12.3.19

Meurtre et Commandeur (79) : pommes

"Pendant que je buvais, il dénicha dans le réfrigérateur quelques pommes qu'il éplucha. Sa façon de manier son couteau était rapide et habile. Tout en l'admirant, j'observais vaguement ses gestes. Les pommes ainsi épluchées et disposées sur une assiette par ses  soins semblaient raffinées, on ne peu plus élégantes.
j'en engloutis trois ou quatre. les pommes étaient délicieuses, au point que ce fruit m'apparut sous un jour nouveau. l'impression de découvrir pour la première fois qu'une pomme était aussi savoureuse. J'étais empli d'une profonde gratitude envers le Créateur qui avait eu l'idée de nous octroyer un fruit tel que la pomme."
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.56, Il semble qu'il y ait des blancs à combler, ed.Belfond

11.3.19

Meurtre et Commandeur (78) : Donna Anna


"En arrière-plan, la lumière de la lanterne dessinait sur la paroi rocheuse une ombre vacillante, celle de sa silhouette nette, démesurément agrandie.
"Je vous attendais" "
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.54, C'est très long l'éternité ed.Belfond

Nous mourons tous par petits bouts : paysage


"En vieillissant il devient de plus en plus difficile de s'arracher à la splendeur du paysage qu'on traverse. La peau usée par le vent et par l'âge, distendue par la fatigue et les joies, les différents poils, larmes, gouttes, ongles et cheveux qui sont tombés par terre comme des feuilles ou des brindilles mortes, laisse passer l'âme qui s'égare de plus en plus souvent à l'extérieur du volume de la peau. le dernier envol n'est à la vérité qu'un éparpillement. plus je vieillis, plus je me sens bien partout. Je ne réside plus beaucoup dans mon corps. Je crains de mourir quelque jour. Je sens ma peau beaucoup trop fine et plus poreuse. Je me dis à moi-même : Un jour le paysage me traversera."
Pascal Quignard, Terrasse à Rome, ch.XXII, ed Folio.

10.3.19

Meurtre et commandeur (77) : entre la sixième et la huitième


J'imaginai le paysage de Vienne. Les valses de Vienne, la Sachertorte bien sucrée, le rouge et le noir des croix gammées flottant sur le toit des bâtiments.
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.53, C'était peut-être un parapluie, ou peut-être un tisonnier, ed.Belfond

9.3.19

Meurtre et commandeur (76) : balai, tisonnier ou parapluie


"en buvant mon café et en mordant dans mon toast croustillant, je m'apprête à écouter cette musique. Le disque tout noir, de la maison de disques brittanique Decca. je pose le lourd vinyle sur la platine et abaisse lentement l'aiguille de la tête de lecture. Le Philarmonique de Vienne sous la baguette de Georg Solti. Son exécution fluide et délicate. "Même un bala!, je suis capable de le décrire en musique", s'était targué Richard Strauss, au faîte de sa gloire. Non ce n'était peut-être pas un balai. C'était peut-être un parapluie, ou peut-être un tisonnier? Peu importe. Mais comment pouvait-il vraiment décrire un balai avec de la musique ?"
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.53, C'était peut-être un parapluie, ou peut-être un tisonnier, ed.Belfond

8.3.19

Meurtre et Commandeur (75) : lever de sourcil

    
       
    
Très cool
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.51, C'est le moment maintenant, ed.Belfond

7.3.19

Meurtre et Commandeur (74 bis) : mémoire visuelle


"Mes souvenirs visuels sont d'une exactitude rare et par ailleurs ils sont durables. Ce véhicule , par son allure poussiéreuses ainsi que par d'autres caractéristiques minuscules, mais spécifiques, ressemblaient comme deux gouttes d'eau à la voiture que je gardais en mémoire"
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.49, Une foule innombrable de vivants et de morts, ed.Belfond

5.3.19

Meurtre et Commandeur (74) : dysharmonie


C'était un fond sonore particulièrement mal assorti à notre conversation.
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.48, Les Espagnols, habitués aux eeaux calmes de la Méditerranée, ed.Belfond

4.3.19

Meurtre et Commandeur (72) : Vienne


Cela avait été, semble-t-il, une interprétation extraordinaire, splendide. C'est l'un des rares épisodes de ses années de Vienne dont il m'ait directement parlé.
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.48, Les Espagnols, habitués aux eeaux calmes de la Méditerranée, ed.Belfond

3.3.19

Meurtre et Commandeur (71) : Double Face


Il y a bien un super-vilain qui a deux visages tout à fait différents, tu sais ?
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.48, Les Espagnols, habitués aux eeaux calmes de la Méditerranée, ed.Belfond

2.3.19

Meurtre et Commandeur (70) : face A face B


Un choix très judicieux pour quelqu'un de socialement évolué.
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.48, Les Espagnols, habitués aux eeaux calmes de la Méditerranée, ed.Belfond

1.3.19

Meurtre et Commandeur (69) : cassettes


"Dans cette voiture, on dirait que l'évoulution s'est arrêtée"
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.48, Les Espagnols, habitués aux eeaux calmes de la Méditerranée, ed.Belfond

28.2.19

Meurtre et commandeur (68) : première fois


C'était la première fois que je l'écoutais. Sans échanger un mot, nous prêtions l'oreille à la musique tout en contemplant les flammes de la cheminée, chacun absorbé dans ses pensées.
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.47, Aujourd'hui c'était bien vendredi? ed.Belfond

27.2.19

Meurtre et commandeur (67) : devant l'âtre



Je songeai à lui proposer du whisky, mais je me ravisai. Cette nuit, mieux valait rester sobres. Peut-être que nous aurions besoin de prendre la voiture plus tard. Assis devant la cheminée, en contemplant les flammes vaciller tel un être vivant, nous écoutâmes de la musique. Menshiki avait choisi des sonates pour violon de Beethoven. Georg Kulenkampf au violon, Wilhem Kempff au piano. Une musique idéale à écouter au début de l'hiver en regardant une flambée.
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.47, Aujourd'hui c'était bien vendredi? ed.Belfond

16.2.19

Meurtre et Commandeur (66) : décontraction


"je pris un long bain, me réchauffai le corps. Puis je me versai ce qui restait dans la bouteille de Chivas Regal, l'équivalent d'un verre, pris deux glaçons dans le congélateur et les rajoutai, regagnai le salon. Ensuite, tout en buvant mon whisky, je mis sur la platine l'un des disques que je venais d'acheter. Quand cette mélodie résonna dans le salon de cette maison sur la montagne, au début, je ne pus m'empêcher de sentir qu'elle n'était pas vraiment à sa place. L'atmosphère de la pièce, depuis de longues années, s'était ajustée et harmonisée à la musique classique? Mais j'étais habitué à ces sons contemporains et, bien vite, la nostalgie l'emporta sur la discordance. Et enfin je ressentis une sensation agréable, comme si les muscles de tout mon corps se relâchaient l'un après l'autre. "
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.45, Quelque chose se prépare, ed.Belfond

15.2.19

Meurtre et Commandeur (65) : tempura soba


"je sortis et me rendis dans un petit restaurant de soba tout proche, me régalai d'un bol de tempura soba. Ce choix aussi était une habitude. j'allai toujours dans le même restaurant, commandais toujours un tempura soba. C'était devenu l'un de mes modestes plaisirs. "
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.45, Quelque chose se prépare, ed.Belfond

14.2.19

Meurtre et Commandeur (64) : hésitation

"Le vendeur me tendit les disques dans un sac en papier, je le payai. Puis j'allai chez un caviste proche et me procurai du whisky. J'hésitai un peu sur la marque et, finalement, j'achetai du Chivas Regal. Il était un peu plus cher que les autres mais lorsque Masahiko viendrait à la maison, il serait sûrement content de mon choix."
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.45, Quelque chose se prépare, ed.Belfond

13.2.19

Meurtre et Commandeur 63) : playlist





"Deux albums emplis de souvenirs. A partir d'une certaine époque, je n'ai plus eu envie de découvrir de nouvelles musiques. Préférant réécouter sans cesse d'anciens morceaux, ceux que j'aimais. Même chose avec les livres. Je lis et relis ceux que j'ai déjà lus autrefois. Sans nourrir aucun intérêt pour les nouvelles publications. Comme si le temps s'était arrêté quelque part à un moment donné.

Peut-être après tout le temps s'était-il vraiment arrêté. Ou bien il avançait encore, quoique péniblement, mais l'évolution qui l'accompagne, elle, était déjà achevée. Exactement comme dans un restaurant où on ne passe plus de nouvelles commandes juste avant l'heure de la fermeture. Et peut-être étais-je le seul à ne pas m'en être aperçu."

MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.45, Quelque chose se prépare, ed.Belfond

12.2.19

Meurtre et Commandeur (62) : discothèque




Mes CD et mes 33 tours - certes peu nombreux- étaient tous restés dans l'appartement d'Hiroo. Que ce soient les livres ou les disques, il aurait été trop fastidieux de trier l'un après l'autre ceux qui m'appartenaient et ceux qui appartenaient à Yuzu. Ce n'était pas seulement embêtant, c'était une tâche presque impossible. par exemple, Nashville Skyline de Bob Dylan, ou l'album des Doors qui contenant "Alabama Song", à qui pouvaient-ils appartenir ? A présent, cela n'avait plus aucune importance de savoir lequel des deux les avait achetés."
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.45, Quelque chose se prépare, ed.Belfond

11.2.19

Meurtre et Commandeur (61) : nominations

"Je passai cet après-midi de dimanche dans une humeur confuse, à l'image du temps, terne. Ce fut une journée tranquille, faiblement nuageuse, sans vent. Je lus un peu, écoutai un peu de musique, fis un peu de cuisine, mais aucune de ces occupations ne réusiit à remédier à mon état d'esprit morose. J'eus le semntiment que rien n'aboutirait, que tout restait en suspens cet après-midi-là. Je renonçai alors, me fis couler un bain. Je restai longtemps dans l'eau chaude. Puis je tentai de me remémorer, un par un, les noms compliqués des personnages des Démons de Dostoïevski. J'y parvins pour sept d'entre eux, y compris Kirilov. Je ne sais pourquoi, mais depuis mes années de lycée, c'est ma spécialité que de me souvenir des noms des personnages des vieux classiques russes. D'ailleurs ce serait une bonne idée de relire bientôt Les Démons. J'étais libre, je disposais d'énormément de temps, je n'avais rien de spécial à faire. le cadre idéal pour lire ces longs romans russes."
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.44, Les caractéistiques qui font qu'un homme est ce qu'il est, ed.Belfond

10.2.19

Meurtre et commandeur (61 bis) : Volvo

"Mais comment sais-tu que quelqu'un est venu ?
- Parce qu'il y avait une voiture noire garée devant la maison, que je n'avais jamais vue. Une vieille voiture, carrée, comme une boîte."
Le break Volvo que Masahiko appelait "la boîte à bento suédoise". Un véhicule pratique, j'imagine, pour transporter les cadavras de rennes. 
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.44, Les caractéistiques qui font qu'un homme est ce qu'il est, ed.Belfond

Meurtre et commandeur (60) : obstruction

"Tiens, à propos de livre, dans les Démons de Dostoïevski, je me souviens qu'il y a un homme qui se suicide au pistolet pour prouver qu'il est un homme libre, mais comment s'appelle-t-il déjà ? Je te le demande car j'ai pensé que tu le saurais.
- Kirilov, dis-je.
- Ah oui, Kirilov. J'essaie depuis un moment de m'en souvenir , mais ça ne me revenait pas.
- Et qu'est-ce qu'il a, Kirilov ?
- Oh, rien de particulier, dit Masahiko en secouant la tête. Seulement ce personnage m'a traversé l'esprit par hasard et j'essayais de me souvenir de son nom, mais en vain. Et ça me démangeait un peu. Tu vois, comme une petite arête de poisson qui te reste coincée dans la gorge. Les Russes, franchement, ils ont de drôles d'idées, tu ne trouves pas ?
- Dans les romans de Dostoïevski, il y a de nombreux personnages qui font des trucs absurdes en voulant prouver qu'ils sont libres par rapport à Dieu ou à ce bas monde. Enfin bon, dans la Russie, d'alors, ce n'était peut-être pas si absurde que ça."
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.43, Cela ne pouvait demeurer un simple rêve, ed.Belfond

24.1.19

Meurtre et Commandeur (59) : où la daurade devient sardine

" "Mais si c'est difficile de t'expliquer avec des mots, pourquoi ne le dessinerais-tu pas ? Après tout, tu es peintre.
- Si tu ne peux pas avec des mots, répondis-je, fais-le avec des images. Facile à dire. En réalité, bien difficile à faire.
- Cela vaut au moins la peine de chercher, non ?
- Le capitaine Achab aurait peut-être dû poursuivre une sardine" répondis-je.
Masahiko rit. "Pour sa sécurité peut-être. mais l'art ne naît pas de ce genre d'attitude.
- Oh, arrête, s'il te plaît. Dès qu'on sort le joker "art", il n'y a plus de discussion possible. "
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.42, Si ça se casse en tombant par terre, c'est un œuf, ed.Belfond

23.1.19

Meurtre et Commandeur (58) : dîner

"Attablés à la salle à manger, nous étions prêts pour déguster les sashimi, accompagnés de Chivas. Pour commencer, il y eut quatre huîtres crues chacun, que Masahiko avait achetées en même temps que la daurade, et puis la daurade elle-même en sashimi. Le poisson qui venait d'être préparé ainsi était délicieux, d'une fraîcheur extrême. Sa chair était certes encore ferme et nous prîmes tout notre temps pour la savourer en buvant lentement le whisky. Et finalement, les sashimi furent épuisés à nous deux. Ces deux plats nous rassasièrent presque. En dehors des huîtres et de la daurade, nous avions des amuse-gueules : de la peau grillée, du wasabi haché et mariné dans de la lie de saké et du tofu. Et pour finir, du bouillon clair."
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.42, Si ça se casse en tombant par terre, c'est un œuf, ed. Belfond

22.1.19

Meurtre et Commandeur (57) : confidences

"Masahiko sortit la bouteille de Chivas Regal du sac en papier et la déboucha. j'apportai deux verres et pris des glaçons dans le réfrigérateur. Quand le whisky emplit les verres, ce la fit un bruit extrêmement agréable. Qui évoquait un proche qui vous ouvre son cœur. "
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.42, Si ça se casse en tombant par terre, c'est un œuf, ed.Belfond

21.1.19

Meurtre et commandeur (56) : tout est bon dans la daurade

"Ce jour-là, il avait apporté tout spécialement son propre couteau de cuisine. Un outil à la lame acérée qui disait combien il en prenait soin. Et avec ce couteau, il débita la grande daurade toute fraîche qu'il venait d'acheter chez un poissonnier à Itô. Masahiko avait toujours eu de multiples talents et il était très adroit de ses mains. Il la fileta efficacement, sans perdre de chair, en prenant bien soin d'enlever toutes les petites arêtes. Il découpa ensuite les filets en fines tranches pour les transformer en une grande quantité de sashimi. Il prépara un bouillon clair avec la tête et les arêtes. Puis il fit griller la peau à la flamme pour en faire des amuse-gueules. Avec admiration, j'observai mon ami exécuter cette série d'opérations. Il aurait peut-être eu du succès comme cuisinier professionnel.
"Le poisson blanc, c'est meilleur si tu le laisses reposer un jour avant d'en faire du sashimi, car lachair devient plus tendre et le goût plus savoureux, mais tant pis."
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.42, Si ça se casse en tombant par terre, c'est un œuf, ed.Belfond

20.1.19

Meurtre et commandeur (55 bis) : Volvo


A 4 heures de l'après-midi, samedi, Masahiko arriva au volant d'un break Volvo noir. Une Volvo d'un modèle ancien, carré, sans artifice, robuste, comme il les aimait. Il conduisait cette voiture depuis très longtemps déjà, avait parcouru avec une distance considérable, mais ne paraissait pas avoir l'intention d'en acheter un nouveau modèle."
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.42, Si ça se casse en tombant par terre, c'est un œuf, ed.Belfond

Meurtre et Commandeur (55) : gourmet

"Vendredi soir, Masahilo me téléphona. Pour m'annoncer qu'il viendrait ici le lendemain après-midi. Il me dit qu'il passerait d'abord prendre un poisson bien frais au port de pêche voisin et que je n'avais pas à me tracasser pour le dîner, que nous allions nous régaler.
"As-tu envie que j'apporte autre chose ? Puisque je viens, autant en profiter.
- Non, pas spécialement", dis-je. Puis je me souvins d'une chose. " Ah, en fait, je n'ai plus de whisky. la bouteille que tu m'avais offerte, je l'ai finie avec un visiteur. Si tu pouvais en acheter une autre, de n'importe quelle marque ?
- Moi, j'aime bien le Chivas. Ca t'irait ?
- Oui, très bien" répondis-je. Depuis toujours Masahiko était un fin gourmet. Moi, je ne porte guère d'intérêt à la nourriture. Je mange et je bois simplement ce qui se présente à moi.
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.42, Si ça se casse en tombant par terre, c'est un œuf, ed.Belfond

15.1.19

Meurtre et Commandeur (54) : autre single malt

"- Chez moi, j'ai un single malt qu'une de mes relations en Ecosse m'a envoyé récemment; Un single malt assez exceptionnel, qui provient de l'île d'Islay. Quand le Prince de Galles a visité la distillerie, il a lui même donné un coup de marteau pour enfoncer le bouchon dans le tonneau. Si cela vous dit, je vous l'apporterai un de ces jours."
Je lui répondis qu'il ne fallait pas, que c'était trop.
"A propos de l'île d'Islay, tout près, il y en a une autre, petite, qui s'appelle l'île de Jura. Vous voyez ?
- Non, je ne connais pas cette île, répondis-je.
- La population est très réduite, c'est vraiment un îlot de rien du tout. Il y a bien plus de cerfs que d'humains. Les lapins, les faisans et les phoques y prolifèrent également. Et puis, il y a une vieille distillerie. A côté, jaillit une eau de source très bonne, parfaitement adaptée à la fabrication du whisky. Quand on boit ce single malt de Jura coupé avec de l'eau bien fraîche qui vient juste d'être puisée à la source, c'est une expérience gustative extraordinaire. C'est vraiment un goût que l'on ne peut savourer que sur cette île."
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.36, Pas de discussion sur les règles de notre jeu,  ed.Belfond

14.1.19

Meurtre et Commandeur (53) : single malt


"Je rapportai la bouteille de whisky, un bol en faïence rempli de glaçons et deux verres. Pendant ce temps, Menshiki avait posé sur la platine le disque que j'avais écouté auparavant, Le Chevalier à la rose. Et nous bûmes notre whisky avec en arrière fond la musique de Richard Strauss alors à l'apogée de son art.
"Vous aimez le single malt ? demanda menshiki.
- Celui-ci, on me l'a offert.C'est un ami qui me l'a apporté. je crois qu'il n'est pas mal. "
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.38, Un contenant maquillé, fabriqué dans un but spécifique  ed.Belfond

13.1.19

Meurtre et Commandeur (52) : balai musical


"Je posai ensuite un disque du Chevalier à la rose de Richard Strauss sur la platine, m'allongeai sur le canapé et me plongeai dans l'écoute de la musique. C'était devenu une habitude pour moi d'écouter le Chevalier à la rose lorsque je n'avais rien à faire de spécial. Une habitude que Menshiki m'avait inculquée. Dans cette composition, comme il l'avait dit, il y avait assurément une sorte de drogue. Une émotion continue, jamais en défaut.Des instruments sans cesse hauts en couleur dans leur résonance. " Même un balai, je serai capable de le dessiner clairement avec de la musique", s'était vanté Richard Strauss. Ou peut-être ne parlait-il pas d'un balai."
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.36, Pas de discussion sur les règles de notre jeu,  ed.Belfond

12.1.19

Meurtre et Commandeur (51) : habitude


Puis je regagnai le salon, mis comme d'habitude sur la platine l'un des disques du Chevalier à la rose de Richard Strauss ( sous la direction de Georg Solti), m'installai dans le canapé et, tout en lisant, attendis l'arrivé de ma petite amie. Soudain , je me demandai quel était le livre que liszit Shôko. Quel pouvait bien être le genre d'ouvrage qui la passionnait à ce point ?"
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.36, Pas de discussion sur les règles de notre jeu,  ed.Belfond

3.1.19

Nous mourons tous par petits bouts : rencontre

Je ne l'avais pas vu depuis quinze ans au moins, mais je l'ai reconnue tout de suite. Et je l'ai apostrophée aussitôt de ce diminutif un peu ridicule dont tout le monde la nommait. Cela me faisait tant de plaisir de la revoir après tant d'années; elle avait accompagné mes débuts en pédagogie, puis mes débuts en musique, et je l'admirais autant pour ses grandes compétences professionnelles que pour sa grande bienveillance, qui à l'époque n'était pas à la mode. Là, sur ce seuil, était-ce ce morne film que nous avions apparemment subi ensemble qui nous avait contaminées... comment savoir ? sa réponse à mon salut fut un étonnement poli, une critique commune du film et des échanges de vœux, pas plus de deux minutes de son attention. Elle m'avait reconnue physiquement, c'était déjà cela, mais peut-être aurait-il mieux valu que non, plutôt que cette proximité distante. Ce n'était peut-être ni le jour ni l'heure, tout simplement, qui ne méritait peut-être pas le pincement à l'âme que j'ai ensuite ressenti.

1.1.19

Meurtre et commandeur (50) : réglé comme une horloge

"Elle ne manifesta aucune réaction. Je n'étais même pas certain que mes paroles aient atteint ses oreilles.
Je fis une nouvelle tentative : "Emmanuel Kant menait une vie extrêmement régulière. Les habitants de la ville, en le voyant se promener, pouvaient régler leur montre sur son horaire."
Ces paroles n'avaient aucun sens dans ce contexte, je voulais seulement voir comment Marié réagirait. Constater si oui ou non ce que je disais était parvenu à ses oreilles. Mais elle ne répondit toujours rien. le silence environnant était toujours plus profond. C'était le seul effet qu'avait produit ma tentative. Quant à Emmanuel Kant, il poursuivait sa promenade quotidienne d'une rue à l'autre de Königsberg, dans un éternel silence, avec une parfaite régularité. les derniers mots de son existence furent : "Es ist gut." ("C'est bien.") Ce type de vie existe aussi. "
 MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.35, Vous auriez mieux fait de laisser cet endroit tel quel,  ed.Belfond

31.12.18

Meurtre et commandeur (49) : observation

"Je fis chauffer de l'eau dans la bouilloire. Je mis ensuite des feuilles de thé vert dans la théière. Après tout, moi aussi, j'avais envie d'en boire. Je me remis à manger. Les coudes sur la table, Marié suivit des yeux chacun de mes gestes entre l'assiette de sériole, le bol de soupe miso, le bol de riz et ma bouche. On aurait dit qu'elle assistait à une scène rare. Comme si, au cours d'une promenade dans la jungle, elle était tombée sur un énorme python  en train d'avaler un jeune blaireau et  qu'elle avait décidé de l'observer, assise sur une pierre non loin de là.
"C'est moi-même qui ai fait mariner cette sériole dans le lit de saké, expliquai-je pour meubler le silence qui devenait pesant. Une fois dans la lie, le poisson se garde longtemps."
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.35, Vous auriez mieux fait de laisser cet endroit tel quel,  ed.Belfond

30.12.18

Meurtre et commandeur (48) : un repas de célibataire

"Quand il fit plus sombre, j'allai à la cuisine et me préparai à dîner tout en buvant une canette de bière. Je fis griller au four une tranche de sériole conservée dans la lie de saké, éminçai des légumes en saumure, fis mariner du concombre et des algues wakame au vinaigre, et préparai une soupe miso avec du radis blanc et du tofu frit. Et en célibataire, je mangeai le tout dans le silence environnant : personne à qui parler, et d'ailleurs, qu'aurais-je bien pu dire ?
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.34, Récemment, je n'avais pas mesuré la pression des pneus,  ed.Belfond

26.12.18

Meurtre et Commandeur (47) : sauce à la laitue

"j'allais de mon côté faire chauffer de l'eau à la cuisine, je mis le feu sur la casserole de sauce de laitue, tomates, oignons et poivrons. Quand l'eau bouillit, j'y plongeai les pâtes, et pendant qu'elles cuisaient, je hachai du persil.je sortis du thé glacé du réfrigérateur et le versai dans des verres. "
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.33, J'aime les choses que je vois. Et autant celles que je ne vois pas,  ed.Belfond

25.12.18

Meurtre et commandeur (46) : interruption involontaire de lecture

"
"Quel livre lisez-vous ? ne pus-je me retenir de lui demander.
- A vrai dire, j'ai une sorte de superstition" dit-elle en souriant. Elle inserra un marque-page et referma son livre.
"Quand je révèle à quelqu'un le titre du livre que je suis en train de lire, je ne sais pas pourquoi, mais je ne réussis pas à le terminer. Il se produit toujours quelque chose d'inattendu qui m'empêche d'en continuer la lecture. C'est étrange, je le sais, mais c'est vrai. J'ai donc décidé de ne plus dire le titre du livre que je lis. Une fois que je l'aurai terminé, je le dévoilerai avec plaisir. "
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.33, J'aime les choses que je vois. Et autant celles que je ne vois pas,  ed.Belfond

24.12.18

Meurtre et commandeur (45) : combat

"Le tableau était composé de rouge, de vert et de noir, l'homme qui aurait du être figuré dessus n'avait pas encore de contours clairs. Sa forme que j'avais tracée au fusain était dissimulée sous les couleurs. Il refusait dêtre davantage étoffé, il repoussait les autres couleurs. Mais cet homme était bien là. J'avais déjà jeté les fondements de son existence : mon filet, plongé dans la mer, avait capturé un poisson même si je ne voyais pas encore sa silhouette. Je cherchais le moyen de le faire sortir de l'eau et lui, il essayait de m'en empêcher. Et en plein milieu de cette lutte, le duel s'était interrompu. "
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.33, J'aime les choses que je vois. Et autant celles que je ne vois pas,  ed.Belfond

15.12.18

Meurtre et Commandeur (44) : divorce

"Cette enveloppe sur la table de la cuisine, je la contemplai vaguement, sans vraiment la voir et sans but précis, tout l'après-midi, et bientôt, j'en vins à penser que c'était comme si le poids d'une vie conjugale de six années était enfermée à l'intérieur en totalité. Le temps de nos six années - imprégné de tous nos souvenirs et de toutes nos émotions - était en train de mourir à petit feu, asphyxié dans une banale enveloppe administrative"
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 1, ch.29, Certians éléments peu naturels,  ed.Belfond

14.12.18

Meurtre et Commandeur (43) : froncement de sourcils


"Puis il fronça les sourcils, faisant apparaître des rides séduisantes qui évoquaient le jeune Marlon Brando."
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 1, ch.28, Franz Kafka aimait les routes en pente,  ed.Belfond

13.12.18

Meurtre et Commandeur (42) : les routes en pente

"Franz Kafka aimait les routes en pente. Il était attiré par toutes les espèces de pente, oui-da, nimporte laquelle. Il prenait du plaisir à contempler les maisons plantées là le long de la pente raide. Assis sur le bas-côté de la rue, immobile, ce gars contemplait pendant des heures et des heures entières ces bâtisses-là. Jamais ne s'en lassait,  des fois penchant la tête, des fois la redressant, ainsi de suite. C'était un zèbre bizarre à bien des égards, ô dame oui."
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 1, ch.28, Franz Kafka aimait les routes en pente,  ed.Belfond

12.12.18

Meurtre et commandeur (41) : jaguar type E


"Quand j'étais petite, j'ai vu un film avec Audrey Hepburn et Peter O'Toole, et depuis, je rêve toujours de cette voiture. "

MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 1, ch.27, Alors que tu en gardes un souvenir visuel aussi détaillé,  ed.Belfond

11.12.18

Meurtre et commandeur (40) : on the rocks


"J'allai à la cuisine, me servis du single malt qu'avait apporté Masahiko, un verre avec des glaçons, retournai au salon avec. Je mis sur la platine le quatuor à cordes de Schubert."
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 1, ch.26, Impossible de trouver composition plus parfaite,  ed.Belfond

10.12.18

Meurtre et commandeur (39) : un bordeaux, tout simplement

"Le jeune homme à la queue de cheval versa du vin rouge dans nos verres. La bouteille avait été ouverte environ une heure auparavant, expliqua Menshiki, afin de laisser décanter le vin.
"L'air pénètre bien ainsi, et c'est alors juste le bon moment pour le boire."
Pour l'air, je ne savais pas, mais c'était un vin puissant, au bouquet étonnant. Chaque étape de sa dégustation, le contact avec la langue, la prise en bouche ou l'absorption, me révéla une saveur différente. Comme une femme mystérieuse dont la beauté apparaît étrangement différente selon l'angle et la lumière. Et ce vin laissait un arrière-goût plein d'agrément.
"C'est un bordeaux, dit Menshiki. Je vous épargne les explications. Disons simplement que c'est un bordeaux." "
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 1, ch.24 Une récolte d'informations brutes, de première main,  ed.Belfond

9.12.18

Meurtre et commandeur (38) : menu

"Le hors d'œuvre, c'était un très joli plat de légumes bio et de poisson isaki, une sorte de bar. Et pour l'accompagner, du vin blanc. Le jeune à queue-de-cheval ôta le bouchon d'une main adroite et prudente, tel un démineur désactivant une bombe sophistiquée. Je n'eus pas d'explication sur la provenance ou le type du vin dont il s'agissait, mais c'était un blanc au goût parfait. Menshiki ne pouvait servir qu'un vin parfait.
Ensuite, ce fut une salade de haricots blancs, de racines de lotus et de seiche. Puis une soupe de tortue de mer. Le plat de poisson,c'était de la baudroie.
"C'était un peu tôt dans la saison, amis le chef a fait cette jolie trouvaille ce matin à la criée, une belle baudroie", dit Menshiki. En effet, elle était très fraîche, délicieuse. Une chair d'une fermeté plaisante, teintée d'une note élégante eet sucrée, qui laissait une sensation de légèreté et de fraîcheur. Elle avait été rapidement cuite à la vapeur, puis arrosée de sauce à l'estragon (je pense).
On nous servit ensuite un steak épais de chevreuil, et nous eûmes aussi droit à des explications à propos de la sauce, mais il y avait trop de termes spécialisés, et je ne pus les retenir. C'était en tout cas une sauce très goûteuse, parfumée à la perfection."
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 1, ch.24 Une récolte d'informations brutes, de première main,  ed.Belfond

8.12.18

Meurtre et commandeur (37) : Sicilien


"Et le spectateur, assis à côté de lui, tout en mangeant une mandarine, chantonnait en même temps que les artistes."
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 1, ch.24 Une récolte d'informations brutes, de première main,  ed.Belfond

5.12.18

Meurtre et commandeur (36) : haute-fidélité

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Le son que produisaient ces hauts-parleurs était clair et élégant, chaque note distincte. En comparaison du son simple et sans artifice que diffusaient ceux de chez Tomohiko Amada, on aurait dit qu'il s'agissait d'un autre morceau."
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 1, ch.23, Tous vivent vraiment dans ce monde,  ed.Belfond

4.12.18

Commandeur et meurtre (36) : balalaïka



"Le jeune homme nous apporta nos cocktails sur un plateau argenté. Les verres étaient en cristal finement ciselé. Peut-être des baccarats. Ils étincelèrent brièvement à la lumière d'un lampadaire. Il posa à côté différentes sortes de fromages coupés et des noix de cajou disposées sur des coupelles Ko-imari. De petites serviettes en lin brodées d'une initiale et des ensembles de fourchettes et couteaux en argent avaient également été préparés. Le maître de maison s'était vraiment montré attentif.
Chacun prit son verre à cocktail à la main pour porter un toast. Avant d'approcher le verre de sa bouche, Menshiki triqua à l'achèvement de son portrait et, de mon côté, je lui adressai mes remerciements. Le balalaïka est composé à parts égales de vodka, de Cointreau et de jus de citron. Sa recette est simple, amis il n'est pas savoureux à moins d'être servi aussi glacé que s'il venait droit du Grand Nord. Préparé par un barman malhabile, il est insipide et fade. Mais celui-ci avait été merveilleusement concocté. Son mordant s'approchait vraiment de la perfection."
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 1, ch.23, Tous vivent vraiment dans ce monde,  ed.Belfond

3.12.18

Meurtre et Commandeur (35) : porte



"De haut murs blancs cernaient la propriété de part et d'autre d'un portail imposant, apparemment très solide. Un portail en bois à deux larges battants, peint en brun foncé. on aurait dit la porte d'un château du Moyen Âge tel qu'on en voit dans les fils d'Akira Kurosawa : ne manquaient plus que les flèches plantées ici et là pour parfaire le décor."
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 1, ch.23, Tous vivent vraiment dans ce monde,  ed.Belfond

2.12.18

Meurtre et commandeur (34) : c'est pas du faux

""Dis, tu sais ? me dit ma sœur en marchant, d'une toute petite voix, comme pour ne pas être entendue par quelqu'un d'autre (il n'y avait personne en fait). Alice, elle existe vraiment. C'est pas du fau. C'est vrai. Le Lièvre de mars aussi, et le Morse, et le Chat du Cheshire, et les Cartes Soldats, tous vivent vraiment dans ce monde.
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 1, ch.23, Tous vivent vraiment dans ce monde,  ed.Belfond

1.12.18

Commandeur et meurtre (36) : derrière moi


"En l'écoutant, j'avais l'impression que le Commandeur était sur le point d'apparaître dans mon dos, mais non, il ne se manifesta pas.
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 1, ch.22, L'invitation tient toujours,  ed.Belfond

30.11.18

Commandeur et meurtre (35) : festin

"Qu'en sera-t-il de ce Commandeur ? Faut-il lui préparer un repas ? Ou bien ne pourra-t-il pas goûter aux mets de ce bas monde ?
- Il n'est pas nécessaire de lui préparer un repas. Il ne peut prendre la moindre nourriture ni boire une gorgée de vin. Simplement, pourriez-vous prévoir une place pour lui ?"
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 1, ch.22, L'invitation tient toujours,  ed.Belfond

29.11.18

Commandeur et meurtre (34) : Monk


"Regarde Thelonious Monk. Ses accords énigmatiques sont aucunement fruit d'une théorie ou d'un raisonnement, que nenni. Il a seulement ouvert bien grand les yeux et il s'est contenté de les puiser à deux mains dans l'obscurité de sa conscience. L'important est point de créer à partir de rien. Ce que tu dois plutôt faire, Messieurs, c'est de trouver celle qu'il te faut parmi leschoses qui sont déjà en ta possession."
Cet homme connaissait donc Thelonious Monk."
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 1, ch.22, L'invitation tient toujours,  ed.Belfond

28.11.18

Commandeur et meurtre (33) : Edward G. Robinson


"Le Commandeur inclina légèrement la tête l'air de réfléchir. En arborant cette expression grave, il avait quelque chose d'un petit diable. Ou il faisait penser à l'acteur de vieux films de gangsters, Edward G. Robinson. Il n'était pas exclu, d'ailleurs, que le Commandeur ait effectivement "emprunté" cette expression à Edward G. Robinson. Cela n'avait rien d'impossible"
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 1, ch.22, L'invitation tient toujours,  ed.Belfond

23.11.18

Commandeur et meurtre (32) : de l'ignorance

"Lorsque c'est possible, il y a aussi des choses qu'il vaut mieux continuer à ignorer, avait-il dit. C'était peut-être vrai. Dans ce monde, il y a certainement des choses qu'il est préférable de continuer à ne pas entendre. Toutefois, on ne peut rester éternellement sans entendre. quand vient le temps, aussi hermétiquement qu'on se soit bouché les oreilles, le bruit fait trembler l'air et s'enfonce dans le cœur de l'homme. Il est impossible de l'en empêcher. Si vous ne voulez pas qu'il en soit ainsi, il ne vous reste qu'à aller dans le monde du vide."
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 1, ch.20, L'instant ou présence et absence allaient se mêler,  ed.Belfond

22.11.18

Commandeur et meurtre (31) : silence

Dans le silence du bois, je pouvais presque percevoir jusqu'au bruit de l'écoulement du temps, du passage de la vie. Un humain s'en allait, un autre arrivait. Un sentiment s'en allait, un autre arrivait. Une image s'en allait, une autre arrivait. Et moi aussi, je me désintégrais petit à petit dans l'accumulation de chaque moment, de chaque jour, avant de me régénérer. Rien ne demeurerait au même endroit. Et le temps se perdrait. Un instant après l'autre, le temps s'écroulait puis disparaissait derrière moi, comme du sable mort. Assis devant la fosse, l'oreille aux aguets, je ne faisais qu'écouter le temps mourir."
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 1, ch.20, L'instant ou présence et absence allaient se mêler,  ed.Belfond

21.11.18

Commandeur et meurtre (30) : toile blanche

"J'avais toujours aimé, tôt le matin, contempler longuement une toile absolument vierge, sur laquelle il n'y avait encore aucun dessin, aucune peinture. J'appelais ce moment "le zen de la toile". rien encore n'était dessiné, mais ce n'était absolument pas du vide qu'il y avait là. sur cette surface immaculée se dissimulait la forme sur le point d'advenir. Si je fixais mon regard dessus, je discernais diverses possibilités, lesquelles finiraient bientôt par converger avant de déboucher en une piste concrète. J'aimais cet instant. l'instant où présence et absence allaient se mêler."
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 1, ch.20, L'instant ou présence et absence allaient se mêler,  ed.Belfond

20.11.18

Commandeur et meurtre (29) : gaspillage

" "On y va," lança-t-elle soudain.
La dessus, elle but la moitié de son verre d'eau et elle se leva. Sur la table, son café restait presque intact, juste une gorgée bue. Même chose pour son cheese-cake, juste une bouchée grignotée. La scène m'évoqua le lieu d'un drame.
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur,Livre 1, ch.17, Comment avais-je pu laissé échapper une chose aussi importante?  ed.Belfond

19.11.18

Commandeur et meurtre (28) : soap music


"Je ne me souviens plus si la chanson avait été composée par John Lennon ou par Paul MacCartney. Sans doute par Lennon."
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur,Livre 1, ch.17, Comment avais-je pu laissé échapper une chose aussi importante?  ed.Belfond

18.11.18

Commandeur et meurtre (27) : défense contre la momie

"Même après notre séparation, elle et moi étions restés reliés par un cordon vivant - c'était ainsi que je le ressentais. Ce cordon était invisible aux yeux, mais il palpitait encore avec de petits battements, et une sorte de sang chaud circulait faiblement entre nos deux âmes. Du moins, de mon côté, subsistait cette sensation organique. Mais ce cordon serait certainement coupé un jour pas si lointain. Si tôt ou tard il devait être rompu, il fallait que je transforme le plus rapidement possible cette modeste artère vitale qui nous reliait en quelque chose d'inanimé. Car une fois que ce cordon serait dépourvu de vie, desséché et racorni à l'image d'une momie, la souffrance de son amputation à venir, la douleur que donnerait une lame aiguisée serait d'autant plus supportable."
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur,Livre 1, ch.17, Comment avais-je pu laissé échapper une chose aussi importante?  ed.Belfond

15.11.18

Commandeur et meurtre (26) : de la nouveauté

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Je déjeunai d'une salade de tomates et de tofu et d'un onigiri. Après quoi, je bus un thé vert corsé. Puis j'allais m'allonger sur le canapé, écoutai un quatuor à cordes de Schubert. C'était une blle composition. En lisant les explications qui figuraient sur la pochette du disque, j'appris que lorsque ce morceau avait été joué pour la première fois, beaucoup, dans le public, avaient éprouvé un sentiment de rejet, le jugeant "trop nouveau". Je ne voyais pas très bien en quoi il était "trop nouveau"
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur,Livre 1, ch.16, Une journée relativement bonne,  ed.Belfond

14.11.18

Commandeur et meurtre (25) : huile de Shodoshima ?


"Je préparai de la sauce tomate en écoutant ces sonates depuis la cuisine. Il me restait une grande quantité de tomates et je voulais les utiliser pour faire de la sauce avant qu'elles ne s'abîment.
Je fis bouillir de l'eau dans un grand faitout, plongeai les tomates dedans, enlevai leur peau, les détaillai au couteau, ôtai leurs graines, écrasai les chairs, puis je versai un filet d'huile d'olive dans une grande sauteuse en acier, rajoutai de l'ail et les mis à cuire un bon moment. J'écumai fréquemment. Du temps où je vivais avec ma femme, c'était une sauce que j'avais souvent concoctée. Cela prenait du temps, il fallait de la patience, mais c'était une tâche, par principe, simple. Pendant que ma femme était au travail, seul à la ciusine, je m'y attelais en écoutant des CD."
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur,Livre 1, ch.15, Ce n'est que le début, ed.Belfond,

13.11.18

Commandeur et meurtre (24) : audiophilie



"Les enceintes Tannoy Autograph ne payaient pas de mine, et pourtant, elles diffusaient un son équilibré, avec de la profondeur. C'étaient des enceintes parfaites pour écouter de la musique classique, en particulier de la musique de chambre. Elles s'accordaient d'autant mieux avec l'ampli à tubes qu'elles étaient anciennes."
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur,Livre 1, ch.15, Ce n'est que le début,  ed.Belfond,

12.11.18

Commandeur et meurtre (23) : sandwichs

"A la cuisine, je préparai des sandwichs avec du jambon, de la laitue, des cornichons, et nous sortîmes sur la terrasse pour les manger en contemplant la pluie."
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur,Livre 1, ch.15, Ce n'est que le début,  ed.Belfond,

11.11.18

Commandeur et meurtre (22) : politesse musicale

"Quant aux disques de Tchaïkovski, de Rachmaninov, de Sibelius, comme ceux de Vivaldi, de Debussy, de Ravel, les indispensables étaient certes là, mais on aurait dit qu'ils faisaient partie de sa discothèque par simple correction. "

MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur,Livre 1, ch.12, Comme ce facteur inconnu,  ed.Belfond,

10.11.18

Commandeur et Meurtre (21) : beurk 2

"Une fois par semaine, je cuisinais d'avance différents plats d'un seul coup. Puis je les mettais au réfrigérateur ou au freezer, et j'étais ainsi tranquille pour une semaine. Ce jour-là était un jour de cuisine. Pour le dîner , j'avais fait cuire du chou et des saucisses, que j'accompagnai de macaronis. Je mangeai aussi une salade de tomates, d'avocat et d'oignons. "


MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur,Livre 1, ch.12, Comme ce facteur inconnu,  ed.Belfond,

9.11.18

Commandeur et Meurtre (20) : cela n'arrive que très rarement


"Il ne l'imaginait sûrement pas ! Que plus de cent et quelques dizaines d'années plus tard, de si nombreux visiteurs du monde entier aillent délibérément dans un musée, ou bien ouvrent un livre d'art, pour contempler, le regard pensif, sa propre figure peinte."
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur,Livre 1, ch.12, Comme ce facteur inconnu,  ed.Belfond,

8.11.18

Commandeur et meurtre, livre 1 (19) : variantes





"Je l'ai entendu avec grand plaisir "
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur,Livre 1, ch.9, un échange mutuel, ed.Belfond,

7.11.18

Commandeur et meurtre, livre 1 (18) : en boucle


"Cet opéra a une particularité : une fois qu'on l'a aimé, on ne peut plus s'en passer."
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur,Livre 1, ch.9, un échange mutuel, ed.Belfond,

4.11.18

Chroniques désordonnées au pays nippon de l'olive et autres délices (1) : thé hojicha

Pendant mon voyage au Japon, j'ai pris beaucoup de photos mais je n'ai eu ni le temps ni l'envie de faire une chronique. Mon ami Alain l'a fait tellement bien à ma place !
Maintenant que je suis rentrée, déjà nostalgique, ayant vidé une valise pleine de trouvailles, c'est le moment de me replonger dans mes souvenirs tout frais.
Ce matin, Hatsuo a décidé d'ouvrir le paquet de thé Hojicha que nous avons rapporté de Kurashiki.

Le thé Hojicha, comme l'indique Wikipedia, c'est un thé au départ assez quelconque, mais torréfié, il a un goût très particulier que j'apprécie beaucoup. Comme de plus il a un taux de caféine très faible, on peut en boire à tout moment. Il parait qu'il s'allie parfaitement aux sushis. Mais dans les sushiyas du Japon, c'est du thé vert en poudre que l'on boit, et j'en ai rapporté aussi, et même une version délicieuse avec du lait ( ce doit être chimique au possible, c'est ça l'avantage de ne pas savoir lire les compositions en Japonais )
Mon thé Hojicha, c'est le joli sachet en papier kraft.  Nous l'avions repéré dans notre guide pour Kurashiki et nous cherchions la boutique. Les gens ont été adorables : tout le quartier s'est rassemblé pour nous trouver la boutique de thé, les gens s'interpelant de boutique en boutique et formant un mini-attroupement avec force discours dont je ne captais rien mais dont Hatsuo ne ratait pas un mot. La boutique est tenue par le fabriquant lui-même, que j'ai hésité à photographier et pourtant c'était un très beau vieux monsieur et sa boutique était très belle, comme toutes les boutiques de Kurashiki et quasi Kurashiki toute entière. Mais le monsieur est moderne, il a un beau site internet avec la photo de sa jolie boutique. Il vend son sac de thé avec le mode d'emploi, très joli lui aussi :

et pour les gaijins aussi, au verso :


Nous sommes arrivés à Kurashiki de nuit, et nous avons erré dans la ville endormie. C'était déjà très joli, le long du canal les très belles maisons. Finalement, certaines choses étaient familières : au restaurant, de la poutine, mais servie sur un lit de tofu; grâce au conseil d'Hatsuo, j'ai pu aussi consommer du poisson de saison, mais je ne connais pas son nom.


Le lendemain, l'atmosphère diurne était différente, très animée. 
Toutes les boutiques ouvertes, et en même temps une qualité de l'architecture et des productions que j'ai rarement rencontrée dans les autres petites villes que j'ai visités. 


Nous n'avons pas fait que les boutiques, mais visité aussi la très belle demeure d'un négociant en riz, la maison Ohashi, qui est presque un quartier en elle-même; 




il y avait un pavillon de thé donnant sur un jardin 

et une employée voyant notre intérêt n'a pas lésiné sur les moyens


Toute la ville est pleine de magasins d'artisans, d'authentiques créateurs en tout genre. A la boutique face au magasin de thé, tatami and co, j'ai failli craquer pour un service à soba tête à tête, avais aussi envie d'acheter tous les balais, mais finalement j'ai acquis un couvre-livre pour mon Murakami, avant de m'apercevoir que mon Murakami il est trop grand ;-)


Nous avons aussi été invités à visiter une exposition d'un professeur et de ses élèves en couture, où il y avait de véritables merveilles (vous remarquerez l'adorable franponais). 

J'ai été autorisée exceptionnellement à faire une photo.

Il y aussi une foule de créateurs de vêtements, car à Kurashiki on fabrique du denim, des jeans, et autres variations. Même le Point en parle. Il y avait de magnifiques pièces très originales, dans tous les genres. Je me suis contenté de craquer sur un petit sac très rigolo.

J'avoue avoir quitté Kurashiki à regret, sans avoir pu visiter à mon gré l'ensemble de la ville, car nous devions prendre train et bateau pour les îles. Je compte bien y retourner, ce qui sera sans doute possible puisqu'elle se trouve sur la ligne de Shinkansen entre Osaka et les grandes villes plus au sud ...





30.10.18

Commandeur et meurtre livre 1 (17) : belles oreilles

"Le faîte de ses grandes oreilles pointues étaient visible entre ses cheveux blancs joliment coupés. Ces oreilles me faisaient ressentir comme une force vitale d'une fraîcheur vivifiante. Elles m'évoquaient la vivacité des champignons de la forêt qui, les matins pluvieux d'automne, pointent leur tête au milieu de l'amoncellement des feuilles mortes. "
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur livre 1, ch. 7. Un nom dont on se souvient aisément. Que ce soit un bien ou un mal, ed. Belfond

29.10.18

Commandeur et meurtre livre 1 (16) : l'incolore menshiki

"...M. Menshiki, vous dites ... ?
- Mon nom s'écrit avec le men qui peut signifier "échapper à", "épargner" et le shiki dans le sens de "couleur".
-Ah, très bien", répondis-je en visualisant mentalement les deux idéogrammes qui composaient son patronyme. Une association plutôt étonnante, d'ailleurs.
" Epargné par les couleurs, ajouta l'homme. C'est un nom rare. En dehors des membres de ma famille, je ne l'ai quasiment jamais rencontré.
- Mais il est facile à retenir.
- Vous avez raison. C'est un nom dont on se souvient aisément. Que ce soit un bien ou un mal."
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur livre 1, ch. 7. Un nom dont on se souvient aisément. Que ce soit un bien ou un mal, ed. Belfond

28.10.18

Commandeur et meurtre livre 1 (15) : beurk


"Au bout d'un moment, sentant un petit creux, je me rendis dans la cuisine et revins dans l'atelier avec une assiette garnie de crackers Ritz et une bouteille de ketchup. Puis je retournai à ma contemplation en grignotant les crackers agrémentés de sauce. Une combinaison loin d'être délicieuse, bien entendu. Et même tout à fait exécrable. Mais bonne ou mauvaise, à cet-instant-là, c'était pour moi sans importance. Du moment que ça me remplissait un peu l'estomac, je ne m'en souciais pas."
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur livre 1, ch. 6. Un solliciteur sans visage, ed. Belfond

27.10.18

Commandeur et meurtre livre 1 (14) : tout ce sang


"Je finis par connaître par cœur les paroles chantées et les textes prononcés"
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur livre 1, ch. 5 Il ne respire plus, ses membres se glacent, ed. Belfond

26.10.18

Commandeur et meurtre livre 1 (13) : titre


Et en effet, j'eus la confirmation qu'il y avait bien un "Commandeur" dans la scène initiale, qui était assassiné. Ce personnage n'était pas nommé. On l'appelait seulement "le Commandeur."

MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur livre 1, ch. 5 Il ne respire plus, ses membres se glacent, ed. Belfond

25.10.18

Commandeur et meurtre livre 1 (12) : étrangeté

" En y pensant rétrospectivement, je me dis que nos vies sont faites d'une façon vraiment étranges. Elles regorgent de hasards extravagants et difficiles à croire, de développements en zigzag impossibles à pronostiquer. Mais lorsque ces événements nous arrivent réellement lorqu'on est plongé en plein milieu du tourbillon, il est possible de ne pas y voir le moindre élément étrange. Peut-être ce qui arrive nous semble-t-il uniquement des faits parmi les plus ordinaires, se produisant de la façon la plus ordinaire, dans un quotidien linéaire. Ou bien au contraire, peut-être tout cela nous paraît-il complètement insensé. Mais en fin de compte, c'est seulement beaucoup plus tard que l'on saura vraiment si un événement est conforme à la raison ou pas."
ce sont les conséquences , dans la plupart des cas, qui nous permettent de déterminer su les choses sont raisonnables ou pas."
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur livre 1, ch. 4 Vues de loin, la plupart des choses semblent belles, ed. Belfond

24.10.18

Commandeur et meurtre livre 1 (11) : musique française


"Alors qu'il peinait dans la composition d'un opéra, Claude Debussy écrivit quelque part : "Jour après jour je persiste à créer du rien." Et moi, cet été-là, de la même façon, je m'appliquais à "créer du rien" au quotidien. Sans aller jusqu'à dire qu'il y avait entre nous de l'intimité, sans doute m'étais-je familiarisé avec cette confrontation journalière avec le "rien".

MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur livre 1, ch. 4 Vues de loin, la plupart des choses semblent belles, ed. Belfond

23.10.18

Commandeur et meurtre livre 1 (10) : Puccini


"(Pour je ne sais quelle raison, je n'écoutais que du Puccini à cette époque.)"
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur livre 1, ch. 4 Vues de loin, la plupart des choses semblent belles, ed. Belfond

22.10.18

Commandeur et meurtre livre 1 (09) : Kubrick


"Surtout si tu as l'intention de vivre seul dans un endroit pareil, tu devras te forcer à descendre en ville plusieurs fois par semaine pour garder un minimum de contacts humains. Sinon, tu deviendras complètement fou. Ce serait embêtant, hein, comme dans Shining.
Masahiko grimaça à la manière de Jack Nicholson. Il avait toujours eu un bon talent d'imitateur."
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur livre 1, ch. 3 Ce n'est rien de plus qu'un reflet physique, ed. Belfond

21.10.18

Commandeur et meurtre livre 1 (08) : reflet

"Après avoir raccroché, j'allai au cabinet de toilette et me regardai dans la glace. Mon visage était reflété là. Cela faisait très longtemps que je ne l'avais pas observé, de face. Le moi que l'on voyait dans la glace, avait-elle dit, n'était rien de plus qu'un reflet physique. Mai le visage qui était réfléchi là, le mien, ce n'était que l'autre moitié de moi, une moitié hypothétique qui, à un certain moment de ma vie, avait bifurqué. Celui qui était là, c'était le moi que je n'avais pas choisi. Ce n'était m^rmr pas un simple reflet physique."
MURAKAMI Haruki, Le meurtre du commandeur livre 1, ch. 3 Ce n'est rien de plus qu'un reflet physique, ed. Belfond

20.10.18

Commandeur et meurtre livre 1 (07) : décès

"Je lui expliquai que j'avais longuement voyagé. Je n'avais cessé de conduire, seul. J'avais vagabondé ici et là dans des régions froides. Et en chemin, la voiture avait rendu l'âme. Je lui fis un petit compte-rendu de mes pérégrinations.
"Malgré tout, tu vas bien ?
- Je suis vivant, oui, dis-je. C'est la voiture qui est morte."

MURAKAMI Haruki, Le meurtre du commandeur livre 1, ch. 3 Ce n'est rien de plus qu'un reflet physique, ed. Belfond

19.10.18

Commandeur et meurtre livre 1 (06) : Hitchcock

"Le matin du deuxième jour, alors que je me trouvais non loin de la ville de Murakami, je téléphonai à mon agent et lui annonçai ma décision de renoncer à mon travail de portraitiste durant un certain temps."
MURAKAMI Haruki, Le meurtre du commandeur livre 1, ch. 2 Tout le monde finira peut-être par aller sur la lune, ed. Belfond

18.10.18

Commandeur et meurtre livre 1 (05) : autoroute


"Puis je continuais droit vers le nord, sur l'autoroute, en écoutant le plaisant solo de blues de Milt Jackson.
MURAKAMI Haruki, Le meurtre du commandeur livre 1, ch. 2 Tout le monde finira peut-être par aller sur la lune, ed. Belfond

17.10.18

Commandeur et meurtre livre 1 (04) : musique prodigieuse


"Ma femme aimait l'écouter quand nous nous baladions en voiture. C'est un opus avec de belles mélodies, malgré son étrange composition puisqu'il est formé de l'équivalent de deux quatuors à cordes. Mendelssohn l'a écrit alors qu'il n'avait que seize ans. C'est ma femme qui me l'a expliqué. Mendelssohn était un jeune prodige."
MURAKAMI Haruki, Le meurtre du commandeur livre 1, ch. 2 Tout le monde finira peut-être par aller sur la lune, ed. Belfond

16.10.18

Commandeur et meurtre livre 1 (03) : pas faim

"Le lieu était désert. La serveuse s'approcha, je commandai un café et un sandwich jambon-fromage. Puis, tout en buvant mon café, je fermai les yeux, tentai de ma calmer. (...) Quand j'eus achevé moncafé, la serveuse vint me resservir. A ma demande, elle me donna une pochette en papier dans laquelle je mis le sandwich intact. J'aurai sans doute fin plus tard."
MURAKAMI Haruki, Le meurtre du commandeur livre 1, ch. 2 Tout le monde finira peut-être par aller sur la lune, ed. Belfond

15.10.18

Commandeur et meurtre livre 1 (02) : leaving Las Vegas


"Après avoir écouté trois morceaux, j'éteignis."
MURAKAMI Haruki, Le meurtre du commandeur livre 1, ch. 2 Tout le monde finira peut-être par aller sur la lune, ed. Belfond

14.10.18

Commandeur et meurtre, livre 1 (01) : pâtes spéciales

"Elle portait un pull fin, violet pâle, largement échancré. Les bretelles souples de son caraco blanc étaient visibles tout près de ses clavicules saillantes. On aurait dit une sorte particulière de pâtes italiennes, qu'on utiliserait pour un plat spécial."
MURAKAMI Haruki, Le meurtre du commandeur livre 1, ch. 2 Tout le monde finira peut-être par aller sur la lune, ed. Belfond

16.8.18

variations gnocchesque (3) : du cru encore

Mini tomates allongées, petits boursins apéros, basilic de la terrasse, un filet d'huile d'olive, sauce ponju ...

21.7.18

Ma coupe du monde à la montagne


La finale au milieu des montagnes a commencé dans la voiture, sur France Inter. J'avoue avoir hésité à quitter ma voiture, tant j'aime "regarder" les matchs à la radio (mon tout premier, c'était au Portugal en 82 avec l'affaire Schuemacher en direct). Finalement, c'est sur l'écran géant de la station, dans la salle des fêtes, que j'ai vécu l'événement. Si proche de la vie quotidienne, de notre vie : des moments de génie, et de grosses bêtises. Et la joie toute simple des spectateurs, certains déguisés de façon adorablement ridicules. Moi, la grande solitaire, plutôt agoraphobe, j'ai vibré en communauté, et j'ai aimé ça.
Puis ça a été la liesse, avec les moyens montagnards du bord.



Le lendemain, bien sûr, certains n'avaient pas changé : voitures brûlées, vitrines cassées. Le réflexe immédiat de l'injure, de la mesquinerie, des règlements de compte (surtout ne pas oublier Finkielkraut). Tant pis pour eux. j'ai gardé ma joie simple, celle du partage avec des inconnus, même si je ne sais pas pour qui ils ont voté. C'était bien.

19.7.18

Comme dans mon livre de Géographie

photo d'Hatsuo Adachihara

Une étrange émotion m'étreint lorsqu'en haut du glacier, le guide nous a montré le Mont Blanc au loin. Il n'apparaissait pas comme la plus belle montagne, autour de nous il y en avait de plus découpées, de plus impressionnantes, de plus attirantes. Il était loin, et n'apparaissait pas si haut, à côté des Ecrins juste voisin, d'où nous avions vu de la lunette de la table d'orientation des gens encordés traverser le flanc.
Non, juste l'émotion de l'écolière, à la vue de la montagne sortie du livre de Géographie, avec en légende, en bas, en gras 4807m.
Juste parce que c'était lui, sur la grande carte du relief de la
France accrochée au dessus du tableau noir, dont le nom était écrit en gros, sauf lorsqu'on tournait du côté de la carte muette le jour de l'interrogation écrite.
Je vais chercher un poster du Mont Blanc et je vais l'accrocher dans ma nouvelle classe, à la rentrée.