29.6.16

Asher Lev (6) : des pommes

Nature Morte. Paul Cézanne

"L'exquise nature morte sur la couverture bleue pâle. Quest-ce que l'Espagnol avait dit de Cézanne un jour ?" S'i l'y avait pas d'angoisse derrière ces pommes, Cézanne ne m'intéresserait pas plus que Bouguereau." Dans le livre de Rilke je lus
J'avais simplement la conviction que c'étaient bien des raisons personnelles et intimes qui me faisaient voir mieux des tableaux devant lesquels je serais peut-être passé un instant plus tôt avec un intérêt tout momentané sans être tenté de revenir à eux avec plus de tension et d'attente. D'ailleurs, ce n'est oas du tout la peinture que j'étudie ( car je demeure, malgré tout, fort hésitant devant les tableaux, j'apprends à grand'peine à distinguer les bonnes toiles de celles qui sont moins bonnes et je confonds sans cesse les peintures récentes avec d'autres, plus anciennes). C'est la tendance de cette peinture que j'ai reconnue, parce que, dans mon propre travail, je venais précisément d'y atteindre, ou du moins de m'en approcher, préparé que j'étais sans doute depuis longtemps à ce qui seul a de l'importance."
Le don d'Asher Lev, Chaïm Potok, 1ère partie ch.1

25.6.16

Asher Lev (5) : Psaume 148 (3)


"Soudain, après un long silence, pendant lequel il avait gardé les yeux fixés sur la table, il releva la tête et entonna la mélodie chère à son père au "Yoh Ribbon Olom". Il soutint longtemps la première note. J'en eux la chair de poule. Toute la douleur et l'angoisse pendant la longue maladie de ma mère me revinrent d'un seul coup. Elle cacha son visage dans ses mains. " Yoh Ribbon Olom, chantait mon père, Maître de l'Univers, Tu es le Roi, le Roi des Rois." Sans m'en rendre compte j'avais saisi ma fourchette, prêt à me défendre."
Je m'appelle Asher Lev, ch.5, Chaïm Potok

24.6.16

Asher Lev (4) : initiative

"- Maintenant, écoute-moi, Asher. Tu n'es encore qu'un enfant mais tu dois comprendre. Un jour quelqu'un a demandé comment on puvait communiquer avec le Maître de l'Univers. On lui répondit ceci : c'est à l'homme de faire le premier pas. pour qu'il y ait communication, il faut d'abord une ouverture, un passage, aussi petit soit-il. Cette ouverture dépend de l'homme seul; c'est à lui de faire le repmier pas. Alors le Maître de l'Univers pourra se glisser dans cette ouverture et l'agrandir. "
Je m'appelle Asher Lev, ch.4, Chaïm Potok

23.6.16

Asher Lev (3) : archanges et Mélisande


"Je récitai mon Krias Shema. Elle se pencha sur moi et m'embrassa au front.
- Au nom du Seigneur, le Dieu d'Israël, murmura-t-elle, reprenant une prière, que Michel se tienne à ma droite, Gabriel à ma gauche, Uriel devant moi, derrière moi Raphaël, et que la divine présence de Dieu couvre ma tête. Amen, Asher. Pour nous deux. Amen. Elle sortit lentement de ma chambre et suivit le couloir jusqu'au salon. Elle y resta longtemps. Puis je l'entendis longer le couloir et rejoindre sa chambre. Elle ferma doucement la porte. Je restai étendu dans l'obscurité. J'écoutai la neige tomber sur ma fenêtre."
Je m'appelle Asher Lev, ch.2, Chaïm Potok

extrait du Kriat Shema.
" Au nom du Seigneur, Dieu d'Israël, que (l'ange) Michaël soit à ma droite, Gabriel à ma gauche, Ouriel devant moi, derrière moi Raphaël, et sur ma tête la Majesté divine. Cette description de la position des anges entourant le trône divin est donnée dans le Midrach Nombre Rabba chap. 2. A sa droite Michaël, exécuteur des prodiges surnaturels, à sa gauche Gabriel, messager de Sa Toute­puissance; Ouriel, en face, portant la lumière divine; et enfin Raphaël, héraut des guérisons. L'homme cependant, au nom et avec la permission du Très­Haut, se place ici lui-même au centre de cette assemblée d'anges, sentant la divine présence au dessus de sa tête (R. Hirsch). Car le juste est toujours pénétré de la certitude "qu'un ange du Seigneur entoure ceux qui le craignent, et les fait échapper au danger" (Ps. XXXIV, 8).
Le monde des Prières, Elie Munk

22.6.16

Asher Lev (2) : Psaume 148 (2)


"Il y avait quelque chose de surnaturel dans sa manière de la chanter. Comme s'il s'élançait dans l'inconnu, pour y puiser une force au delà de lui-même. Il avait les yeux grands-ouverts mais son regard était tourné vers l'intérieur. Sa voix était douce et tendre, faible et tremblante. Elle changeait de ton sans arrêt. Quand il s'arrêta, il y eut un long silence. Il me sembla entendre des plaintes au loin. Et j'eus peur."
Je m'appelle Ashev Lev, ch.1, Chaïm Pottok

1 Hallelou-Yah. Louangez IHVH-Adonaï des ciels, louangez-le dans les altitudes !
2 Louangez-le, tous ses messagers; louangez-le, toutes ses milices !
3 Louangez-le, soleil, lune ; louangez-le, vous toutes, étoiles de lumière !
4 Louangez-le, ciels des ciels, et les eaux au-dessus des ciels !
5 Ils louangent le nom de IHVH-Adonaï; oui, il l'ordonne et ils sont créés;
6 Il les maintient à jamais, en pérennité, loi donnée, jamais violée.
7 Louangez IHVH-Adonaï de la terre, dragons et tous les abîmes,
8 feu et grêle, neige et brume, souffle des tempêtes, réalisateurs de sa parole;
9 monts et toutes les collines, arbres à fruit et tous les cèdres;
10 animal, toute bête, reptiles, aile de l'oiseau;
11 rois de la terre et toutes les patries, chefs et tous les juges de la terre;
12 adolescents et vierges aussi, les anciens avec les jeunes !
13 Qu'ils louangent le nom de IHVH-Adonaï ! Oui, son nom seul est sublime, sa majesté sur la terre et dans les ciels !
14 Il exalte la corne de son peuple, la louange de tous ses amants, les Benéi Israël, son peuple proche. Hallelou-Yah.
Psaume 148, traduction André Chouraqui

20.6.16

Asher Lev (1) : Psaume 148


"Je le dessinai aussi quand il chanta pour la première fois "Yoh Ribbon Olom", la mélodie chère à son père. C'était pendant le repas du shabbat, quatre jours après la mort de sa mère. Un air lancinant qui disait toute la souffrance et l'espoir. "Yoh ribbon olom, ribbon olom veolmayoh", chantait-il doucement, les yeux clos, la voix tremblante. Il se balançait doucement d'avant en arrière, du dossier de la chaise au bord de la table. "Ant hu malka, melech melech malchayoh..." Puis il se tut sans arrêter de se balancer. Il y eut un long silence et il reprit, tremblant "Ovad gevurtaich..." Des larmes coulaient de ses yeux clos. Ma mère baissa les yeux. Je regardais mon père. Ma mère posa sa main sur la mienne.
Longtemps cette mélodie m'obséda. Sans relâche, je le dessinais, en train de la chanter.
Je m'appelle Asher Lev, ch.1, Chaïm Potok

1Louez l'Eternel! Louez l'Eternel du haut des cieux! Louez-le dans les lieux élevés!
2Louez-le, vous tous ses anges! Louez-le, vous toutes ses armées!
3Louez-le, soleil et lune! Louez-le, vous toutes, étoiles lumineuses!
4Louez-le, cieux des cieux, Et vous, eaux qui êtes au-dessus des cieux!
5Qu'ils louent le nom de l'Eternel! Car il a commandé, et ils ont été créés.
6Il les a affermis pour toujours et à perpétuité; Il a donné des lois, et il ne les violera point.
7Louez l'Eternel du bas de la terre, Monstres marins, et vous tous, abîmes,
8Feu et grêle, neige et brouillards, Vents impétueux, qui exécutez ses ordres,
9Montagnes et toutes les collines, Arbres fruitiers et tous les cèdres,
10Animaux et tout le bétail, Reptiles et oiseaux ailés,
11Rois de la terre et tous les peuples, Princes et tous les juges de la terre,
12Jeunes hommes et jeunes filles, Vieillards et enfants!
13Qu'ils louent le nom de l'Eternel! Car son nom seul est élevé; Sa majesté est au-dessus de la terre et des cieux.
14Il a relevé la force de son peuple: Sujet de louange pour tous ses fidèles, Pour les enfants d'Israël, du peuple qui est près de lui. Louez l'Eternel!

Psaume 148, trad. Louis Second

17.6.16

Mes notes de chevet (121) : le brouillard

La brume sur la rivière
Notes de chevet, Sei Shônagon

photo Hatsuo Adachihara

Mes notes de chevet : que pourrai-je dire de mieux que ce que j'ai dit ce jour-là, il y a dix ans. Je relis ce texte oublié, aujourd'hui, et il me sied ...

12.6.16

Notes de table de nuit (1): chansons (1) : Cabrel

Les chansons, c'est toujours un peu traitre, ça vous prend par surprise, comme ça. Un lien sur facebook d'une amie d'enfance : joli, ça ! je partage, et hop, c'est parti , ça revient

Cette chanson, 1979. Je suis à Périgueux, je passe le concours d'entrée à l'Ecole Normale dans cette ville totalement étrangère, dont les maisons grises ont les toits couverts d'ardoise. Dans le snack près de la gare, économie maximum oblige, je découvre les œufs mimosa, et sur le juke box, cette chanson. Mon trip, à l'époque, c'était France Culture, et les chants médiévaux. Et là, dans ce snack, j'écoute et je suis touchée, je ne sais pas pourquoi.
Et comme j'ai réussi le concours, et qu'en quelque sorte Cabrel aussi, il va m'accompagner dans ma vie. Pas seulement parce qu'il est presque mon voisin à vol d'oiseau. Prémonitions ? J'ai aimé ses chansons avant de les vivre, et personne n'a parlé mieux de la rupture.

Quand je pense aux Landes, un de mes pays de cœur, toujours elle me vient aux lèvres. Jusqu'à présent, je n'en ai pas eu la force, mais peut-être un jour les gens reviendront ...






9.5.16

Mes notes de chevet (120) : nuages

J'aime voir aussi, à la pointe du jour, les nuages sombres, qui peu à peu blanchissent.
Sei Shônagon, Notes de chevet

 Mes notes de chevet :
Peu importe où j'habite, pourvu que l'on y voit le ciel

8.5.16

Cent vues (97) : flèches

Rakanji no Fuji, Hokusai

Face à moi, une même flèche à travers de laquelle on voit le ciel, un oiseau de métal au faîte, des oiseaux posés sur les globes ... Mais de Fuji, point.

15.4.16

Nous mourons tous par petits bouts : un an



Cela fait un an qu'il nous a quittés. Souvent, sur les sentiers qu'il aimait, comme ici au Col de Veillos, j'aime à l'imaginer derrière moi, sur mes pas, comme tout au long de ses dernières années, plus, je le sens, il est là qui trottine et je souris malgré mon cœur qui se serre.

7.4.16

Pinball (23) : âme en caoutchouc


Je repris seul le même chemin, et, de retour dans mon appartement empli de la lumière d'automne, j'écoutai Rubber Soul que m'avaient laissé les jumelles. Je bus du café. Je demeurai ensuite toute la journée à regarder par la fenêtre passer ce dimanche.
MURAKAMI Haruki, Flipper, 1973, ed. Belfond, ch. 25

6.4.16

Mes notes de chevet (119) : les étoiles

"Les Pléiades. L'étoile du Bouvier. L'étoile du matin. L'étoile du soir."
Sei Shônagon. Notes de chevet.

Mes notes de chevet : Mon ami, tu m'as appris à regarder les étoiles. Grâce à toi, je sais qu'elles ont toutes plusieurs noms, et quand tu regardais le ciel, c'était un dictionnaire étymologique qui tout d'un coup scintillait. Mais je n'ai pas voulu les apprendre, car, comme le Petit Prince, comme cela je ris en regardant le ciel.

Pinball (22) : flippers


Mon sifflement résonna magnifiquement dans cet entrepôt réfrigéré où rien ne lui faisait obstacle. Un peu réconforté, je sifflai les quatre mesures suivantes. Et quatre autres encore. J'avais l'impression que chaque flipper dressait les oreilles pour mieux m'entendre. Même si, bien sûr, personne ne remuait la tête, personne ne frappait du pied. pourtant, ma mélodie atteignit les quatre coins du dépôt avant de s'éteindre.
MURAKAMI Haruki, Flipper, 1973, ch.22, ed. Belfond

5.4.16

Cent vues (96) : printemps

Kakko no Fuji, Hokusai

Bon présage ? Aujourd'hui, il fait soleil malgré la météo, et je viens juste d'aménager mon balcon pour le printemps. Mais je n'ai pas encore besoin d'éventail.

Pinball (21) : pistou japonais

Mon associé était allé à la banque avant le déjeuner et je me trouvais alors dans la salle de séjour-cuisine, en train de manger des spaghettis préparés par la secrétaire. Elle les avait fait cuire deux minutes de trop et ciselé des feuilles de shiso à la place du basilic, mais le résultat final était plutôt savoureux.
MURAKAMI Haruki, Flipper, 1973, ed. Belfond, ch. 20

4.4.16

Pinball (20) : humeur météo


"Comme dit la chanson, les jours de pluie et les lundis, on est toujours déprimé."
MURAKAMI Haruki, Flipper, 1973, ed. Belfond, ch. 19

3.4.16

Pinball (19) : aube

Le Rat contempla le phare. Le ciel s'éclaircissait, la mer avait commencé à prendre des teintes grises. Et au moment où la lumière acérée du matin chassait les ombres comme on ôte une nappe d'un grand coup, le Rat se glissa dans son lit et s'endormit, emportant avec lui la douleur de n'avoir nulle part où aller.
MURAKAMI Haruki, Flipper, 1973, ed. Belfond, ch. 19

28.3.16

Pinball (18) : version originale


Le juke-box fit entendre un clic et le disque MacArthur Park se mit en route.
MURAKAMI Haruki, Flipper, 1973, ch.10, ed. Belfond

27.3.16

Pinball (17) : dîner

Quand la nuit fut complètement noire, nous retournâmes à la maison pour dîner. Le temps que je prenne un bain et que je boive une bière, les jumelles avaient fait griller trois truites, toutes fumantes. En garniture, des asperges en boîtes et des touffes de cresson géant. La truite fit renaître en moi de vieux souvenirs. Les parfums des chemins de montagne en été. Nous savourâmes le plat en prenant notre temps. Il ne resta dans nos assiettes que les arêtes blanches des truites et les tiges du cresson, aussi grosses que des crayons.
MURAKAMI Haruki, Flipper, 1973, ch.9, ed. Belfond

24.3.16

Pinball (16) : boîte à musique


De la musique en ces lieux, qu'est-ce que cela signifiait ? Le Rat l'ignorait. Néanmoins, il lui fallait avouer qu'entendre "Old Black Joe" dans ce cimetière désert, à 18 heures, alors que la nuit allait tomber, c'était quelque chose de mémorable.
MURAKAMI Haruki, Flipper, 1973, ch.8, ed. Belfond

23.3.16

Pinball (15) : tabac philo

Je me déshabillai et me mis au lit avec la Critique de la raison pure et un paquet de cigarettes. Sous les couvertures, il y avait un léger parfum de soleil, Kant était comme toujours magnifique, mais les cigarettes avaient le goût d'une boule de papier journal humide qu'on aurait enflammée à un brûleur de gaz.
MURAKAMI Haruki, Flipper, 1973, ch.7, ed. Belfond

22.3.16

Pinball (14) : bide


"Dommage. On pensait que ça te ferait plaisir.
-Pardon"
Une des deux se leva, arrêta le disque et, après l'avoir épousseté, le remit soigneusement dans sa pochette.
MURAKAMI Haruki, Flipper, 1973,ch.7, ed. Belfond

21.3.16

Pinball (13) : en creusant le sillon


Avec ma petite amie, nous avions souvent fait l'amour en écoutant ce disque. Une fois qu'il était terminé, que l'aiguille continuait à suivre son sillon en crachotant, nous restions dans les bras l'un de l'autre sans dire un mot.
MURAKAMI, Flipper, 1973, ed. Belfond

20.3.16

Pinball (12) : migrations et sommeil


Je refermai la fenêtre, insérai une cassette de Charlie Parker, et commençai à traduire Quand les oiseaux migrateurs dorment-ils ?
MURAKAMI Haruki, Flipper, 1973, ch.7, ed. Belfond

19.3.16

Pinball (11) : une ancienne cassette


Je sifflai en même temps que le long solo de Stan Getz sur "Jumping with Symphony Sid" et mon humeur s'en trouva nettement améliorée.
MURAKAMI Haruki, Flipper, 1973, ch. 7, ed. Belford

16.3.16

Pinball (10) : pas de balles perdues


"Après avoir joué au backgammon pendant une heure environ, nous passâmes par-dessus la chaîne qui entourait le terrain de golf et nous avançâmes sur le parcours désert à cette heure crépusculaire. Je sifflotai deux fois de suite "It's so Peaceful in the Country" de Mildred Bailey. Magnifique me complimentèrent les jumelles.
Flipper, 1973, MURAKAMI Haruki, ch.3, ed. Belfond

13.3.16

Cent vues (95) : hallucinant Fuji

Sanki fukaku katachio o kuzusu no Fuji, Hokusai



Quand le Fuji n'est plus qu'un vague A et que les forêts se transforment en taches... qu'y a-t-il dans cette pipe ?

10.3.16

Pinball (9) : liquide


"Cette manière de faire était certes artisanale, mais voir alignés sur le bureau les tas de billets en dix parts égales me réjouissait au plus haut point."
Flipper, 1973, p.183, ed. Belford, MURAKAMI Haruki

9.3.16

Nous mourons tous par petits bouts : c'est ma fête


Une fois par an, ce prénom, je me souviens que ce n'est pas mon pseudonyme pour l'école, accolé à "Maîtresse", mais celui que mes parents me donnèrent parce que c'était à la mode, et parce que c'était celui de ma grand-mère; je me souviens qu'il était toujours associé à mon nom de famille en classe puisqu'il y en avait souvent deux, voire trois autres. Avec lui, j'ai l'impression d'être très vieille parce que personne ne s'appelle plus ainsi, sauf des célébrités déjà mortes ou tout juste pas encore. Ce disque que je faisais tourner après avoir ouvert la valise rouge qui intégrait le pick-up, était rangé dans le troisième tiroir du secrétaire du salon. C'était cette même photo sur la pochette. Mais on ne parlait pas de moi : je n'ai jamais aimé le bleu pour les chaussettes ...

Pinball (8) : Beatles


"A peine sortie d'une école de commerce, elle avait de longues jambes, était très attentive et n'avait d'autre défaut que de fredonner au moins vingt fois par jour "Penny Lane" (bizarrement sans le refrain."
Flipper, 1973. MURAKAMI Haruki, ed. Belfond, p.181

8.3.16

Pinball (7) : western


"Pendant que vous dilapidez votre solitude devant un flipper, quelqu'un est peut-être en train de lire Proust. Et quelqu'un d'autre est peut-être en train de se livrer à un pelotage minutieux avec sa petite amie, dans un drive-in theater,  tout en regardant Cent dollars pour un shérif. Avec le temps, il se peut que le premier devienne écrivain et que les jeunes amants fassent un mariage heureux."
Flipper, 1973, MURAKAMI Haruki, ed. Belfond, p.177

7.3.16

Pinball (6) : balle en caoutchouc


Il avait plu généreusement cet hiver-là.
Flipper 1973, MURAKAMI Haruki, ed. Belfond, ch.1969-1973, p166

6.3.16

Pinball (5) : de l'amour des puits

J'aime les puits. Chaque fois que j'en vois un, je ne peux m'empêcher d'y jeter une pierre. Il n'y a rien qui apaise davantage le cœur que le bruit d'un caillou frappant l'eau d'un puits profond."
Flipper 1973, MURAKAMI Haruki, ed. Belfond, ch.1969-1973, p167

Mes notes de chevet (118) : la lune

"La lune pâlie de l'aurore.
La lune me charme encore quand son mince croissant apparaît sur la cime des montagnes, à l'orient."
Notes de chevet, Sei Shônagon.

Mes notes de chevet: au matin, le coucher de lune sur l'horizon, qui se la joue à la Charles Trenet, pour nous faire regretter d'être lundi, ici.

5.3.16

Pinball (4) : Naoko avait douze ans


L'événement eut lieu en 1961 après Jésus-Christ.
Flipper 1973, MURAKAMI Haruki, ed. Belfond, ch.1969-1973, p164

4.3.16

Pinball (3) : ce genre de sourire

Une fois que Naoko elle-même avait disparu, il ne restait que son sourire, comme celui du chat du Cheshire dans Alice au pays des Merveilles.
Flipper 1973, MURAKAMI Haruki, ed. Belfond, ch.1969-1973, p159

3.3.16

Pinball (2) : si mineur ou sol bémol ?




Il régnait une atmosphère accueillante, intime, comme celle qui nous accompagne le long d'un chemin bord" de camélias et qui conduit à la demeure de sa petite amie.
Flipper 1973, MURAKAMI Haruki, ed. Belfond, ch.1969-1973, p155

2.3.16

Pinball (1) : dispersion


Par un bel après-midi ensoleillé de novembre, quand la police anti-émeutes força le blocus du bâtiment numéro 9, l'Estro Armonico de Vivaldi résonnait à plein volume.
Flipper 1973, MURAKAMI Haruki, ed. Belfond, ch.1969-1973, p155

1.3.16

Ecoute le vent (33) : boys don't cry

Quand je rentre dans ma petite ville en été, je marche de nouveau sur les chemins que nous avons arpentés ensemble, je m'assois seul sur les marches de hangar et je contemple l'océan. Lorsque je crois que j'ai envie de pleurer, mes larmes ne coulent pas. C'est ainsi.
Ecoute le chant du vent, MURAKAMI Haruki, ch.39

29.2.16

Ecoute le vent (32) : Karamazov, le retour

"Le Rat écrivait encore des romans. Il m'en envoie toujours des copies chaque année pour Noël. L'année dernière c'était sur un cuisinier dans la cafeteria d'un hôpital psychiatrique, celui de l'année d'avant c'était sur une comédie basée sur les frères Karamazov."
Ecoute le chant du vent, MURAKAMI Haruki, ch. 39

28.2.16

Mes notes de chevet (117) : le soleil

"Sur la crête des monts, derrière lesquels il vient de disparaître, on voit encore une lueur rouge, et les nuages s'étendent en fines traînées teintées de jaune clair."
Notes de Chevet, Sei Shônagon
Mes notes de chevet : Souvenirs. L'été passe, et, je redéfinis la succession des jours, leur rotation au coucher du soleil : chaque soir, parmi les oliviers du jardin, je regarde le disque descendre peu à peu pendant que monte une petite angoisse sourde, avec la pensée consolatrice que demain je serai là aussi. Mais le disque chaque jour se déplace un peu, sa progression lente sur la crête me rappelle qu'en certains lendemains je n'y serai plus.

Ecoute le vent (31) : cinéma polonais





Vivre ensemble dure assez longtemps, pour que, je suppose, nos centres d'intérêt commencent à coïncider.
Ecoute le chant du vent, MURAKAMI Haruki, ch. 39

27.2.16

Cent vues (94) :synchronicité

Futomiru Fuji, Hokusai

Synchronicité en ce week-end : la neige de retour alors que même les arbres ont cru au printemps.

26.2.16

Ecoute le vent (30) : dédicace (2)

"Je vais le dire seulement une fois, alors écoutez bien ; je vous aime tous"
Ecoute le chant du vent, MURAKAMI Haruki, ch. 37

Ecoute le vent (29) : de l'action



Chaque fois qu'un nouveau film de Sam Peckinpah sort, ma femme et moi allons dans une salle de cinéma, stoppons au parc de Hibiya sur le chemin du retour, et buvons deux bières chacun, dispersant nos popcorns pour les pigeons.
Ecoute le chant du vent, MURAKAMI Haruki, ch. 39

25.2.16

Ecoute le vent (28) : ni tout à fait la même ...

Voilà bien longtemps que je n'avais pas senti le parfum de l'été. L'odeur de la marée, le bruit des sirènes au loin, la sensation de la peau des filles, les bouffées citronnées de l'après-shampooing, la brise du soir, les espoirs incertains, et puis les rêves de l'été...
Mais comme sur une feuille de papier-calque qui s'est un peu décalée, toute chose était légèrement mais inexorablement différente de ce qu'elle avait été dans le passé.
Ecoute le chant du vent, MURAKAMI Haruki, ch. 35

24.2.16

Ecoute le vent (27) : hello, le soleil brille


"A la fin, quand le pont est bombardé, elle poussa quelques gémissements. 
"-Pourquoi est-ce que tu as traversé tout ça pour en arriver là ? demanda-t-elle en pointant un doigt  sur Alec Guinness qui restait là, pétrifié. 
- Il devait conserver sa fierté.
- Mm... "La bouche pleine de pain, elle médita un moment sur la fierté des hommes."
Ecoute le chant du vent, MURAKAMI Haruki, ch. 34

23.2.16

Ecoute le vent (26) : inventaire

"Tout à côté du YWCA sale et lugubre se trouvait une construction neuve, mais c'était un bâtiment de piètre qualité, destiné à des locations, sur le toit duquel était planté un immense panneau publicitaire montrant un réfrigérateur. Une femme avec son petit tablier, la trentaine environ, l'allure anémique, se penchait en avant en maintenant ouverte la porte du frigo, ce qui me permettait de voir l'intérieur. 
Dans le freezer, des glaçons et un litre de glace à la vanille, un paquet de crevettes surgelées. Sur la deuxième tablette, des œufs, du beurre, du camembert, du jambon. Sur une autre, du poisson, des cuisse de poulet. Dans le compartiment en plastique du bas, des tomates, des concombres, des asperges, une laitue, des pamplemousses ; dans la porte,trois grandes bouteilles de cola et trois de bière, sans compter un pack de lait. 
Pendant que j'attendais, appuyé sur le volant, j'essayai d'imaginer dans quel ordre dans lequel je dégusterais le contenu de ce frigo, mais non, de toute façon, un litre de glace, c'était trop , et l'absence de sauce pour les légumes, rédhibitoire. "
Ecoute le chant du vent, MURAKAMI Haruki, ch. 33

22.2.16

Ecoute le vent (25) : desseins d'univers



Desseins d'univers, Michel Rossigneux
"Un jour, donc, ce jeune homme qui vagabondait dans l'espace entreprit de descendre dans l'un de ces puits. Il s'était lassé de l'immensité de l'univers et aspirait à mourir seul, loin de tout et de tout le monde. Il entama sa descente, et peu à peu il lui sembla que le puits devenait de plus en plus agréable. Il commença à se sentir comme enveloppé dans une sorte d'énergie étrange. Après avoir parcouru environ un kilomètre vers le bas, il découvrit l'entrée d'une véritable galerie, s'y enfonça et continua ardemment à avancer au petit bonheur le long d'un chemin sinueux. Il ignorait depuis combien de temps il marchait. Sa montre s'était arrêtée. Etait-ce depuis deux heures ou bien depuis deux jours ? Il ne ressentait ni faim ni fatigue et la sensation qu'il éprouvait depuis un moment déjà, d'être enveloppé dans une force spéciale, était toujours présente.
Ecoute le chant du vent, MURAKAMI Haruki, ch.32

21.2.16

Cent vues (93) : quête

Chinowa no Fuji, Hokusai


Je cherche la fontaine qui pourrait déciller les yeux de nos aveugles, qu'ils puissent contempler le Fuji depuis le cercle d'herbes éloignant les démons.

Ecoute le vent (24) : romans fleuves


Si Hatfield appréciait tant Jean-Christophe c'est d'abord, tout simplement, parce que ce roman retrace scrupuleusement la vie d'un homme, de sa naissance jusqu'à sa mort. La seconde raison, plus décisive encore, est qu'il s'agit d'un texte extrêmement long. Selon lui, les romans étaient en mesure de fournir des informations bien mieux que des plans ou des données chronologiques. Par ailleurs, il les tenait pour tout à fait véridiques. 
Il s'était toujours montré critique vis à vis de Guerre et Paix de Tolstoï. " Bien entendu,  notait-il, ce n'est pas sa longueur qui pose problème. Le problème c'est que l'espace n'est pas conceptualisé ; par conséquent, "ce roman laisse en moi un fatras d'impressions diverses." Dans l'expression "l'espace n'est pas conceptualisé", il fallait en fait entendre : "stérilité".
 Le roman qu'il préférait était un chien des Flandres. Et il demandait : " Dis donc, est-ce que tu crois qu'un chien puisse mourir, juste pour une image ?"
Ecoute le chant du vent, MURAKAMI Haruki, ch. 32

20.2.16

Ecoute le vent (23) : tumulus

" Après avoir bien marché, nous nous sommes assis sur une pente herbue, toute fleurie. Il y avait une petite brise bien agréable qui a séché notre sueur. Au bas de la colline s'étendait une douve très large d'où émergeait comme une petite île... un ancien tumulus funéraire, en fait, couvert d'arbres et d'une végétation touffue. C'était la tombe d'un empereur d'autrefois. Tu as déjà vu un de ces tumulus ?"
J'opinai.
" Et alors je me suis dit, mais pourquoi lui a -t-on construit un truc aussi énorme ?... Bon, bien sûr, chaque tombe a une signification. Et je le sais bien, un jour, chacun de nous finit par mourir, évidemment. Mais ça... c'était vraiment trop grand. Ce qui est trop grand, quelquefois, finit par changer la substance même des choses. Elles deviennent autres. Et en fait, ce truc-là, ça n'avait même plus l'air d'une tombe. On aurait dit une montagne. A la surface de l'eau des douves, on voyait des grenouilles, des plantes aquatiques, et, sur les clôtures, des tas de toiles d'araignée.
J'ai contemplé ce tumulus en silence, tout en tendant l'oreille au vent qui faisait naître des vaguelettes sur l'eau des douves. Ce que j'ai éprouvé à ce moment-là, je suis incapable de le traduire avec des mots. Non, d'ailleurs, il ne s'agissait pas d'un sentiment. C'était une sensation complètement enclose en elle-même. Je veux dire, les cigales, les grenouilles, les araignées et le vent, tout était fondu en une seule unité qui filait dans l'espace."
Le Rat se tut alors, puis il but la dernière gorgée de son Coca éventé.
"Chaque fois que j'écris, je me rappelle cet après-midi d'été et ce tumulus antique avec tous ces arbres. Et je me dis : comme ce serait magnifique si je pouvais écrire pour les cigales, les grenouilles et les araignées, et aussi pour l'herbe d'été et pour le vent."
Son histoire était achevée. Il joignit les mains derrière la nuque et regarda le ciel en silence.
" Et...tu as essayé d'écrire quelque chose ?
- Non, je n'ai pas écrit une ligne. Je ne peux pas écrire.
- Ah ?
-"Vous êtes le sel de la terre."
- Quoi ?
- Si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on ?"
Telles furent les paroles du Rat.
Ecoute le chant du vent, MURAKAMI Haruki, ch. 31

19.2.16

Ecoute le vent (22) : cool


"Il y eut jadis une époque où tout le monde se préoccupait d'être cool. A la fin de mes années de lycée, je décidai de ne dire que la moitié de ce que je ressentais. J'ai oublié pourquoi j'avais pris une décision de ce genre, mais je m'y tins plusieurs années durant. Et puis, un jour je découvris que j'étais devenu quelqu'un qui ne savait plus exprimer que la moitié de ce qu'il ressentait. 
J'ignore s'il y a un lien entre mon histoire et le fait d'être cool. Mais s'il est possible de qualifier un vieux frigo qu'il faut sans cesse dégivrer, alors moi aussi je suis cool. 
Aussi, je continue à écrire ces lignes en stimulant à coup de bières et de cigarettes ma conscience qui aurait tendance à s'endormir, à sombrer dans l'inertie du temps. Je prends plusieurs douches chaudes, me rase deux fois par jour, et je ne cesse d'écouter de vieux disques."
Ecoute le chant du vent, MURAKAMI Haruki, ch. 30

18.2.16

Ecoute le vent (21) : vieillissement

"Il est extrêmement difficile de parler de quelqu'un qui est mort, et encore plus d'évoquer des jeunes femmes mortes. Car elles demeurent jeunes pour l'éternité-telles qu'elles étaient au moment de leur disparition. 
A l'inverse, nous, les survivants, chaque année, chaque mois, chaque jour, nous vieillissons. J'ai même parfois le sentiment que je vieillis d'une heure sur l'autre. C'est quelque chose d'effrayant, pourtant c'est la réalité."
Ecoute le chant du vent, MURAKAMI Haruki, ch. 25

17.2.16

Ecoute le vent (20) : jukebox






Nous retournâmes au comptoir, à nos verres de bière et du Jim Beam. 
Ensuite, presque sans nous dire un mot, nous écoutâmes vaguement les disques qui se succédaient dans le jukebox.
Ecoute le chant du vent, MURAKAMI Haruki, ch. 24

16.2.16

Ecoute le vent (19) : retour à l'envoyeur


Nous étions allés voir un film avec Elvis Presley. La chanson disait à peu près :

"Je me suis disputée avec une fille.
Et je lui ai écrit une lettre.
 Pardon, j'ai pas été sympa.
Mais la lettre m'est revenue.
Retour à l'envoyeur, adresse inconnue."

Le temps passe vraiment trop vite.
Ecoute le chant du vent, MURAKAMI Haruki, ch. 22

15.2.16

Ecoute le vent (18) : sorcellerie

"Quinze jours après la mort de ma troisième petite amie, je lus La Sorcière de Michelet. Un livre remarquable.  Je notai en particulier ce passage : "(...) si l'on en croit Rémy, le juge de Nancy. Dans son livre dédié au cardinal de Lorraine (1596), il assure avoir brûlé  en seize années huit cents sorcières. "Ma justice est si bonne, dit-il, que l'an dernier, il y en a eu seize qui se sont tuées pour ne pas passer par mes mains." 
Il aurait mieux fait de ne rien dire plutôt que de prétendre que sa justice était si bonne.
Ecoute le chant du vent, MURAKAMI Haruki, ch. 21

Les accusées, si elles peuvent, préviennent la torture et se tuent. Remy, l’excellent juge de Lorraine, qui en brûla huit cents, triomphe de cette terreur. « Ma justice est si bonne, dit-il, que seize, qui furent arrêtées l’autre jour, n’attendirent pas, s’étranglèrent tout d’abord. »
                                                                 MICHELET, La sorcière, Introduction

14.2.16

Nous mourons tous par petits bouts : Ilan Halimi : pourquoi se souvenir.



Je m'étais promis de ne pas lire les commentaires à cette photo publiée sur Facebook par le Gouvernement, mais...

Aujourd'hui je me souviens d'Ilan Halimi, victime du Gang des Barbares.
Parce que c'est le racisme qui l'a tué.
La cause de sa mort, trois semaines de séquestration et de tortures, de froid et de faim :
- 80% de son corps brûlé
- de multiples hématomes, dont certains au cutter
Puis abandonné agonisant le long d'une voie ferrée.

Se souvenir parce que cela fait 10 ans alors qu'aujourd'hui certaines rumeurs grondent, et qu'au cinéma on profite de l'anniversaire pour lancer un film d'amour mettant en scène la prédatrice.

Se souvenir parce que
Ilan Halimi n'enlève rien à la mort des Palestiniens
Ilan Halimi n'enlève rien aux victimes du Bataclan
Ilan Halimi n'enlève rien aux mères qui ont perdu leur fils dans un accident de voiture
Ilan Halimi n'enlève rien aux victimes des guerres
Ilan Halimi n'enlève rien au pilote jordanien brûlé vif
Ilan Halimi n'enlève rien aux victimes de la Shoah.

Se souvenir parce qu'il y a dix ans Ilan Halimi est mort victime du Gang des Barbares.
Simplement parce qu'il était Juif.

Se souvenir aujourd'hui parce qu'aujourd'hui c'est l'anniversaire.

Se souvenir aujourd'hui parce que demain il y aura d'autres anniversaires.
Mais aujourd'hui, c'est celui d'Ilan Halimi.

Alors, aujourd'hui, je me souviens d'Ilan Halimi.


Ecoute le vent (17) : un chasseur au nom estropié


"
"Tu sais, en Inde, à Bhagalpur, il y a eu une panthère très célèbre, qui a réussi à tuer et à dévorer trois cent cinquante personnes en trois ans.
- Ah ?
- Alors, on a fait appel à un chasseur de fauves, un Anglais, le colonel Jim Corvette. Il a tué la fameuse panthère, sans compter, en huit ans, plus de cent vingt-cinq autres félins, tigres ou panthères. Tu aimes toujours les animaux ? "
"
Ecoute le chant du vent, MURAKAMI Haruki, ch.21

12.2.16

Mes notes de chevet (116) : Choses qui tombent du ciel

"Lorsque la neige a déjà commencé à fondre, ou quand il n'en est pas tombé beaucoup, elle entre dans tous les interstices des tuiles, et on voit le toit, noir ici, et ailleurs tout blanc."
Notes de Chevet, Sei Shônagon


mes Notes de Chevet :
6 ans + 1 jour, par une fenêtre d'un autre chez moi ...

Ecoute le vent (15) : bonheur



"Je ne l'ai jamais entendu. Et toi ?
-Moi non plus
- Merci en tout cas. Je dis les choses carrément...Je suis vraiment heureux. "
Ecoute le chant du vent, MURAKAMI Haruki, ch.16

11.2.16

Cent vues (92) : envies de raquettes ...



 Musashino no Fuji, de Hokusai

A présent, le plateau de Gialorgues doit être recouvert d'un grand manteau de neige, sous lequel les brins d'herbe attendent sagement des lunes plus clémentes...

Ecoute le vent (14) : Miles



Il lui fallut un peu plus de temps cette fois, mais elle revint avec le disque demandé.
Ecoute le  chant du vent, MURAKAMI Haruki, ch. 15

10.2.16

Ecoute le vent (13) : entre deux



"Sans un mot elle alla chercher deux trente-trois tours. " Glenn Gould ou Backhaus, qu'est-ce que tu préfères ?"
Ecoute le chant du vent, MURAKAMI Haruki, ch. 15

9.2.16

Ecoute le vent (12) : lyrics



"California Girls"
 Well, East coast girls are hip. 
I really dig those styles they wear
and the Southern girls with the way they talk.  
They knock me out when I'm down there
The Mid-West farmer's daughters really make you feel alright. 

And the Northern girls with the way they kiss. 
They keep their boyfriends warm at night. 
I wish they all could be California. 

I wish they all could be California girls.

Ecoute le chant du vent, MURAKAMI Haruki, ch. 13

7.2.16

Ecoute le vent (10) : le rock, c'est comme les filles


"Aujourd'hui il faisait vraiment trop chaud pour tout... sauf pour le rock ! D'accord ?  C'est bien pour ça que cette musique existe ! Comme les jolies filles ! OK ! A présent notre première chanson...on fait le silence !"
Ecoute le chant du vent, MURAKAMI Haruki, ch. 11

6.2.16

Ecoute le vent (09) : Disney


"Je sifflai tout au long du chemin de retour. Une mélodie que j'avais entendue quelque part auparavant, mais dont le titre se dérobait à ma mémoire. C'était une chanson vraiment ancienne. Je garais la voiture sur une route le long du rivage, et tentai de me souvenir de quoi elle parlait, tout en contemplant l'océan enfoui dans la noirceur de la nuit. En fait, c'était la "Chanson du club de Mickey", je crois que les paroles disaient à peu près " En guise de ralliement, chantons tous notre joyeux refrain, Mi-key Mouse ! ". Après tout, c'étaitpeut-être bien une belle époque."
Ecoute le chant du vent, MURAKAMI Haruki, ch. 10

5.2.16

Ecoute le vent (08) : en français dans le texte



"(...) il me  demanda pourquoi il n'y avait pas de disque de Johnny Halliday. dans le juke box 
"Parce qu'il n'est pas connu ici" lui répondis-je. 
- Quels sont les chanteurs français qu'on aime ici ?
- Adamo
- Ah... mais il est belge
- Michel Polnareff
- Merde alors ! "
sur ces mots, le marin français retourna à sa table.
"
Ecoute le chant du vent, MURAKAMI Haruki, ch. 10

29.1.16

Ecoute le vent (07) : Tennessee Williams

" Je m'interrompis pour faire tomber la cendre de ma cigarette dans le cendrier.
"Au fait, tu n'aurais pas lu La Chatte sur un toit brûlant ?" Elle ne me répondit pas, se contentant de fixer le plafond. Ainsi enveloppée dans son drap, on aurait dit une sirène échouée sur une plage. Je ne me souciai pas de son silence et poursuivis. "En fait, je pense à cette pièce chaque fois que je bois seul. Ca provoque immédiatement un déclic dans ma tête, ça me détend, en somme. Mais ça ne marche pas toujours si bien dans la réalité."
Ecoute le chant du vent, MURAKAMI Haruki, ch. 9

28.1.16

Ecoute le vent (06) : romans de cuisine

"Si vous cherchez l'art ou la littérature, lisez plutôt les écrits des Grecs anciens. Seulement, pour donner naissance à l'art véritable, l'esclavage était une condition indispensable. A l'époque des Grecs anciens, des esclaves cultivaient les champs, préparaient les repas, ramaient sur les bateaux, pendant que les citoyens, sous le soleil de la Méditerranée, s'adonnaient à la poésie où se colletaient avec les mathématiques. Tels étaient les arts.
Des gens contraints de fouiller dans leur frigo, à 3 heures du matin, dans une cuisine silencieuse, ne peuvent écrire que des textes comme celui-ci, commun, ordinaire en somme.
Oui, comme moi."
MURAKAMI Haruki, Ecoute le chant du vent, ed. Belford, ch1.

27.1.16

Ecoute le vent (05) : grand-mère

"La nuit où elle mourut, mon premier geste fut de lui abaisser doucement les paupières. En même temps que je lui fermais les yeux, les rêves qu'elle n'avait cessé de faire pendant soixante-dix-neuf ans s'en allèrent aussi silencieusement qu'une pluie d'été sur un chemin, et ensuite, il ne resta plus rien."
MURAKAMI Haruki, Ecoute le chant du vent, ed. Belford, ch.1.

26.1.16

Ecoute le vent (04) : I try

"Pourtant, il est très difficile de raconter une histoire honnêtement. Plus j'essaie d'être honnête, plus les mots justes s'enfoncent dans ces abîmes de ténèbres.
Ce n'est pas que je me cherche des excuses. En tout cas, ce que j'écris là est le mieux que je puisse faire à présent. Il n'y a rien d'autre à dire."
MURAKAMI Haruki, Ecoute le chant du vent, ed. Belford, ch.1.

25.1.16

Ecoute le vent (03) : something

"Je me souviens encore très distinctement de la sensation de ce quelque chose d'aérien qui m'était tombé dans les mains, il y a plus de trente ans, un après-midi de printemps, au stade Jingu. Et je me souviens de cet autre après-midi printanier, un an plus tard, où j'ai recueilli, près de l'école de Sendagaya, un pigeon blessé. Je me souviens de sa chaleur dans mes mains. Et quand je réfléchis à ce que signifie "écrire un roman", ce sont ces sensations qui me reviennent toujours en mémoire. Ces souvenir-là m'inclinent à croire qu'il y a quelque chose en moi, me laissent rêver à la possibilité de la faire grandir. que ces sensations subsistent encore en moi aujourd'hui, c'est merveilleux."
MURAKAMI Haruki, Ecoute le chant du vent, ed. Belfond, préface.

24.1.16

Ecoute le vent (02) : traduction

pour Shizuka
"Mais, par nature, les langues sont très solides. S'appuyant sur une longue histoire, elles possèdent en elles une force opiniâtre. Quoi qu'on leur fasse subir, il sera impossible de porter atteinte à leur intégrité, même si on les traite avec une certaine brutalité. Il faut reconnaître à chaque écrivain la prérogative d'expérimenter les options et les ressources dont disposent les langues, et sans cet esprit aventureux, rien de nouveau ne sera jamais créé."
MURAKAMI Haruki, Ecoute le chant du vent, ed. Belfond, préface.

23.1.16

Ecoute le vent (01) : épiphanie

"Je me souviens encore très nettement de la sensation de cet instant. J'avais l'impression que quelque chose allait tomber du ciel, lentement, presque en flottant, et que j'allais le recueillir dans mes mains. Pourquoi le hasard voulait-il que cela tombe entre mes mains, je n'en ai aucune idée. Je l'ignorais à cette époque, et je ne le sais toujours pas aujourd'hui. Quelle qu'en soit la raison, cela a eu lieu."
MURAKAMI Haruki, Ecoute le chant du vent, ed. Belfond, préface.

22.12.15

Au pays des crèches (2)

Dans ce village, pour les non-fans des crèches, les laïcs, les etc. , il y a aussi d'autres décorations de Noël, toutes aussi jolies, fraîches, que cop21...
Luceram.Décor

21.12.15

Au pays des crèches (1)

Lucéram.Crèches1
diaporama Flickr (cliquez sur la flèche pour faire défiler)

Puisque nous vivons une époque paradoxale, j'assume la mienne. Le matin d'élections aux étranges enjeux, en fin de Hanoucah, je suis allée à Lucéram, pour la première fois de ma vie, visiter les 450 crèches annoncées. Le joli petit village, si désert habituellement le dimanche était submergé dès son entrée et c'est en rusant que j'ai réussi à me garer dans le village, comme une riveraine. De nombreux cars venaient d'Italie, et c'est chez nos voisins que l'on se serait cru, aux sons de la douce langue pleine de soleil, et dans les queues où mes lointains cousins me permettent de ne pas me sentir petite. Car des queues il y en avait, pour les crèches les plus reculées, au fond des couloirs des multiples sous-sols. Mais la progression était légère et naïve, et, au moment où dans les villes patrouillent les gardes mobiles, ici, toutes les crèches en extérieur vivent sereinement, sans crainte d'être pillées de leurs petits moutons de coton... Ce bain de crèches, pour la partisane de l'école laïque que je suis, fut revigorant : il existe encore de jolies traditions, qui illuminent les yeux de tous et émerveillent les enfants. Bien sûr, je me suis plu à imaginer l'ambiance dans laquelle tout ceci doit se passer, les concurrences jalouses, les rivalités triviales. Mais en même temps... La dernière fois que j'étais venue à Lucéram, j'ai été traumatisée pour jamais en croisant des chasseurs avec une biche attachée à un pieu. Je préfère cette vision des habitants, récoltant des pignes et des kakis, avec leur vision naïve. Ainsi, le soir, je n'ai pas cherché à savoir pour qui ils avaient voté. Je veux garder en tête toutes ces fenêtres, toutes ces maisons que je croyais vides et qui sont habitées par des gens qui ont gardé en eux une part d'enfance. C'est ainsi que j'aime les traditions ...