5.3.15

Voyage avec un incolore (43) : vécu



Tu as dit que j'avais terriblement changé, reprit Tsukuru. Je le pense moi aussi. Après avoir été chassé de notre groupe, il y a seize ans, j'ai vécu durant toute une période, environ cinq mois, à ne penser qu'à la mort. Oui, véritablement, sérieusement, je ne pensais qu'à la mort. Au bord de l'abîme, j'ai tenté de découvrir ce qui se trouvait là et j'ai fini par ne plus pouvoir en détourner le regard. Pourtant, j'ai réussi à revenir, tant bien que mal, dans le monde des vivants. Il n'y aurait rien d'étonnant cependant à ce que je sois réellement mort à cette époque. Quand j'y repense à présent, je devais sûrement avoir la tête à l'envers. Quel était le nom de ma maladie...? Névrose, ou dépression, je ne sais pas très bien. En tout cas, je n'étais pas dans mon état normal. C'est tout à fait certain. Pour autant, je n'étais pas non plus dans la confusion. Mon esprit est toujours resté clair."
L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, MURAKAMI Haruki, ch.16

4.3.15

méridien en cinémascope (1) : marines


"C'était un grand voilier aux flancs hérissés de canons, comme on peut en voir aujourd'hui enfermés dans des bouteilles ou sur les tableaux de Joseph Vernet. Il approchait lentement de la côte, cap sur le récif rose.
- Ca ne passe pas inaperçu, observa Rachel.
-Justement, dit Byron, je suppose que c'est délibéré. On n'aura jamais l'idée de vous y chercher."
Le méridien de Greenwich, Jean Echenoz, ch.1

Voyage avec un incolore (42) : ça existe


""En avion, onze heures environ, répondit Tsukuru. J'ai eu le temps de prendre deux repas et de regarder un film.
-Quel film ?
-Die Hard 12."
Les fillettes parurent satisfaites.


L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, MURAKAMI Haruki, ch.15

3.3.15

Voyage avec un incolore (41) : l'homme à l'accordéon






"Il y a dans la vie des choses trop dures à expliquer dans n'importe quelle langue."
L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, MURAKAMI Haruki, ch.14

2.3.15

Voyage avec un incolore (40) : pizza

"Comme il ne voulait pas se compliquer les idées à propos de nourriture, il entra dans une pizzeria, s'installa à une table en terrasse , et commanda unthé glacé et une pizza Margherita. Il eut l'impression d'entendre la voix rieuse de Sara à son oreille. Elle se moquait de lui. Comment ! Tu as pris l'avion exprès pour te rendre en Finlande et tu seras revenu en ayant mangé une Margherita ! Mais elle était excellente, bien au-delà de ses attentes. Elle avait dû être cuite dans un four au feu de bois car elle exhalait une odeur délicieuse et la pâte était légère et bien croustillante."
L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, MURAKAMI Haruki, ch.14

1.3.15

Voyage avec un incolore (39) : un endroit où il n'ira pas.


"A Hämeenlinna, il y a un château au bord d'un joli lac, et la maison où est né Sibelius, mais je suppose que vous avez des choses plus importantes à faire."
L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, MURAKAMI Haruki, ch.14

28.2.15

Voyage avec un incolore (38) : fin de plage


"Les dernières notes du Sonnet 47 de Pétrarque s'évanouirent dans l'espace, le disque s'acheva, l'aiguille remonta, le bras se déplaça à l'horizontale et retourna sur son support. "
L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, MURAKAMI Haruki, ch. 13

27.2.15

Voyage avec un incolore (37) :

"Que la force soit avec toi, dit-elle. Sois l'égal des saumons."
L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, MURAKAMI Haruki, ch. 13

26.2.15

Voyage avec un incolore (36) : Finlande

""Mais que peut-il bien y avaoir en Finlande ?" demanda son supérieur.
Tsukuru énuméra ce qui lui venait en tête : "Sibelius,

le cinéaste Aki Kaurismaki,

Marimekko,

Nokia,
 les Moumines.
"
Le supérieur resta perplexe. Rien de tout cela ne semblait éveiller son intérêt."
L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, MURAKAMI Haruki, ch.13

24.2.15

Voyage avec un incolore (35) : enfances

"Je me rappelle seulement la mélodie la plus connue des Scènes d'enfants de Schumann, Träumerei. Je me souviens qu'elle la jouait souvent."

L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, Murakami Haruki, ch.11

Le son de chez moi (58) : divas en bazar

Divas haut perchées qui chantent : on remet ça dans l'édition 2015.

9.2.15

Mes notes de chevet (113) : relais

"Les relais de Nashiwara, de Higure, de Mochizuke, de Noguchi, de Yama. Je me rappelais avoir entendu raconter, au sujet de ce dernier, des faits intéressants, et, comme il s'en est produit d'autres, il est curieux d'en réunir les récits."
Sei Shônagon, Notes de Chevet

Mochizuke, Hiroshige
Mes notes de chevet :
Des relais, j'en connus, dans l'enfance, du temps sans autoroute, quand les voyages étaient longs, et qu'il fallait faire des pauses, se restaurer plutôt lentement que vite, toujours aux mêmes endroits pour ne pas déroger à la traduction. J'obéis à Sei et en réunit deux récits de petites bouches, dont un inédit.


Nationale 7.

Quand j'étais petite, l'autoroute n'existait que sur de brefs tronçons. Lorsqu'on partait pour un long voyage en voiture, il fallait se lever de bonne heure, tout endormi. Tout au long du chemin, on suivait des camions, on traversait des villages. Il y en avait un, loin de chez nous (au moins cent kilomètres) qui avait un nom très long : il s'appelait Saint Maximin la Sainte Baume. Quand on le traversait, on s'arrêtait sur la place du village, sur le parking, sous les platanes. Le bar était le long de la nationale 7, juste à côté. C'est là que nous prenions le petit déjeuner. Nous nous asseyions à une table recouverte par une toile cirée, sur de vieilles chaises en bois toutes rondes. Le café était très sombre, des coupes brillaient sur une étagère. Mon père commandait un thé, ma mère un café, mon frère un chocolat et moi un café au lait. Comme à la maison. Le patron sortait du café, traversait la rue, rentrait dans la boulangerie, et nous ramenait deux croissants tous chauds pour chacun, qu'il posait dans une petite corbeille en osier. Ils étaient très très bons, tout chauds, fondants sous la langue. J'attaquais le premier croissant par le milieu, là où il est le plus tendre, dans la carapace du crabe, et je le laissais fondre sous la langue. Je fourrai le deuxième avec du beurre tout ramolli dans une minuscule plaquette dorée. Il y avait aussi de la confiture, ce n'était pas un bocal qui tirait la langue mais une petite barquette en aluminium, et il n'y en avait qu'un tout petit peu.
Il y a toujours eu des croissants dans les boulangeries mais avant, c'était un produit de luxe. On n'en mangeait que dans les grandes occasions, pour un anniversaire, ou en vacances quand on prenait son petit déjeuner dans un café. Ils n'étaient chauds que le matin, car le boulanger se levait très tôt pour les fabriquer, et après il allait se coucher. Le croissant, c'était un aliment du matin, comme la soupe en est un du soir. Je n'en mangeais jamais à un autre moment de la journée, ça ne me serait même pas venu à l'idée !
Un jour, il y a eu de plus en plus d'autoroutes. On n'avait plus besoin de se lever très tôt, tout endormi. Sur la nôtre, un peu avant l'échangeur, il y avait un grand panneau : visitez Saint Maximin la Sainte Baume et son abbaye romane. Moi, je ne connaissais pas l'abbaye romane, mais je regrettais bien de ne pas en prendre la sortie vers la place et les platanes.
Une seule fois, j'ai dérogé à la règle matinale des croissants: dans un restaurant d'un petit village de l'Aveyron, j'en ai mangé fourré comme un croque-monsieur, passé au four avec du jambon et du gruyère; c'était étrange et délicieux. Mais c'était quand même beaucoup moins bon qu'au petit déjeuner dans un café tout sombre avec des coupes brillantes.

Nationale 7 (deux)

Sur la Nationale 7, plus loin, beaucoup plus loin, il est parfois midi. Et midi c'est l'heure du repas de midi. A cette époque, il y avait des restaurants au bord des routes avec de grands parkings, pour les routiers, et c'est ainsi que ces restaurants s'appelaient. Le nôtre, même si nous n'avions pas un 9 tonnes, était à Sénas. Il y avait beaucoup de monde, beaucoup de tables très serrées, du bruit, de l'agitation, et un seul plat, sans doute : du steak et des frites. Et c'est ce que l'on mangeait, bien avant MacDo, sans cadeau, mais dans ce monde étrange et fascinant d'hommes qui parlaient fort et dans toutes les langues. Je ne me souviens pas du steak, seulement du goût exceptionnel des frites, des frites longues et fondantes. Leur taille surtout faisait la différence avec celles de ma mère. A cause de Sénas et à cause de ma mère, je me sens totalement incapable de cuisiner des frites, je suis persuadée que je ne réussirai pas aussi bien. Aussi je les mange toujours dehors, au restaurant, chez moi jamais il ne me viendrait à l'idée d'en cuisiner. 

8.2.15

Cent vues (87) : toute la pluie tombe sur moi

Murasame no Fuji, Hokusai

Il n'y a pas à dire, les chapeaux japonais, quand il pleut des cordes, c'est la classe !

7.1.15

55

Lu hier.
Dédié à Anne et à moi-même.

"Avec tout ce qui est allé très vite dans toute sa vie, Grégor va sur ces cinquante-cinq ans. On ne se rend jamais compte à quel point c'est rapide alors que les journées traînent en longueur et que les après-midi sont interminables. On se retrouve dôté d'un certain âge sans avoir bien compris comment, même si comme Gregor on consulte sa montre tout le temps, même si celle-là ne donne qu'une idée imparfaite, tendancieuse et pour tout dire fausse de celui-ci."
Des éclairs, ch.21. Jean Echenoz

26.12.14

Voyage avec un incolore (34) : Cela lui revient


""Mais, dis-moi, est-ce que tu te souviens d'un air que Blanche jouait souvent au piano ? Le Mal du Pays, de Franz Liszt. Une mélodie très calme qui dure cinq ou six minutes."
Bleu réfléchit puis secoua la tête. "Si je l'entendais, peut-être. Mais juste avec le titre du morceau, je ne vois pas. Je ne suis pas très fort en musique classique. Pourquoi me demandes-tu ça ?
- Pour rien, c'est juste que cela me revient."
L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, ch.10, MURAKAMI Haruki.

22.12.14

Cent vues (86) : reprise des travaux en cours

Ashiro no Fuji, Hokusai

Où là là ! Depuis mars j'avais laisser l'entreprise en échafaudage ! Il est temps de reprendre les travaux !

Mes notes de chevet (112 ter)

"Bien qu'une lettre n'ait rien que l'on puisse qualifier d'étrange, c'est pourtant une chose magnifique. Alors qu'on pense avec anxiété à une personne qui se trouve dans une province éloignée, en se demandant comment elle peut aller, on reçoit d'elle un billet ; à le lire, on éprouve la même impression que si l'on se voyait, tout à coup, en face de son amie. C'est merveilleux."
Notes de Chevet, Sei Shônagon

Utamaro

Mes notes de Chevet :
Aujourd'hui le monde s'est rétréci, et une lettre manuscrite dans une boîte aux lettres devient tout aussi étrange et magnifique que pour Sei ...

6.12.14

Mes notes de chevet (112bis) : urgence de la reprise

"On connaît le cœur d'une femme lorsqu'on a regardé son miroir ou son encrier ; il en est de même pour tous les objets dont elle se sert. Quand elle laisse s'accumuler la poussière dans l'écritoire, il n'est rien d'aussi déplaisant."
Notes de Chevet , Sei Shônagon


Mes notes de Chevet : 
 Pour mes deux fois cinq années, je me suis offert un livre tout juste sorti, tout juste fait pour moi, Sei Shônagon-Hokusai. Je l'ai laissé quinze jours dans son écrin de cellophane, attendant le moment propice et solennel de l'ouvrir. C'est aujourd'hui, par la pluie du dehors, que j'ai jugé qu'il en était assez, qu'il fallait desceller, et reprendre là où j'en étais. J'ouvre au 112, je trouve cette citation. Comme toujours, ma sœur Sei veille sur moi. Il est tant de dépoussiérer...


5.12.14

Ils roulent pour nous !

Vous êtes contre l'écotaxe, et leurs péages routiers  ?
Méditez ceci...
Dans ma commande de papeterie, il y avait eu un oubli qu'il fallait réparer.

 Voici le colis du matériel manquant :
 12 petits bâtons de colle !


27.11.14

Voyage avec un incolore (33) : sur l'écran noir


"Tu as vu le film ?
-Il y a très longtemps à la télé, un soir tard. Mais pas jusqu'à la fin."

MURAKAMI Haruki, L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, ch.10

Voyage avec un incolore (32) : ça s'en va et ça revient


"Soudain, Tsukuru se souvint du titre de la chanson."
MURAKAMI Haruki, l'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, ch. 10

26.11.14

Voyage avec un incolore (31) : amnésie


"Tsukuru se rappelait cette mélodie. Une vieille chanson pop, peut-être déjà à la mode avant sa naissance. Il l'avait entendue bien des fois, mais il ne se souvenait pas de son titre"
MURAKAMI Hatsuo, L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage, ch.10

25.11.14

Voyage avec un incolore (30) : l'aimez-vous ?

" Durant les quinze minutes environ que dura son attente, il mémorisa tous les modèles de Lexus proposés à la vente. Il nota qu'elles ne portaient pas un nom comme "Corolla" ou "Crown", mais qu'on les distinguait simplement par un numéro. Comme les Mercedes ou les BMW. Ou comme les symphonies de Brahms."
MURAKAMI Hatsuo, L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage, ch.10

24.11.14

Voyage avec un incolore (29) : Brésil


Elle le guida jusqu'à un canapé en cuir noir qui avait l'air très coûteux. A côté se trouvait une énorme plante en pot. Un morceau d'Antônio Carlos Jobim était diffusé à faible volume."
MURAKAMI Hatsuo, L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage, ch.10

23.11.14

Voyage avec un incolore (28) : gares



Le son du Japon, 7 : Parvis devant la Gare... par dvorahzehev
"Tsukuru était surtout impressionné par l'innombrable quantité d'humains qui peuplaient cette planète. Il lui semblait tout aussi miraculeux que , dans ce monde, circulent un si grand nombre de trains. Que tant de gens dans tant de wagons soient ainsi transportés aussi méthodiquement. Que tant de gens viennent de quelque part et se rendent autre part. "
MURAKAMI Hatsuo, L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage, ch.9

22.11.14

Voyage avec un incolore (27) : immobilité


"Au fond, l'un comme l'autre n'ont jamais mis un pied hors de leur ville natale. Ils ont fait toute leur scolarité à Nagoya, et ils y travaillent. Cela fait un peu penser au Monde Perdu de Conan Doyle. Dis-moi, Nagoya est un endroit si agréable que ça ?"
MURAKAMI Hatsuo, L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage, ch.9

21.11.14

Voyage avec un incolore (26) : vie solitaire et paisible


"Le temps s'écoulait calmement autour de lui, sans presque laisser de traces. Parfois, il posait sur la platine le disque des Années de pèlerinage et il l'écoutait attentivement.
L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, MURAKAMI Haruki, ch.7

20.11.14

Voyage avec un incolore (25) : aphasie


"Tsukuru cherchait ses mots au milieu des ténèbres. Ce n'étaient pas des mots qu'il aurait adressés à quelqu'un en particulier. Mais il lui fallait trouver les mots justes, ne serait-ce qu'un seul, pour combler l'espace anonyme du silence. Avant que Haida ne revienne de la salle de bains. Mais il ne les trouva pas. Tout ce temps durant, jouait dans sa tête une mélodie toute simple. C'est seulement plus tard qu'il s'en souvint."
L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, MURAKAMI Haruki, ch.7

10.11.14

Voyage avec un incolore (24) : transmission


"Voyons, qu'est-ce qu'il pourrait devenir ? Il se pourrait qu'il disparaisse avec moi. Ou peut-être subsisterait-il ensuite sous je ne sais quelle forme. Et continuerait-il à se transmettre d'un homme à un autre, qui sait ?"
Murakami Haruki, L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, ch.5

9.11.14

Voyage avec un incolore (23) : Round Midnight


" Le jeune Haida, pour sa part, n'était pas en mesure de comprendre pleinement ce que cette nature signifiait pour Midorikawa.Etait-ce un bonheur ou bien un fardeau ? Une grâce ou une malédiction ? Ou encore, ce don contenait-il tout cela à la fois ?"

L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, Murakami Haruki, ch.5

8.11.14

Voyage avec un incolore (22) : enough


" L'endroit lui plaisait, car il offrait tout le nécessaire et aucun superflu."

L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, Murakami Haruki, ch.5

7.11.14

Voyage avec un incolore (21) : affinités


" L'homme lui adressa la parole. Pour une raison ou pour une autre, il semblait avoir nourri dès le premier regard un intérêt considérable pour le jeune employé. Sa curiosité venait peut-être de ce qu'il l'avait aperçu, durant ses heures de pause, assis sur la véranda en train de feuilleter un recueil des œuvres de Georges Bataille."


L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, Murakami Haruki, ch.5

28.10.14

On s'est baladé : la Roche de l'Abisse

Personne n'a l'air de connaître en France ce fabuleux endroit. Nous avions prévu plusieurs fois cette randonnée et deux fois au moins avons du renoncer à cause du brouillard. Mardi, nous avions décidé de suivre ce circuit:
Partis de Nice très tôt, nous sommes arrivés au Col de Tende avec un temps épouvantable, et nous avons du renoncer, très déçu. Nous avons fait alors une randonnée en voiture en cherchant un temps plus clément vers le Fort Marguerite puis vers Casterino. Le temps est devenu magnifique, et un chasseur nous a indiqué un autre itinéraire possible pour la Roche de l'Abisse, au départ de la balise 376. C'était beaucoup plus long, mais magnifique. Le brouillard sur le col de Tende était somptueux, et cerise sur le gâteau, un petit troupeau de chamois nous a rejoint au sommet !
Les photos 

24.10.14

On s'est baladé : Lac Vert et Fontanalbe


A la poursuite de l'automne des mélèzes, nous sommes allés à Casterino prendre le départ pour le Lac Vert et Fontanalbe.
Nous avons suivi presque cette randonnée, avec un détour au Lac des Grenouilles, et surtout un retour par l'autre piste beaucoup moins joli que l'aller, plus long et qui fait ensuite marcher sur le goudron. L'aller retour ce sera très bien, la prochaine fois.
 

18.10.14

Voyage avec un incolore (20) : Article Imagination de l'Encyclopédie

"Voltaire le réaliste disait que l'originalité n'était rien d'autre qu'une imitation judicieuse".
L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, Murakami Haruki, chapitre 4

15.10.14

Voyage avec un incolore (19) : en cuisine


" Le chef hait le serveur, et l'un et l'autre haïssent les clients, déclara Haida. Ce sont les mots d'Arnold Wesker, dans la pièce La Cuisine."

L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, Murakami Haruki, ch.4

30.9.14

Voyage avec un incolore (18) : par force

"Ce coffret de trois disques, à présent encore, se trouvait chez Tsukuru."




L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, Murakami Haruki, ch.4

28.9.14

Voyage avec un incolore (17) : Rome et le Chili


"Chez les pianistes contemporains, rares sont ceux qui peuvent jouer Listz avec toute l'exactitude requise et en même temps avec poésie."
L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, Murakami Haruki, ch.4

26.9.14

Voyage avec un incolore (16) : de la Suisse et de la Russie

"C'est un pianiste russe, il interprète Listz comme s'il décrivait un paysage mental très subtil."


L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, Murakami Haruki, ch.4

24.9.14

Voyage avec un incolore (15) : le temps qui court ...

Dans l'appartement de Tsukuru, il y avait une chaîne stéréo qui marchait tant bien que mal, mais comme sa sœur n'avait laissé que des albulms de Barry Manilow ou des Pet Shp Boys, Tsukuru ne s'en servait jamais.

L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, Murakami Haruki, ch.4

23.9.14

Voyage avec un incolore (14) : le nom


" Quoi qu'il en soit, il avait acquis son individualité en s'appelant Tsukuru Tazaki". Son moi d'avant était un néant, un chaos primitif sans nom. Une masse de chair rose qui pesait trois kilo tout au plus, qui pleurait et respirait difficilement dans l'obscurité. Il avait reçu un nom, puis la conscience et la mémoire lui était advenues et, progressivement, son moi avait pris forme. Le nom était le point de départ de toutes choses."

L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, Murakami Haruki, ch.4

22.9.14

Voyage avec un incolore (13) : poids

" "Si on lui donne le prénom le plus sophistiqué, peut-être que ses bagages dans la vie seront un peu trop lourds à porter, avait fait remarquer son père. (...) Tsukuru hésitait cependant à partager son opinion sur le fait que, grâce à ce prénom, sa vie avait été "allégée". Certes, la forme de ses bagages avait peut-être été légèrement différente. Mais quand était-il de leur poids ?"

L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, Murakami Haruki, ch.4



21.9.14

Voyage avec un incolore (12) : la barbe

"- Les pensées sont comme des barbes. Elles ne poussent que lorsqu'on est adulte. Je suis sûr que quelqu'un a dit ça..., dit Tsukuru. Mais qui ? Je ne m'en souviens pas.
- Voltaire", répliqua le jeune homme.
L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinages, MURAKAMI Haruki, ch.4

"En voilà trop sur les barbes."
Dictionnaire philosophique, Voltaire, article Barbe,


20.9.14

Voyage avec un incolore (11) : secret

"Quoi qu'il en soit, le jeune garçon désigné sous le nom de Tsukuru Tazaki était mort. Il avait poussé son dernier soupir, englouti dans les ténèbres sauvages, et avait été enseveli dans une petite clairière au milieu d'une forêt. En grand secret, silencieusement, avant l'aube, quand tout le monde était encore profondément endormi. Sans stèle ni épitaphe. celui qui se tenait là et qui respirait, c'était le nouveau "Tsukuru Tazaki", dont la composition interne avait été largement renouvelée. Mais il était le seul à le savoir. Et il n'avait pas l'intention de le dire à quiconque. "
L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, Murakami Haruki, ch.3

19.9.14

Voyage avec un incolore (10) : tic tac

" Ce qui subsista ensuite, ce fut seulement une pensée paisible qui ressemblait à de l'acceptation. Elle n'avait pas de couleur. C'était une émotion neutre, qui rappelait une bonace. Il était assis dans une vieille salle vide, seul, et il écoutait avec beaucoup d'attention le bruit creux  de la grande et antique pendule murale qui égrenait le temps. Sans un mot, sans détourner le regard, il restait simplement les yeux fixés sur la progression des aiguilles. Ses émotions captives dans le vide de son cœur, enveloppé dans plusieurs couches d'une fine membrane, à chaque heure, il vieillissait inexorablement.
L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, Murakami Haruki, ch.3

18.9.14

Voyage avec un incolore (9) : jalousie

"La jalousie, du moins telle que Tsukuru l'avait conçue dans son rêve, est la prison la plus désespérée du monde. Parce que c'est une geôle dans laquelle le prisonnier s'enferme lui-même. Personne ne le force à y rentrer. Il y pénètre de son plein gré, verrouille la porte de l'intérieur puis jette la clé de l'autre côté de la grille. Personne ne sait qu'il s'est lui-même emprisonné. Bien entendu, si le captif décidait d'en sortir, il le pourrait. Parce que cette prison se situe dans son cœur. Mais il est incapable de prendre cette décision. Son cœur est aussi solide et dur qu'un mur de pierre. Telle est la véritable nature de la jalousie."
L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, Murakami Haruki, ch.3

17.9.14

Voyage avec un incolore (8) : double

" Lorsqu'il sentait que la souffrance devenait insupportable, il se séparait de son corps. Et, depuis un lieu sans souffrance situé légèrement à l'écart, il observait Tsukuru Tazaki en train de résister à la douleur."
L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, Murakami Haruki, ch.2

16.9.14

Voyage avec un incolore (7) : alien

"La nature de cette nouvelle matière de substitution, Tsukuru ne pouvait la concevoir, pas plus qu'il ne pouvait l'accepter ou la refuser. Telle une nuée d'ombres, elle demeurait dans son corps et y donnait naissance à d'innombrables œufs d'ombres."
L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, Murakami Haruki, ch.2

15.9.14

Voyage avec un incolore (6) : puits

" Durant les cinq mois qui suivirent son retour à Tokyo, Tsukuru vécut aux portes de la mort. Il se fabriqua un minuscule refuge, relié à une fosse obscure et sans fond, dans lequel il mena une vie totalement solitaire. C'était un endroit dangereux où il risquait de tomber et de dégringoler dans les profondeurs du néant. Mais il n'en étit pas effrayé. Il pensait seulement. "Que ce serait facile de tomber. "  "
L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, Murakami Haruki, ch.2

14.9.14

Voyage avec un incolore (5) : transformations


" Le Tsukuru qui revint à Tokyo cet été-là était sous l'emprise d'une sensation étrange : c'était comme si la composition de son corps avait été totalement renouvelée. Toutes les choses qui lui étaient familières jusqu'alors avaient pris des teintes différentes, comme s'il les voyait à travers un filtre spécial. Il se mettait à entendre des sons inconnus jusque là et il était incapable de percevoir ceux qu'il avait entendus auparavant. Lorsqu'il essayait de bouger son corps, il s'apercevait que ses mouvements étaient terriblement gauches. On aurait dit que la nature de la pesanteur environnante s'était modifiée."
L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, Murakami Haruki, ch.2

5.9.14

Voyage avec un incolore (4) : ondulations


"Sara fit légèrement tournoyer son verre, et contempla un moment les ondulations du vin. Comme si elle y lisait l'avenir de quelqu'un"
L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, Murakami Haruki, ch.2

Voyage avec un incolore (3) : alcools


"Son verre de mojito était vide. Elle fit signe au barman et commanda un verre de vin rouge. A l'issue d'une réflexion approfondie sur le large éventail de rouges qu'offrait la carte, elle choisit un cabernet-sauvignon de la Napa Valley. Le verre de whisky de Tsukuru était encore à moitié plein. La glace avait fondu, des gouttes d'eau s'accrochaient aux parois, le sous-verre en apier était tout gonflé d'humidité."
L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, Murakami Haruki, ch.4

Voyage avec un incolore (2) : interrupteur


"Il y avait un endroit spécial sur le corps de Tsukuru, dont il n'avait en général pas conscience, une toute petite zone extrêmement sensible. Quelque part dans son dos. Une partie tendre et délicate, le plus souvent couverte, cachée, invisible de l'extérieur, que sa main n'arrivait pas à atteindre. Mais parfois, quand il s'y attendait le moins, cette petite zone se réveillait comme si quelqu'un exerçait dessus une pression du doigt. Et cela induisait chez lui une réaction interne. Une substance particulière était secrétée à l'intérieur de son corps, se mélangeait à son sang et se diffusait partout, jusque dans ses moindres extrémités. La stimulation qu'il ressentait alors était à la fois d'ordre physique et psychologique.
Lors de cette première rencontre, il avait eu la sensation qu'un doigt anonyme avait clairement appuyé sur l'interrupteur."
L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, Murakami Haruki, ch1

Voyage avec un incolore (1) : Jonas


"Néanmoins, pourquoi avait-il fallu qu'il se tienne si près de la mort, à la frôler, durant toute cette période ? Tsukuru ne parvenait pas vraiment à le comprendre? Et même s'il y avait eu un point de départ concret, pourquoi cette aspiration à la mort avait-elle eu une puissance si impétueuse et l'avait-elle enveloppé presque six mois durant ? Enveloppé - oui, c'était bien l'expression exacte. Tel le héros biblique qui avait été avalé par une gigantesque baleine et qui survivait dans son ventre, Tsukuru était tombé dans l'estomac de la mort, un vide stagnant et obscur dans lequel il avait passé des jours sans date."
L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, Murakami Haruki, ch1

28.8.14

Elles nous font la déco (1) : marché d'été (suite)

Certaines personnes bienveillantes et appliquées nous font une jolie déco de saison ...
Qu'elles en soient remerciées.

10.8.14

Marché d'été

Rouvrons ce pauvre blog abandonné par quelques saveurs simples, nostalgiques de Charente mais certaines introuvables ailleurs qu'ici...

29.5.14

Marché férié : le goût de l'Italie

Acheté au marché annuel : les olives introuvables ailleurs et de la limonade au basilic...

20.5.14

Du bonjour français

"Dans les boulangeries françaises, les bureaux de tabac ou d'autres petits commerces, je fus frappé par le fait que des hommes (et, moins souvent, des femmes) entraient dans la boutique en disant à la cantonade : "Bonjour messieurs-dames" ou tout simplement "bonjour" ou encore succinctement "messieurs-dames". Saluer des personnes inconnues ? eh oui, cela est fréquent en France ; il suffit de se promener dans les rues de Paris ou de prendre le métro, d'être attentif aux spectacles qui s'offrent çà et là dans les lieux publics.  Tandis que dans mon pays, un tel geste, potentiellement créateur de liens, serait perçu comme une violence inacceptable ou tout au moins comme une incongruité suspecte. la vis sociale s'organise de telle manière qu'un individu (pas un groupe constitué comme militants politiques ou syndicalistes...) n'ait pas à s'adresser, autant que faire se peut, à un inconnu, c'est-à-dire à quelqu'un qui n'appartient pas aux mêmes groupes communautaires que lui. Les inconnus sont par définition suspects(...)
En France, je n'ai jamais pu rentrer dans ma boulangerie en disant : "Bonjour Messieurs-dames."
Akira Mizubayashi, Une langue venue d'ailleurs, ch.13

19.5.14

Le son du Français

dédié à Christian :

" La musique de la langue française ne se présente pas sous le même jour. Dans une mesure assez considérable, je le répète encore, l'apprentissage du français fut, en ce qui me concerne, un processus d'appropriation et d'incorporation de phrases et de textes le plus souvent littéraires à partir d'exercices d'écoute et de récitation imitative. Il me semble que j'éprouvais un plaisir proprement musical, en m'abandonnant aux rythmes et aux mouvements ascendants ou descendants des phrases qui se déployaient dans ces pages. Habitué à l'exemple de la musique qui proposait des notions comme thème, reprise, ou variation, j'étais devenu peu à peu sensible au phénomène de "retour du même" dans les lignes que je lisais et relisais à haute voix avec ou sans modèle
(...)
Ce qui crée le sentiment d'être touché par des effets d'ordre musical, ce n'est sans doute pas la langue elle-même qui, sous cet angle, n'est qu'un ensemble de virtualités grammaticales; c'est une certaine manière d'organiser des sons et des rythmes, des intensités, des durées et des silences, qui est à l'origine d'une certaine musicalité de la production verbale. Plongé dans un livre, pourquoi aimè-je tant répéter des mots qui sonnent, des phrases qui coulent, des paragraphes ou des ensembles textuels plus larges qui me paraissent fort bien taillés, bien construits ? D'où vient ce plaisir ? De la page que je suis en train de lire, assurément; mais il vient aussi du passé, de la vibration d'un passé lointain, des profondeurs ténébreuses mais sonores de la mémoire, bref de tout l'univers résonnant de ma petite enfance. Je cherche peut-être, dans la réalisation phonique des mots et des phrases chéris, des traces de souvenirs liées à l'écoute musicale de mon enfance non musicienne. Non, je devrais dire plutôt ces souvenirs se cherchent en moi."
Akira Mizubayashi, Une langue venue d'ailleurs, ch.11

18.5.14

Le son du Japon (36) Mizubayashi comme à Aikawa

"Le Japonais est une langue fort musicale. En deçà ou au delà de l'art poétique ou dramatique qui opère une prodigieuse intensification musicale, les paroles sont empreintes d'un chant particulier jusque dans les zones les plus obscures de la vie quotidienne. Enfant, j'entendais dans les grandes gares comme Tokyo ou Uéno, à l'arrivée d'un train "grandes lignes", le nom de la gare dit par une voix masculine d'une manière si particulière et si éloignée de l'énonciation habituelle qu'il résonnait véritablement comme un fragment musical : U-éno---, u-éno---, shu-ten, u-éno---... En hiver, des marchands de yakiimo (patates douces cuites dans de petits cailloux brûlants) circulent en camionnette (autrefois c'était en charrette) en signalant leur passage sur une ligne mélodique immédiatement reconnaissable : yakiimo--,yakiimo--, i--shiyakiimo, yakiimo--; oimo, oimo, i--shiyakiimo, yakiimo--... Et dans tout cela, comment ne pas le souligner, il y a, ou il y avait quelque chose de profondément mélancolique comme dans les chants populaires traditionnels...

Akira Mizubayashi, Une langue venue d'ailleurs, ch.11

17.5.14

Le français comme instrument de musique

"Oui, le français est un instrument de musique pour moi. C'est le sentiment que j'ai depuis longtemps, depuis, tout compte fait, le début de mon apprentissage. Pour devenir un bon instrumentiste, il faut de la discipline, je dirais même le sens de l'ascèse. Et c'est ce que je dis à mes étudiants aujourd'hui : maîtriser le français, c'est en jouer comme jouer du violon ou du piano. Chez un bon musicien, l'instrument fait partie de son corps. Eh bien le français doit faire partie de son corps chez un locuteur qui choisit de s'exprimer en français. En musique, il y a tous les niveaux, du niveau débutant au professionnel en passant par le niveau amateur. C'est pareil en langues. Le niveau professionnel ne s'acquiert pas en deux ou trois ans. Il faut des années de travail et toute une vie pour l'entretenir... Vous aimez le français ? D'accord. Mais qu'est-ce que ça veut dire pour vous, "aimer le français" ? Etre vous prêt à travailler le français comme pour devenir un vrai musicien ? Pourquoi ces questions ? Parce que je suis moi-même comme un musicien qui s'entraîne tous les jours. La différence entre un musicien et moi, c'est que je suis un instrumentiste sans public. Personne ne s'intéresse à mon jeu, je n'ai pas de répertoire, je n'ai aucun morceau célèbre à jouer devant un auditoire. "
Akira Mizubayashi, Une langue venue d'ailleurs, ch. 11

12.5.14

le français langue paternelle

"j'ai commencé à apprendre le français à l'âge de dix-neuf ans, à l'université. Le français, c'était purement et simplement une langue étrangère, totalement étrangère au départ. Ma vie se divise en deux partitions de durée inégale : mes dix-huit premières années monolinguistiques (...) ; la suite de mon existence, de la dix-neuvième année à aujourd'hui, placée sous la double appartenance au japonais et au français. L'un a surgi en moi; il s'est ensemencé au fond de moi; d'une certaine manière, il était toujours déjà là; il est, si j'ose dire, de constitution verticale. L'autre, c'est la langue vers laquelle j'ai cheminé avec patience et impatience tout à la fois; je me suis déplacé vers elle; c'est celle que je suis allé recueillir tandis qu'elle m'a accueilli en elle; elle m'est venue de loin, avec un retard considérable de dix-huit ans. Elle est de nature horizontale, d'une étendue immense qui concerne toujours des recoins inexplorés, des vides à remplir, des espaces à conquérir."
                    Akira Mizubayashi, Une langue venue d'ailleurs, ch.1

2.5.14

Marché du dimanche

En revenant des Alpes de Haute-Provence, j'ai eu une grande envie de lilas. Sur le cours Saleya, il n'y en avait que chez une seule paysanne qui ne vendait que des brassées de fleurs. Voici mon vélo bleu fleuri...

22.3.14

Bref ou les malheurs de Sophie et d'Agnès

dédié à Christian et à Anne
"Mon grand frère apprend à lire.
Cela ne m'intéresse pas. A quoi bon s'embêter puisque le soir, Dominique, notre nounou, nous lit des histoires. Les Malheurs de Sophie. J'écoute distraitement. Je ne parviens pas à me concentrer sur l'intrigue. Un mot unique retient mon attention; je ne l'ai jamais entendu dans la bouche de quiconque, ni dans celle des mes parents, ni dans celle de la maîtresse. Je ne comprends pas à quoi il sert, ni ce qu'il signifie. Il m'empêche de me concentrer sur les aventures de la malheureuse Sophie. Je soupçonne la nounou de l'ajouter, de l'inventer. Peut-être est-ce, pour elle, une façon de se gratter la gorge, de reprendre son souffle. Ce mot est court et ne ressemble pas aux autres; isolé, il se dresse et me sidère. Serait-ce du russe ? BREF. C'est le seul mot que je garde des séances dédiées à la comtesse de Ségur.
Lire ne sert à rien. Moi ce que je veux, c'est écrire. "
 Agnès Desarthe, Comment j'ai appris à lire, ch. Comment tout a (mal) commencé.

17.3.14

Rêve : quand Agnès Desarthe fait la nique à Murakami



"Mes flocons de chapelure dorée sont prêts, j'y roule le poisson à peine enduit de blanc d'œuf et ça marche : au bout de quatre passages dans l'assiette emplie de pépites, il est parfaitement déguisé, parfaitement méconnaissable en tant que filet de lotte, et parfaitement reconnaissable en tant que poisson pané. Lorsque je le dépose dans l'assiette de Paul Mc Cartney, celui-ci pousse un hurlement de joie et, sans doute pour me remercier, se met à chanter Norwegian Wood. Tous chantent avec lui. Même Yoko Ono. Les guitares et les autres instruments jouent, quelque part en coulisse. C'est tellement beau. Je pleure. Je pleure parce que c'est la chanson que jouait le tourne-disque la première fois que j'ai fait l'amour.
Je m'en souviens très bien : j'étais par terre, sur le dos. Cela faisait des mois et des mois que l'envie montait. Je riais, pas à cause de l'étrangeté pas à cause de la honte (je n'en ressantais aucune), pas à cause de la gêne. J'avais envie de rire à cause du bonheur de la découverte, de l'ivresse de ce que je croyais avoir inventé. J'ai pensé à Archimède et à Coernic. J'ai pensé à Newton et Einstein. J'ai pensé à Galilée. Au fond de moi, comme dans l'univers ce gisement, comme l'attraction universelle, en moi, comme dans la terre, ces ressources intarissables d'énergie. Pourquoi ne m'en avait-on pas parlé plus tôt ? Comment avais-je pu ne pas m'en douter ? Et c'était gratuit ? Et c'était pour tout le monde ? Et c'était facile, comme ça ? Si facile ? Je n'ai pas pensé que je ne prenais pas la pilule, que le garçon n'avait pas mis de préservatif, que je risquais de tomber enceinte ou d'attraper je ne sais quoi. J'ai pensé c'est dingue. Et pendant ce temps-là, les Beatles chantaient Norwegian Wood."
Mangez-moi. Agnès Desarthe

13.3.14

Le chat de la morte

-J'ai perdu moi aussi récemment un être cher, a dit Paul.
Il avait perdu sa femme, Margaret, il m'a montré sa photo. Elle était assise dans un fauteuil en plastique, dans un jardin, avec un chat noir sur ses genoux. Elle portait des lunettes de soleil.
- Le mois prochain, nous aurions fêté nos noces d'or. Depuis sa mort le chat n'a plus remis les pieds à la maison.
"Il a aussi perdu son chat" ai-je songé. Jean-Christophe a essayé en vain de le consoler.
- A mon âge on ne peut pas se remettre d'une épreuve pareille : on n'a pas assez de temps devant soi.
"Peut-être le chat changera-t-il d'avis un jour et reviendra-t-il à la maison. Il entrera par la fenêtre de la cuisine, il avancera  sur le bord de l'évier puis il sautera par terre."
Vassilis Alexakis, Le premier mot, ch.6.

12.3.14

Mes notes de chevet (112) : Choses qui sont à propos dans une maison

Un balai neuf
Un sac à provision bien décoré
Sei Shônagon, Notes de chevet

sacs il me ressemble ici


Mes notes de chevet :
Le balai neuf est tombé de son manche et gît maintenant sur la fenêtre du premier étage d'un appartement vide depuis toujours.
J'essaie de ne pas craquer pour un sac il me ressemble.
Les sacs Nespresso envahissent le placard de l'entrée, et je ne peux me décider à vider ce bazar.
Je suis prête, mentalement, à vivre dans l'appartement plus petit que je compte acquérir, mais pas encore matériellement j'en ai bien peur...

Voix

Elle avait la voix fraîche d'une enfant. "Sa voix n'a pas mûri. Elle a conservé sa couleur initiale, parce qu'elle ne s'en sert pas souvent." J'ai pensé que les premiers hommes qui ont parlé avaient des voix jeunes. "Le langage a été inauguré par un vieil homme qui parlait comme une petite fille."  
Vassilis Alexakis, Le premier mot, ch.6 .

7.3.14

Iles alphabétiques

femme de Santorin      

Dans le premier mot de Vassilis Alexakis, la narratrice vient d'enterrer son frère. Elle parle de lui :

"Il s'était donné comme objectif de connaître toutes les îles et il les visitait dans l'ordre alphabétique, deux ou trois par été. Ce système l'obligeait à effectuer des trajets compliqués, de se rendre de Céphalonie en Crète et de Lemnos à Macronissos, il soutenait cependant qu'il était préférable à tout autre.
"-L'ordre alphabétique remodèle la carte, il offre à des lieux qui n'étaient pas destinés à se rencontrer la possibilité de faire connaissance, il constitue le point de départ de dialogues inattendus, disait-il. Je suis la logique farfelue des dictionnaires, qui placent les uns à côté des autres des termes sans le moindre rapport entre eux."
Il s'est rendu l'an passé à Rhodes et, comme le nom d'aucune autre ne commence par r, il a ensuite découvert Samothrace. Je songe qu'il ne verra jamais Santorin. Et cela me chagrine, bien sûr. Infiniment de petits malheurs poussent autour des grands."
Le premier mot, Vassilis Alexakis, chapitre 1

6.3.14

Test d'anti-dépresseurs : tarte au citron (11) : le retour

Même si je n'ai pas décoléré du remplacement dans le Vieux-Nice de la Petite Poulette par un pâtissier Lac, je n'ai pu résister à l'appel de la tarte au citron pour continuer le test un moment abandonné :
n°11 au catalogue
lieu de vente : Pâtisserie Lac, 12 rue de la Préfecture
prix : 3,40 €, 
genre : tarte au citron avec meringue
            tarte au citron sans meringue
aspect :  très joli
qualité :  très bonne
goût : parfumé, fondant, pâte sablée croustillante. 
bonne alliance amertume/sucré
conclusion : très bien 


16.2.14

Il y a du Goude dans l'air (1)

L'expo Goude nous rappelle un temps où les images pouvaient s'afficher sur les murs des villes, fraîches, naïves, folles, créatives et surtout gaies !
Mais Goude n'est pas mort, il fait même très jeune pour son âge ! Aurait-il contaminé la ville ? J'ai décidé de partir à la découverte ...
Ça c'était ce matin, sur la Prom :


9.2.14

Cubes

"L'activité de mon esprit me laisse perplexe. Je me souviens des cubes en bois avec lesquels je jouais enfant. Une lettre était imprimée sur chacune de leurs faces, mais j'étais bien incapable de former des mots. Je me contentais de les mettre en équilibre les uns sur les autres et de les voir tomber. mes pensées sont aussi absurdes que ce jeu. Elles font juste un peu de bruit quand elles s'écroulent."
Les mots étrangers. Vassilis Alexakis, ch.3


28.1.14

Une autre Schmelele

"Les jours passèrent. Ils passèrent, et chaque matin, Fredelle s'éveillait émerveillée de ne s'être pas noyée dans son chagrin. Elle sautait du lit, comme les héroïnes de ses livres d'enfants, faisiat un grand feu dans la cheminée et constatait, en mangeant ses tartines, que le niveau de tristesse avait encore baissé."
Agnès Desharte, Le principe de Frédelle, ch.21

27.1.14

Vaisselle

"Le père de ma mère, quand il était encore au camp de Drancy, a réussi à lui envoyer un cadeau. Je ne sais pas par quelle entremise, par quelle poste, grâce à quelle complicité.
J'ai longtemps pensé que ce cadeau venait d'Auschwitz, mais en grandissant, j'ai compris que c'était impossible. Quoi qu'il en soit, c'était un présent de l'au-delà. Une assiette en étain, ou en aluminium - sans doute celle dans laquelle il mangeait-, au fond de laquelle il a gravé un dessin à l'aide d'une pointe. S'agit-il de Mickey la souris ou de Félix le chat ? Je ne sais plus. Je n'ai vu cet objet qu'une fois, il y a fort longtemps. Je crois qu'il est écrit, sous le personnage remarquablement dessiné, "à Joujou pour ses cinq ans", avec la date, 11 février 1942, en dessous. Après ça, mon grand-père a bu sa soupe sans un gobelet, dans ses mains, je ne sais pas. Il avait pensé à sa petite fille aux boucles blondes, aux yeux verts, aux joues rebondies, son ravissant bébé, et il s'était demandé comment lui faire plaisir, avec rien.
On ne peut pas regarder cette assiette. Elle a un pouvoir infini. On la sort de l'armoire et on pleure."
Agnès Desarthe, Le remplaçant. ed. de l'Olivier.

26.1.14

Flots (souvenirs)

"Elle pleurait énormément. Des larmes aussi larges que ses yeux ruisselaient de tous côtés. Son nez aussi coulait. M.Espinoza lui tendit un mouchoir. Un mouchoir ne suffisait pas. Un garot aurait été plus approrrié. Frédelle pensa qu'elle allait pleurer ainsi jusqu'à se dessécher entièrement. Elle n'imaginait pas que cela pût s'arrêter. Il fallait qu'elle se vide, il n'y avait pas d'autre possibilité. A quelques temps de là, les pompiers viendraient recueillir les restes de son corps. Un petit paquet rabougri.
Agnès Desharte, le principe de Frédelle, ch.2, éditions de l'Olivier

25.1.14

Récréation

"Frédelle regarda par la fenêtre. Le bureau de la directrice, que celle-ci lui cédait pour certains entretiens, donnait sur la cour. Le maître de service venait de siffler la fin de la récréation. Frédelle admira le ballet abracadabrant des enfants de toutes tailles se relevant, se démêlant, se regroupant. Au terme d'une série de luttes à mort, à l'issue de courses à obstacles vivants, de tirages de cheveux acharnés, ils s'en retournaient vers leur classe, en rang par deux, intacts, se tenant (pour les plus petits) par la main. Seules les franges collées au front et les joues écarlates témoignaient des quinze minutes de chaos absolu dans lesquelles ils avaient été brassés. C'est un miracle de s'en sortir vivant, pensa Frédelle. Se sortir vivant de l'enfance, vraiment, c'est tellement incroyable qu'on mériterait de ne plus jamais mourir après ça."
Agnès Desharte, Le principe de Frédelle, ch.1, éditions de l'Olivier

5.1.14

Epiphanie

Rangées les boules, et le sapin a retrouvé sa terrasse. Comme chaque année, ça m'a fait tout drôle...j'aimais bien ma danseuse cernée de guirlande.

Mes notes de chevet (111) : Choses qui doivent être courtes

Le fil pour coudre quelque chose dont on a besoin tout de suite.
Un piédestal de lampe.
Les cheveux d'une femme de basse condition. Il est bon qu'ils soient gracieusement coupés courts.
Ce que dit une jeune fille.
Notes de Chevet, Sei Shônagon

Estampe de Yôshû Chikanobu

Mes notes de chevet : Femme de basse condition je suis. Mais gracieusement !

4.1.14

Cent vues (84) : Le Fuji dans mon filet

Amiyura no Fuji, de Hokusai
En voilà une vanité : capturer le Fuji. L'oiseau en rit encore !

1.1.14

Bonne année 2014 !



Passer la dernière journée de l'année sur les chemins de la Sainte Victoire, être profondément endormie à minuit sans entendre les klaxons, préférer le romarin en fleurs de la montagne provençale à l'inaccessible gui pour prononcer ses vœux, voilà un programme qui me va comme un gant, le changement dans la continuité...

Pour 2014, je vous souhaite l'âme simple de ces cueilleurs d'offrandes syncrétistes




9.12.13

Et la fureur ne s'est pas encore tue (4)

"- J'ai vu Hersh, lui confiai-je.
- Comment va-t-il ?
- Il n'a pas beaucoup changé.
- Que compte-t-il faire ?
Siegfried savait très bien que je ne pouvais répondre à cette question, mais il la posa malgré tout, pour laisser s'écouler les mots d'avant-guerre qui bouillonnaient en lui. On aurait pu penser que ces mots étaient morts mais il arrivait qu'ils sortent de leur cachette et redressent la tête, dans leur nudité effrayante. On tendait l'oreille sans trop y croire mais c'étaient bien eux, ils étaient vivants.
Être avec Siegfried m'était difficile. Je ressentais une profonde tristesse lorsqu'il se dérobait,et en même temps je savais que c'était avec lui seul, ou avec ses semblables, que je pouvais marcher ou m'attabler dans un restaurant. Je comprenais très bien le sens de ses silences déchirants et lorsqu'il parlait à la manière d'avant-guerre, je savais que ce n'était pas par facilité mais par curiosité : il cherchait à entendre le ridicule contenu dans le langage d'avant et dans des expressions démodées."
Et la fureur ne s'est pas encore tue, Aaron Appelfeld, ch.78

Et la fureur ne s'est pas encore tue (3)

"J'attendis le bus rue Jaffa pour aller à la gare centrale. Quelques personnes vêtues en noir se tenaient près de moi. Je respecte les Juifs en noir. Comme moi, ils essaient de se rapprocher de Dieu, qui s'est adressé à nous autrefois. Comme moi, ils savent qu'Il a cessé de nous parler mais ils ne renoncent pas et ils essaient trois fois par jour. Ces tentatives désespérées peuvent éveiller la pitié, mais aussi le respect."
Et la fureur ne s'est pas encore tue, Aaron Appelfeld, ch.76

8.12.13

Et la fureur ne s'est pas encore tue (2)

"La force de la prière ne réside pas dans les grommellements, les demandes ou les suppliques aux oreilles de Dieu, mais dans la capacité à rester de longues heures en prêtant l'oreille à ce qu'il cherche à nous dire."
Et la fureur ne s'est pas encore tue, Aaron Appelfeld, ch.61

Mes notes de Chevet (110) : Choses qui sont bonnes quand elles sont grandes

"Les bonzes, les fruits, les maisons, les sacs à provisions, les bâtonnets d'encre qui garnissent l'écritoire.
Les yeux des hommes."
Sei Shônagon, Notes de chevet


Mes notes de chevet
Les yeux bien sûr mais... ma grande sœur a oublié les mains.

7.12.13

Cent vues (83) : au soleil


Aoyama no Fuji, Hokusai


J'ai découvert le port de l'ombrelle au Japon, après beaucoup de résistance pour l'occidentale que je suis, puis avec le facilité des orientales qu'elles sont. Adéquation parfaite pour se protéger des rayons et de la chaleur. 
Un de mes regrets, ne pas avoir acheté une ombrelle au Japon pour continuer ici, dans mon pays de Soleil, mes cheminements estivaux.

Venise par le nez


"Samedi 24 mars 1951
Hier, Venise par les oreilles, aujourd'hui Venise par le nez, toujours les yeux fermés. Imagine que tu sois aveugle et sourd, propose Mona, il faudrait que tu les reconnaisses au nez, ces sestieris, pour ne pas te perdre ! Alors, renifle : le Rialto sent le poisson, les approches de San Marco sentent le cuir de luxe, l'Arsenal sent la corde et le goudron, affirme Mona dont l'odorat remonte jusqu'au XIIe siècle. Comme je plaide pour visiter tout de même un musée ou deux, elle objecte que les musées sont dans les livres, c'est-à-dire dans notre bibliothèque."
Daniel Pennac, Journal d'un corps

Et la fureur ne s'est pas encore tue (1)

"Le matin effaçait leur visage. Tout juste après le rassemblement, nous partions pour nos travaux forcés. Nous nous affaiblissions, torturés par un froid d'automne cinglant, et la nuit il était interdit de faire du feu. Nous nous enveloppions dans des hardes en luttant de nos maigres forces contre les courants d'air glacé. Chacun de nous savait ses jours comptés.
Il me semblait parfois que Yossef-Haïm voulait dire quelque chose, mais il disparaissait dans le col de sa veste dès que je m'approchais de lui. Ce que j'apercevais de son visage exprimait l'aspiration à être seul et tranquille. Presque personne ne semblait se rendre compte qu'il priait toujours. Je sentais sa prière planer sur nous un long moment, parfois un jour entier. Je ne confiai ce sentiment à personne. Il ne faut pas dévoiler certaines choses tant que leurs temps n'est pas venu, sous peine, entre autres, d'être couvert de ridicule."
Et la fureur ne s'est pas encore tue, Aaron Appelfeld, ch.21

10.11.13

Marché de Novembre

Des châtaignes (délicieuses), du fromage frais de brebis, une bonne salade frisée et quelques œillets de poète

3.11.13

Mon amie est partie


Mardi, quand j'étais à Venise, et que je regardais les ferries en partance, je pensais au nombre de fois où j'ai pris le bateau, ainsi, et mes pensées s'en furent vers la Grèce, et mon petit coin de Pilos que j'aime tant.
Je ne savais pas qu'au même moment peut-être, là-bas, mon amie quittait ce petit coin pour entreprendre un autre type de voyage lointain dont on ne revient pas.
D'elle, quand on prononce son nom, j'entends la voix, délicieuse, avec cette façon particulière d'articuler la langue. Je vois son regard, son visage entier beau, doux et pétillant de malice. Son port de danseuse, cohabitant étrangement/étroitement avec un tempérament de mémère à chat et de consolatrice de chagrin. Ma fille portant son foulard radieuse de faire la vaisselle dans l'évier ou agrippée à la selle de sa vespa. Même les détails bêtes me reviennent: moi portant pendant des années son pantacourt en jean D&G jusqu'à l'extrême usure.
La Grèce, la vie ne seront plus tout à fait pareilles. Pourtant, je sais que des lamentations trop abondantes ne correspondent pas à son caractère ni à son esprit . Aussi, je vais me tenir bien droite comme elle aimait, et continuer à sourire en regardant partir les bateaux.



26.10.13

Marché du samedi : couleurs de saison


Renoncules. Raviolis à la courge : ils sont tellement frais que le vendeur-fabricant m'a recommandé d'attendre ce soir pour les manger, ou de les rafermir 1h au congélateur car il venait juste de finir de les faire...

17.10.13

Sauter dans ses vêtements

"Samedi 3 Août 1968

Ce matin, à Marseille, ma première impression d'été : la rapidité avec laquelle je me suis habillé. Deux temps, trois mouvements, slip, pantalon, chemise, sandales : c'est l'été. Ce ne sont pas mes vêtements en eux-mêmes, si légers soient-ils, qui m'ont procuré cette sensation de joie estivale, c'est la rapidité avec laquelle j'ai sauté dedans.
En hiver, m'habiller me prend un temps de chevalier à l'armure. Chaque partie de mon corps  exige la congruence du tissu protecteur : mes pieds sont tatillons quant à la laine des chaussettes; mon torse, lui, veut la triple protection du tricot de peau, de la chemise et du pull-over. M'habiller en hiver consiste à trouver l'équilibre entre ma température intérieure et celle des différents dehors - hors du lit, hors de la chambre, hors de la maison... Il s'agit de baigner dans son juste jus de chaleur; rien de plus désagréable ni de plus répréhensible que d'avoir trop chaud en hiver. Cet harnachement hivernal demande une attention et un temps considérables. "Sauter dans ses vêtements" est une expression estivale. En hiver, on les met, verbe rudimentaire; on les met et on les porte. Car il y a le poids aussi. Bien avant ses vertus calorifuges, c'est le poids de mon manteau qui me protège contre le froid.
(Du point de vue du temps qu'ils y passent, les toréadors sont les seuls à s'habiller en été comme si c'était l'hiver. Un toréador ne saute jamais dans ses vêtements. Fichu métier.)"
Daniel Pennac, Journal d'un corps

16.10.13

Crainte injustifiée

"Jeudi 17 Septembre 1987
(...)
Image furtive de Tante Noémie dans son petit appartement de la rue Chanzy. Craignant la cécité, elle s'entraînait à marcher les yeux fermés. Quand elle devint aveugle, elle ne pouvait plus marcher.)"
Journal d'un corps, Daniel Pennac

8.10.13

Comme un air de déjà vu aux infos ...


Au cours d'un de ces après-midi, il se produisit un spectacle rare. L'Andrea Doria, le transatlantique qui, en route vers l'Amérique, faisait escale à Naples, passa devant la plage des pêcheurs. Dans le court bras de mer entre l'île et le rocher de Vivara apparut la proue gigantesque qui, en passant, coupait la route aux navettes. Brusquement, l'île se tut. D'habitude il défilait au large, on le voyait de loin, mais cette fois-ci le bateau changea de cap et il se glissa dans le canal entre les îles. Je l'aperçus le premier et demandai à Nicola : "Mais que fait-il ?" Nicolas bondit sur ses pieds, m'ordonna de porter les palangres vers la maison et appela les autres. La plage des pêcheurs fut en ébullition, tout le monde se précipita dehors. Je ne comprenais pas ce qui les agitait. Ceux dont les barques étaient au mouillage devant la plage coururent monter dedans et se mirent à ramer vers le large. Ceux dont les barques étaient couchées sur le rivage donnaient de la voix et des bras pour les tirer le plus au sec possible. Entre-temps, le bateau se présentait à l'entrée du canal, le fil de sa proue tout empennée du blanc de la mer. Du port, la capitainerie fit sonner les sirènes en guise de salut et le bateau répondit par un mugissement de monstre. Il traversa le canal et tout rapetissa devant sa taille imposante, même le château. Rien que sa cheminée était aussi haute qu'un immeuble. Les barques qui avaient réussi à lever l'ancre prirent les premières lames, nous les vîmes sauter sur les crêtes énormes et les pêcheurs étaient des cavaliers de rodéo sur le dos des bêtes qui ruaient de leur poupe vers le ciel. Prises de côté, elles se seraient renversées. Voilà le danger que je ne mesurais pas, les vagues. Qui arrivèrent sur le rivage avec la force d'un fouet, soulevèrent les quelques barques restées à l'ancre et les projetèrent sur le rivage où l'écume de la mer arriva jusqu'aux maisons. Ce fut une rafale de six lames géantes suivies d'autres plus petites. Le vacarme de la plage couvrit les sirènes de salut. Les pêcheurs donnèrent encore de la voix et des bras, moi je n'avais jamais vu d'aussi près une machine si merveilleuse et terrible. Les vagues atteignirent les barques tirées au sec et en emportèrent deux en mer(...)
Je n'en revenais pas que ce magnifique spectacle fût si dangereux pour les pauvres gens qui habitaient sur la plage. C'était déjà arrivé. De temps en temps, un transatlantique empruntait le canal pour le plaisir des touristes à bord et les vagues soulevées provoquaient une tempête de cinq minutes qui suffisait pour couler les barques.
Les pêcheurs n'étaient pas en colère. Les navires aussi appartenaient à la mer, aux trombes d'air, aux tempêtes et à toute l'hostilité naturelle à laquelle il fallait opposer une résistance."
Tu, mio. Erri De Luca

30.9.13

Mes notes de chevet (109) : Choses à voir

Au cinquième mois, il est très agréable d'aller à quelque village dans la montagne.
Les mares d'eau semblent en vérité de simples taches toutes vertes, car leur surface est envahie par d'abondantes herbes qui ne laissent rien voir. Mais quand on passe lentement, tout droit à travers ces mares, l'eau transparente qui était cachée rejaillit, bien qu'elle ne soit pas très profonde, sous les pas des gens. C'est très joli.
Sei Shônagon, Notes de chevet


Mes notes de chevet : Cet été, j'ai vu dix, quinze, peut-être vingt lacs de montagne. L'été prochain, je verrai dix, quinze, peut-être vingt lacs de montagne. Peut-être les mêmes et peut-être d'autres. Ne me demandez pas pourquoi. Ce sont Choses à voir. 




29.9.13

Cent vues (82) : frontière

Murazaki no Fuji, Hokusai

Dans le bouchon, deux silhouettes de femmes dont on ne verra hélas pas le profil mais dont me tente le joli sac, vont franchir la ligne dont un nouveau Fuji naît, à l'envers.