couleurs se réduit. Il est devenu banal de camoufler son corps derrière un voile et porter une jupe, un acte de résistance. C'est tout de même une banlieue française qui est le théâtre du film /La Journée de la jupe./ Alors que dans les rues de Téhéran et de Khartoum, les femmes se découvrent de plus en plus, au péril de leur vie, dans les territoires perdus de la République française, le voile est devenu la norme. Que se passe-t-il ? La France est-elle devenue malade ?
Le voile islamique est souvent présenté comme faisant partie de « l'identité collective musulmane ». Or, il n'en est rien. Il est l'emblème de l'intégrisme musulman partout dans le monde. S'il a une connotation particulière, elle est plutôt politique surtout avec l'avènement de la révolution islamique en Iran en 1979. Que l'on ne s'y trompe pas, le voile islamique cache la peur des femmes, de leur corps, de leur liberté et de leur sexualité.
Pire encore, la perversion est poussée à son paroxysme en voilant des enfants de moins de cinq ans. Il y a quelques temps, j'essayais de me rappeler à quel moment précisément, en Algérie, j'ai vu apparaître ce voile dans les salles de classe. Pendant mon enfance et jusqu'à mon entrée au lycée, c'est-à-dire en 1987, le port du voile islamique était marginal autour de moi. À l'école primaire, personne ne portait le hidjab, ni parmi les enseignants, ni surtout parmi les élèves.
Voilà 12 ans que j'habite au Québec dont la devise inscrite sur les plaques d'immatriculation des voitures est « Je me souviens ». A propos de mémoire, de quoi la France devrait-elle se souvenir ? Quelle est porteuse des Lumières. Que des millions de femmes se nourrissent des écrits de Simone de Beauvoir dont le nom est indissociable de celui de Djamila Boupacha. C'est peu dire. Il ne fait aucun doute pour moi que la France est un grand pays et ceci vous confère des responsabilités et des devoirs envers nous tous, les petits. C'est d'ailleurs pour cela qu'aujourd'hui, tous les regards sont tournés vers votre commission et que nous attendons de vous que vous fassiez preuve de courage et de responsabilité en interdisant le port de la burqa.
Pour notre part au Québec, on se souvient qu'en 1961, pour la première fois dans l'histoire, une femme, une avocate de surcroît, est élue à l'Assemblée législative lors d'une élection partielle. Son nom est Claire Kirkland et elle deviendra ministre. En invoquant un vieux règlement parlementaire qui exigeait des femmes le port du chapeau pour se présenter à l'Assemblée législative, on la force à se couvrir la tête pendant les sessions. Elle refuse. C'est le scandale. Un journal titre : « Une femme nu-tête à l'Assemblée législative! » Elle résiste et obtient gain de cause.
Il faut comprendre par là que nos droits sont des acquis fragiles à défendre avec acharnement et qu'ils sont le résultat de luttes collectives pour lesquelles se sont engagés des millions de femmes et d'hommes épris de liberté et de justice. J'ose espérer, monsieur Gérin, que la commission que vous présidez tiendra compte de tous ces sacrifices et de toutes ces aspirations citoyennes à travers le monde et les siècles.
A vous chers amis, s'il y a une chose, une seule, que je souhaiterais que vous reteniez de ces quelques mots, c'est la suivante. Entre une certaine gauche démissionnaire, le racisme de l'extrême droite et le laisser-faire et la complicité des gouvernements nous avons la possibilité de changer les choses, plus encore nous avons la responsabilité historique de faire avancer les droits des femmes. Nous sommes, en quelque sorte, responsables de notre avenir et de celui de nos enfants. Car il prendra la direction que nous lui donnerons. Nous, les citoyens. Nous, les peuples du monde. Par nos gestes, par nos actions et par notre mobilisation. Toutes les énergies citoyennes sont nécessaires d'un pays à l'autre au-delà des frontières. L'avenir nous appartient. La femme est l'avenir de l'homme disait Aragon. S'agissant d'homme, je veux en saluer un présent aujourd'hui, c'est mon père à qui je dois tout.
Et je finirai par une citation de Simone de Beauvoir : « On a le droit de crier mais il faut que ce cri soit écouté, il faut que cela tienne debout, il faut que cela résonne chez les autres. » J'ose espérer que mon cri aura un écho parmi vous.
*Djemila Benhabib*
Lettre lue au Palais du Luxembourg, le vendredi 13 novembre 2009, lors de la journée "Femmes debout", organisée par Femmes Solidaires et la Ligue du Droit International des Femmes
Je vous surprendrai peut-être en vous avouant que je ne suis pas devenue féministe en tournant les pages du /Deuxième Sexe/, ni en me plongeant dans ce magnifique roman d'Aragon /Les Cloches de Bâle/, où il était question entre autres de Clara Zetkin et de Rosa Luxembourg, deux figures de proue du féminisme et de la paix dans le monde.
Je ne suis pas devenue laïque en m'abreuvant de Spinoza, de Ibn Al-Arabi, de Descartes, de Ibn Khaldoun, ou de Voltaire, mon maître. Absolument pas.
J'aurais pu tourner mon regard ailleurs pour me perdre dans cette enfance si heureuse que j'ai eue dans une famille généreuse, cultivée, ouverte sur le monde et sur les autres, profondément engagée pour la démocratie et la justice sociale. J'aurais pu m'égarer dans la beauté de cette ville qu'est Oran où il faisait si bon vivre au bord de la mer. Cette ville qui a propulsé la carrière littéraire d'Albert Camus, avec son célèbre roman /La peste/, jusqu'au Nobel de littérature. J'aurais pu ne rien voir, ne rien entendre des brimades, du mépris, des humiliations et des violences qu'on déversait sur les femmes. J'ai choisi de voir et d'écouter d'abord avec mes yeux et mes oreilles d'enfant. Plus tard, j'ai choisi de dire les aspirations de toutes ces femmes qui ont marqué ma vie pour que plus jamais, plus aucune femme dans le monde, n'ait honte d'être femme.
Pour vous dire vrai, à l'enfance et surtout à l'adolescence, je n'ai jamais rêvé de mariage, de prince charmant, de robe longue, de grande maison, d'enfants et de famille. Les quelques mariages auxquels j'avais assisté, en Algérie, me faisaient sentir que la femme était un objet bien plus qu'un sujet. Inutile de vous préciser que ma perspective était ultraminoritaire, car les femmes sont formatées à devenir des épouses puis des mères dès l'enfance. Je devais avoir, quoi, cinq, six, peut-être sept ans tout au plus, lorsqu'on me somma de rejoindre ma grand-mère dans la cuisine, car ma place naturelle était à mi-distance entre les fourneaux et la buanderie, de façon à pouvoir faire éclater mes talents de cuisinière et de ménagère le moment venu.
En 1984, l'Algérie adopte un code de la famille inspiré de la charia islamique. J'ai 12 ans à cette époque. Brièvement, ce code exige de l'épouse d'obéir à son mari et à ses beaux-parents, permet la répudiation, la polygamie, destitue la femme de son autorité parentale, permet à l'époux de corriger sa femme et en matière d'héritage comme de témoignage, l'inégalité est érigée en système puisque la voix de deux femmes équivaut à celle d'un homme tout comme les parts d'héritage.
Question : L'Algérie est-elle devenue musulmane en 1984 ?
Réponse : Je vous la donnerai pendant le débat tout à l'heure si vous le souhaitez.
Pour ce qui est de la laïcité, j'ai compris sa nécessité lorsque, au tout début des années 1990, le Front islamique du salut (FIS) a mis à genoux mon pays l'Algérie par le feu et par le sang en assassinant des milliers d'Algériens. Aujourd'hui, on est forcé de constater que les choses n'ont pas tellement changé.
Trop de femmes dans le monde se font encore humilier, battre, violenter, répudier, assassiner, brûler, fouetter et lapider. Au nom de quoi ? De la religion, de l'islam en l'occurrence et de son instrumentalisation. Pour refuser un mariage arrangé, le port du voile islamique ou encore pour avoir demandé le divorce, porté un pantalon, conduit une voiture et même avoir franchi le seuil de la porte sans la permission du mâle, des femmes, tant de femmes subissent la barbarie dans leur chair. Je pense en particulier à nos sours iraniennes qui ont défilé dans les rues de Téhéran pour faire trembler l'un des pires dictateurs au monde : Ahmadinejad. Je pense à *Neda*, cette jeune Iranienne assassinée à l'âge de 26 ans. Nous avons tous vu cette image de Neda gisant sur le sol, le sang dégoulinant de sa bouche. Je pense à *Nojoud Ali*, cette petite Yéménite de 10 ans, qui a été mariée de force à un homme qui a trois fois son âge et qui s'est battue pour obtenir le droit de divorcer. et qui l'a obtenu. Je pense à*Loubna Al-Hussein* qui a fait trembler le gouvernement de Khartoum l'été dernier à cause de sa tenue vestimentaire.
La pire condition féminine dans le globe, c'est celle que vivent les femmes dans les pays musulmans. C'est un fait et nous devons le reconnaître. C'est cela notre première solidarité à l'égard de toutes celles qui défient les pires régimes tyranniques au monde. Qui oserait dire le contraire ? Qui oserait prétendre l'inverse ? Les islamistes et leurs complices ? Certainement.mais pas seulement.
*Il y a aussi ce courant de pensée relativiste qui prétend qu'au nom des cultures et des traditions nous devons accepter la régression, qui confine l'autre dans un statut de victime perpétuelle et nous culpabilise pour nos choix de société en nous traitant de racistes et d'islamophobes lorsque nous défendons l'égalité des sexes et la laïcité. C'est cette même gauche qui ouvre les bras à Tarik Ramadan pour se pavaner de ville en ville, de plateau de TV en plateau de TV et cracher sur les valeurs de la République.*
Sachez qu'il n'y a rien dans ma culture qui me prédestine à être éclipsée sous un linceul, emblème ostentatoire de différence. Rien qui me prédétermine à accepter le triomphe de l'idiot, du sot et du lâche, surtout si on érige le médiocre en juge. Rien qui prépare mon sexe à être charcuté sans que ma chair en suffoque. Rien qui me prédestine à apprivoiser le fouet ou l'aiguillon. Rien qui me voue à répudier la beauté et le plaisir. Rien qui me prédispose à recevoir la froideur de la lame rouillée sur ma gorge. Et si c'était le cas, je renierais sans remords ni regret le ventre de ma mère, la caresse de mon père et le soleil qui m'a vu grandir.
L'islamisme politique n'est pas l'expression d'une spécificité culturelle, comme on prétend ça et là. C'est une affaire politique, une menace collective qui s'attaque au fondement même de la démocratie en faisant la promotion d'une idéologie violente, sexiste, misogyne, raciste et homophobe.
Nous avons vu de quelle façon les mouvements islamistes, avec la complicité, la lâcheté et le soutien de certains courants de gauche cautionnent la régression profonde qui s'est installée au cour même de nos villes. Au Canada, nous avons tout de même failli avoir les tribunaux islamiques. En Grande-Bretagne c'est déjà la norme dans plusieurs communautés. D'un bout à l'autre de la planète, le port du voile islamique se répand et se banalise, il devient même une alternative acceptable aux yeux de certains car c'est tout de même mieux que la burqa!
Que dire de la démission des démocraties occidentales sur des enjeux primordiaux à la base du vivre-ensemble et de la citoyenneté tels que la défense de l'école publique, des services publics et de la neutralité de l'État?
Que dire des reculs en matière d'accessibilité à l'avortement ici même en France ?
Tout ça pour dire qu'il est toujours possible de faire avancer les sociétés grâce à notre courage, notre détermination et à notre audace. Je ne vous dis pas que ce sont là des choix faciles. Loin de là. Les chemins de la liberté sont toujours des chemins escarpés. Ce sont les seuls chemins de l'émancipation humaine, je n'en connais pas d'autres.
Cette merveilleuse page d'histoire, de NOTRE histoire, nous enseigne que subir n'est pas se soumettre. Car par-delà les injustices et les humiliations, il y a aussi les résistances. Résister, c'est se donner le droit de choisir sa destinée. C'est cela pour moi le féminisme. Une destinée non pas individuelle, mais collective pour la dignité de TOUTES les femmes. C'est ainsi que j'ai donné un sens à ma vie en liant mon destin de femme à tous ceux qui rêvent d'égalité et de laïcité comme fondement même de la démocratie. L'histoire regorge d'exemples de religions qui débordent de la sphère privée pour envahir la sphère publique et devenir la loi. Dans ce contexte, les femmes sont les premières perdantes. Pas seulement. La vie, dans ses multiples dimensions, devient soudainement sclérosée lorsque la loi de Dieu se mêle à la loi des hommes pour organiser les moindres faits et gestes de tous. Il n'y a plus de place pour les avancées scientifiques, la littérature, le théâtre, la musique, la danse, la peinture, le cinéma, bref la vie tout simplement. Seuls la régression et les interdits se multiplient. C'est d'ailleurs pour ça que j'ai une aversion profonde à l'égard des intégrismes quels qu'ils soient, car je suis une amoureuse de la vie.
Rappelez-vous une chose : lorsque la religion régit la vie de la cité, nous ne sommes plus dans l'espace du possible, nous ne sommes plus dans le référentiel des doutes, nous ne sommes plus dans le repère de la Raison et de la rationalité si chères aux Lumières. Séparer l'espace public de l'espace privé en réaffirmant la neutralité de l'État me semble indispensable, car seule la laïcité permet de se doter d'un espace commun, appelons-le un référentiel citoyen, loin de toutes croyances et de toutes les incroyances, pour prendre en main la destinée de la cité. Avant de conclure, permettez-moi de partager avec vous une lettre destinée à l'un de vos élus.
J'ai longuement hésité avant de vous écrire. Peut-être, par peur d'être perçue comme celle venue d'ailleurs qui fait indélicatement irruption dans les « affaires françaises ». Au diable les convenances, je n'ai jamais été douée pour la bienséance surtout lorsqu'elle est au service des plus forts, des plus puissants et des plus arrogants. Puis, s'il avait fallu que je vive en fonction du regard des autres, je n'aurais rien fait de ma vie ou si peu. Lorsqu'il s'agit des droits des femmes, nulle convenance ne doit primer sur l'essentiel. L'essentiel étant : la liberté, l'égalité et l'émancipation des femmes. J'entends encore des copines françaises me dirent avec insistance : parle-lui, dis-lui, écris-lui. Étrangement, leurs propos me rappellent le titre de ce magnifique film d'Almodovar /Parle avec elle/ où dès les premiers instants, le rideau se lève furtivement, pendant quelques secondes, sur un spectacle de danse, mettant en scène le corps d'une femme, celui de Pina Bausch. Elle qui exprimait si bien dans ses chorégraphies crûment la violence exercée à l'encontre des femmes.
Monsieur Gérin, c'est à vous que je m'adresse, je voudrais vous parler, vous dire la peur que j'ai connu le 25 mars 1994 alors que j'habitais à Oran, en Algérie et que le Groupe islamique armé (GIA) avait ordonné aux femmes de mon pays le port du voile islamique. Ce jour-là, j'ai marché la tête nue ainsi que des millions d'autres Algériennes. Nous avons défié la mort. Nous avons joué à cache-cache avec les sanguinaires du GIA et le souvenir de Katia Bengana, une jeune lycéenne âgée de 17 ans assassinée le 28 février 1994 à la sortie de son lycée planait sur nos têtes nues. Il y a des événements fondateurs dans une vie et qui donnent une direction particulière au destin de tout un chacun. Celui-là, en est un pour moi. Depuis ce jour-là, j'ai une aversion profonde pour tout ce qui est hidjab, voile, burqa, niqab, tchador, jilbab, khimar et compagnie. Or, aujourd'hui vous êtes à la tête d'une commission parlementaire chargée de se pencher sur le port du voile intégral en France.
En mars dernier, je publiais au Québec, un livre intitulé /Ma vie à contre-Coran/ : une femme témoigne sur les islamistes. Dès les premières phrases, je donnais le ton de ce qu'est devenue ma vie en termes d'engagements politiques en écrivant ceci : « J'ai vécu les prémisses d'une dictature islamiste. C'était au début des années 1990. Je n'avais pas encore 18 ans. J'étais coupable d'être femme, féministe et laïque. » Je dois vous avouer que je ne suis pas féministe et laïque par vocation, je le suis par nécessité, par la force des choses, par ces souffrances qui imprègnent mon corps car je ne peux me résoudre à voir l'islamisme politique gagner du terrain ici même et partout dans le monde. Je suis devenue féministe et laïque à force de voir autour de moi des femmes souffrir en silence derrière des portes closes pour cacher leur sexe et leur douleur, pour étouffer leurs désirs et taire leurs rêves.
Il fut un temps où on s'interrogeait en France sur le port du voile islamique à l'école. Aujourd'hui, il est question de voile intégral. Au lieu d'élargir la portée de la loi de 2004 aux établissements universitaires, nous débattons sur la possibilité de laisser déambuler dans nos rues des cercueils. Est-ce normal ? Demain, peut-être c'est la polygamie qui sera à l'ordre du jour. Ne riez pas. Cela s'est produit au Canada et il a fallu que les cours (de justice) s'en mêlent. Car après tout la culture à bon dos lorsqu'il s'agit d'opprimer les femmes. Ironie du sort, j'ai constaté dans plusieurs quartiers que les jupes se rallongent et disparaissent peu à peu. La palette des couleurs se réduit. Il est devenu banal de camoufler son corps derrière un voile et porter une jupe, un acte de résistance. C'est tout de même une banlieue française qui est le théâtre du film /La Journée de la jupe./ Alors que dans les rues de Téhéran et de Khartoum, les femmes se découvrent de plus en plus, au péril de leur vie, dans les territoires perdus de la République française, le voile est devenu la norme. Que se passe-t-il ? La France est-elle devenue malade ?
Le voile islamique est souvent présenté comme faisant partie de « l'identité collective musulmane ». Or, il n'en est rien. Il est l'emblème de l'intégrisme musulman partout dans le monde. S'il a une connotation particulière, elle est plutôt politique surtout avec l'avènement de la révolution islamique en Iran en 1979. Que l'on ne s'y trompe pas, le voile islamique cache la peur des femmes, de leur corps, de leur liberté et de leur sexualité.
Pire encore, la perversion est poussée à son paroxysme en voilant des enfants de moins de cinq ans. Il y a quelques temps, j'essayais de me rappeler à quel moment précisément, en Algérie, j'ai vu apparaître ce voile dans les salles de classe. Pendant mon enfance et jusqu'à mon entrée au lycée, c'est-à-dire en 1987, le port du voile islamique était marginal autour de moi. À l'école primaire, personne ne portait le hidjab, ni parmi les enseignants, ni surtout parmi les élèves.
Voilà 12 ans que j'habite au Québec dont la devise inscrite sur les plaques d'immatriculation des voitures est « Je me souviens ». A propos de mémoire, de quoi la France devrait-elle se souvenir ? Quelle est porteuse des Lumières. Que des millions de femmes se nourrissent des écrits de Simone de Beauvoir dont le nom est indissociable de celui de Djamila Boupacha. C'est peu dire. Il ne fait aucun doute pour moi que la France est un grand pays et ceci vous confère des responsabilités et des devoirs envers nous tous, les petits. C'est d'ailleurs pour cela qu'aujourd'hui, tous les regards sont tournés vers votre commission et que nous attendons de vous que vous fassiez preuve de courage et de responsabilité en interdisant le port de la burqa.
Pour notre part au Québec, on se souvient qu'en 1961, pour la première fois dans l'histoire, une femme, une avocate de surcroît, est élue à l'Assemblée législative lors d'une élection partielle. Son nom est Claire Kirkland et elle deviendra ministre. En invoquant un vieux règlement parlementaire qui exigeait des femmes le port du chapeau pour se présenter à l'Assemblée législative, on la force à se couvrir la tête pendant les sessions. Elle refuse. C'est le scandale. Un journal titre : « Une femme nu-tête à l'Assemblée législative! » Elle résiste et obtient gain de cause.
Il faut comprendre par là que nos droits sont des acquis fragiles à défendre avec acharnement et qu'ils sont le résultat de luttes collectives pour lesquelles se sont engagés des millions de femmes et d'hommes épris de liberté et de justice. J'ose espérer, monsieur Gérin, que la commission que vous présidez tiendra compte de tous ces sacrifices et de toutes ces aspirations citoyennes à travers le monde et les siècles.
A vous chers amis, s'il y a une chose, une seule, que je souhaiterais que vous reteniez de ces quelques mots, c'est la suivante. Entre une certaine gauche démissionnaire, le racisme de l'extrême droite et le laisser-faire et la complicité des gouvernements nous avons la possibilité de changer les choses, plus encore nous avons la responsabilité historique de faire avancer les droits des femmes. Nous sommes, en quelque sorte, responsables de notre avenir et de celui de nos enfants. Car il prendra la direction que nous lui donnerons. Nous, les citoyens. Nous, les peuples du monde. Par nos gestes, par nos actions et par notre mobilisation. Toutes les énergies citoyennes sont nécessaires d'un pays à l'autre au-delà des frontières. L'avenir nous appartient. La femme est l'avenir de l'homme disait Aragon. S'agissant d'homme, je veux en saluer un présent aujourd'hui, c'est mon père à qui je dois tout.
Et je finirai par une citation de Simone de Beauvoir : « On a le droit de crier mais il faut que ce cri soit écouté, il faut que cela tienne debout, il faut que cela résonne chez les autres. » J'ose espérer que mon cri aura un écho parmi vous.
*Djemila Benhabib*
Lettre lue au Palais du Luxembourg, le vendredi 13 novembre 2009, lors de la journée "Femmes debout", organisée par Femmes Solidaires et la Ligue du Droit International des Femmes
19.12.09
7.12.09
15.11.09
La mélodie du bonheur
Dire que je ne connaissais pas le film 'la mélodie du bonheur". Quelles mélodies, et quel bonheur ! (Oui, bon, ça va, c'est un mauvais jeu de mots, mais en ce moment j'ai 50 de QI !)
8.11.09
Adieu Michel.
Je suis sans voix, réellement, depuis que j'ai appris la mort de mon ami Michel, hier, d'un infarctus. Aussi, je préfère laisser parler la musique, et ce morceau, qu'il jouait pour Naïs, ici sur youtube sans image, cadre noir.
5.11.09
Le son de chez moi, 22 : un soir tout simplement...
Cinq heure, le bateau de la Corse, des gens qui se promènent...
30.10.09
la ballade des ticochons
Mon ami Michel de Dordogne a réalisé ce film. Je ne peux résister à le publier, et vive le Périgord !
le son de l'Italie, 1 : le soir à Camogli
On dirait le Sud, le temps dure longtemps, et la vie vraiment dure un million d'année
19.10.09
Pour bien commencer la semaine
18.10.09
17.10.09
Pour retrouver la nostalgie nippone, 14 : putain, c'est fait...
J'ai trouvé ça sur l'excellent blog
http://itadakimazu.blogspot.com/2009/10/jouer-seul-avec-le-vent.html
Je ne sais pas pourquoi, ça m'a fichu une putain de nostalgie du Japon, m. alors !
:-(
5.10.09
Mauvais traitement à animal
Mes notes de chevet, 16. Choses que l’on méprise
"Une maison dont la façade est au nord.
ne personne dont les gens connaissent la trop grande bonté.
Un vieillard trop âgé.
Une femme frivole.
Un mur de terre écroulé »
Sei Shonagon, Notes de chevet
ne personne dont les gens connaissent la trop grande bonté.
Un vieillard trop âgé.
Une femme frivole.
Un mur de terre écroulé »
Sei Shonagon, Notes de chevet
Mes notes de chevet :
Un être sans parole, ou irrespectueux
Un roman sans style
Le chocolat au lait
Un être sans parole, ou irrespectueux
Un roman sans style
Le chocolat au lait
1.10.09
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