8.11.20

En cheminant avec la parasha (5) : Vayera ou la déroute familiale

Je pensais qu'étudier attentivement toute la Parasha chaque semaine allait m'aider à traverser le nouveau confinement avec plus de sérénité. Mais pour celle là spécialement je commence à douter.

Pourtant, ça avait bien commencé avec un de mes épisodes préférés. C'est l'extrait où Abraham reçoit les trois hôtes en sa tente. Toute ma vie, je regretterai de ne pas avoir acheté l'icône chez ce marchand du vieux Jérusalem, que je n'ai jamais retrouvée  et qui est restée gravée dans ma mémoire. La délicatesse du tracé racontait parfaitement le récit de ce passage qui commence notre parasha.

Abraham, l'hospitalier, plaide pour Sodome. Abraham n'est pas Noé, Abraham ne veut pas que les Justes périssent. Abraham marchande, et ira jusqu'à dix. Peut-être qu'Abraham ne savait pas qu'il n'y avait pas dix justes à Sodome et il s'en retourna pensant qu'il avait bien plaidé.

Mais mon répit est de courte durée.


Il sera dit que neuf Justes dans une ville injuste n'ont pas le droit de vivre. Il sera dit aussi qu'il n'est pas bon y être un enfant.

Et c'est ainsi que tout dérape. Trop de récits fondamentaux sont enfermés dans cette parasha. Les épisodes s'enchaînent, plus glaçants les uns que les autres, du coup, l'attention se relâche, et on ne voit pas tout ce que cette parasha a d'insupportable, de terrifiant. Mais bon sang de bonsoir , comment ne m'en étais-je pas aperçu avant ? Abraham, avinou, notre père, mais quel père ? et  de quelle famille ? Revisitons un peu nos aïeux :

Vous êtes une fille ? Vous n'avez pas de nom, filles anonymes. Voici Loth qui protège l'étranger, mais ce n'est pas l'amour paternel qui l'étouffe : en échange du salut de ses hôtes il propose aux Sodomiens de violer ses filles, vierges, de n'importe quelle façon (Génèse 19,8). Les Sodomites n'acceptent pas le marché, peut-être au fond ont-ils un peu de morale familiale si le reste ne suit pas ... En tout cas, les filles ont bien trempé dans la culture sodomite : après avoir échappé au viol par des inconnus, persuadées que le monde a disparu comme au temps de leur ancêtre Noé, elles ne veulent pas rester sans descendance et décident à leur tour de violer leur père ( qui apparemment se laisse tenter à noyer son chagrin dans l'alcool) à tour de rôle, après l' avoir enivré. Dieu refusait l'enfantement à Sarah, mais il le permettra pour les filles de Loth, permettant au Messie d'advenir (par l'intermédiaire de Ruth)

Vous êtes une épouse ? 

    -Vous n'avez pas de nom, comme la femme de Loth ; on ne sait pas quand Loth l'a épousée, si elle a eu de lui des fils, d'autres filles. On sait juste d'elle qu'elle s'est retournée mais on ne sait pas le motif : pleurait-elle sa maison ? sa famille ? Etait-elle simplement curieuse ? ou incrédule ? Jamais on ne saura. La femme de Loth, s'étant retournée, deviendra statue de sel (Genèse 19-26). 

    - Vous en avez un, vous venez juste de le changer : pour modifier votre destin ? Il semblerait que non car Abraham remet ça, et là c'est moins facile à avaler : il laisse encore partir sa femme avec le premier (donc le deuxième roi) venu, Abimelekh cette fois, et la fait encore passer pour sa sœur, (en plus il raconte des bobards, Genèse 20-13). 

    - Vous êtes une concubine mère porteuse : comme Agar, avec de l'eau et du pain, on vous renverra dans le désert, pour la deuxième fois.

Ne croyez pas que les garçons sont mieux lotis.   

 - Vous êtes un fils ...

    ... "illégitime "? Ca ne marche pas pour vous "avinou", notre père si vous vous appelez Ismaël.  On vous renvoie, en ayant protesté un peu quand même, sur de vagues promesses. Il vous reste votre mère ? si elle n'a pas le sens de l'orientation, comme Agar, elle vous perdra dans le désert. Puis elle vous abandonnera à une mort solitaire, sous le prétexte que c'est trop dur de vous voir périr (Genèse 21-16); de toute façon, elle est nulle : elle n'avait même pas vu la source qui vous aurait sauvée (Genèse 20-19). 

-Mais ne croyez pas que le fils "légitime" est mieux loti, et la parasha finit en apothéose : votre père , en directe communication avec Dieu, va partir en randonnée pédestre pour vous donner en holocauste, en vous obligeant à porter le bois de votre bûcher, à vous laisser attacher.  Lui qui voulait trouver dix justes, il ne marchandera pas pour vous ... Accablé par le chagrin, ou totalement lâche, aveugle (?), vous ne tenterez même pas de vous sauver ...

Soyez en convaincus, frères humains, on ne peut compter que sur les anges, qui seuls, secourront les deux frères : l'un viendra secouer Agar, l'autre stoppera le bras d'Abraham afin qu'il ne tue pas Isaac.

Est-il besoin d'en rajouter ? Je crois que j'ai besoin de faire un break jusqu'à la semaine prochaine ...

4.11.20

Tendances (11) : la France mais la République

 Mon ami Christian Jacomino a écrit un article qui parle de la France et de la République.

J'ai eu envie de lui répondre et de me souvenir de ces cours de Mme Richter, mon professeur d'Histoire de Terminale au lycée Calmette qui m'ont ouvert la voie vers mes études d'Histoire, et qui ont surtout, plus que l'Université, formé mon esprit critique et mon regard sur le monde. Sans doute aujourd'hui pourrait-elle être en danger de mort .

Quelle étrange idée pour moi que de vouloir dissocier  France et République, ces deux notions qui m'ont construite en tant que citoyenne...

La France, où la République est écrite jusque sur le fronton de certaines églises

église de Salernes (83)

 église de Aups (83)


Dans la Résistance, il n'y avait pas que des républicains, évidemment : des royalistes, des communistes. Mais ce n'est pas une raison pour vouloir sucrer la République. Dans la biographie de Charles De Gaulle qui passe en ce moment sur notre chaîne nationale, un passage fait écho de la complexité qui se joue : A la Libération, le président du Conseil National de la Résistance demande à De Gaulle de proclamer le retour de la République, mais De Gaulle refuse car pour lui la France Libre a toujours existé et Vichy n'était pas légitime. C'est la raison qu'évoquait Mitterand pour ne pas s'excuser de la déportation des juifs de France à la commémoration du Vel d'hiv. 

Il n'y qu'une France, mais il n'y a aussi qu'une République comme en France. Du moins c'est ce que j'espère et ce dont je désespère par ces temps de mauvais vent. Liberté, égalité, fraternité, va -t-on garder le cap ?

 La France est intimement mienne, mais à présent, sans la République, elle n'est rien. Si je devais y faire une liste, comme mon ami Christian, je n'y mettrai pas saint Louis sous un chêne, " Louis IX alias saint Louis" comme le titre une BD, le tueur de Cathares, le "pogrommeur" de Juifs. 

1.11.20

My favorite things (30) : automne (11)

 1. Lectures

"J'avais été un peu déçue par l'écriture de Kawabata. Les caractères étaient serrés sur la droite - comme le contenu d'un bento trop longtemps transporté de travers. "

La république du bonheur. OGAWA Ito

2. Statues de ma voisine

Sainte de salon (Canaux)



3. Fruits de saison
Les kakis si chers à mon cœur. Il y a 12 ans, ils furent mon plus joli cadeau de mariage dans le Kanagawa.

4. Il est certainement recouvert de neige aujourd'hui


5. Quand pourra-t-on retourner danser ?

30.10.20

En cheminant avec la parasha (3) : Lekh-Lekha

                                                            peinture de Luigi Gillarduzzi


Dans cette parasha, les commentateurs s'attardent beaucoup sur le titre et ce qu'elle sous-entend.

Il est vrai que lorsqu'on s'approfondit sur le reste, c'est un peu moins glorieux. 

Si vous avez oublié, le story-board :

Tout de suite, la pub pour le départ est bonne :  va et je te ferai devenir une grande nation, je te bénirai, je rendrai ton nom glorieux, je bénirai ceux qui te béniront, je maudirai ceux qui te maudiront et par toi seront heureuses toutes les races de la terre (Genèse 12, 2 et 3)
Quand on a 75 ans, quelle aubaine ! Ici, nos retraités partent pour le Portugal pour bien moins que cela ...

Abraham ne part pas de rien : il prend sa femme, son neveu, tous ses biens.

Pour le néophyte, celui qui ne connait pas tout le prestige qui entoure le héros, Abraham commence mal : il vit sous la tente, croise une famine, et commence par un énorme mensonge et une carrière de proxénète : le deal est bon : contre sa "sœur" il reçoit toutes sortes de bêtes, vraiment beaucoup,  et des esclaves (Genèse 12, 16). En plus, il ne risque rien puisqu'on saura plus tard que Saraï est stérile. Ensuite, Dieu n'envoie des plaies qu'à ce pauvre Pharaon qui n'y est absolument pour rien, sauf d'avoir pris du bontemps avec Saraï et rendu Abram un peu plus riche. Une bonne affaire pour le patriarche qui est devenu très riche et se voit renouveler la promesse de Dieu. Loth, qui avait eu les yeux plus gros que le ventre, se retrouve au milieu des ennuis mais il est sauvé par Tonton qui devient au passage encore un peu plus riche (Genèse, 14,16).

Bon, il manque encore à notre héros une descendance pour que tout soit parfait, et promesse lui en ai faite : ta postérité sera un peu esclave pendant quatre cents ans, mais après, c'est OK pour la richesse; et pour toi, vieillesse heureuse et fin paisible ((Genèse, 15,16)

La promesse n'a pas été faite à Saraï. Qu'à cela ne tienne : on sait tous aujourd'hui que quand on a de l'argent, on peut se payer une mère porteuse un peu concubine, ce qui fut fait. Apparaissent des problèmes de polygame, et Abraham ne souhaite pas se mouiller : "Voici, ton esclave est dans ta main, fais-lui ce que bon te semblera" (Genèse 16, 6). On éjecte Agar avec perte et fracas, sans indemnités de rupture de contrat. Heureusement qu'un envoyé de Dieu ou de l'Observatoire de la Laïcité demande à l'esclave de recommencer à s'humilier (Genèse 16, 9) contre une descendance nombreuse. Vous noterez bien qu'il n'y a pas de promesse de richesses, déjà de l'islamophobie ...

Dans le chapitre 17, on rajoute une petite condition physique : la circoncision, incontournable (Genèse 17,14) Et de là, la nouvelle Sarah décroche la promesse d'Isaac, sans qu'Abram, devenu pourtant Abraham y croie vraiment ...

J'attends avec impatience la parasha suivante, car pour le moment, vous en conviendrez,  Abraham notre père, euh euh ...


28.10.20

Murakami et Ozawa : aide à la lecture (9) : deuxième interlude (1)

 "Murakami : (...)je pense qu'écrire de la fiction a progressivement développé mon oreille musicale.

Ozawa : Intéressant ...

Murakami : Personne ne m'a appris à écrire et je n'ai jamais étudié les techniques d'écriture. Alors comment ai-je appris à écrire ? En écoutant de la musique. Et qu'est-ce qui compte le plus dans l'écriture ? Le rythme. Sans rythme pas de lecteur. Sans cela, la lecture devient laborieuse. C'est par exemple le cas pour les modes d'emploi, et ceux qui en ont déjà lu savent à quel point l'expérience est désagréable. 

En général, on peut prédire l'impact qu'aura l'œuvre d'un nouvel écrivain en fonction du rythme qu'il donne à son style. Mais d'après ce que j'ai pu lire, la plupart des critiques littéraires ignorent ce critère. Ils se contentent d'évoquer la subtilité du style, l'incongruité du vocabulaire, l'élan narratif, le traitement des thèmes, les différentes techniques employées, etc. Mais je pense que ce lui qui écrit sans rythme n'a pas le talent nécessaire pour être écrivain. "

De la musique. Conversations. MURAKAMI Haruki, OZAWA Seiji

26.10.20

Tendances (10) : Corona (01)

1. Les nuits sont redevenues silencieuses ...

2.Ce soir à l'entrée de Monop', un homme s'énerve : "remettez votre masque correctement ! Le masque c'est sur le nez ! ". A l'adresse d'une mémé mal équipée qui parlemente pour rentrer alors qu'il faut un masque bien mis ET une carte de crédit pour payer qu'elle n'a pas. Je recroise l'homme au rayon du beurre marmonnant pour lui seul "je m'énerve, je m'énerve ...". Je lui adresse à haute voix toute ma compassion. D'une voix désespérée, il affirme "J'ai raison n'est-ce-pas ? C'est déjà le couvre-feu, on ne peut plus rien faire, qu'est-ce qui va arriver si les gens continuent ainsi  ?". Il a eu toute ma gratitude.

3. Une certaine Denise H. de 88 ans envahit les réseaux sociaux avec son droit de mourir libre sans masque, avec sa famille dans son Ehpad et d'assister au mariage de son petit-fils avec les cent invités. Ce n'est pas au rayon du beurre, mais elle a aussi ses fans et ses reconnaissants. Je repense à ma mère dans son Ehpad, avec son groupe assez semblable à mon groupe de Moyenne Section de l'école en pire. Les gens ont oublié que rentrer dans un Ehpad, c'est faire "le choix" de vivre, de devenir assisté de la collectivité parce que l'on ne peut plus être assisté chez soi. Il y a une solution pour vivre selon ses propres choix : sortir de l'Ehpad, retourner dans sa famille pour faire des bisous sans masque et assister aux mariages. Ca fera un heureux sur la liste d'attente des emprisonnables volontaires, qui doit être longue. A tous ces gens épris de liberté, on pourrait faire un contrat : tu vis ta vie, mais tu renonces à l'hospitalisation ; ça fera aussi des heureux dans la liste d'attente des candidats aux opérations non urgentes, comme ceux qui attendent qu'on leur pose des ressorts pour leurs artères ...

4. Vu sur la Promenade des Anglais, un masque à l'intitulé for sympathique : je vous déteste tous. Ca met l'ambiance; elle promenait son chien, un fox : bien choisi, la race du chien, assortie au masque ...

5. Antidote absolu :


A entendre aussi dans le premier épisode d'une série qui s'annonce époustouflante.

25.10.20

My favorite things (23) : automne (12)

 1. Lectures 

"Maintenant que je le savais, je brûlais d'envie de lui écrire. Je n'avais pas le temps de choisir du papier et un crayon; j'ai attrapé un stylo Uni qui traînait pour vite livrer mes sentiments au papier. Si j'avais fait un brouillon, l'essence de ma pensée se serait évaporée, il me fallait écrire d'un jet. "

Le bonheur retrouvé, OGAWA Ito, ch. Riz au mukago

2. Statues de ma voisine

J'ai commencé une collection de statue de ma voisine. 
Celle d'Aups est d'une élégance raffinée, tout dans le détail ...


3. Association des Royaumes de Savoie et du Comté de Nice

Musiques et souvenirs

23.10.20

My favorite things (22) : automne (11)

 1. Lectures

"j'avais choisi une encre verte. Dans mon travail habituel, je n'ai pas vraiment l'occasion d'utiliser cette couleur. Pour ainsi dire jamais. Mais quand j'avais écouté Madame Bernard-l'ermite parler, ses mots m'étaient apparus dans des tons verts"

Le bonheur retrouvé, ch. Riz au mukago, OGAWA Ito

2. Un p'tit coin de paradis. Roquebrune (suite)

Un tout petit bas-relief 


3. Musiques
Ils ne sont plus là mais il reste la musique ...




Murakami et Ozawa (7) : aide à la lecture : premier interlude

 


"...quand j'étais adolescent, je suis tombé amoureux du Quatuor à cordes n°15 en ré mineur (K421) de Mozart, l'un des six quatuors dédiés à Haydn, interprété par le Julliard String Quartet. A tel point qu'aujourd'hui encore, lorsque quelqu'un parle du K.421, je pense automatiquement à l'interprétation énergique du quatuor Julliard et visualise la pochette de l'album dans ma tête. Elle est ancrée en moi et, en général, c'est cette interprétation qui me sert de comparaison à toutes les autres. "
De la musique. Conversations. MURAKAMI Haruki, OZAWA Seiji

22.10.20

Tendances (09) : automne (10 )

 1. Mon ami Christian a rêvé cette nuit. Je me souviens, quand je me suis retrouvée seule, l'épreuve des nuits. Harassée de chagrin, je m'endormais sans somnifère. Et pourtant, les rêves me faisaient appréhender la nuit. Je ne faisais aucun cauchemar, pas de tourments sur les sentiments trahis, sur les douloureux règlements de la séparation. Des voyages, des visites, des randonnées, du comme avant. Au réveil, le comme avant est insupportable, insoutenable, il n'y a plus qu'à fondre dans les larmes, déjà, dès le réveil, en attendant les autres registres au fil de la journée. Encore maintenant, quinze ans se sont passés, pas une semaine ne passe où il est dans mes rêves; juste là, m'accompagnant, pas d'interférence, il est juste là comme une évidence. Au réveil, je peste ; pourquoi ? pourquoi ne rêvè-je pas de l'homme qui partage mes jours dans cette douce vie intime ?  Pourquoi suis-je encombrée de celui qui n'est plus que l'ombre de celui que j'ai tant aimé et l'ombre de lui-même, mais qui a laissé la place, inexistante dans le monde éveillé ? Il y a dans le rêve quelque chose d'injuste, et personne chez qui déposer de recours ...

2. Hier, cérémonie à la Sorbonne en la mémoire de Samuel Pati, retransmise sur la chaîne nationale. Des chroniqueurs sont invités, pour nous apprendre sans doute comment il faut penser. Des chroniqueurs, une femme imam. Et c'est reparti pour un tour.  Juste pendant le temps de la cérémonie, ç'aurait été bien qu'ils  n'aient pas en tête la seule idée de padamalgam. Juste le temps de la cérémonie, se mettre un peu dans la peau de l'autre assassiné et mettre son soi de côté. Juste un peu fermer sa gueule, même aller jusqu'à avoir honte, ça ne peut pas faire de mal pour qu'on y croie, à cette sincérité.

3. Lectures
"L'écriture n'est pas qu'une question superficielle de beauté ou de laideur, ce qui compte c'est le cœur qu'on y met. De la même façon que le sang coule dans les veines, si l'écriture exprime sincèrement nos intentions, le destinataire le sent. J'en suis convaincue."
Le bonheur retrouvé, OGAWA Ito, ch. Boulettes à l'armoise

4. A Flayosc, tu es prévenu

Murakami et Ozawa (6) : aide à la lecture : première conversation (5) : Uchida et Sanderling


Le solo de piano d'une incroyable subtilité s'achève, et l'orchestre intervient de nouveau. On entend un véritable miracle musical. Les deux auditeurs poussent des gémissements simultanés (5:42).

(...)

Murakami : plus vous m'en dites, plus je me rends compte à quel point il est difficile de diriger un orchestre. Ecrire un roman tout seul dans son coin est bien plus facile. (Eclat de rire. )

De la musique. Conversations. MURAKAMI Haruki, OZAWA Seiji




 

21.10.20

En cheminant avec la parasha (2) : Noah

 

La grande inondation. Gustave Doré

C'est Daniel Mendelsohn dans les disparus qui m'a fait prendre conscience de ce que soulevait la parasha de la semaine...
Le texte précise bien, tout de suite : "Ceci est l'histoire de Noé. - Noé fut un homme juste, irréprochable, entre ses contemporains ; il se conduisit selon Dieu. "(Genese 9-1)
Entrée glaçante après la lecture mendelsohnienne. Noé est un "tsadik". J'ai du recourir à l'hébreu pour être sûre que j'avais bien lu. Car en français contemporain un "juste" c'est aussi un "juste parmi les nations". Mais finalement, l'honneur des "justes parmi les nations" est sauf, car l'hébreu dit d'eux "hassids" et non "tsadiks". Ils ne sont pas comme Noé
Noé, l'homme qui obéit à Dieu. Sans discuter, sans commentaires. Abraham, à Sodome, marchandera jusqu'à dix tsadikims avant de renoncer. Noé ne discute pas. Noé ne parle pas. Aucun mot ne sort de sa bouche. Noé obéit : tout ce que Dieu lui prescrit, il l'exécute précisément. 
"Dieu considéra que la terre était corrompue, toute créature ayant perverti sa voie sur la terre. Et Dieu dit à Noé : "le terme de toute les créatures est arrivée à mes yeux, parce que la terre, à cause d'elles, est remplie d'iniquité; et je vais les détruire avec la terre" (Genèse 9-12 et13)
Laissons répondre Daniel Mendelsohn aux commentateurs qui tentent de justifier le déluge : " Rien de tout cela, il faut le dire, ne semble très satisfaisant quand on abandonne les abstractions des commentateurs et qu'on prend le temps de se demander à quoi peut ressembler l'extinction de la vie d'un petit enfant par noyade ou autrement. Même après avoir médité le commentaire de Rachi, il est difficile de ne pas penser, vu la façon dont la Torah se préoccupe de maintenir les distinctions entre les choses, que l'annihilation des innocents et des coupables sans discrimination dans le récit du Déluge a quelque chose de relâché et de non casher, qui est à la fois inhabituel et dérangeant."(les Disparus, 3,ch2, l'histoire du Déluge)
La Genèse, contrairement à Gustave Doré, ne nous décrit pas les images de la réalité de la destruction. Et surtout, il manque le bruit. Dans son témoignage de l'inondation de la tempête Alex dans la Vésubie, une rescapée nous raconte comment, au tout début de la montée des eaux, c'est le bruit qui les a alertés :
"La matinée de vendredi s’était déroulée tout à fait normalement. On a travaillé comme d’habitude et nous sommes allés manger, un peu tardivement. Et à la fin du déjeuner, nous avons eu une coupure d’électricité et à ce moment-là on s’est un peu plus concentré sur ce qui se passait autour de nous. Avec mon père on s’est rendu compte que le bruit autour de la maison n’était pas du tout le même que d’habitude. La Vésubie ne faisait pas du tout le même bruit..." Puis elle nous raconte comment elle a sauvé ses quatorze chevaux, un par un, ce qui fait qu'elle n'a pu rien sauver, RIEN, pour elle-même, que les habits sur son dos, sa maison ayant été totalement emportée.
Le bruit, le cri des gens qui meurent, qui frappent sur l'Arche pour être sauvés, et que les rescapés entendent à l'intérieur de l'Arche (seule scène valable pour rattraper le film Noé ).
Après le cataclysme qui a frappé ma région en cet automne terrible, la parasha Noé tombe étrangement. Ces gens emportés dans leur maison. Deux  loups blancs retrouvés noyés. Les calmes vallées dévastées pour toujours. Les personnes disparues; mais aussi les vaches, les marmottes ... 
Comment se tourner vers Dieu, lorsqu'on lit la parasha Noa ? 

19.10.20

My favorite things (21) : automne (09)

 

1.Cheerianou. Le retour des châtaignes. Celles-ci étaient parfaites : charnues, goûteuses. J'ai essayé au micro-ondes, ça marche bien. 
Le goût de l'enfance. Nous n'en achetions jamais à la guérite devant l'église Notre-Dame où le gros bidon de féraille m'intriguait. Nous n'allions pas non plus en chercher en forêt, je me demande bien pourquoi. Mais ma mère en achetait au marché. Pour l'inauguration de la saison, elle en faisait dans la grande poële à trous. Puis ensuite, pendant toute la saison, elle en disposait quelques unes sur la grande cuisinière à mazout de la cuisine, là où mijotait aussi la soupe, et c'était un délice. J'adore tout : le contact lisse de la chataîgne crue, le petit bruit et la vibration de la coque cuite qui craque sous les doigts, puis celle de la peau qui se fend. J'aime aussi les châtaignes crues, c'est plus long et plus douloureux pour les phalanges avec la peau poilue qui colle au doigt. J'aime aussi les châtaignes corses, pelées et très sèches que l'on trouvait dans le Vieux-Nice au temps d'avant, esquintant les dents mais au parfum bien particulier ...

2. Les anges chez les catholiques, c'est vraiment quelque chose qui m'étonnera toujours ...
cathédrale de Lorgues

3. Au temps d'Amazon, ce genre de boutique me rassure, tout n'est pas perdu ...

3. Nostalgie. Mon premier tube devant public, à Sorède (Pyrénées Orientales) le village de ma mère, j'avais 4 ans et je savais déjà les chansons par cœur, même sans connaître la langue ... Je me souviens l'avoir chanté dans la rue, devant ma copine Marie Louise et , sans doute l'oncle Gep, un très vieux monsieur assis sur un banc aussi vieux que lui et peut-être même plus vieux, devant chez lui, rue des Foumiguers 

14.10.20

En cheminant avec la parasha (1) : bereshit

Eve, 1896, Lucien Lévy-Dhurmer
 

Ca y est , on a passé le cap du cycle de lecture, sans fête, sans danse avec la Torah, sans ronde avec les copines, sans les chansons, les rires et les bonbons. C'est le nouveau style épidémique.
M'a donné l'envie d'explorer quotidiennement, ou plutôt de tirer de la lecture hebdomadaire quelques élucubrations, et en plus je vais les partager. Levée des yeux au ciel ...

Bérechit, c'est le début. Je me passerai des commentaires sur le B au lieu du A, d'autres ont fait cela beaucoup mieux que moi. 

Non, une piste m'est apparue hier devant mon téléviseur, en visionnant un film français de 2018 , Nos batailles, avec une icône, Romain Duris. Le pitch : une femme, mère de deux enfants, femme d'un syndicaliste dévoué surtout aux autres, très fatiguée et très malheureuse quitte le domicile conjugal et laisse la charge du foyer à son époux, Romain Duris, qui évidemment va galérer. Elle ne donne aucune nouvelle sauf une carte postale de Wissant. Pour ceux qui restent, c'est vraiment la galère galère. Mais la pauvre la pauvre, elle devait avoir ses raisons, elle devait être très malheureuse, elle doit être malheureuse, etc. etc.
C'est dommage que le cinéaste ne soit pas venu un lundi matin (c'est le jour de la "tourne" pour les gardes alternées) dans ma classe maternelle où des enfants en vrac pleurent toutes les larmes de leur corps, hurlent leur colère à grands cris, appellent l'un des deux parents ou les deux parents à la fois ... 

Quel rapport avec la Parasha Bereshit ? Tout.

Béreshit, c'est la création du monde, du nôtre : notre espace, nos 2 ancêtres.
Dieu a créé l'Eden, mais les humains ne savent pas en profiter : dès le départ, ils ne savent pas exploiter les biens de la Terre sans en abuser, se contentant d'ouïe-dire .  Logés, nourris, pas encore blanchis, ils ne sont pas satisfaits, en veulent plus, se croyant déjà immortels ((Genese 3.5). Ils dénient leur culpabilité dans le c'est pas moi c'est l'autre (Genese 3.12-13). Quelle phrase est-elle plus odieuse que "Suis-je le gardien de mon frère ?" (Génèse 4.9). Très contemporaine, Eve utilise déjà à son unique profit la fécondation in-vitro ("J'ai fait naître un homme, conjointement avec l'Eternel (Genese 4.1)" 

Comme le fait remarquer André Néher, l'homme et la femme, prêts à écouter le premier qui passe, (Genese 3.1), s'accusent l'un l'autre  mais ne se parlent pas (ils s'adressent à Dieu seulement).   Et quand leurs enfants Abel et Caïn, se mettent à parler, l'un tue l'autre (Genese 4.8). Ca commence bien, la famille.

L'univers de Bereshit peut paraître austère et dur mais paradoxalement il me réconforte. Les actes des humains ont des conséquences réelles et concrètes, irréparables. Dieu, dans son rôle, ne laisse pas de place à la psychologie, aux excuses du siècle. C'est la loi du "récolte ce que tu as semé", l'hubris-nemesis. La perte de l'Eden, l'exil.

Le lundi matin,  je pense souvent que c'est bien tout ce que l'humain mérite. 



Murakami et Ozawa (5) : aide à la lecture : première conversation (4) : Serkin et Ozawa (2)

 "Ozawa : ... C'est amusant d'être chef invité. Comme je vous l'ai dit, je l'ai fait pendant trois ans. je me souviens en particulier d'un vermouth italien... Carpano... Punt e Mes Carpano. C'est Rubinstein qui me l'a fait découvrir."

De la musique. Conversations. MURAKAMI Haruki, OZAWA Seiji


12.10.20

Murakami et Ozawa (4) : aide à la lecture : première conversation (3) : Serkin et Ozawa


 "Murakami : J'aime beaucoup la façon dont Serkin aborde cette cadence. On dirait qu'il escalade une colline avec une lourde charge sur le dos, rien n'est fluide ici, on a presque l'impression qu'il bégaie et il force l'admiration. Est-ce qu'il va réussir ? Et-ce qu'il va arriver sans encombre jusqu'au sommet ? En l'écoutant on s'inquiète pour lui, et la musique vous saisit."

De la musique. Conversations. MURAKAMI Haruki, OZAWA Seiji

11.10.20

Murakami et Ozawa (3) : aide à la lecture : première conversation (2) : Serkin et Bernstein ; instruments anciens Jos Van Immerseel, Bruno weil

1.

2.

De la musique. Conversations. MURAKAMI Haruki, OZAWA Seiji




 

My favorite things (20) : automne (08)

 1. Chapelles

Chapelle sainte Brigitte à Vidauban :


Elle a attiré notre regard depuis l'autoroute A8. Sa situation à la prophète Elie est magistrale. 



Le site, accessible en une longue spirale pédestre, est la quintessence de la Provence : oliviers en terrasses, chênes verts, grenadier, ânes gris. L'arrivée est délicieuse, la chapelle est toute couverte de mots d'amours gravés, et il ne manque rien, pas même deux tables d'orientation en granit (NB : ceux qui pensent que ce qui est gravé dans le granit est immuable, détrompez-vous) donnant sur les vignes du Rosé et les bâtiments cossus. Tout ceci rend d'autant plus décevant, presque déprimant, l'intérieur que l'on aperçoit à travers le portail vitré, du genre tout-ça-pour-ça : des murs blancs chaulés, deux images pieuses saint-sulpiciennes ou italiennes mère-fils délavées posées sur un autel médiocre. Les chapelles grecques les plus perdues rivalisent de mignonneries : canevas minutieusement brodés, exvotos, petits bouquets secs. Mais nous sommes en Provence, Sainte Brigitte n'a plus de fidèles, elle est désœuvrée. 

2. Cafés

A Lorgues, l'embarras du choix, et d'où l'on est on a le temps de regretter en observant les autres : à l'Embuscade, air plus chic, aurait-il été moins amer ? Mais les deux têtes de sangliers qui ornent l'entrée ne me font pas vraiment regretter.

3. Beaux mecs.
Il en jette le Romain
cathédrale de Lorgues

9.10.20

Murakami et Ozawa (2) : aide à la lecture : première conversation (2) : Gould et Karayan, Gould et Bernstein

1.

2.

"Murakami : il fait preuve d'une telle liberté dans les changements de rythme. C'est son style - s'il avait été écrivain, on aurait pu dire que c'était sa manière d'enchaîner les phrases. L'accompagner devait être difficile.
Ozawa : Oui, bien sûr.
Murakami : ce qui signifie qu'en répétition il fallait comprendre sa respiration et tenter de s'y adapter ?
Ozawa : Eh bien oui. La difficulté tient à ce que des musiciens d'un tel calibre sont capables de le faire aussi en concert. Le chef et le soliste doivent donc calculer soigneusement leurs gestes, même s'il s'agit moins, en réalité, de calcul que de confiance."
(...)


"Avant que je retourne le disque pour passer le deuxième mouvement, nous nous accordons une courte pause pour boire un thé Hojicha chaud et manger des gâteaux de riz."


"Murakami : Il ne doit pas exister beaucoup de pianistes capables de jouer ce deuxième mouvement sans le rendre vraiment très ennuyeux.
Ozawa : C'est exact. "

De la musique. Conversations. MURAKAMI Haruki, OZAWA Seiji





 

Tendances (08) : automne (07)

 1. Chanson (bis) 


Cela peut représenter un luxe que de mourir du coronavirus, trempé dans sa couche, sur le fauteuil roulant de son ehpad. Alors qu'on peut mourir emporté par la Vésubie, kalashnikové au Bataclan, écrasé à pied sur le trottoir de la Promenade des Anglais ou dans sa voiture au péage d'Antibes, d'un bon cancer du fumeur, d'une intoxication chez Mac Do, d'avoir confondu les couloumelles avec une amanite printanière, d'une hydrocution à la plage, veuf, d'une corniche effondrée d'un immeuble, en sautant du pont de l'Artuby,  d'une attaque devant sa télé ...

2. Lectures

" On a tendance à parler de la Shoah d'une façon mystique, à lier les événements à l'inexplicable, au mystérieux, à la folie, à l'insensé. Cette tendance est compréhensible. A tout point de vue, elle est dangereuse. L'assassinat, sa malignité intentionnelle, ne dovent pas être interprétés dans le langage de la mystique. Une main ignoble s'est levée contre la race humaine : il n'y a pas de mysticisme, mais un coup porté au pilier central des Dix Commandements. "

Aharon Appelfeld, L'héritage nu, 2e conférence, fin.

8.10.20

Tendances (07) : automne (6)

1.Randonnées : Le ballet incessant des hélicoptères nous rappelle sans cesse le désastre de nos vallées. Le préfet a interdit l'accès à toutes les forêts pour le week-end, même loin des inondations : les hélicoptères et les secours sont réservés aux sinistrés et le préfet a énoncé clairement qu'il n'était pas question de passer son temps ce week-end à secourir des randonneurs après tout ce qui s'est passé.

En attendant il reste les petits paradis (Roquebrune)



2. Ce matin, mon ami Christian a publié sur son blog un texte très émouvant illustré d'un très morceau de Vivaldi. J'ai toujours beaucoup de mal avec les contreténors. D'abord parce qu'ils sont assez souvent de mauvais ténors recyclés. Ensuite :  s'ils sont bons, le public leur trouve un angélisme inégalé; pour parler vrai, cela me révolte. D'abord parce que la musique, ce n'est ni par des anges ni pour des anges. La musique ce sont des tripes, des hormones, des sentiments, de la vie quoi ! C'est sans doute pour cela qu'on a mis les femmes de côté, interdites de concerts, de théâtre, remplacées par des hommes ou pire encore par des petits garçons. 
Heureusement, il y a Cécile Bartoli

3. Lectures

"La guerre nous a appris, à notre étonnement, que la vie la plus atroce n'en était pas moins la vie. Dans les ghettos et dans les camps, les gens s'aimèrent, chantèrent des chansons sentimentales, débattirent des programmes des partis politiques. Il y avait des cours du soir pour apprendre le français, et l'après-midi, les gens prenaient le café -s'ils  en avaient. Au seuil de la mort, un homme recousait encore ses boutons. Et point n'est besoin de rappeler que les enfants jouaient. Plus proche était la mort, plus grand était le refus d'admettre son existence."

Aharon Appelfeld, L'héritage nu, 2e conférence, p59

4. On peut trouver encore des prunes.

Gyoshû Hayami. Bol à thé et fruits


4.10.20

Murakami et Ozawa (1) : aide à la lecture : première conversation (1): prélude


Premier concerto pour piano de Brahms

Pour comparer :


La trouvaille de Murakami dans sa discothèque :

De la musique. Conversations. MURAKAMI Haruki, OZAWA Seiji






Tendances (06) : dimanche


 1. Miranda et la tempête, J.W. Waterhouse

2. Lectures

"Le besoin d'expression personnelle à l'heure de l'affliction existe de longue date. Toute l'histoire juive est tissée de l'antique besoin. Je rappelle une fois encore ce fait élémentaire, parce qu'il arrive que, dans une discussion, on entende quelqu'un vous mettre en garde : "Laisse la littérature à l'écart de tout cela, laisse parler les documents et les faits établis." Je n'ai aucun désir de minimiser cette assertion. Mais je souhaite faire observer que les chiffres et les faits furent les moyens, bien avérés, des assassins. L'homme comme numéro est une des horreurs de la déshumanisation. Ils ne demandèrent jamais à quiconque qui il était ou ce qu'il était. Ils tatouèrent des chiffres sur le bras. Devrions-nous chercher à suivre ce chemin et parler de l'homme dans la langue des statistiques ?"

Aharon Appelfeld, L'héritage nu, 2e conférence, p56

3. Petit paradis: Roquebrune (suite)

Bien symbolique, aujourd'hui, cette petite vierge protectrice, toute rongée par les éléments


4. Dimanche, mélancolie




3.10.20

My favorite things (19) : automne (5)

 1. Il y a des articles rassurants, qui donnent du baume au cœur, et on sent bien la différence entre les Juifs et les Chrétiens. Ainsi, dans l'article d'Horvilleur cité hier :

"La pensée juive ne considère pas que nous puissions pardonner au nom de ceux qui ne sont plus là. Elle a si souvent dans son histoire croisé la mort et la tragédie, qu’elle a fini par admettre que personne n’a de mandat pour pardonner au nom des morts. Aucun de nous n’est en mesure d’effacer les fautes dont un autre a été victime, ou de pardonner l’impardonnable dont on n’a pas souffert soi-même."

2. lectures

"Je ne peux affirmer que l'art de la littérature soit tout-puissant, magique, un pur acte de foi, mais on ne peut lui contester une vertu : sa loyauté envers l'individu, sa vigilance à l'égard de sa souffrance et de ses peurs, et on ne peut lui contester le fragment de lumière, qui, de temps en temps, étincelle en lui."

Aharon Appelfeld, L'héritage nu, conférence 1 p50

3. Petit paradis (suite)


4. Et pour finir pure beauté 




30.9.20

Tendances (05) : kippour

 1. Un kippour de rêve, de mon ami Alain Amiel


2. Mais, au temps du Corona, ce n'est pas comme ça. C'était toute seule chez moi. Une sorte de confinement volontaire : ne pas vouloir aller travailler, comme pour profiter de mon "dernier kippour de classe", mais un peu en fraude quand même, donc ne pas se faire voir.
Pourquoi aller à la synagogue, fraternelle d'habitude, chaleureuse, pleine à craquer de gens que l'on ne voit souvent que là et à cette occasion, de gens qui se rapprochent comme si en jour il n'y avait que cela de possible ? A quoi bon entendre le borborigme des prières masquées, même le chofar l'arbore. A quoi bon adhérer au programme j'ai ma place-payée-reservée-bracelet-vigile dans l'entresoi. Tout cela pour peut-être transmettre le virus, ou l'attraper. 

3. Mais il reste youtube, heureusement, et les chansons de circonstance, et dans la couleur ...

4. Il reste aussi Aharon Appelfeld, ou au moins ces écrits, que l'on a le temps de lire en l'absence du réseau en jeûne :
"Pour une raison ou pour une autre, ma propre destinée me poussa vers la littérature. Dans ma grande naïveté, j'étais certain qu'elle se tenait au fond de ma capacité à poser les bonnes questions. Il est sûr qu'à sa manière, la littérature pose en effet ces questions et à la fois y répond, mais sa force ne repose pas sur des énoncés, des blâmes ou des sermons, mais plutôt sur les détails, qui sont invisibles pour l'œil et sur lesquels, si l'on veut, le monde repose."
Aharon Appelfeld, L'héritage nu, conférence 1 p 48.

5. Et une piqûre de rappel de Delphine Horvilleur

28.9.20

My favorite things (17) : automne (4)

1. L'automne, c'est l'automne. Il est partout sur le net


 

2. Lectures."Car il savait que , pour une période dont il n'apercevait pas le terme, son rôle n'était plus de guérir. Son rôle était de diagnostiquer. Découvrir, voir, décrire, enregistrer, puis condamner, c'était sa tâche. "                           Albert Camus, La Peste, p176 ed. Folio

3.Petit paradis. Roquebrune (suite) : un olivier peut en cacher un autre




20.9.20

My favorite things (16) : automne (3)

1. Lectures
"Au milieu du disque, on entendit deux coups de feu claquer au loin.
- Un chien ou une évasion, dit Tarrou.
Un moment après, le disque s'acheva et l'appel d'une ambulance se précisa, grandit, passa sous les fenêtres de la chambre d'hôtel, diminua, puis s'éteignit enfin.
- Ce disque n'est pas drôle, dit Rambert. Et puis cela fait bien dix fois que je l'entends aujourd'hui.
- Vous l'aimez tant que cela ?
- Non, mais je n'ai que celui-là."

 Albert Camus, la peste, p149

2. La saison change, le soleil aussi

3. Enfin ne pas culpabiliser de passer son dimanche sur le canapé, écouter gronder l'orage, regarder une série musicale avec d'innombrables épisodes, et sortir boire un chocolat plein de chantilly




17.9.20

My favorite things (15) : automne (2)

 1.Petit paradis. Roquebrune (suite)

Sous les mantras un reste d'enseigne. Quelle boutique se tenait là, du temps de l'enfance du vieux tourneur sur bois, du temps des trois boulangeries et des vergers d'agrumes ?

2. Ailleurs, un autre paradis, plus proche de l'Eden.

3. Lectures
"La seule mesure qui sembla impressionner tous les habitants fut l'institution du couvre-feu. A partir de onze heures, plongée dans la nuit complète, la ville était de pierre.
Sous les ciels de lune, elle alignait ses murs blanchâtres et ses rues rectilignes, jamais tachées par la masse noire d'un arbre, jamais troublées par le pas d'un promeneur ni le cri d'un chien. La grande cité silencieuse n'était plus alors qu'un assemblage de cubes massifs et inertes,entre lesquels les efficies taciturnes de bienfaiteurs oubliés ou d'anciens grands hommes étouffés à jamais dans le bronze s'assayaient seuls, avec leur faux visage de pierre ou de fer, à évoquer une image dégradée de ce qui avait été l'homme."
Albert Camus, la peste, folio, p159

4. Quand on vit dans son propre microcosme, on passe à côté de quelques beautés qui semblent fort connues. Mais ça n'est pas très grave, car un jour ou l'autre, on tombe dessus, et c'est l'émerveillement :

Le temps, c'est de l'amour.

13.9.20

Le souvenir des belles choses (3) : serviettes de toilette (1)

 Comme, au sortir de la douche, je me posais la question qui tournait dans ma tête, comment continuer, voici que j'eus la réponse avec un drap de bain.



Nous n'aimions pas les "souvenirs" et lors de nos nombreux voyages, nous ramenions des objets pour le quotidien.
Cette serviette là a 27 ans. Le rouge en est un peu délavé, à peine. Quand j'étais petite, je lisais le journal de Mickey, que j'achetais dans la boutique toute noire du buraliste à l'angle de ma rue, je pouvais y aller seule car il n'y avait aucune rue à traverser, mais le magasin lui-même, un vieux tabac tout noir, et le coin des magazines pour enfant, tout sombre au fond, étaient assez impressionnants ; c'est pourtant là que je trouvais mon journal, et les poches, et les parades, puis les Pifs gadget et les Totoche Poche, et puis après le vieux buraliste très gros en tablier blanc qui avait la voix de Bourvil a vendu à Monsieur Marcel qui a tout transformé. Adolescente, j'avais commandé au catalogue de la Redoute de toutes petites serviettes avec la couverture du journal de Mickey, mais je rougis en y pensant parce qu'elles ont eu un drôle d'usage ensuite, si ma mère avait su lequel elle ne les auraient pas commandées, ces serviettes Mickey ... Mais celle-ci , celle de la photo, est plus tardive, et plus grande , et j'ai craqué en la voyant , dans la vitrine du centre commercial de Broadway, juste en face de l'immeuble qui ressemble à un fer à repasser. Juste après, nous nous sommes pincés plusieurs fois pour voir si le décalage horaire ne nous avait pas flingués : il y avait des éléphants qui défilaient dans la rue, dirigés par des hommes enturbannés et chargés de femmes en saris qui jetaient des pétales de fleurs : c'était le défilé de campagne d'un juge de paix. New York, c'est le miracle perpétuel. Quand je suis arrivée dans cette ville, j'étais à la fois dans mon élément familier, des lieux que j'avais vus des centaines de fois au cinéma, mais tout à coup les dimensions étaient multipliées, insaisissables. De notre chambre d'hôtel, nous voyions l'Empire State Building par la fenêtre. Je ne me souviens pas avoir tant visité de choses que ça dans les huit jours que j'y ai passé, mais je me souviens avoir fait la même chose qu'à Venise : marcher, marcher, marcher. F. y était allé aussi pour le travail et nous avons visité dans un building avec gardien à casquette, une femme qui avait été en classe avec Angela Davis et qui habitait, en face de celui où John Lennon était mort assassiné, un appartement recouvert de livres et de trompe l'œil en forme de livres; nous avons visité une autre femme aussi, qui avait une galerie en immeuble dans Gramecy Park d'où aurait bien pu sortir Woody Allen. Dans mon album, il y a cinq photos : moi avec une famille d'ours sculptée devant le Musée National, une immense limousine blanche comme dans les dessins animés de Tex Avery, deux photos d'un concert de Franck Amsallem, de qui nous avons fait la connaissance dans son appartement de Brooklyn. Grâce à lui, j'ai pu me promener dans tous les paysages familiers des romans de Chaïm Potok,  avec en prime la maison du Rabbi qui était encore en vie, mais je n'ai pas visité le Zoo, parce que je n'aime pas les zoos.
 Il y a aussi une photo prise depuis l'île de la statue de la liberté. Nous avons du nous arrêter là en attendant de  reprendre le bateau. Rien de particulier au premier coup d'œil, même au deuxième, une vue tranquille sur Manhattan. En y regardant de plus près, à travers les arbres, on y voit les deux tours les plus hautes, deux tours jumelles.

12.9.20

Tendances (04) : automne (1)

1. Hier, 17 ans, le premier jour du reste de ma vie

Comme chacun de nous, je me souviens exactement de ce moment, où j'étais, qu'elles étaient mes pensées.
Je ne savais pas que le monde le plus intime allait s'effondrer comme l'ont fait les tours. Le plus effarant aujourd'hui reste que c'est que ce ne fut pas le premier jour du reste de la vie pour la plupart des autres autour de moi. 
Finalement, ces grandes crises qui bouleversent le monde, les témoins, nous, les appréhendons mal. Peut-être ma mère n'a pas senti que son univers allait être pulvérisé alors qu'elle allait danser en 1939, avant qu'elle devienne veuve avec un enfant, ou plutôt femme de disparu. Peut-être cela fut-il ainsi pour mon père aussi, avant qu'on ne le prive de sa nationalité, qu'il se cache en forêt pour ne pas partir dans une usine en Allemagne. Aujourd'hui le style est différent : les gens se réfugient dans le déni, le complotisme ; pas seuelement ceux de la rue que l'on voit interviewé aux infos, non. Mais vos collègues de travail, votre haver de Talmud, vos amis d'enfance. C'est aussi le monde intime qui continue à s'effondrer. Souvent je pense que cette qualité de lucidité qui m'a été attribuée n'est pas un don, mais une calamité inutile.

2. Heureusement, il y a les petits bonheurs qui réconcilient de tout, même des guerres nucléaires. Ainsi, j'ai découvert que là, sous le pont de mon double-pot, habite le gecko. Tout-à-l'heure, comme mes petits élèves quand on fait l'exercice séisme, il pensait que je ne le voyais pas mais sa queue dépassait !


3. Petit paradis. Roquebrune (suite)





9.9.20

My favorite things (14) : mercredi

 1. Petit paradis. Roquebrune (suite)


2. "Le soleil poursuivait nos concitoyens dans tous les coins de rue et, s'ils s'arrêtaient, il les frappait alors."
Albert Camus, La Peste, folio p106

3. J'aimerais bien que le soleil de Calder me poursuive ...




8.9.20

My favorite things (13) : week-end (01)

1.Petit paradis : Roquebrune (1)


2. Lecture 

"Là encore, cependant, la réaction du public ne fut pas immédiate. En effet, l'annonce que la troisième semaine de peste avait compté trois cent deux morts ne parlait pas à l'imagination. D'une part, tous peut-être n'étaient pas morts de la peste. Et, d'autre part, personne en ville ne savait combien, en temps ordinaire, il mourait de gens par semaine. "

Alber Camus, La peste, ed. Folio p77

3. Apprendre à la tombée de la nuit à dessiner avec Sylvie T. et à la fin du jour à peindre avec Valérie Eguchi

 



7.9.20

Le souvenir des belles choses (2) : berechit ...

... ou comment commencer ? où commencer ? Les premiers souvenirs qui reviennent ne sont pas les premiers, et ne sont pas d'un temps mais d'un lieu. Bizarrement, c'est là qu'a décidé de finir son voyage mon amie morte cet été, pourtant je suis presque sûre de ne jamais y être allée avec elle. Lorsque je me baignerai, à Eze, j'aime à imaginer que j'y croiserai une petite cendre accrochée à une algue. Ou à un oursin.

Mon histoire avec Eze commence bien avant mon adolescence. Eze , c'était la plage mythique de mon enfance. La plage, c'était le Cros de Cagnes, où j'allais quotidiennement avec mes parents pendant tout le temps des grandes vacances d'été. Eze, c'était "la Plage". 

Je n'ai aucune idée de ce qui déterminait le fait de s'y rendre. Je me souviens cependant que c'est là que mon père y avait tenté sa première expérience de pêcheur en mer, et nous avec, et que j'avais attrapé un gobbi, dont simplement le nom me faisait rêver (pourtant, je m'aperçois aujourd'hui que je n'en savais pas l'orthographe : il faut écrire gobie et il figure même dans Wikipedia; je prends conscience également qu'il doit falloir dire go-bie, avec l'accent sur la deuxième syllabe, alors que je dis gob(bi).) C'est vrai que c'était aussi le nom d'un grand désert qui me fascinait sur le grand atlas vert de mon frère. C'était aussi le nom du singe dans ma méthode de lecture, Macoco, que les indigénistes voueraient aux enfers aujourd'hui, peut-être avec raison, mais qui ont fait mes délices dans l'apprentissage de la lecture. C'était aussi la plage de Lydia, ma marraine, qui a sa page dans Wikipedia comme le gobie. La plage où elle aimait se rendre hors saison, comme le font les Russes; et comme c'était la plage de Lydia, ce ne pouvait être que la plus belle des plages, n'est-ce pas ?
C'est sans doute pour cela que j'ai décidé d'y emmener mon amoureux, pour le premier bain.

Aller à Eze était déjà une aventure. Il fallait, comme Lydia, prendre le train omnibus, et nous le faisions depuis sa gare à lui, Nice-Riquier. Au lycée, nous avions très peu d'argent de poche, et c'était au guichet que nous achetions les petits tickets en carton épais que le poinçonneur trouait à l'aller et ramassait au retour. Nous avons vite compris que le contrôleur ne restait pas longtemps sur le quai, et que si nous trainions un peu, au retour, nous allions pouvoir conserver le ticket en carton et ainsi, puisqu'à la gare d'Eze il n'y avait déjà plus de chef de gare sur le quai, économiser le retour à l'infini en voyageant en règle.

Quand on arrive à la gare d'Eze, toute petite gare typique du réseau, il faut contourner et franchir les rails par un tunnel, en passant sous la voie, et descendre parmi les villas, jusqu'à la ruelle qui mène à la plage. La ruelle est toujours là, les maisons y sont minuscules, peut-être pas si prisées que cela puisque la grande voie qui mène à Rome y fait passer tous les trains très vite dans la grande ligne droite que représentent la route et la plage. 
A Eze, il fallait se baigner chaussé. C'était une plage encore sauvage, avec posidonie et oursins. J'avais peur des oursins et des piquants dans les pieds qui précédaient l'aiguille rougie au feu par ma mère qui les enlevait ensuite en triturant bien. Les galets étaient énormes et inconfortables, et les navires y faisaient souvent déposer de grosses taches de cambouis qui tâchaient irrémédiablement habits et chaussures. Oui, c'était vraiment une plage pour esthètes et non pour hédonistes. Je détestais le cambouis, les piquants d'oursins et j'avais peur des algues et de ce qu'elles dissimulaient :  ma solution était de marcher le moins possible sur les énormes cailloux, de me glisser dans l'eau et de nager le plus vite possible au loin, d'où l'on pouvait admirer la combinaison des falaises, des pins parasols et des villas méditerranéennes. Avec sous soi des kilomètres de fonds transparents. Un ami que j'y amenais plus tard, dans la vingtaine, champion de natation, ne pouvait supporter d'y rester et , à ma surprise, me révéla pourquoi : devant cette immensité abyssale, il avait une peur panique. 
F. gardait aussi son petit cousin parisien de 9 ans pendant les grandes vacances, et nous le trainions à la plage, en pleurs : il voulait rester devant la télé pour regarder ses émissions fétiches. Il a maintenant des enfants qui ont largement passé cet âge, et je me demande s'ils aiment la mer...

Je n'ai pas conservé les premières photos que nous y avions prises, mais je m'en souviens parfaitement : lui, sur la plage, avec des colonnes de galets superposés, en équilibre.  A part ces tas de pierres, je ne me souviens absolument pas de ce que nous y faisions : lectures, discussion, bronzage. Tous ces instants ont du se muer en fines particules, emportées par le vent, accrochés à une algue ou à un oursin. 


6.9.20

Tendances (03)

1. Lecture 

"Malgré ces spectacles inaccoutumés, nos concitoyens avaient apparemment du mal à comprendre ce qui leur arrivait. Il y avait les sentiments communs comme la séparation ou la peur, mais on continuait aussi à mettre au premier plan les préoccupations personnelles. Personne n'avait encore réellement accepté la maladie. La plupart étaient surtout sensibles à ce qui dérangeait leurs habitudes ou atteignait leurs intérêts. Ils en étaient agacés ou irrités et ce ne sont pas là des sentiments qu'on puisse opposer à la peste. Leur première réaction, par exemple, fut d'incriminer l'administration. "

Albert Camus, la Peste, ed. Folio p76

2. Bien que je sois plutôt obsédée par les petits bonheurs, de temps en temps, je suis ramenée à la réalité du monde par quelque horreur répétitive. Attentat de Charlie Hebdo ? Incendie de Notre-Dame ? Que nenni ... Dans un petit coin de campagne française, quelqu'un a trouvé une occupation divertissante et sans risque immédiat et aussitôt il trouve des followers, ou mieux, des copieurs, des fans, des imitateurs, et une ligue se crée. Le seul avantage de ce genre de récit, c'est que cela m'aide à comprendre comment le mal se propage dans le monde, un p'tit coup de rappel, même si la période n'est pas vraiment propice à être béat.

3. Heureusement , il y a l'ukiyo-e pour poursuivre son chemin


4. ... et puis les plantes. La vitalité, la puissance dans une toute petite chose qu'on plante au sens premier du terme. Saurez-vous trouver quelle est celle-là, dont le destin n'était certainement pas d'être en feuille sur mon balcon ?

5.9.20

My favorite things (12) : Rentrée

1. J'ai découvert cette chanson. J'ai trouvé qu'elle était juste ce qu'il faut en hommage à mes amies mortes de l'été, et surtout pour leurs veufs. Pourtant, pour moi, je ne pense pas partager ce sentiment ; simplement parce que je n'ai pas de projection vers le futur. Pourtant les rides sur les mains, c'est quelque chose qui me frappe depuis l'enfance; c'est le seul souvenir que j'ai de ma grand-mère maternelle morte quand j'avais quatre ans : l'image de ses mains, sur lesquelles je passais un petit cactus en plastique et je riais ...

2. Cette semaine, c'était ma dernière rentrée des classes. Ca m'a fait bizarre, juste quelques instants. Ensuite, c'était comme d'habitude, la petite angoisse de la découverte de la nouvelle promo et la joie d'être là, à ma place, parmi toute cette toute petite jeunesse mignonnette Benetton ...

3. Miro aussi devait être juste heureux quand il avait fini sa toile. En tout cas, il me donne ce bonheur chaque fois que je découvre une nouvelle de ses œuvres.


4. J'ai découvert grâce aux statistiques que j'avais une vingtaine de lecteurs au moins, parfois plus, pour ces chroniques. Totalement invisibles et silencieux ils sont. Merci à eux en tout cas, "on" se sent moins seul ...