1 Au chef des chantres. De David. Pour la Commémoration. 2 [Consens], ô Dieu, à me
sauver; Eternel, hâte-toi de me porter secours. 3 Qu’ils soient confondus et couverts de honte,
ceux qui attentent à ma vie: qu’ils lâchent pied et reculent, en rougissant, ceux qui souhaitent
mon malheur! 4 Qu’ils s’en retournent, punis par leur honte, ceux qui disent de moi: "Ha!
Ha!" 5 Mais qu’ils jubilent et se réjouissent en toi, tous ceux qui te recherchent! Qu’ils
disent constamment: "Dieu est grand", ceux qui aiment ta protection! 6 Quant à moi, pauvre
et malheureux, ô Dieu, hâte-toi en ma faveur; tu es mon aide et ma sauvegarde: Eternel,
n’attends pas trop longtemps.
1 Au chef des chantres. Sur les Chochanim. De David. 2 Viens à mon secours, ô Dieu, car
les flots m’ont atteint, menaçant mes jours. 3 Je suis plongé dans la vase d’un gouffre; pas un
pouce de terrain pour y poser le pied! Je suis descendu dans des eaux profondes, et les
vagues me submergent. 4 Je suis exténué à force de crier, ma gorge est enflammée, mes yeux
sont éteints à force d’attendre l’aide de mon Dieu. 5 Plus nombreux que les cheveux de ma
tête sont ceux qui me haïssent pour rien; puissants sont mes oppresseurs, qui me poursuivent
de leur haine gratuite. Si je les avais lésés, déjà je leur aurais fait réparation. 6 O Dieu, tu
serais instruit de ma folie, mes crimes ne te resteraient point cachés. 7 Qu’ils n’aient pas à
rougir à cause de moi, ceux qui espèrent en toi, Seigneur, Eternel-Cebaot! Qu’ils ne soient
pas couverts de confusion à mon sujet, ceux qui te recherchent, Dieu d’Israël! 8 Car c’est
pour toi que je supporte les insultes, que la honte couvre mon visage. 9 Je suis devenu un
étranger pour mes frères, un inconnu pour les fils de ma mère, 10 parce que le zèle pour ta
maison me dévore, et que les insultes de tes blasphémateurs retombent sur moi. 11 Je pleure
tout en m’imposant le jeûne, et ceci même a tourné à opprobre pour moi. 12 J’ai endossé
comme vêtement un cilice, et suis devenu pour eux un sujet de sarcasme. 13 Ceux qui sont
assis aux portes déblatèrent contre moi, les buveurs de liqueurs fortes me chansonnent.
14 Toutefois, ma prière s’élève vers toi, Eternel, au moment propice; ô Dieu, dans ta bonté
infinie, exauce-moi, en m’accordant ton aide fidèle. 15 Retire-moi du bourbier, pour que je
n’y sombre pas; puissé-je être sauvé de mes ennemis et des eaux profondes! 16 Ne permets
pas que je sois submergé par la violence des flots, englouti par le gouffre; que la bouche de
l’abîme ne se referme pas sur moi! 17 Exauce-moi, Eternel, car précieuse est ta grâce; selon
la grandeur de ta miséricorde, tourne-toi vers moi. 18 Ne dérobe point ta face à ton serviteur;
car je suis dans la détresse, hâte-toi de m’exaucer. 19 Approche-toi de mon âme, sauve-la; à
cause de mes ennemis, tire-moi du danger. 20 Tu connais, toi, mon opprobre, ma honte, ma
confusion; tous mes persécuteurs sont là devant toi. 21 La honte a brisé mon cœur, j’en suis
au désespoir; j’attends qu’on me plaigne, mais c’est en vain; qu’il me vienne des
consolateurs: je n’en trouve point. 22 Dans mes aliments, ils mettent du poison; pour apaiser
ma soif, ils m’abreuvent de vinaigre. 23 Que la table dressée devant eux leur devienne un
piège, qu’elle soit un traquenard pour ces gens heureux! 24 Que leurs yeux s’assombrissent,
perdent la vue! Fais vaciller sans cesse leurs reins. 25 Déverse sur eux ton courroux, que ton
ardente colère les accable! 26 Que leur demeure devienne une ruine, que dans leurs tentes il
ne reste plus un habitant! 27 Car ils s’acharnent contre celui que tu as frappé, et se plaisent à
gloser sur les maux de tes victimes. 28 Mets donc à leur compte crime sur crime; qu’ils ne
soient point admis à se justifier devant toi! 29 Qu’ils soient effacés du livre des vivants, et
que parmi les justes ils ne soient point inscrits! 30 Mais moi, si malheureux et si souffrant,
ton secours, ô Dieu, est ma protection. 31 Je veux célébrer le nom de Dieu par des cantiques,
et l’exalter par des actions de grâce, 32 plus agréables à l’Eternel qu’un taureau aux grandes
cornes, aux puissants sabots. 33 A cette vue, les humbles seront dans la joie; vous qui êtes en
quête de Dieu, votre cœur se ranimera! 34 Car l’Eternel prête l’oreille aux malheureux, et ses
captifs, il ne les dédaigne point. 35 Que le ciel et la terre le glorifient, les mers et tout ce qui
s’y meut! 36 Car Dieu viendra au secours de Sion: il rebâtira les villes de Juda; on s’y établira
et on en prendra possession. 37 C’est la postérité de ses serviteurs qui les aura en héritage;
ceux qui aiment son nom y fixeront leur demeure.
1 Au chef des chantres. De David. Psaume. Cantique. 2 Que Dieu se lève! Que ses ennemis
se dispersent, que ceux qui le haïssent s’enfuient crevant sa face! 3 Comme s’évanouit, se
dissipe la fumée, comme la cire se fond au feu, ainsi périssent les méchants en présence de
Dieu! 4 Mais que les justes se réjouissent, jubilent devant Dieu, et s’abandonnent à des
transports de joie! 5 Entonnez des chants à Dieu, célébrez son nom, exaltez Celui qui
chevauche dans les hauteurs célestes, Eternel est son nom! et faites éclater votre allégresse
devant lui. 6 Dans sa sainte résidence, Dieu est le père des orphelins, le défenseur des veuves.
7 Dieu donne un foyer à ceux qui vivent solitaires; il rend la liberté avec le bien-être aux
prisonniers, mais les rebelles restent confinés dans des régions arides. 8 O Dieu, quand tu
sortis à la tête de ton peuple, quand tu t’avanças dans les solitudes lugubres, Sélah! 9 la terre
trembla, les cieux aussi se fondirent à la vue de Dieu, ce Sinaï lui-même, à la vue du Dieu
d’Israël. 10 Tu fis ruisseler, ô Dieu, une pluie bienfaisante; ainsi toi-même tu restauras ton
héritage, si épuisé. 11 Tes légions s’y établirent, [dans ce domaine] que, dans ta bonté, ô
Dieu, tu avais préparé pour ces malheureux. 12 Le Seigneur fit entendre sa parole, des
messages de bonheur en grande quantité: 13 "Les rois des armées se sont enfuis, enfuis! Et
celle qui garde la maison répartit le butin. 14 Resterez-vous immobiles entre les parcs de
troupeaux, ô vous, ailes de la colombe, plaquées d’argent, dont les pennes ont la couleur
éclatante de l’or fin? 15 Quand le Tout-Puissant dispersa les rois, le Çalmon était couvert de
neige." 16 Montagnes de Dieu, montagnes de Basan, montagnes aux croupes élevées,
montagnes de Basan! 17 Pourquoi, montagnes aux croupes élevées, pourquoi jalousez-vous la
montagne que Dieu a désirée pour sa résidence? Oui, il y demeurera durant toute l’éternité.
18 Les chars de Dieu se comptent par myriades et milliers répétés; avec eux le Seigneur se
rend sur le Sinaï, dans le Sanctuaire. 19 Tu es remonté dans les hauteurs, après avoir fait des
prises; tu as reçu des dons parmi les hommes; même des rebelles [sont contraints] de
demeurer près de l’Eternel, près de Dieu. 20 Loué soit le Seigneur! Jour par jour il nous
accable [de ses bienfaits], lui, le Dieu de notre salut. Sélah! 21 Le Tout-Puissant est pour
nous un Dieu sauveur, grâce à Dieu, notre Seigneur, on échappe à la mort. 22 Mais Dieu
fracasse la tête de ses ennemis, le crâne chevelu de quiconque suit une voie criminelle. 23 Le
Seigneur a dit: "De Basan, je ramènerai [mon peuple], je le ramènerai des profondeurs de la
mer, 24 pour que ton pied baigne dans le sang, et que la langue de tes chiens ait sa part [dans
les dépouilles] des ennemis." 25 On a vu ta marche triomphale, ô Dieu, la marche de mon
Dieu, de mon Roi, en son Sanctuaire. 26 En tête sont les chanteurs, puis viennent les joueurs
d’instruments, au milieu de jeunes filles battant du tambourin. 27 "Dans vos groupes,
Bénissez Dieu! Bénissez le Seigneur, [vous tous, issus] de la source d’Israël! 28 Là c’est
Benjamin, le plus jeune, qui dirige [la procession], les princes de Juda s’avancent avec leurs
frondeurs, puis les princes de Zabulon, les princes de Nephtali." 29 L’Eternel a décrété ta
victoire, c’est un triomphe, ô Dieu, que tu as préparé pour nous. 30 De ton sanctuaire, [tu
veilles] sur Jérusalem; à toi les Rois apportent des présents. 31 Gourmande la bête tapie dans
les joncs, la troupe des puissants taureaux mêlés aux bouvillons des nations, qui viennent
s’humilier, munies de lingots d’argent. [Dieu] disperse les peuples qui aiment les batailles.
32 De grands personnages arrivent de l’Egypte; l’Ethiopie tend avidement ses mains vers
Dieu. 33 O Royaumes de la terre, entonnez des chants à Dieu! Célébrez le Seigneur, Sélah!
34 [Célébrez] Celui qui chevauche les cieux antiques; voici qu’il fait retentir sa voix, une voix
formidable. 35 Proclamez la puissance de Dieu; sa majesté s’étend sur Israël, et sa force
éclate dans les nuées. 36 Tu apparais redoutable, ô Dieu, du fond de ton sanctuaire; le Dieu
d’Israël octroie force et vigueur au peuple. Que Dieu soit béni!
1 Au chef des chantres. Avec instruments à cordes. Psaume. Cantique. 2 Que Dieu me
prenne en grâce et me bénisse! qu’il fasse luire sa face sur nous! Sélah! 3 Pour que, par
toute la terre, on connaisse tes voies, parmi tous les peuples, ton secours sauveur. 4 Que les
nations, ô Dieu, te rendent hommage! Oui, qu’elles te rendent hommage, toutes les nations!
5 Que les peuples se réjouissent et entonnent des chants! Puisque tu juges les nations avec
équité, et diriges les peuples sur la terre! Sélah! 6 Que les nations, ô Dieu, te rendent
hommage! Qu’elles te rendent hommage, toutes les nations! 7 La terre prodigue ses dons.
Que Dieu, notre Dieu, nous bénisse! 8 Que Dieu nous bénisse, et que toutes les extrémités de
la terre le vénèrent!
1 Au chef des chantres. Cantique. Psaume. Que toute la terre acclame Dieu! 2 Chantez la
gloire de son nom, faites de ses louanges un tribut d’honneur. 3 Dites à Dieu: "Que tes
œuvres sont prodigieuses! A cause de ta toute-puissance tes ennemis rampent devant toi; 4 la
terre entière se prosterne à tes pieds, entonne tes louanges, célèbre ton nom." Sélah! 5 Venez
et contemplez les hauts faits de Dieu! Merveilleuse est son action sur les fils de l’homme.
6 Il change la mer en terre ferme, à travers le fleuve on marche à pied sec; dès lors nous
mîmes notre joie en lui. 7 Il règne éternellement dans sa force, ses regards observent les
nations: que les rebelles ne portent pas le front haut! Sélah! 8 Nations, bénissez notre Dieu,
faites retentir le bruit de ses louanges! 9 Il nous a gratifiés de la vie, et n’a pas laissé nos
pieds chanceler. 10 Car tu nous as éprouvés, ô notre Dieu, jetés au creuset comme on fait de
l’argent. 11 Tu nous avais amenés dans un filet, tu avais chargé nos reins d’un pesant fardeau,
12 courbé notre tête sous le joug des gens. Nous avions passé par le feu et par l’eau; mais tu
nous as remis dans l’abondance. 13 Je me présenterai dans ta maison avec des holocaustes,
pour m’acquitter envers toi de tous mes vœux, 14 que mes lèvres ont exprimés, qu’au cours
de ma détresse ma bouche a formulés. 15 Je t’offrirai des [brebis] grasses comme
holocaustes, avec la fumée des béliers; j’immolerai des taureaux ainsi que des boucs. Sélah!
16 Venez et écoutez: Je veux raconter, ô vous tous qui craignez Dieu, ce qu’il a fait en ma
faveur! 17 A pleine bouche je l’avais invoqué, il se trouvait exalté par mes lèvres. 18 Si, dans
mon cœur, j’avais eu en vue l’iniquité, Dieu ne m’eût pas entendu. 19 Eh bien! Dieu a
entendu; il a été attentif aux accents de ma prière. 20 Loué soit Dieu qui n’a pas repoussé ma
prière, et ne m’a pas retiré sa grâce!
Psaumes, 65 (Français)
1 Au chef des chantres. Psaume de David. Cantique. 2 A toi, ô Dieu, qui résides dans Sion,
l’attente confiante, la louange! Envers toi, on s’acquitte de ses vœux. 3 Tu entends les
prières: toute créature se présente devant toi. 4 Des actes criminels avaient pris le dessus sur
moi: nos fautes, c’est toi qui les effaces. 5 Heureux celui que tu choisis et admets en ta
présence, pour qu’il habite dans tes parvis! Puissions-nous nous délecter de la beauté de ta
maison, de la sainteté de ton palais! 6 De façon merveilleuse tu nous exauces dans ton équité,
Dieu de notre salut, espoir des limites les plus reculées de la terre et de l’Océan; 7 qui
consolides les montagnes par ta force, qui es ceint de puissance; 8 qui apaises le tumulte des
mers, le tumulte de leurs flots et l’agitation des peuples. 9 Les habitants des rives lointaines
sont pris de crainte devant tes prodiges; tu fais résonner de chants les régions où naissent
matin et soir. 10 Tu veilles sur la terre et tu l’abreuves, tu la combles de richesses; car le
fleuve de Dieu déborde d’eau: tu leur assures leur blé. C’est dans ce but que tu la prépares.
11 Tu en inondes les sillons, en écrases les glèbes, par les ondées tu la détrempes, tu en bénis
les plantes. 12 Tu couronnes l’année de tes bienfaits; les sentiers que tu foules ruissellent de
délices. 13 Ruissellent aussi les pâturages du désert; les collines se ceignent d’allégresse.
14 Les prairies sont revêtues de troupeaux, les vallées se couvrent de blé comme d’un
manteau. Partout des clameurs de joie et des chants!
Psaumes, 64 (Français)
1 Au chef des chantres. Psaume de David. 2 Ecoute, ô Dieu, ma voix lorsque je me plains,
préserve ma vie de la crainte de l'ennemi. 3 Protège-moi contre le complot des malfaiteurs,
contre le tumulte des artisans d'iniquité, 4 qui aiguisent leur langue comme un glaive,
décochent comme des flèches des paroles amères, 5 tirant en secret sur l'homme intègre, la
visant soudainement, sans rien craindre. 6 ils s'affermissent dans leurs funestes desseins, se
vantent hautement de dresser des embûches, se demandant qui les verra. 7 Ils s'ingénient à
inventer de mauvais coups, exécutent des plans bien médités : l'être intime de l'homme, son
cœur, est insondable. 8 Mais Dieu les atteint; à l'improviste ses flèches leur infligent des
blessures. 9 Leur propre langue prépare leur chute; quiconque les aperçoit hoche la tête.
10 Tous les hommes en seront saisis de crainte; ils proclameront l'œuvre de Dieu, et
comprendront le sens de ses actes. 11 Le juste aura sa joie en l’Eternel et se mettra sous son
abri, et tous les cœurs droits pourront se féliciter.
1 Psaume de David, lorsqu'il était dans le désert de Juda. 2 Dieu, tu es mon Dieu, que je
recherche avidement; mon âme a soif de toi, mon être te désire passionnément, sur un sol
aride, altéré, sans eau. 3 Puissé-je donc te contempler dans le sanctuaire, voir ta puissance et
ta gloire! 4 Car ta grâce vaut mieux que la vie : mes lèvres proclament tes louanges. 5 De la
sorte, je te bénirai ma vie durant, en invoquant ton nom je lèverai mes mains. 6 Mon âme
sera rassasiée comme de graisse et de moelle, et ma bouche te glorifiera en un langage
enthousiaste, 7 lorsque je me souviendrai de toi sur ma couche, et penserai à toi dans les
veilles de la nuit. 8 Car tu seras devenu un appui pour moi, et je chanterai à l'ombre de tes
ailes. 9 Mon âme te sera fidèlement attachée; ta droite forme mon soutien. 10 Mais ceux qui,
pour leur malheur, attentent à ma vie, descendront dans les derniers dessous de la terre. 11 On
les jettera sur le tranchant de l'épée, ils deviendront la proie des chacals. 12 Quant au Roi, il
se réjouira en Dieu; quiconque jure par Lui pourra se glorifier, alors que la bouche des
menteurs sera close.
1 Au chef des chantres. Sur ledouthoun. Psaume de David. 2 Mon âme, mets toute ton
attente en Dieu, de lui vient mon salut. 3 Lui seul est mon rocher, mon soutien, mon
boulevard : je ne trébucherai pas sérieusement. 4 Jusqu'à quand vous ruerez-vous contre un
homme, lui porterez-vous tous des coups mortels, tels un mur penché, une cloison qui
s'écroule? 5 Oui, ils projettent 'de le précipiter de sa hauteur, ils se complaisent dans le
mensonge; avec leur bouche ils bénissent, et dans leur cœur ils maudissent. Sélah! 6 En Dieu
seul mets ton attente, ô mon âme; car en lui est mon espoir. 7 Lui seul est mon rocher, mon
soutien, mon boulevard; je ne trébucherai point. 8 Sur Dieu reposent mon salut, mon
bonheur; il est mon puissant rocher, mon abri est en Dieu. 9 Fiez-vous en lui en tout temps, ô
peuples! Epanchez votre cœur devant lui : Dieu est un refuge pour nous. Sélah! 10 Certes,
les fils d'Adam ne sont qu'une ombre vaine, les fils de l'homme qu'une déception. Qu'on les
mette sur la balance : ensemble ils pèsent autant qu'un souffle! 11 Ne mettez pas votre
confiance dans la concussion, et dans la rapine ne placez pas un vain espoir. Dût la richesse
couler à pleins bords, n'y attachez pas trop d'importance. 12 Une fois Dieu l'a énoncé, deux
fois je l'ai entendu : que la puissance appartient à Dieu. 13 Oui, Seigneur, tienne est la bonté,
car tu rémunères chacun selon son œuvre.
1 Au chef des chantres. Avec les instruments à cordes. Maskîl de David. 2 Prête l’oreille, ô
Dieu, à ma prière, et ne te dérobe point à ma supplication. 3 Accorde-moi ton attention et
exauce-moi: je m’agite dans ma douleur et je pousse des soupirs, 4 à cause des cris de
l’ennemi, sous l’oppression du méchant; car ils m’accablent de maux et me persécutent avec
fureur. 5 Mon cœur frémit dans mon sein, des transes mortelles viennent m’assaillir.
6 L’effroi, le tremblement m’envahissent, je suis enveloppé d’épouvante. 7 "Ah! me dis-je,
que n’ai-je des ailes comme la colombe? Je m’envolerais pour établir [ailleurs] ma demeure.
8 Oui, je fuirais au loin, je chercherais un asile dans le désert; Sélah! 9 Je m’assurerais à la
hâte un refuge contre le vent de tempête, contre l’ouragan!" 10 Seigneur, détruis, fends-leur la
langue; car je ne vois que violence et désordre dans la ville. 11 Jour et nuit, ils font la ronde
sur ses murs; et, dans son enceinte, ce n’est que crime et injustice. 12 De violentes passions
sévissent dans son sein, l’oppression et la fraude ne bougent pas de ses places. 13 Car ce n’est
pas un ennemi qui m’outrage, je pourrais le supporter ce n’est pas un adversaire haineux qui
me traite de haut, je pourrais me mettre à l’abri contre lui 14 mais c’est toi, un homme en tout
mon pareil, mon ami et mon confident; 15 car, ensemble, nous échangions de douces
confidences, en nous rendant avec une foule bruyante dans la maison de Dieu. 16 Que la mort
s’empare d’eux! Qu’ils descendent vivants dans le Cheol! Car les mauvaises passions
peuplent leur demeure, leur cœur. 17 Quant à moi, je crie vers Dieu, et l’Eternel me vient en
aide. 18 Soir et matin, et en plein midi, je me répands en plaintes et en soupirs, et il écoute ma
voix. 19 Il me délivre et me met en sûreté, me défendant contre toute attaque, si nombreux
que soient ceux qui m’assaillent. 20 Que Dieu entende et les humilie, lui qui trône de toute
éternité! Sélah! car pour eux il n’est point de retour: ils ne craignent pas Dieu! 21 [Le
perfide!], il porte la main sur ses amis, il viole son alliance. 22 Suaves comme la crème sont
ses lèvres, et son cœur respire la guerre; ses paroles sont plus onctueuses que l’huile, et ce
sont des lames d’épée! 23 Décharge-toi sur Dieu de ton fardeau, il prendra soin de toi: jamais
il ne laisse vaciller le juste. 24 Et c’est toi aussi, ô Dieu, qui les feras descendre dans le
gouffre de la perdition, les hommes de sang et de perfidie; ils n’atteindront pas la moitié de
leurs jours. Quant à moi, je mets ma confiance en toi.
1 Au chef des chantres. Avec les instruments à cordes. Maskîl de David, 2 lorsque les gens
de Ziph furent venus dire à Saül: "David se tient caché dans notre voisinage." 3 O Dieu,
secours-moi par ton nom, et rends-moi justice par ta puissance. 4 Ecoute ma prière, ô Dieu,
prête l’oreille aux paroles de ma bouche; 5 car des barbares se dressent contre moi, des gens
violents en veulent à ma vie: ils n’ont pas de pensée pour Dieu. Sélah! 6 Oui certes, Dieu
vient à mon aide, le Seigneur est le soutien de ma vie. 7 Il fera retomber le mal sur mes
adversaires: dans ton équité, tu les anéantiras. 8 De tout cœur je veux t’offrir des sacrifices; je
louerai ton nom, car il signifie bonté. 9 Oui, il me délivre de toute angoisse, et mes yeux se
repaissent de la vue de mes ennemis.
1 Au chef des chantres. Maskîl, de David, 2 lorsque Doëg l’Iduméen fut venu faire un rapport à Saül en lui disant: "David est entré dans la maison d’Abimélec." 3 Pourquoi te glorifier de ta cruauté, homme vaillant? La bonté de Dieu ne se dément jamais. 4 Ta langue prépare des ruines, comme un rasoir effilé, ô artisan de perfidie! 5 Tu donnes la préférence au mal sur le bien, tu aimes mieux mentir que parler loyalement. Sélah! 6 Tu n’as de goût que pour les discours malfaisants, pour le langage de l’astuce. 7 Aussi Dieu t’abattra-t-il pour toujours; il t’empoignera et t’arrachera de ta tente; il te déracinera de la terre des vivants. Sélah! 8 Les justes en seront témoins, saisis de respect, et ils riront de lui. 9 "Le voilà, l’homme qui ne cherchait pas sa force en Dieu, mais qui se fiait à sa grande richesse, et faisait le fier dans sa passion du mal!" 10 Tandis que moi, je suis comme un olivier verdoyant, dans la maison de Dieu; je mets à jamais ma confiance dans la bonté de Dieu. 11 Eternellement, je veux te rendre grâce pour ce que tu as fait, et placer mon espoir en ton nom, car tu es bon à l’égard de tes pieux serviteurs.
Français 1 Au chef des chantres. Psaume de David 2 lorsque le prophète Nathan fut venu le trouver, à la suite de ses relations avec Bethsabée. 3 Prends-moi en pitié, ô Dieu, dans la mesure de ta bonté; selon la grandeur de ta clémence, efface mes fautes. 4 Lave-moi à grandes eaux de mon iniquité, purifie-moi de mon péché. 5 Car je reconnais mes fautes, et mon péché est sans cesse sous mes regards. 6 Contre toi seul j’ai failli, j’ai fait ce qui est mal à tes yeux; ainsi tu serais équitable dans ton arrêt, tu aurais le droit pour toi en me condamnant. 7 Mais, en vérité, j’ai été enfanté dans l’iniquité, et c’est dans le péché que ma mère m’a conçu. 8 Or, toi tu exiges la vérité dans le secret des cœurs, dans mon for intime tu m’enseignes la sagesse. 9 Puisses-tu me purifier avec l’hysope, pour que je sois pur! Puisses-tu me laver, pour que je sois plus blanc que neige! 10 Puisses-tu me faire entendre des accents d’allégresse et de joie, afin que ces membres que tu as broyés retrouvent leur joyeux entrain! 11 Détourne ton visage de mes péchés, efface toutes mes iniquités. 12 O Dieu, crée en moi un cœur pur, et fais renaître dans mon sein un esprit droit. 13 Ne me rejette pas de devant ta face, ne me retire pas ta sainte inspiration. 14 Rends-moi la pleine joie de ton secours, et soutiens-moi avec ton esprit magnanime. 15 Je voudrais enseigner tes voies aux pécheurs, afin que les coupables reviennent à toi. 16 Préserve-moi, ô Dieu, Dieu de mon salut, d’un arrêt sanglant: ma langue célébrera ton équité. 17 Seigneur, puisses-tu m’ouvrir les lèvres, pour que ma bouche proclame tes louanges! 18 Car tu ne souhaites pas de sacrifices, je les offrirais volontiers tu ne prends point plaisir aux holocaustes: 19 les sacrifices [agréables] à Dieu, c’est un esprit contrit; un cœur brisé et abattu, ô Dieu, tu ne le dédaignes point. 20 Ah! dans ta bienveillance, daigne restaurer Sion, rebâtir les murailles de Jérusalem. 21 Alors tu agréeras des sacrifices pieux, holocaustes et victimes parfaites alors on présentera des taureaux sur ton autel.
"Oui, je ne veux pas, comme la plupart des gens, avoir vécu pour rien. Je veux être utile ou agréable aux gens qui vivent autour de moi et qui ne me connaissent pourtant pas, je veux continuer à vivre, même après ma mort ! Et c'est pourquoi je suis reconnaissante à Dieu de m'avoir donné à la naissance une possibilité de me développer et d'écrire, et donc d'exprimer tout ce qu'il y a en moi !"
"Alors, je ne pense pas à toute la détresse, mais à la beauté qui subsiste encore. C'est là que réside pour une grande part la différence entre Maman et moi. Le conseil qu'elle donne contre la mélancolie est : "Pense à toute la détresse du monde et estime-toi heureuse de ne pas la connaître."
Mon conseil à moi, c'est : "Sors, va dans les champs, dans la nature et au soleil, sors et essaie de retrouver le bonheur en toi ; pense à toute la beauté qui croît en toi et autour de toi et sois heureuse !"
C'est une sensation très étrange, pour quelqu'un dans mon genre, d'écrire un journal. Non seulement je n'ai jamais écrit, mais il me semble que plus tard, ni moi ni personne ne s'intéressera aux confidences d'une écolière de treize ans.
Plusieurs fois, nous nous croisons dans la rue. A la japonaise, nos silhouettes se dépassent sans se toucher, sans se regarder, sans la moindre émotion extérieure qui se dégage, comme si rien ne se passait, comme si rien ne s’était jamais passé jamais. Je choisis à chaque fois la même technique d’évitement. Pourtant, à chaque fois, quelques secondes après, je regrette. Je regrette les jours heureux, l’intimité, les petits bonheurs, des échanges comme je n’avais jamais connus, féminins, culturels, gustatifs, naturels, simples, sophistiqués, intimes, complices, délicats.
Je regrette la catastrophe, que je n’ai jamais comprise, que je n’ai jamais expliquée.
Et cette fois encore, je me dis : pourquoi ne pas recommencer ; pourquoi ne pas laisser sa chance à l’oubli total, à la deuxième chance ?
“If we had the chance to do it all again Tell me, would we? Could we? »
Should we ?
Il me semble souvent que nous pourrions essayer. Ce qu’en penseraient les autres, pour tout dire, je m’en fous, pour ce qu’ils comprenaient de notre drôle d’amitié ... En serais-je capable, moi qui ai tant besoin d’avoir confiance ? Je ne saurais le dire. Mais j’en ai souvent tellement envie. Souvent mais pas toujours. J’essaie de me convaincre qu’elle en est incapable. Mais qu’en sais-je , après tout ?
Huit journées, c’est l’idéal pour inviter ses amis à un allumage. Profiter de retrouver des amis juifs délaissés à l’heure d’un thé tardif, chanter et faire tourner les toupies. Echanger avec ses amis chrétiens autour de nos lumières couronnes de l’Avent et autres cierges. Même les athées aiment Hanouka, sa symbolique, et nous gratifient des illuminations de leur coutume régionale, comme les sacs huilés d’Alsace …
Entre deux cultures, ma fille, née le jour de Noël, ne s’est pas aperçue tout de suite que c’était une grosse arnaque que de naître un jour qui est destiné à bien d’autres agapes, car tout le monde s’en rappelle mais tout le monde s’en fout. Et de temps en temps, son anniversaire tombe aussi pendant Hanouca, et c’est le même problème. Parfois, comme cette année, on cumule les deux. Aussi, j’ai instauré une nouvelle coutume, celle des petits cadeaux hanoukiens quotidiens à thème annuel. C’est chaque année l’occasion de me creuser la tête avec délices pour trouver sujet et offrandes en rapport avec le sujet. L’année dernière, j’ai trouvé le fin du fin : exécuter de mes petites mains plutôt maladroites chaque cadeau, en trouvant des genres différents. Mon préféré, le bijou de sac libellule …
Chaque Juif est attaché à une hanoukia qui est quelque part dans le monde. Certains ont la nostalgie de celle de leur enfance, perdue dans un déménagement, échappée lors d’un héritage, spoliée, que sais-je encore tout est possible … D’autres ont acheté la leur dans le souk de Jérusalem, au rayon souvenirs, et on ne sait pas toujours trouver les bougies qui vont avec. D’autres hanoukias sont plus précieuses, en argent, et on les astique toute l’année, si bien que l’on n’ose pas le moment venu les allumer de crainte de les salir et on se rabat sur celle du bazar yéroushalmite. Les plus prisées sont à l’huile d’olive, donc sépharades … comme la mienne, par exemple, qui vient de la boutique du musée d’Israël. Je la range précieusement pour avoir le plaisir de la redécouvrir chaque année, mais surtout pas à la cave, j’ai trop peur qu’elle soit volée. Hors format, j’ai mis longtemps à lui trouver une base, car l’huile, ça coule partout, avec moi une fiole ne durerait pas huit jours mais bien moitié moins. Je l’allume chaque soir avec une joie extrême, je savoure chaque jour , jusqu’à la dernière étincelle. Jusqu’à la pleine lumière du 8e jour, avec une once d’amertude pour la finitude qu’elle implique.
Depuis maintenant plusieurs années, la coutume de mon cercle d’étude de Talmud est d’allumer la bougie du mardi de Hanouca chez moi. Un bonheur partagé de se retrouver, de célébrer ensemble, de chanter cette chanson à l’air désuet de Maoz Tsour qui me fait conjointement aimer ce moment et m’inquiéter que mes voisins croient que je suis dans une secte protestante … un bonheur simple qui compense le fait que nous allumerons ensuite la lumière, il faut bien étudier. Chaque année, pain d’épice, pain à la tomate et inarizuchis, sans quoi les invités seront déçus, agrémentés des offrandes des convives. Chaque année, de nouveaux invités, étudiants ou de passage. Chaque année aussi les présences de ceux qui ne sont plus, Sigrid qui bien que non talmudiste exigeait de présider la séance, et cette année les élégants, la terrible Daisy et le prince Charles, bien plus princier que son homonyme. Notre séance leur sera dédiée.
Aujourd’hui pour l’allumage, j’ai acheté une autre sorte de beignets que ceux d’hier à la synagogue (des chichis comme sur la plage de mon enfance) : des merveilles. Le nom est aussi joli que le gâteau lui-même, une bande toute plate mais remplies de bulles de bonheur, croustillante et sucrée.
Il faudra demain des laktes, puis des donuts, des beignets arabes, des chouros, des beignets de courgettes, et le dernier, que faire ? Mais oui, des tempuras, je les demanderai en cadeau à Hatsuosan qui ne pourra rien me refuser en ce jour de Noël !
NB : mon journal de hanouka, initiative de Suzy Morgenstern pour son atelier à Maayane Or le 18 décembre, jour funeste de la finale du mondial de foot et accessoirement du premier jour de hanouka cette année
D’habitude, je suis chez moi le premier jour de Hanouca, et au moment de l’allumage, j’éteins toutes les lumières de la maison, tout est sombre autour de moi. Alors, j’allume le shemesh de ma lampe à huile marocaine , puis la première lumière. La lueur est minuscule, à peine mes yeux arrivent-ils à déchiffrer, plutôt par habitude, les mots de la prière. Et je reste ainsi, dans les ténèbres, jusqu’à l’extinction du shemesh, une trentaine de minutes. Ainsi est Hanouca, une minuscule lueur au milieu des ténèbres du monde. Mais je sais que cette lumière va croître au fil des jours, que ma prière sera de plus en plus claire au long de la semaine, que la lueur du premier jour deviendra illumination de ma fenêtre que les passants verront, et cette année, jusqu’au jour de Noël.
" (...) et la pièce s'emplit brusquement d'un parfum inconnu, pareil à une averse printanière arrosant les feuilles de marjolaine et de thym blanc.
Béni soit l'odorat, car la mémoire olfactive l'emporte sur les autres. Maudite soit la langue qui ne dispose pas des qualificatifs requis. Les autres sens possèdent le bleu, le flou, le bon, le salé, la voix d'un ténor et le rugueux. Les odeurs n'ayant ni termes ni noms, comme la douleur, elles sont forcées de recourir à des mots d'emprunt, de se souvenir et de se comparer : à des souffrances et des senteurs antérieures, des mots désuets dont les sons mystérieux suscitent en moi une trompeuse impression d'exactitude. Je puise la myrrhe, le nard, la gomme adragante, le ladanum et surtout l'aloès, lesquels n'existent que pour me permettre de prédire l'avenir. Une définition pouvant palier l'absence de substantif, je me bornerai à dire que l'aloès est une plante aromatique citée dans la Bible. Par métaphore, il désigne l'odeur qu'exhalent les reins d'une grande jeune femme aux cheveux emmêlés, enlaçant un jeune garçon à qui elle a sauvé la vie et dont elle vient de raser la tête, pendant qu'elle se touche et l'enduit de sa substance.
Y a-t-il au monde une langue ayant un terme capable d'exprimer cela ? Si oui, je la fais mienne. S'il existe un peuple qui la parle, c'est le mien, son Dieu est mon Dieu, sa terre, la mienne. Mais la langue de mon peuple n'a pas de mots pour dire la mémoire, la folie, la bêtise (...)
"Le rasoir me fascinait par sa légèreté, son efficacité, sa simplicité. Le gendre m'affirma qu'un couteau -un rasoir, sauf le respect que je lui dois, appartient à cette catégorie - fut le premier outil destiné à soutenir la main de l'homme. Il décréta aussi que décupler sa force était légitime pour pallier à la carence des lois naturelles, et il m'énuméra les différentes sortes de couteaux - ceux qui coupent, percent, rasent, fendent, tranchent, piquent, découpent. En l'écoutant parler, je déambulais dans ce petit champ de mots que je n'avais pas semé et qui poussait spontanément autour de moi.
" Comme les autres Templiers, les Reinhardt s'étaient établis en Palestine pour accélérer l'avènement du Messie, m'expliqua Aharon qui connaissait personnellement plusieurs familles. Ils voulaient construire la Terre sainte et la ressusciter à notre place, "parce qu'ils se rendaient compte que l'on ne faisait rien pour la rédemption".
Le gendre esquissa l'un de ses rares sourires et ajouta que les Allemands n'avaient pas saisi un détail fondamental : nous, les juifs, sommes si heureux d'attenre la rédemption que nous ne sommes pas du tout pressés de l'accélérer.
"Et il y a encore une chose qu'ils n'ont pas comprise, c'est que le Messie n'est pas allemand comme eux persifla mon père. Il est juif, comme nous, et chez nous le temps n'est pas le temps, une heure ne signifie pas une heure. Alors les Allemands lui ont donné rendez-vous, ils ont débarqué ici et ils se sont mis à l'attendre mais ... le chofar n'a pas sonné, l'âne ne s'est pas réveillé ... bref, il n'est pas venu."
"
Meir Shalev, Fontanelle, ch.3, p231, ed. Gallimard
"J'aime aussi le chemin des mots, ceux qui vous entortillent à force de séductions et de circonvolutions, se définissant comme ceci ou comme cela pour finir par vous induire en erreur ou pas, vous égarer au point de ne plus distinguer les associations réductrices des abîmes de la mémoire. Je m'y engage, un pot de peinture et un pinceau à la main, pour les baliser à l'intention de mes enfants, leur esquisser la topographie familiale apprise de mon père - avec ces citernes, ses ravins, ses coupoles secrètes, ses courbes de niveau espacées ou resserrées- afin qu'ils puissent reconnaître les dénivelés, et je sème de vastes champs de mots pour qu'ils s'y brûlent en hurlant. "
Meir SHALEV, Fontanelle, ch.1, Le voyage, p107, ed. Gallimard
Le lecteur avisé, comme celui qui ne l'est pas d'ailleurs, comprendra qu'il ne doit pas s'attendre à ce que je gaspille ma salive ni ma semence pour lui.
Maintenant que tout est clair, je peux commencer mon histoire. Le lecteur qui se fourvoiera dans le sillon de ce que je m'apprête à creuser ferait bien de revenir en arrière, à ce chapitre précis, afin de s'y reconnaître, remettre les pendules à l'heure et retourner sur la bonne voie. S'il n'a pas envie de rebrousser chemin, il n'a qu'à me laisser tomber et prendre un autre livre, plus facile et plus palpitant. Peut-être même aurait-il intérêt à abandonner sa lecture pour câliner son amie. Et si d'aventure le lecteur était une lectrice, elle peut toujours délaisser mon livre et cajoler son homme.
Une question se pose toutefois : que fera le lecteur dont le lit est vide ? A celà je répondrai par une autre question : son lit est-il vraiment désert ou vide d'amour, comme le mien, même s'il le partage avec quelqu'un ?
Comme tous les matins, nous avons pris la voiture sitôt levés, et avons pris la première place disponible sur la Promenade des Anglais.
A notre arrivée, un goéland était couché sur la plage et un cormoran chassait à deux mètres du rivage. La présence d’un tout petit cours d’eau et celle de petits poissons dès que j’eus mis la tête sous l’eau semblait expliquer cette présence bizarre. Le cormoran sauta sur les rochers brise-tempête et le goéland s’envola plus loin, rasant les galets. La mer était parfaitement lisse, et fraîche, et transparente. S’allonger et faire la planche c’était rentrer dans le parfait silence du matin. Puis, un curieux chassa le cormoran de ses rochers. Un grand échalas, entre Jésus-Christ superstar et sannyasin, explora longtemps les galets pour trouver sa place, puis pour se déshabiller, rentra dans l’eau en caleçon blanc et nagea longuement, s’arrêtant de temps en autre pour psalmodier des textes compréhensibles de lui seul. Un couple surgit du large : en sortant de l’eau, on put constater qu’elle avait vingt ans de plus que lui, qu’ils étaient amants, et qu’ils portaient la même technologie : maillot de compétition, pochettes aux contenants inconnus, chronomètre au poignet dont elle semblait contrariée à la lecture de sa performance ; ils sortirent se sécher et elle paraissait très grande et très masculine de dos. Peu à peu, les gens arrivaient et remplissaient l’espace libre, se rapprochant dangereusement de ma zone de confort ; le plus terrible est que l’on pouvait alors entendre leur conversation, qui rappelait que la moitié de la population a voté Rassemblement National et une autre France Insoumise. Il est temps de quitter les lieux.