2.3.13

Mes notes de chevet (104) : divertissements

"Le meilleur moment, pour un concert, c'est la nuit, quand on ne voit pas le visage des gens."
Sei Shônagon, Notes de chevet.



Mes notes de chevet.
Vu côté scène, il est bien plus facile de se lancer dans la nuit du parterre, plus encore quand on est loin de chez soi et que l'on est sûr que personne dans le public ne vous connaît.
Je n'oublierai jamais l'homme placé dans la première rangée, qui a scrupuleusement plié sa cravate pendant tout le dernier morceau ...

Mélisande, celle qui laisse tout tomber dans l'eau et ne se laisse pas prendre par la main (11) : mains d'hommes



"Eh bien, voici l'eau stagnante dont je vous parlais. Sentez-vous l'odeur de la mort qui monte ? Allons jusqu'au bout de ce rocher qui surplombe et penchez-vous un peu; elle viendra vous frapper au visage. Penchez-vous, n'ayez pas peur, je vous tiendrai. Donnez-moi - non, non, pas la main, elle pourrait glisser, le bras. "
Pelleas et Mélisande, Acte 3, scène 2. Debussy, Maeterlinck

1.3.13

Fragments du quotidien (1) : presse féminine

Avant de passer le journal dans le sac de recyclage, j'ai repensé à l'article que j'y avais lu en décembre...


Marie-Claire n°Décembre

Mélisande, celle qui laisse tout tomber dans l'eau et ne se laisse pas prendre par la main (10) : Rapunzel



"- Oh ! Oh ! Qu'est-ce que c'est ? Tes cheveux, tes cheveux descendent vers moi ! Toute la chevelure, Mélisande, toute la chevelure est tombée de la tour !
Je les tiens dans les mains, je les tiens dans la bouche, je les tiens dans les bras, je les mets autour de mon cou. Je n'ouvrirai plus les mains cette nuit.
- Laisse-moi ! Laisse-moi ! Tu vas me faire tomber.
- Non, non, non ! Je n'ai jamais vu de cheveux comme les tiens, Mélisande. Vois, vois, vois, ils viennent de si haut et ils m'inondent encore jusqu'aux genoux ! Et ils sont doux, ils sont doux comme s'ils tombaient du ciel. Je ne vois plus le ciel à travers tes cheveux. Tu vois, tu vois ? Mes deux mains ne peuvent plus les tenir; il y en a jusque dans les branches du saule. Ils vivent comme des oiseaux dans mes mains, et ils m'aiment, ils m'aiment plus que toi.
- Laise-moi, laisse-moi ! Quelqu'un pourrait venir.
- Non, non, non. Je ne te délivre pas cette nuit. Tu es ma prisonnière cette nuit, toute la nuit, toute la nuit."


Pelleas et Mélisande, Acte 3, scène 1. Debussy, Maeterlinck

28.2.13

Mélisande, celle qui laisse tout tomber dans l'eau et ne se laisse pas prendre par la main (9) : plus bas, dans le vert sombre


"- Donne-moi du moins ta main ce soir, avant que je m'en aille. Je pars demain.
- Non, non, non !
- Si, si, je pars, je partirai demain.
Donne-moi ta main, ta main, ta petite main sur mes lèvres.
- Je ne te donne pas ma main si tu pars.
- Donne, donne, donne ...
- Tu ne partiras pas ?
- J'attendrai, j'attendrai.
- Je vois une rose dans les ténèbres.
- Où donc ? Je ne vois que les branches du saule qui dépasse le mur.
- Plus bas, plus bas, dans le vert sombre.
- Ce n'est pas une rose. J'irai voir tout-à-l'heure, mais donne-moi ta main d'abord, d'abord ta main.
- Voilà, voilà, je ne puis me pencher davantage.
- Mes lèvres ne peuvent pas atteindre ta main !
- Je ne puis me pencher davantage. Je suis sur le point de tomber."

Pelleas et Mélisande, Acte 3, scène 1. Debussy, Maeterlinck

27.2.13

Mélisande, celle qui laisse tout tomber dans l'eau et ne se laisse pas prendre par la main (8) : perfection



Mes longs cheveux descendent jusqu'au seuil de la tour;
mes cheveux vous attendent tout le long de la tour,
et tout le long du jour,
et tout le long du jour,
Saint Daniel et Sait Michel,
Saint Michel et Saint Raphaël,
je suis née un dimanche,
un dimanche à midi.

Pelleas et Mélisande, Acte 3, scène 1. Debussy, Maeterlinck


26.2.13

Mélisande, celle qui laisse tout tomber dans l'eau et ne se laisse pas prendre par la main (7) : les ténèbres bleues



"Elle est très grande et très belle, elle est pleine de ténèbres bleues. Quand on y allume une petite lumière, on dirait que la voûte est couverte d'étoiles comme le ciel. Donnez-moi la main, ne tremblez pas ainsi. Il n'y a pas de danger; nous nous arrêterons au moment où nous n'apercevrons plus la clarté de la mer. Est-ce le bruit de la grotte qui vous effraie ? Entendez-vous la mer derrière nous ? Elle ne semble pas heureuse cette nuit.

Pelleas et Mélisande, Acte 2, scène 3. Debussy, Maeterlinck

25.2.13

Cent vues (73) : espoir

Orankai no Fuji, Hokusai

Verrai-je moi aussi le mont Fuji depuis Okpo ?



Mélisande, celle qui laisse tout tomber dans l'eau et ne se laisse pas prendre par la main (6) : du ciel et de son absence



"Il est vrai que ce château est très vieux et très sombre, il est très froid et très profond. Et tous ceux qui l'habitent sont déjà vieux."
(...)
C'est donc cela qui te fait pleurer, ma pauvre Mélisande ? Ce n'est donc que cela ? Tu pleures de ne pas voir le ciel ? Voyons tu n'es plus à l'âge où l'on peut pleurer pour ces choses. Et puis, l'été n'est-il pas là ? Tu vas voir le ciel tous les jours. Et puis l'année prochaine...
Voyons, donne-moi ta main; donne-moi tes deux petites mains. Oh, ces petites mains que je pourrais écraser comme des fleurs ...

Pelleas et Mélisande, Acte 2, scène 2. Debussy, Maeterlinck

24.2.13

Mélisande, celle qui laisse tout tomber dans l'eau et ne se laisse pas prendre par la main (5) : je n'en dis rien



"- Prenez garde de glisser. Je vais vous tenir par la main.
- Non, non, je voudrais y plonger les deux mains. On dirait que mes mains sont malades aujourd'hui."
(...)
" - Prenez garde ! prenez garde ! Vous allez tomber ! Avec quoi jouez-vous ?
- Avec l'anneau qu'il m'a donné.
- Ne jouez pas ainsi au dessus d'une eau si profonde.
- Mes mains ne tremblent pas.
- Comme il brille au soleil ! Ne le jetez pas si haut vers le ciel !
- Oh !
- Il est tombé !
- Il est tombé dans l'eau !
Où est-il ? Où est-il ?
- Je ne le vois pas descendre.
- Ma bague ?
- Oui, oui; là-bas.
- Oh! Oh ! Elle est si loin de nous !
 Non, non, ce n'est plus elle.
Elle est perdue, perdue ! Il n'y a plus qu'un grand cercle sur l'eau. Qu'allons-nous faire maintenant ?
- Il ne faut pas s'inquiéter ainsi pour une bague. Ce n'est rien. Nous la retrouverons peut-être. Ou bien nous en retrouverons une autre.
- Non, non, nous ne la retrouverons plus, nous n'en trouverons pas d'autres non plus. Je croyais l'avoir dans les mains cependant. J'avais déjà fermé les mains, et elle est tombée malgré tout. Je l'ai jetée trop haut du côté du soleil. "

Pelleas et Mélisande, Acte 1, scène 2. Debussy, Maeterlinck

23.2.13

Mélisande, celle qui laisse tout tomber dans l'eau et ne se laisse pas prendre la main (4) : on s'embarquerait sans le savoir et on ne reviendrait plus




"- Entendez-vous la mer ? C'est le vent qui s'élève. Descendons par ici. Voulez-vous me donner la main ?
- Voyez, voyez, j'ai les mains pleines de fleurs.
- Je vous soutiendrai par le bras; "

Pelleas et Mélisande, Claude Debussy et Maurice Maeterlinck,  Acte 1, scène 3


22.2.13

Mélisande, celle qui laisse tout tomber dans l'eau et ne se laisse pas prendre la main (3) : je n'en dis rien



"Je n'en dis rien.
Cela peut nous paraître étrange, parce que nous ne voyons jamais que l'envers des destinées, l'envers même de la nôtre..."

Pelleas et Mélisande, Acte 1, scène 2. Debussy, Maeterlinck



21.2.13

Mélisande, celle qui laisse tout tomber dans l'eau et ne se laisse pas prendre la main (2) : départ



"-Venez,donnez-moi la main.
- Oh, ne me touchez pas.
.... La nuit sera très noire et très froide. Venez avec moi.
- Où allez vous ?
- Je ne sais pas. Je suis perdu aussi.
"

Pelleas et Mélisande, Acte 1, scène 1. Debussy, Maeterlinck

20.2.13

Mélisande, celle qui laisse tout tomber dans l'eau et ne se laisse pas prendre la main (1) : la couronne



-... Pourquoi me regardez-vous ainsi ?
- Je regarde vos yeux. Vous ne fermez jamais les yeux ?
- Si, si, je les ferme la nuit
"

Pelleas et Mélisande, Acte 1, scène 1. Debussy, Maeterlinck


19.2.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (75) : petite main

"Tandis que nous marchions côte à côte dans le bois, May Kasahara enleva un de ses gants et glissa sa main dans la poche de mon duffle coat. Ca me fit penser à Kumiko : elle faisait souvent ce geste quand nous nous promenions ensemble en hiver. Je serrai la main de May Kasahara dans la mienne, au fond de ma poche : une petite main tiède, comme une âme emprisonnée."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 38 : La famille canard; l'ombre des larmes (le point de vue de May Kasahara, VII)

18.2.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (74) : et j'ai crié, crié

"Je ne sais pas comment te dire ça, mais, la famille canard qui vit dans les bois et moi, nous prions pour qu'un bonheur tout chaud t'enveloppe. S'il t'arrive quelque chose, n'hésite pas à crier mon nom bien fort."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 38 : La famille canard; l'ombre des larmes (le point de vue de May Kasahara, VII)

17.2.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (73) : l'ombre des larmes

"Mes larmes coulaient bruyamment par terre, aussitôt absorbées par les flaques de lune. Sous les rayons laiteux, je les voyais briller en tombant, comme de magnifiques cristaux. Tout d'un coup, je me suis rendue compte que mon ombre pleurait aussi : l'ombre de mes larmes se découpait nettement sur le mur. Oiseau-à-ressort, as-tu déjà regardé l'ombre de tes larmes ? Ce n'est pas une ombre ordinaire, ça n'a rien à voir. C'est une ombre venue exprès pour nos cœurs d'un autre monde lointain. En les voyant, je me suis demandé si, en réalité, ce n'était pas mon ombre qui pleurait de vraies larmes, dont les miennes n'étaient que le pâle reflet."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 38 : La famille canard; l'ombre des larmes (le point de vue de May Kasahara, VII)

16.2.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (72) : coin coin protecteurs

"Alors, disons que personne ne m'a vue. J'étais toute seule, me baignant dans le clair de lune. De temps en temps, je fermais les yeux, en pensant à la famille canard endormie près de l'étang. Et je pensais à ce sentiment de bonheur tout chaud qu'on avait bâti en commun dans la journée, la famille canard et moi. Les canards, tu vois, ce sont les talismans qui me protègent."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 38 : La famille canard; l'ombre des larmes (le point de vue de May Kasahara, VII)

15.2.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (71) : mort


"Je fermai les yeux, tentai d'accueillir sereinement la mort qui s'approchait. Je m'efforçais de ne pas avoir peur. Au moins, je laisserais quelques petites choses derrière moi, c'était une consolation. Une bonne nouvelle. Les bonnes nouvelles s'annonçaient toujours à voix basse. J'essayai de sourire en me rappelant cette phrase, mais je n'y parvins pas. "J'ai quand même peur de mourir" dis-je à voix basse. Ce serait ça,  mes derniers mots, finalement. Pas particulièrement mémorables, mais il était trop tard pour en changer. "
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 37 : Rien qu'un couteau réel; la fameuse prophétie

14.2.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (70) : Pas mieux pour la saint Valentin ...




"Le pont de Waterloo dans le brouillard, la lueur d'une luciole, Robert Taylor et Vivian Leigh"

MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 36 : La lueur d'une luciole; rompre le sortilège; le monde des réveils qui sonnent le matin


13.2.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (69) : en entier ?


"Cet opéra, La Pie voleuse, contait-il réellement l'histoire d'un oiseau cleptomane ? Si je me sortais de ce mauvais pas, il faudrait que j'aille à la librairie consulter une encyclopédie musicale. Pourquoi pas aussi acheter le disque et écouter cet opéra en entier ? Enfin, je ne sais pas. Peut-être que, à ce moment-là, j'aurais perdu toute curiosité pour le sujet."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 28 : Chroniques de l'oiseau à ressort#8 ou le second massacre maladroit

12.2.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (68) : souvenirs


"Quand j'étais enfant, nous avions un disque où figurait ce morceau"
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 28 : Chroniques de l'oiseau à ressort#8 ou le second massacre maladroit

11.2.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (67) : certains juste d'autre faux


Je ne connaissais personne d'autre capable de siffler si juste, et si clairement, comme si de ren n'était, l'ouverture de la Pie voleuse de Rossini, un air pourtant pas facile à reproduire.
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 28 : Chroniques de l'oiseau à ressort#8 ou le second massacre maladroit

Mes notes de chevet (103) : la lecture des Saintes Ecritures

Celle que l'on fait le soir, au crépuscule.
Sei Shônagon. Notes de chevet



Mes notes de chevet
A l'heure où le soleil disparaît dans l'Eglise, au lieu d'être sur la plage déserte de cette île, me voici, pour ma  plus grande surprise moi qui déteste le culte marial, capturé par le Salve Regina de ces quinze voix célibataires.
Un peu plus tard dans la nuit, les mêmes entonneront le psaume, qui je sais, me protège aussi :
"1 Qui demeure à l'abri du Très-Haut
et loge à l'ombre du Puissant.
2 dit au Seigneur : mon rempart, mon refuge,
mon Dieu en qui je me fie!
3 Et lui te dérobe au filet 
de l'oiseleur qui cherche à détruire;
4 lui te couvre de ses ailes,
tu trouveras sous son pennage un refuge.
(Sa fidélité est une armure, un bouclier.)
5 Tu ne craindras ni les terreurs de la nuit,
ni la flèche qui vole de jour,
6 ni la peste qui marche en la ténèbre,
ni le fléau qui dévaste à midi."
Psaume 91 (90)

10.2.13

Cent vues (72) : entre les pages

Hokusai, Ami ni hederaru Fuji
Les feuilles d'érable tissent la toile de mes souvenirs entre les pages de quelques uns de mes livres, qui me rappellent que là bas je les ai lus et là bas je les ai cueillies.


Chroniques de l'oiseau à ressort (66) : sans réserve

"il lui arrivait, en rentrant de son travail, de se dire à la vue de sa femme et de sa fille qu'elles étaient des êtres humains tout à fait différents de lui avec qui, après tout, il n'avait aucun lien. Elles étaient des entités si séparées de lui qu'il ne pouvait pas même espérer les connaître vraiment, elles existaient à des années-lumière de lui. Et, chaque fois, la pensée le traversait qu'il n'avait pas choisi que ces deux êtres fissent partie de sa vie- ce qui ne l'empêchait pas de les aimer inconditionnellement, sans la moindre réserve."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 28 : Chroniques de l'oiseau à ressort#8 ou le second massacre maladroit

9.2.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (65) : leurre

Il grillait toujours les toasts à la perfection, on aurait dit des échantillons en plastique représentant le "toast parfait"
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 25 : Alerte rouge ; une longue main tentaculaire

8.2.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (64) : loop


(depuis trois jours, il n'écoutait que ça)
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 24 : Compter les moutons ; ce qu'il y a au centre du cercle.

7.2.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (63) : contact

"Apparemment, il était temps d'entrer à nouveau en contact avec le monde extérieur. On a beau essayer de l'éviter, le monde revient toujours vous chercher quand le moment est venu."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 24 : Compter les moutons ; ce qu'il y a au centre du cercle.

6.2.13

Mes notes de chevet (102) : Formules magiques

Celle que l'on dit à l'aurore.
Notes de Chevet. Sei Shônagon

Mes notes de chevet :

Chroniques de l'oiseau à ressort (62) : jardin de mousse

"J'ai fait tout pour la convaincre, mais sa décision est ferme et inébranlable. Un vrai roc. Elle sera couverte de mousse avant de changer d'avis."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 20 : Labyrinthe souterrain ; les deux portes de Cannelle

5.2.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (61) : le point de vue des crapauds


"Peut-être qu'il existe deux sortes de gens, et que pour les uns le monde est logique façon flan, et pour les autres imprévisible façon gratin de macaronis ? J'imagine que mes crapauds sans cervelle de parents, s'ils mettent une préparation au four, et découvrent un plat de macaronis au gratin à la sortie, ils penseront s'être trompés et avoir mis eux-mêmes au four une préparation pour macaronis. Ou alors ils essaieront de se persuader : " Ce plat ressemble à des macaronis au gratin, mais en fait, c'est du flan.""
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 19 : La fille des crapauds sans cervelle (le point de vue de May Kasahara, V)

4.2.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (60) : du flan et des macaronis

"La plupart des gens, à quelques exceptions près, traversent la vie persuadés que l'existence et le monde sont ou doivent être fondamentalement logiques et consistants. C'est l'impression que j'ai quand j'entends parler les gens qui m'entourent. Dès qu'il arrive quelque chose, dans la société ou sur le plan individuel, il y a toujours quelqu'un pour dire : "il s'est passé ceci, et par conséquent,il en a découlé cela" et les autres acquiescent en disant : "oui, bien sûr, c'est logique." Mais moi, je trouve que ça n'explique rien. C'est comme de mettre un mélange instantané pour flan dans un ramequin à couvercle et de le passer au micro-ondes. Quand la sonnerie retentit, on soulève le couvercle et on est sûr de trouver un flan dessous. Mais qui sait ce qui s'est passé entre-temps sous le couvercle ? Si ça se trouve, le flan s'est métamorphosé en macaronis au gratin avant de redevenir un flan au moment où retentit la sonnerie. Moi, je me sentirais plutôt soulagée si, au moins une fois, je découvrais des macaronis au gratin à la place du flan."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 19 : La fille des crapauds sans cervelle (le point de vue de May Kasahara, V)

3.2.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (59) : génie


"Enfant, quand je lisais La Lampe d'Aladin, j'éprouvais toujours de la sympathie pour ce pauvre génie de la bonté duquel tout le monde abusait."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 17 : L'épuisement et le fardeau du monde; la lampe magique

2.2.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (58) : de la réincarnation


"Il arriva dix minutes plus tard, habillé exactement comme lors de sa précédente visite, trois jours plus tôt. Ou alors ce n'était qu'une impression de ma part et il portait un costume, une chemise, et une cravates différents, mais exactement du même style, c'est-à-dire : sales, fripés et distendus. Ces malheureux vêtements semblaient porter tout l'épuisement et le fardeau du monde. Si je devais être réincarné, la seule existence que je refuserais, ce serait celle de ces vêtements, même avec en échange la garantie d'une vie suivante pleine d'une gloire difficile à acquérir."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 17 : L'épuisement et le fardeau du monde; la lampe magique

1.2.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (57) : le temps varie selon le type de produit



Chaque fois que j'en termine une, j'ai envie de signer et de mettre la date dessus, mais, évidemment, je me ferais sévèrement réprimander si je faisais une chose pareille.
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 16 : C'est peut-être ici que tout s'arrête (le point de vue de May Kashara, IV)

31.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (56) :


"Cette musique s'attardait dans ma tête, comme le brouhaha des invités dans une salle de réception haute de plafond. Bientôt, le silence envahit toute la place, pénétrant les méandres de mon cerveau comme un insecte y déposant ses œufs."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 15 : L'étrange langage des signes de Canelle ; offrande de musique

30.1.13

Cent vues (71) : à contre-sens

Suidobashi Fuji, Hokusai


Chroniques de l'oiseau à ressort (55) : je les ai cherchés mais ne les ai pas trouvés



"Les joues dans la main, les coudes sur la table, Muscade me regardait parler.
-De quoi exactement veux-tu la sauver ? Et d'où dois-tu la ramener ?
Je cherchai des mots du côté du plafond, mais je n'en trouvai pas. Par terre non plus.
-De très loin, finis-je par dire."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 10 : L'attaque du zoo ou un massacre maladroit

29.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (54) : épices




"Elle se perdit dans une longue contemplation du poivrier et de la salière, puis releva brusquement la tête :
- Muscade, fit-elle.
- Muscade ?
- Oui, ça m'est venu comme ça. Tu n'auras qu'à m'appeler Muscade, si ça ne te dérange pas.
- Non, moi, ça ne me fait rien. Et votre fils, comment s'appelle-t-il ?
- Bâton de Cannelle. Dison Cannelle pour simplifier.
- Parsley, sage, rosemary and thyme ... chantonnai-je. "
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 8 : Cannelle et Muscade

28.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (53) : de l'usage d'un nom


"- Que veux-tu savoir d'autre ? demanda-t-elle tandis que nous mangions la salade, qui était vraiment très peu assaisonnée : on aurait pu compter les gouttes de vinaigrette.
- Votre nom, pour que je puisse vous appeler.
Elle était en train de grignoter un radis en silence, et une ride profonde apparut entre ses sourcils, comme si elle était tombée sur un goût amer inattendu.
- Pourquoi as-tu besoin de connaître mon nom ? Tu ne vas pas m'écrire de lettres que je sache. Un nom est une chose parfaitement inutile.
- Mais ça peut servir, par exemple, si je veux vous appeler et que je suis derrière vous.
Elle reposa sa fourchette, s'esuya posément les coins des lèvres.
- Tu as raison, dit-elle, je n'avais pas pensé à ça."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 8 : Cannelle et Muscade

27.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (52) : dans ses poches


"Mes poches ne contenaient rien que de très banal : mes clés, un mouchoir, mon porte-monnaie. Elle contempla le tout un moment avec fort peu d'intérêt, puis inspecta le contenu du porte-monnaie. Il devait contenir dans les cinq mille yens, plus une carte de téléphone, une carte bancaire et mon abonnement de piscine. Rien d'extraordinaire. Rien qu'on eut envie de mesurer, peser, palper, plonger dans l'eau ou examiner à la lumière par transparence. "
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 8 : Cannelle et Muscade

26.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (51) : errance de la réalité


"Ma propre réalité semblait m'avoir quitté pour entrer ici et là au hasard. Ce serait bien que la réalité arrive à me retrouver "
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 8 : Cannelle et Muscade

25.1.13

J'étais Shéérazade, serais-je Aladin ?

Génie, gentil génie, sors de la lampe qu'une main enfantine a déposé ici !

Chroniques de l'oiseau à ressort (50) : coiffure et cuisine


"Il y avait des plantes vertes un peu partout, et un haut-parleur diffusait à faible volume un solo de piano de Keith Jarrett. Apparemment, elle avait pris rendez-vous pour moi, car à peine fûmes-nous rentrés dans le salon qu'on me conduisit à une chaise. La femme entreprit de donner à un coiffeur longiligne qu'elle semblait connnaître des explications détaillées sur la coupe qu'elle voulait pour moi. Le type écoutait en hochant la tête, tout en me regardant comme si j'étais une branche de céleri dans une marmite, ou tout autre ingrédient d'un plat qu'il s'apprêtait à confectionner. Il ressemblait à Soljenitsine jeune."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 8 : Cannelle et Muscade

24.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (49) : la réalité dépasse la fiction


"La femme ne me donna pas un mot d'explication, et, de mon côté, je me contentai de lui obéir sans poser de questions. Cela me rappelait les films d'art et d'essai que j'allais voir quand j'étais étudiant, où rien de ce qui se passait n'était jamais expliqué. Toute explication logique risquait de porter atteinte au "réalisme" du film. C'était une façon de voir, une philosophie comme une autre. Mais pour moi, homme réel et non pas sur pellicule, c'était étrange de me trouver plongé dans ce monde-là."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 8 : Cannelle et Muscade

23.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (48) : épithète ou attribut ?




"Le jeune homme hocha la tête, sortit une enveloppe blanche de la poche intérieure de sa veste, la glissa dans la poche de mon blouson comme on glisse un adjectif approprié dans une phrase "
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 6 : Les chaussures neuves ; retour à la maison

22.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (47) : échappée




"Je n'avais pas eu non plus l'intention de dire ça, ma voix avait parlé sans me demander mon avis"
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 6 : Les chaussures neuves ; retour à la maison

21.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (46) : chut



"Il jeta un petit coup d'œil dans le couloir avant de refermer la porte. Toujours sans proférer un son, il plissa légèrement les yeux, avec une expression qui semblait signifier qu'il valait mieux éviter de faire du bruit, parce qu'il y avait une panthère noire particulièrement nerveuse assoupie pas très loin. (Ce qui n'était pas le cas, naturellement. C'est une façon de parler.)"
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 6 : Les chaussures neuves ; retour à la maison

20.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (45) : de l'habilité à faire les nœuds de cravate


"Un jeune homme m'ouvrit la porte. Avec ses traits réguliers sous des cheveux coupés court, c'était le plus bel homme que j'aie jamais rencontré. Mais ce qui attira mon regard, davantage encore que sa beauté, fut sa tenue vestimentaire : il portait une chemise d'un blanc éblouissant et une cravate vert foncé à petits motifs très chics, nouée d'une façon irréprochable. On aurait dit une gravure de mode sortie tout droit d'un magazine pour hommes. Je me demandais comment il avait fait pour réaliser un nœud de cravate aussi parfait. J'en aurais été bien incapable. S'agissait-il d'un don inné, ou était-ce simplement le résultat d'un entraînement intensif ?"
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 6 : Les chaussures neuves ; retour à la maison

19.1.13

Cent vues (70) : à dada sur mon Fuji

Matagi Fuji, Hokusai
Chevaucher le Fuji, cela est dit dans le titre en japonais, façon humour Hokusai

Chroniques de l'oiseau à ressort (44) : les couleurs des vieux rêves


"Un immeuble quelconque, ni petit ni grand, ni vieux ni récent, ni somptueux ni minable, banal en somme. Le rez-de-chaussée était occupé par une agence de voyages, on pouvait voir dans la vitrine des affiches représentant le port de Mykonos, et des tramways descendant les rues en pente de San Francisco. Les posters avaient des couleurs aussi défraîchies qu'un rêve remontant à plusieurs mois."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 6 : Les chaussures neuves ; retour à la maison

18.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (43) : froid


"L'hiver était froid, mais il m''arrivait parfois d'oublier d'allumer le poêle parce que je n'arrivais pas à distinguer le froid réel de mon froid intérieur."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 1 : Le point de vue de May Kasahara

17.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (42) : ce qui se conçoit bien s'énonce clairement ?


"Il faudrait sans doute que je commence à t'expliquer où je suis et ce que je fais en ce moment, mais ce n'est pas facile. Non pas que je sois dans une position particulièrement délicate, au contraire même, c'est plutôt simple. Les circonstances qui m'ont amenées ici ne sont pas très compliquées non plus. Il suffit de prendre une règle et un crayon et de tracer une ligne d'un point à un autre. Mais - car il y a un mais- dès que j'essaie de tout t'expliquer depuis le début, aucun mot ne me vient. L'intérieur de mon esprit est aussi blanc qu'un lapin un jour de neige. Il y a des cas où ce n'est pas facile d'expliquer simplement des choses simples. Je m'en suis rendu compte tout récemment, après avoir gâché quelques feuilles de papier à lettres. Cette découverte a été pour moi équivalente à celle de l'Amérique pour Christophe Colomb."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 1 : Le point de vue de May Kasahara

16.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (41) : pour Anne, chansons de piscine ...


"Tous en les écoutant d'une oreille distraite, je fis lentement plusieurs longueurs dans le bassin de vingt-cinq mètres."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 2e partie l'oiseau prophète, ch. 18 : Message de Crète ; ce qui est tombé du bord du monde ; les bonnes nouvelles sont annoncées à mi-voix

15.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (40)



"Dans ce petit monde du pressing, il n'y avait pas de place pour le changement. Pas de mode, pas d'évolution ici. Ni d'avant-garde, ni arrière-garde. Pas de progression, ni de régression. Pas d'éloges, pas d'injures. Rien n'apparaissait ni ne disparaissait."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 2e partie l'oiseau prophète, ch. 18 : Message de Crète ; ce qui est tombé du bord du monde ; les bonnes nouvelles sont annoncées à mi-voix

14.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (39)



"Comme vous le savez, monsieur Okada, nous sommes ici dans un monde sanglant et violent. Si on ne devient pas fort, on ne peut survivre. Mais en même temps, il est important de rester calme, l'oreille aux aguets, afin de ne pas laisser échapper le moindre bruit. Vous comprenez ? Les bonnes nouvelles sont souvent annoncées à mi-voix. Rappelez-vous cela."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 2e partie l'oiseau prophète, ch. 18 : Message de Crète ; ce qui est tombé du bord du monde ; les bonnes nouvelles sont annoncées à mi-voix

13.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (38) : Crète


"C'est dans cette île que Katzansaki a situé l'histoire de son roman Zorba le Grec. "
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 2e partie l'oiseau prophète, ch. 15 : Le nom adéquat ; brûlées à l'huile de salade un matin d'été ; une métaphore incorrecte.

12.1.13

Cent vues (69) : un couple hérautique

Akatsuki no Fuji, Hokusai


Oyez bonne gens le courrier  est en marche, et le sol nous rappelle à l'année du serpent.

Chroniques de l'oiseau à ressort (37) : feu

"Après son départ, je passai l'aspirateur sur le plancher qui en avait bien besoin et remplis la machine à laver du linge sale accumulé. Puis je commençai à ouvrir les tiroirs de mon bureau, et à en vider le contenu dans une boîte en carton. J'avais l'intention de sélectionner là-dedans ce qui était indispensable, et de brûler tout le reste, mais, en réalité, il n'y avait rien d'indispensable ! Ce n'étaient pour la plupart que des choses inutiles : un vieux journal intime, des lettres auxquelles je n'avais pas touché depuis une éternité malgré mon intention d'y répondre, un vieux cahier rempli de notes sur des projets quelconques, un carnet d'adresses où s'alignaient des noms de gens qui avaient traversé ma vie, des coupures de journaux et de magazines toutes jaunies, une carte d'adhérent à la piscine périmée, le mode d'emploi et la garantie du magnétophone, une demi-douzaine de stylos et de crayons usagés, une feuille de mémo avec un numéro de téléphone (je ne savais plus du tout, à présent, de qui il s'agissait). Je décidai de brûler aussi l'ensemble des vieilles lettres conservées dans une boîte rangée dans un placard. Près de la moitié étaient de Kumiko. Nous en avions échangé beaucoup avant notre mariage. Les enveloppes portaient des lignes de caractères tracés de son écriture soignée et minutieuse. Elle n'avait pas changé en sept ans. Jusqu'à la couleur de l'encre qui était la même.
J'emportai la boîte en carton dans le jardin, l'arrosai copieusement d'huile de salade, avant d'y mettre le feu à l'aide d'une allumette. La boîte s'enflamma facilement, mais il fallut plus de temps que je ne l'imaginais pour que tout soit réduit en cendres. C'était un jour sans vent. La fumée blanche s'élevait directement dans le ciel d'été. On aurait dit qu'un arbre immense se dressait jusqu'au-dessus des nuages, comme dans le conte Jack et le Haricot. Si je grimpais au sommet de cet arbre, j'atteindrais peut-être le petit monde où s'était rassemblé tout mon passé qui vivait là-haut agréablement. Je regardai la direction prise par cette fumée, transpirant à grosses gouttes, assis sur une pierre du jardin. La teinte du ciel matinal promettait un après-midi plus chaud encore. Mon tee-shirt me collait à la peau. Dans les vieux romans russes, les lettres sont généralement brûlées dans une cheminée, un soir d'hiver. Et non pas à l'huile de salade dans un jardin, un matin d'été. Mais dans notre monde à nous, d'un méchant réalisme, il arrive que, couvert de sueur, on brûle des lettres un matin d'été. Sur Terre, on ne peut pas se montrer difficile sur le choix de la saison et du reste. Il est parfois impossible d'attendre jusqu'à l'hiver."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 2e partie l'oiseau prophète, ch. 15 : Le nom adéquat ; brûlées à l'huile de salade un matin d'été ; une métaphore incorrecte.

11.1.13

Mes notes de chevet (101) : Landes

"Naturellement, je citerai la lande de Saga"
Notes de Chevet, Sei Shônagon

mes notes de chevet :
Naturellement, je citerai mes Landes. Une biche qui traverse le jardin à l'aube. Un bébé émerveillé par les feuilles de platane dans le soleil. Le son lointain du cor à travers les arbres. L'immensité de la forêt sans aucune fantaisie de détail. L'horizon des dunes. La barge sur le canal d'eau salé. La maison longue et sombre au cœur de l'été. Le kayak qui glisse sur l'Eyre sans faire fuir le daim. Les fougères sortant du sable sous les pins. La rumeur dont on ne sait si elle est de vent ou d'océan.

Chroniques de l'oiseau à ressort (36) : rouille


"Mes facultés de réflexion étaient au plus bas, à cause peut-être de cette longue période où je m'étais trop concentré pour réfléchir, au fond du puits sombre. Si j'essayais de penser sérieusement à quelque chose, chaque muscle et chaque nerf de mon corps me semblaient grincer. J'étais devenu comme l'homme en fer-blanc rouillé et mal huilé, dans le magicien d'Oz. "
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, deuxième partie L'oiseau prophète, ch. 12, Ce que j'ai découvert en me rasant ; et à mon réveil

10.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (35) : acquiescement


"
"(...) Si je me suis permis de vous poser une question aussi indiscrète, c'est tout simplement parce que j'avais peur que quelque malheur vous soit arrivé ces derniers jours."
J'acquiesçai d'un mot, d'une voix tellement basse que cela ne ressemblait pas à une réponse, mais plutôt au halètement d'un animal aquatique qui a respiré de travers."
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, deuxième partie L'oiseau prophète, ch. 12, Ce que j'ai découvert en me rasant ; et à mon réveil

9.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (34) : oiseau prophète


"Cet air m'était familier, et pourtant je n'arrivais pas à me souvenir du titre. A la fin de l'interprétation, la présentatrice annonça qu'il s'agissait de L'Oiseau prophète, le septième morceau pour piano de Scènes de la forêt. J'imaginai Kumiko tortillant des fesses sous le corps de cet homme, plantant ses ongles dans son dos, bavant sur le drap. La présentatrice expliquait qu'il y avait dans la forêt un mystérieux oiseau prophète, et que Schumann avait créé cette scène sur le mode fantastique."
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, deuxième partie L'oiseau prophète, ch. 11, Douloureuse sensation de faim ; la longue lettre de Kumiko ; l'oiseau prophète

8.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (33) : sérénade


Je bus une nouvelle bière fraîche. Puis mangeai de la salade de pommes de terre. L'envie me prit d'écouter de la musique. J'allumai la radio FM et réglai à bas volume une émission de musique classique.
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, deuxième partie L'oiseau prophète, ch. 11, Douloureuse sensation de faim ; la longue lettre de Kumiko ; l'oiseau prophète

7.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (32) : la pie encore



Il ne se retourna pas une seule fois. Le menton pointé en avant, il avançait à pas réguliers, droit devant lui, vers je ne sais où. De temps en temps, il sifflait quelques notes.
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, deuxième partie L'oiseau prophète, ch. 8, La racine du désir ; à travers le mur, dans la chambre 208.

6.1.13

Dernier dimanche de vacances

Suivre l'adage du principe annuel.
En profitant des vacances jusqu'au bout :

avec une belle ballade (destination décidée de façon impromptue...)
du réconfort à l'arrivée 




une clôture du jour des plus belles:


et une galette dans le four ...

Chroniques de l'oiseau à ressort (31) : fragrance


"Je me rendis dans la salle de bains, pris dans le tiroir le flacon de Christian Dior offert par un inconnu, et le débouchai. Le parfum que je respirai était bien celui qui se dégageait de derrière les oreilles de Kumiko le matin de son départ. Je vidai lentement le flacon dans le lavabo et un parfum de fleurs se répandit dans toute la salle de bains (je n'arrivais absolument pas à me souvenir du nom de cette fleur) comme s'il réveillait brutalement ma mémoire. Au milieu de ces puissantes effluves, je me lavai la figure et les dents."
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, deuxième partie L'oiseau prophète, ch.4, Perte de la grâce divine ; prostituée de la conscience.

5.1.13

Cent vues (68) : amitiés entre les peuples

Raicho no Fuji, Hokusai
Un bon signe pour commencer l'année : Pucca en visite au Fuji

Chroniques de l'oiseau à ressort (30) : penderie


"Longuement, je regardai ses robes, jupes et chemisiers dans le placard. Ces vêtements étaient autant d'ombres laissées derrière elle. Des ombres qui avaient perdu leur maîtresse, suspendues ici, sans force."
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, deuxième partie L'oiseau prophète, ch.4, Perte de la grâce divine ; prostituée de la conscience.

4.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (29) : fin d'entretien


"(...)Vous devrez gagner la victoire avec vos propres forces, avec vos propres mains.
- Comme dans le Royaume sauvage, dis-je avec un sourire. Quand on vous frappe, vous frappez en retour.
- C'est cela, dit Malta Kano. Exactement. 
Et comme pour recueillir les affaires d'un défunt, elle prit doucement son sac à main, et ajusta son chapeau rouge en plastique. Chaque fois qu'elle mettait ce chapeau, on avait étrangement la sensation palpable qu'une unité de temps était arrivée à son terme. "
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, deuxième partie L'oiseau prophète, ch.3, Noboru Wataya raconte; l'histoire des singes de l'île banale.

3.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (28) : vaines bulles


"Elle avait commandé une sorte de boisson gazeuse, mais n'y avait pas touché. Le liquide semblait s'ennuyer dans ce grand verre, ne trouvant rien de mieux à faire que des bulles. "
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, deuxième partie L'oiseau prophète, ch.3, Noboru Wataya raconte; l'histoire des singes de l'île banale.

2.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (27) : silence et téléphone


"
(...) Mais je n'ai pas très envie d'en parler pour le moment. Il y a des choses, tu sais, qui deviennent fausses dès qu'on en parle. Tu comprends ça, Oiseau-à-ressort ?
- Je crois que oui, répondis-je.
Puis je jetai soudain un œil sur le téléphone du salon. Il reposait sur le bureau enveloppé dans un voile de silence. Semblable à un être vivant tapi au fond de la mer, qui guettait sa proie en faisant le mort. "
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, deuxième partie L'oiseau prophète, ch.2, Pas une seule bonne nouvelle dans ce chapitre.

1.1.13

Bonne Année 2013

Mon vœu : Simplicité


Chroniques de l'oiseau à ressort (26) : glaçons


"Elle me tendit un grand verre rempli de glaçons, qui s'entrechoquèrent quand je le pris dans la main. Ce bruit me sembla parvenir d'un monde très lointain. Plusieurs portes le reliaient à celui où je me trouvais. Et comme toutes ces portes étaient ouvertes par hasard à ce moment précis, ce bruit avait atteint mes oreilles. Mais c'est juste temporaire. Qu'une seule de ces portes fut fermée, et le bruit ne me parviendrait plus. "
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, deuxième partie L'oiseau prophète, ch.2, Pas une seule bonne nouvelle dans ce chapitre.