11.2.13

Mes notes de chevet (103) : la lecture des Saintes Ecritures

Celle que l'on fait le soir, au crépuscule.
Sei Shônagon. Notes de chevet



Mes notes de chevet
A l'heure où le soleil disparaît dans l'Eglise, au lieu d'être sur la plage déserte de cette île, me voici, pour ma  plus grande surprise moi qui déteste le culte marial, capturé par le Salve Regina de ces quinze voix célibataires.
Un peu plus tard dans la nuit, les mêmes entonneront le psaume, qui je sais, me protège aussi :
"1 Qui demeure à l'abri du Très-Haut
et loge à l'ombre du Puissant.
2 dit au Seigneur : mon rempart, mon refuge,
mon Dieu en qui je me fie!
3 Et lui te dérobe au filet 
de l'oiseleur qui cherche à détruire;
4 lui te couvre de ses ailes,
tu trouveras sous son pennage un refuge.
(Sa fidélité est une armure, un bouclier.)
5 Tu ne craindras ni les terreurs de la nuit,
ni la flèche qui vole de jour,
6 ni la peste qui marche en la ténèbre,
ni le fléau qui dévaste à midi."
Psaume 91 (90)

10.2.13

Cent vues (72) : entre les pages

Hokusai, Ami ni hederaru Fuji
Les feuilles d'érable tissent la toile de mes souvenirs entre les pages de quelques uns de mes livres, qui me rappellent que là bas je les ai lus et là bas je les ai cueillies.


Chroniques de l'oiseau à ressort (66) : sans réserve

"il lui arrivait, en rentrant de son travail, de se dire à la vue de sa femme et de sa fille qu'elles étaient des êtres humains tout à fait différents de lui avec qui, après tout, il n'avait aucun lien. Elles étaient des entités si séparées de lui qu'il ne pouvait pas même espérer les connaître vraiment, elles existaient à des années-lumière de lui. Et, chaque fois, la pensée le traversait qu'il n'avait pas choisi que ces deux êtres fissent partie de sa vie- ce qui ne l'empêchait pas de les aimer inconditionnellement, sans la moindre réserve."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 28 : Chroniques de l'oiseau à ressort#8 ou le second massacre maladroit

9.2.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (65) : leurre

Il grillait toujours les toasts à la perfection, on aurait dit des échantillons en plastique représentant le "toast parfait"
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 25 : Alerte rouge ; une longue main tentaculaire

8.2.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (64) : loop


(depuis trois jours, il n'écoutait que ça)
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 24 : Compter les moutons ; ce qu'il y a au centre du cercle.

7.2.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (63) : contact

"Apparemment, il était temps d'entrer à nouveau en contact avec le monde extérieur. On a beau essayer de l'éviter, le monde revient toujours vous chercher quand le moment est venu."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 24 : Compter les moutons ; ce qu'il y a au centre du cercle.

6.2.13

Mes notes de chevet (102) : Formules magiques

Celle que l'on dit à l'aurore.
Notes de Chevet. Sei Shônagon

Mes notes de chevet :

Chroniques de l'oiseau à ressort (62) : jardin de mousse

"J'ai fait tout pour la convaincre, mais sa décision est ferme et inébranlable. Un vrai roc. Elle sera couverte de mousse avant de changer d'avis."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 20 : Labyrinthe souterrain ; les deux portes de Cannelle

5.2.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (61) : le point de vue des crapauds


"Peut-être qu'il existe deux sortes de gens, et que pour les uns le monde est logique façon flan, et pour les autres imprévisible façon gratin de macaronis ? J'imagine que mes crapauds sans cervelle de parents, s'ils mettent une préparation au four, et découvrent un plat de macaronis au gratin à la sortie, ils penseront s'être trompés et avoir mis eux-mêmes au four une préparation pour macaronis. Ou alors ils essaieront de se persuader : " Ce plat ressemble à des macaronis au gratin, mais en fait, c'est du flan.""
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 19 : La fille des crapauds sans cervelle (le point de vue de May Kasahara, V)

4.2.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (60) : du flan et des macaronis

"La plupart des gens, à quelques exceptions près, traversent la vie persuadés que l'existence et le monde sont ou doivent être fondamentalement logiques et consistants. C'est l'impression que j'ai quand j'entends parler les gens qui m'entourent. Dès qu'il arrive quelque chose, dans la société ou sur le plan individuel, il y a toujours quelqu'un pour dire : "il s'est passé ceci, et par conséquent,il en a découlé cela" et les autres acquiescent en disant : "oui, bien sûr, c'est logique." Mais moi, je trouve que ça n'explique rien. C'est comme de mettre un mélange instantané pour flan dans un ramequin à couvercle et de le passer au micro-ondes. Quand la sonnerie retentit, on soulève le couvercle et on est sûr de trouver un flan dessous. Mais qui sait ce qui s'est passé entre-temps sous le couvercle ? Si ça se trouve, le flan s'est métamorphosé en macaronis au gratin avant de redevenir un flan au moment où retentit la sonnerie. Moi, je me sentirais plutôt soulagée si, au moins une fois, je découvrais des macaronis au gratin à la place du flan."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 19 : La fille des crapauds sans cervelle (le point de vue de May Kasahara, V)

3.2.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (59) : génie


"Enfant, quand je lisais La Lampe d'Aladin, j'éprouvais toujours de la sympathie pour ce pauvre génie de la bonté duquel tout le monde abusait."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 17 : L'épuisement et le fardeau du monde; la lampe magique

2.2.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (58) : de la réincarnation


"Il arriva dix minutes plus tard, habillé exactement comme lors de sa précédente visite, trois jours plus tôt. Ou alors ce n'était qu'une impression de ma part et il portait un costume, une chemise, et une cravates différents, mais exactement du même style, c'est-à-dire : sales, fripés et distendus. Ces malheureux vêtements semblaient porter tout l'épuisement et le fardeau du monde. Si je devais être réincarné, la seule existence que je refuserais, ce serait celle de ces vêtements, même avec en échange la garantie d'une vie suivante pleine d'une gloire difficile à acquérir."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 17 : L'épuisement et le fardeau du monde; la lampe magique

1.2.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (57) : le temps varie selon le type de produit



Chaque fois que j'en termine une, j'ai envie de signer et de mettre la date dessus, mais, évidemment, je me ferais sévèrement réprimander si je faisais une chose pareille.
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 16 : C'est peut-être ici que tout s'arrête (le point de vue de May Kashara, IV)

31.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (56) :


"Cette musique s'attardait dans ma tête, comme le brouhaha des invités dans une salle de réception haute de plafond. Bientôt, le silence envahit toute la place, pénétrant les méandres de mon cerveau comme un insecte y déposant ses œufs."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 15 : L'étrange langage des signes de Canelle ; offrande de musique

30.1.13

Cent vues (71) : à contre-sens

Suidobashi Fuji, Hokusai


Chroniques de l'oiseau à ressort (55) : je les ai cherchés mais ne les ai pas trouvés



"Les joues dans la main, les coudes sur la table, Muscade me regardait parler.
-De quoi exactement veux-tu la sauver ? Et d'où dois-tu la ramener ?
Je cherchai des mots du côté du plafond, mais je n'en trouvai pas. Par terre non plus.
-De très loin, finis-je par dire."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 10 : L'attaque du zoo ou un massacre maladroit

29.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (54) : épices




"Elle se perdit dans une longue contemplation du poivrier et de la salière, puis releva brusquement la tête :
- Muscade, fit-elle.
- Muscade ?
- Oui, ça m'est venu comme ça. Tu n'auras qu'à m'appeler Muscade, si ça ne te dérange pas.
- Non, moi, ça ne me fait rien. Et votre fils, comment s'appelle-t-il ?
- Bâton de Cannelle. Dison Cannelle pour simplifier.
- Parsley, sage, rosemary and thyme ... chantonnai-je. "
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 8 : Cannelle et Muscade

28.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (53) : de l'usage d'un nom


"- Que veux-tu savoir d'autre ? demanda-t-elle tandis que nous mangions la salade, qui était vraiment très peu assaisonnée : on aurait pu compter les gouttes de vinaigrette.
- Votre nom, pour que je puisse vous appeler.
Elle était en train de grignoter un radis en silence, et une ride profonde apparut entre ses sourcils, comme si elle était tombée sur un goût amer inattendu.
- Pourquoi as-tu besoin de connaître mon nom ? Tu ne vas pas m'écrire de lettres que je sache. Un nom est une chose parfaitement inutile.
- Mais ça peut servir, par exemple, si je veux vous appeler et que je suis derrière vous.
Elle reposa sa fourchette, s'esuya posément les coins des lèvres.
- Tu as raison, dit-elle, je n'avais pas pensé à ça."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 8 : Cannelle et Muscade

27.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (52) : dans ses poches


"Mes poches ne contenaient rien que de très banal : mes clés, un mouchoir, mon porte-monnaie. Elle contempla le tout un moment avec fort peu d'intérêt, puis inspecta le contenu du porte-monnaie. Il devait contenir dans les cinq mille yens, plus une carte de téléphone, une carte bancaire et mon abonnement de piscine. Rien d'extraordinaire. Rien qu'on eut envie de mesurer, peser, palper, plonger dans l'eau ou examiner à la lumière par transparence. "
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 8 : Cannelle et Muscade

26.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (51) : errance de la réalité


"Ma propre réalité semblait m'avoir quitté pour entrer ici et là au hasard. Ce serait bien que la réalité arrive à me retrouver "
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 8 : Cannelle et Muscade

25.1.13

J'étais Shéérazade, serais-je Aladin ?

Génie, gentil génie, sors de la lampe qu'une main enfantine a déposé ici !

Chroniques de l'oiseau à ressort (50) : coiffure et cuisine


"Il y avait des plantes vertes un peu partout, et un haut-parleur diffusait à faible volume un solo de piano de Keith Jarrett. Apparemment, elle avait pris rendez-vous pour moi, car à peine fûmes-nous rentrés dans le salon qu'on me conduisit à une chaise. La femme entreprit de donner à un coiffeur longiligne qu'elle semblait connnaître des explications détaillées sur la coupe qu'elle voulait pour moi. Le type écoutait en hochant la tête, tout en me regardant comme si j'étais une branche de céleri dans une marmite, ou tout autre ingrédient d'un plat qu'il s'apprêtait à confectionner. Il ressemblait à Soljenitsine jeune."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 8 : Cannelle et Muscade

24.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (49) : la réalité dépasse la fiction


"La femme ne me donna pas un mot d'explication, et, de mon côté, je me contentai de lui obéir sans poser de questions. Cela me rappelait les films d'art et d'essai que j'allais voir quand j'étais étudiant, où rien de ce qui se passait n'était jamais expliqué. Toute explication logique risquait de porter atteinte au "réalisme" du film. C'était une façon de voir, une philosophie comme une autre. Mais pour moi, homme réel et non pas sur pellicule, c'était étrange de me trouver plongé dans ce monde-là."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 8 : Cannelle et Muscade

23.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (48) : épithète ou attribut ?




"Le jeune homme hocha la tête, sortit une enveloppe blanche de la poche intérieure de sa veste, la glissa dans la poche de mon blouson comme on glisse un adjectif approprié dans une phrase "
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 6 : Les chaussures neuves ; retour à la maison

22.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (47) : échappée




"Je n'avais pas eu non plus l'intention de dire ça, ma voix avait parlé sans me demander mon avis"
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 6 : Les chaussures neuves ; retour à la maison

21.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (46) : chut



"Il jeta un petit coup d'œil dans le couloir avant de refermer la porte. Toujours sans proférer un son, il plissa légèrement les yeux, avec une expression qui semblait signifier qu'il valait mieux éviter de faire du bruit, parce qu'il y avait une panthère noire particulièrement nerveuse assoupie pas très loin. (Ce qui n'était pas le cas, naturellement. C'est une façon de parler.)"
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 6 : Les chaussures neuves ; retour à la maison

20.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (45) : de l'habilité à faire les nœuds de cravate


"Un jeune homme m'ouvrit la porte. Avec ses traits réguliers sous des cheveux coupés court, c'était le plus bel homme que j'aie jamais rencontré. Mais ce qui attira mon regard, davantage encore que sa beauté, fut sa tenue vestimentaire : il portait une chemise d'un blanc éblouissant et une cravate vert foncé à petits motifs très chics, nouée d'une façon irréprochable. On aurait dit une gravure de mode sortie tout droit d'un magazine pour hommes. Je me demandais comment il avait fait pour réaliser un nœud de cravate aussi parfait. J'en aurais été bien incapable. S'agissait-il d'un don inné, ou était-ce simplement le résultat d'un entraînement intensif ?"
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 6 : Les chaussures neuves ; retour à la maison

19.1.13

Cent vues (70) : à dada sur mon Fuji

Matagi Fuji, Hokusai
Chevaucher le Fuji, cela est dit dans le titre en japonais, façon humour Hokusai

Chroniques de l'oiseau à ressort (44) : les couleurs des vieux rêves


"Un immeuble quelconque, ni petit ni grand, ni vieux ni récent, ni somptueux ni minable, banal en somme. Le rez-de-chaussée était occupé par une agence de voyages, on pouvait voir dans la vitrine des affiches représentant le port de Mykonos, et des tramways descendant les rues en pente de San Francisco. Les posters avaient des couleurs aussi défraîchies qu'un rêve remontant à plusieurs mois."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 6 : Les chaussures neuves ; retour à la maison

18.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (43) : froid


"L'hiver était froid, mais il m''arrivait parfois d'oublier d'allumer le poêle parce que je n'arrivais pas à distinguer le froid réel de mon froid intérieur."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 1 : Le point de vue de May Kasahara

17.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (42) : ce qui se conçoit bien s'énonce clairement ?


"Il faudrait sans doute que je commence à t'expliquer où je suis et ce que je fais en ce moment, mais ce n'est pas facile. Non pas que je sois dans une position particulièrement délicate, au contraire même, c'est plutôt simple. Les circonstances qui m'ont amenées ici ne sont pas très compliquées non plus. Il suffit de prendre une règle et un crayon et de tracer une ligne d'un point à un autre. Mais - car il y a un mais- dès que j'essaie de tout t'expliquer depuis le début, aucun mot ne me vient. L'intérieur de mon esprit est aussi blanc qu'un lapin un jour de neige. Il y a des cas où ce n'est pas facile d'expliquer simplement des choses simples. Je m'en suis rendu compte tout récemment, après avoir gâché quelques feuilles de papier à lettres. Cette découverte a été pour moi équivalente à celle de l'Amérique pour Christophe Colomb."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 3e partie l'oiseleur, ch. 1 : Le point de vue de May Kasahara

16.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (41) : pour Anne, chansons de piscine ...


"Tous en les écoutant d'une oreille distraite, je fis lentement plusieurs longueurs dans le bassin de vingt-cinq mètres."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 2e partie l'oiseau prophète, ch. 18 : Message de Crète ; ce qui est tombé du bord du monde ; les bonnes nouvelles sont annoncées à mi-voix

15.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (40)



"Dans ce petit monde du pressing, il n'y avait pas de place pour le changement. Pas de mode, pas d'évolution ici. Ni d'avant-garde, ni arrière-garde. Pas de progression, ni de régression. Pas d'éloges, pas d'injures. Rien n'apparaissait ni ne disparaissait."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 2e partie l'oiseau prophète, ch. 18 : Message de Crète ; ce qui est tombé du bord du monde ; les bonnes nouvelles sont annoncées à mi-voix

14.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (39)



"Comme vous le savez, monsieur Okada, nous sommes ici dans un monde sanglant et violent. Si on ne devient pas fort, on ne peut survivre. Mais en même temps, il est important de rester calme, l'oreille aux aguets, afin de ne pas laisser échapper le moindre bruit. Vous comprenez ? Les bonnes nouvelles sont souvent annoncées à mi-voix. Rappelez-vous cela."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 2e partie l'oiseau prophète, ch. 18 : Message de Crète ; ce qui est tombé du bord du monde ; les bonnes nouvelles sont annoncées à mi-voix

13.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (38) : Crète


"C'est dans cette île que Katzansaki a situé l'histoire de son roman Zorba le Grec. "
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 2e partie l'oiseau prophète, ch. 15 : Le nom adéquat ; brûlées à l'huile de salade un matin d'été ; une métaphore incorrecte.

12.1.13

Cent vues (69) : un couple hérautique

Akatsuki no Fuji, Hokusai


Oyez bonne gens le courrier  est en marche, et le sol nous rappelle à l'année du serpent.

Chroniques de l'oiseau à ressort (37) : feu

"Après son départ, je passai l'aspirateur sur le plancher qui en avait bien besoin et remplis la machine à laver du linge sale accumulé. Puis je commençai à ouvrir les tiroirs de mon bureau, et à en vider le contenu dans une boîte en carton. J'avais l'intention de sélectionner là-dedans ce qui était indispensable, et de brûler tout le reste, mais, en réalité, il n'y avait rien d'indispensable ! Ce n'étaient pour la plupart que des choses inutiles : un vieux journal intime, des lettres auxquelles je n'avais pas touché depuis une éternité malgré mon intention d'y répondre, un vieux cahier rempli de notes sur des projets quelconques, un carnet d'adresses où s'alignaient des noms de gens qui avaient traversé ma vie, des coupures de journaux et de magazines toutes jaunies, une carte d'adhérent à la piscine périmée, le mode d'emploi et la garantie du magnétophone, une demi-douzaine de stylos et de crayons usagés, une feuille de mémo avec un numéro de téléphone (je ne savais plus du tout, à présent, de qui il s'agissait). Je décidai de brûler aussi l'ensemble des vieilles lettres conservées dans une boîte rangée dans un placard. Près de la moitié étaient de Kumiko. Nous en avions échangé beaucoup avant notre mariage. Les enveloppes portaient des lignes de caractères tracés de son écriture soignée et minutieuse. Elle n'avait pas changé en sept ans. Jusqu'à la couleur de l'encre qui était la même.
J'emportai la boîte en carton dans le jardin, l'arrosai copieusement d'huile de salade, avant d'y mettre le feu à l'aide d'une allumette. La boîte s'enflamma facilement, mais il fallut plus de temps que je ne l'imaginais pour que tout soit réduit en cendres. C'était un jour sans vent. La fumée blanche s'élevait directement dans le ciel d'été. On aurait dit qu'un arbre immense se dressait jusqu'au-dessus des nuages, comme dans le conte Jack et le Haricot. Si je grimpais au sommet de cet arbre, j'atteindrais peut-être le petit monde où s'était rassemblé tout mon passé qui vivait là-haut agréablement. Je regardai la direction prise par cette fumée, transpirant à grosses gouttes, assis sur une pierre du jardin. La teinte du ciel matinal promettait un après-midi plus chaud encore. Mon tee-shirt me collait à la peau. Dans les vieux romans russes, les lettres sont généralement brûlées dans une cheminée, un soir d'hiver. Et non pas à l'huile de salade dans un jardin, un matin d'été. Mais dans notre monde à nous, d'un méchant réalisme, il arrive que, couvert de sueur, on brûle des lettres un matin d'été. Sur Terre, on ne peut pas se montrer difficile sur le choix de la saison et du reste. Il est parfois impossible d'attendre jusqu'à l'hiver."
MURAKAMI Haruki, Chroniques de l'oiseau à ressort, 2e partie l'oiseau prophète, ch. 15 : Le nom adéquat ; brûlées à l'huile de salade un matin d'été ; une métaphore incorrecte.

11.1.13

Mes notes de chevet (101) : Landes

"Naturellement, je citerai la lande de Saga"
Notes de Chevet, Sei Shônagon

mes notes de chevet :
Naturellement, je citerai mes Landes. Une biche qui traverse le jardin à l'aube. Un bébé émerveillé par les feuilles de platane dans le soleil. Le son lointain du cor à travers les arbres. L'immensité de la forêt sans aucune fantaisie de détail. L'horizon des dunes. La barge sur le canal d'eau salé. La maison longue et sombre au cœur de l'été. Le kayak qui glisse sur l'Eyre sans faire fuir le daim. Les fougères sortant du sable sous les pins. La rumeur dont on ne sait si elle est de vent ou d'océan.

Chroniques de l'oiseau à ressort (36) : rouille


"Mes facultés de réflexion étaient au plus bas, à cause peut-être de cette longue période où je m'étais trop concentré pour réfléchir, au fond du puits sombre. Si j'essayais de penser sérieusement à quelque chose, chaque muscle et chaque nerf de mon corps me semblaient grincer. J'étais devenu comme l'homme en fer-blanc rouillé et mal huilé, dans le magicien d'Oz. "
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, deuxième partie L'oiseau prophète, ch. 12, Ce que j'ai découvert en me rasant ; et à mon réveil

10.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (35) : acquiescement


"
"(...) Si je me suis permis de vous poser une question aussi indiscrète, c'est tout simplement parce que j'avais peur que quelque malheur vous soit arrivé ces derniers jours."
J'acquiesçai d'un mot, d'une voix tellement basse que cela ne ressemblait pas à une réponse, mais plutôt au halètement d'un animal aquatique qui a respiré de travers."
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, deuxième partie L'oiseau prophète, ch. 12, Ce que j'ai découvert en me rasant ; et à mon réveil

9.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (34) : oiseau prophète


"Cet air m'était familier, et pourtant je n'arrivais pas à me souvenir du titre. A la fin de l'interprétation, la présentatrice annonça qu'il s'agissait de L'Oiseau prophète, le septième morceau pour piano de Scènes de la forêt. J'imaginai Kumiko tortillant des fesses sous le corps de cet homme, plantant ses ongles dans son dos, bavant sur le drap. La présentatrice expliquait qu'il y avait dans la forêt un mystérieux oiseau prophète, et que Schumann avait créé cette scène sur le mode fantastique."
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, deuxième partie L'oiseau prophète, ch. 11, Douloureuse sensation de faim ; la longue lettre de Kumiko ; l'oiseau prophète

8.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (33) : sérénade


Je bus une nouvelle bière fraîche. Puis mangeai de la salade de pommes de terre. L'envie me prit d'écouter de la musique. J'allumai la radio FM et réglai à bas volume une émission de musique classique.
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, deuxième partie L'oiseau prophète, ch. 11, Douloureuse sensation de faim ; la longue lettre de Kumiko ; l'oiseau prophète

7.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (32) : la pie encore



Il ne se retourna pas une seule fois. Le menton pointé en avant, il avançait à pas réguliers, droit devant lui, vers je ne sais où. De temps en temps, il sifflait quelques notes.
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, deuxième partie L'oiseau prophète, ch. 8, La racine du désir ; à travers le mur, dans la chambre 208.

6.1.13

Dernier dimanche de vacances

Suivre l'adage du principe annuel.
En profitant des vacances jusqu'au bout :

avec une belle ballade (destination décidée de façon impromptue...)
du réconfort à l'arrivée 




une clôture du jour des plus belles:


et une galette dans le four ...

Chroniques de l'oiseau à ressort (31) : fragrance


"Je me rendis dans la salle de bains, pris dans le tiroir le flacon de Christian Dior offert par un inconnu, et le débouchai. Le parfum que je respirai était bien celui qui se dégageait de derrière les oreilles de Kumiko le matin de son départ. Je vidai lentement le flacon dans le lavabo et un parfum de fleurs se répandit dans toute la salle de bains (je n'arrivais absolument pas à me souvenir du nom de cette fleur) comme s'il réveillait brutalement ma mémoire. Au milieu de ces puissantes effluves, je me lavai la figure et les dents."
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, deuxième partie L'oiseau prophète, ch.4, Perte de la grâce divine ; prostituée de la conscience.

5.1.13

Cent vues (68) : amitiés entre les peuples

Raicho no Fuji, Hokusai
Un bon signe pour commencer l'année : Pucca en visite au Fuji

Chroniques de l'oiseau à ressort (30) : penderie


"Longuement, je regardai ses robes, jupes et chemisiers dans le placard. Ces vêtements étaient autant d'ombres laissées derrière elle. Des ombres qui avaient perdu leur maîtresse, suspendues ici, sans force."
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, deuxième partie L'oiseau prophète, ch.4, Perte de la grâce divine ; prostituée de la conscience.

4.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (29) : fin d'entretien


"(...)Vous devrez gagner la victoire avec vos propres forces, avec vos propres mains.
- Comme dans le Royaume sauvage, dis-je avec un sourire. Quand on vous frappe, vous frappez en retour.
- C'est cela, dit Malta Kano. Exactement. 
Et comme pour recueillir les affaires d'un défunt, elle prit doucement son sac à main, et ajusta son chapeau rouge en plastique. Chaque fois qu'elle mettait ce chapeau, on avait étrangement la sensation palpable qu'une unité de temps était arrivée à son terme. "
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, deuxième partie L'oiseau prophète, ch.3, Noboru Wataya raconte; l'histoire des singes de l'île banale.

3.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (28) : vaines bulles


"Elle avait commandé une sorte de boisson gazeuse, mais n'y avait pas touché. Le liquide semblait s'ennuyer dans ce grand verre, ne trouvant rien de mieux à faire que des bulles. "
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, deuxième partie L'oiseau prophète, ch.3, Noboru Wataya raconte; l'histoire des singes de l'île banale.

2.1.13

Chroniques de l'oiseau à ressort (27) : silence et téléphone


"
(...) Mais je n'ai pas très envie d'en parler pour le moment. Il y a des choses, tu sais, qui deviennent fausses dès qu'on en parle. Tu comprends ça, Oiseau-à-ressort ?
- Je crois que oui, répondis-je.
Puis je jetai soudain un œil sur le téléphone du salon. Il reposait sur le bureau enveloppé dans un voile de silence. Semblable à un être vivant tapi au fond de la mer, qui guettait sa proie en faisant le mort. "
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, deuxième partie L'oiseau prophète, ch.2, Pas une seule bonne nouvelle dans ce chapitre.

1.1.13

Bonne Année 2013

Mon vœu : Simplicité


Chroniques de l'oiseau à ressort (26) : glaçons


"Elle me tendit un grand verre rempli de glaçons, qui s'entrechoquèrent quand je le pris dans la main. Ce bruit me sembla parvenir d'un monde très lointain. Plusieurs portes le reliaient à celui où je me trouvais. Et comme toutes ces portes étaient ouvertes par hasard à ce moment précis, ce bruit avait atteint mes oreilles. Mais c'est juste temporaire. Qu'une seule de ces portes fut fermée, et le bruit ne me parviendrait plus. "
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, deuxième partie L'oiseau prophète, ch.2, Pas une seule bonne nouvelle dans ce chapitre.

31.12.12

Chroniques de l'oiseau à ressort (25) : envie de mer.2


"Je pensai de nouveau à la mer. Je m'imaginai pieds nus sur le sable, marchant le long du rivage où venaient se briser les vagues. Le sable était brûlant, une odeur forte de marée se mêlait au vent. Je respirai à fond et regardait le ciel. En tournant mes deux mains grandes ouvertes vers le soleil, je sentais la chaleur de l'été. Tout à coup une vague fraîche me trempa les pieds. "
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, deuxième partie L'oiseau prophète, ch.1, Aussi concret que possible; l'appétit dans la littérature

30.12.12

Chroniques de l'oiseau à ressort (24) : envie de mer


"La même radiocassette noire diffusait la même musique d'ambiance, tandis qu'au fond de la boutique gémissait un vieux modèle de climatiseur, et que la vapeur des fers à repasser embuait le plafond. La Marée basse, avec Robert Maxwell à la harpe, passait juste à ce moment-là. Comme j'aimerais aller à la mer ! pensai-je. Je sentis l'odeur des dunes, imaginai le bruit des vagues se brisant sur le rivage, le vol des mouettes, rêvai à des canettes de bière bien fraîches. "
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, deuxième partie L'oiseau prophète, ch.1, Aussi cocret que possible; l'appétit dans la littérature

29.12.12

Chroniques de l'oiseau à ressort (23) : appétit littéraire


"Je me souvins avoir lu autrefois l'histoire d'un homme qui mangeait sans arrêt en attendant quelque chose. Après m'être livré à une longue méditation, je trouvai enfin le titre : c'était l'Adieu aux armes d'Hemingway. Le héros (dont j'ai oublié le nom) a réussi à traverser la frontière italienne en bateau pour se réfugier en Suisse, et il attend que sa femme accouche dans la clinique d'une petite ville. Pendant cette longue attente, il ne cesse d'entrer dans le café d'en face pour boire et manger. Je ne me souvenais guère de la trame de ce roman. Tout ce dont je me rappelais, c'était cette scène proche de la fin où le héros enchaînait repas sur repas, en attendant l'accouchement de sa femme dans un pays étranger. Cette scène m'avait marqué en raison de son intense réalisme. Sur le plan littéraire, la fringale du personnage me paraissait plus intéressante qu'un manque d'appétit causé par l'anxiété.
Dans la réalité, en revanche, mon appétit ne se manifestait absolument pas, tandis que j'attendais, immobile, qu'il se passe quelque chose, le regard tourné vers les aiguilles de l'horloge dans la maison calme. Mais si mon appétit ne se manifeste pas, pensai-je, c'est que je dois manquer de dimension littéraire. J'avais l'impression d'être devenu moi-même un personnage de mauvais roman. "
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, deuxième partie L'oiseau prophète, ch.1, Aussi cocret que possible; l'appétit dans la littérature

28.12.12

Chroniques de l'oiseau à ressort (22) : récidive du mauvais temps de cuisson selon Shizuka


"Quand l'eau frissona, j'y jetai du sel et une poignée de spaghettis. Puis je réglai le timer à dix minutes, et lavai la vaisselle dans l'évier. Mais la vue de mon plat de pâtes préparé avec soin ne réussit même pas à me mettre l'eau à la bouche. C'est tout juste si j'en mangeai la moitié avant de jeter la fin de mon assiette. Je mis le reste de sauce dans un récipient que je rangeai au réfrigérateur. Bon, tant pis après tout, je n'avais pas d'appétit au départ."
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, deuxième partie L'oiseau prophète, ch.1, Aussi cocret que possible; l'appétit dans la littérature

27.12.12

Chroniques de l'oiseau à ressort (21) : Bach et les spaghettis



"Je décidai de faire encore des spaghettis pour le déjeuner. Non pas que j'eusse spécialement faim. Je manquais même totalement d'appétit. Mais je ne pouvais pas rester assis éternellement sur le canapé à attendre la sonnerie du téléphone. Il fallait bien que je me donne un but, pour bouger mon corps. Je remplis une casserole d'eau, allumai le gaz, et, en attendant qu'elle bouille, confectionnai une sauce de tomate, la radio FM allumée. Elle diffusait une sonate de violon de Bach sans accompagnement. L'interprétation était excellente, pourtant quelque chose m'irritait dans cette version. Etait-ce à cause de l'interprète, ou de mon état psychologique du moment ? Impossible de le savoir, toujours est-il que je coupai la radio et continuai de cuisiner en silence. Je fis chauffer l'huile d'olive, y ajoutai de l'ail, des oignons coupés en petits morceaux, et, à l'instant où ils commençaient à se colorer, j'ajoutai une tomate lavée, égouttée et coupée en rondelles. Cela me faisait du bien de trancher et de faire frire des aliments. Accomplir ces gestes me procurait des sensations concrètes : j'entendais des sons, je sentais des odeurs."
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, deuxième partie L'oiseau prophète, ch.1, Aussi cocret que possible; l'appétit dans la littérature

26.12.12

Chroniques de l'oiseau à ressort (20) : des petits mystères

"Je mis l'argent dans le porte-monnaie, roulai l'enveloppe en boule et la jetai dans la corbeille à papier. Voilà comment on bâtit des mystères, petit à petit, me dis-je. Je ne voulais pas cacher consciemment cette rencontre à Kumiko, cela n'avait rien d'important, et que j'en parle ou non n'aurait aucune conséquence. Cette histoire, qui coulait au début comme un petit ruisseau clair, s'était finalement embourbée dans l'opacité du mystère, quelles qu'aient pu être mes intentions de départ.
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, première partie La pie voleuse, ch.10, Magic touch; mort dans une baignoire : le distributeur de souvenirs

25.12.12

Chroniques de l'oiseau à ressort (19) : chanson de circonstance


"Si elle avait eu un micro à la main en plus, on se serait attendu à la voir se mettre à chanter Johnny Angel. "
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, première partie La pie voleuse, ch.7 Le pressing du bonheur; entrée en scène de Creta Kano.

24.12.12

Chroniques de l'oiseau à ressort (18) : remake



"Elle avait une étonnante allure sortie tout droit des années soixante. Si on avait joué un remake d'American Graffiti au Japon, elle aurait pu jouer dedans sans même avoir à changer de tenue. "
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, première partie La pie voleuse, ch.7 Le pressing du bonheur; entrée en scène de Creta Kano.

23.12.12

Chroniques de l'oiseau à ressort (17) : air fétiche


"je m'installai sur le canapé, avec les "Carnets de la ménagère", et réfléchis à ce que j'allais préparer pour dîner. Je marquai la page de la recette "salade d'algues hijiki et de tofu", fis une liste des ingrédients nécessaires. J'allumai la radio. Michael Jackson chantait Billie Jean. "
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, première partie La pie voleuse, ch.7 Le pressing du bonheur; entrée en scène de Creta Kano.

22.12.12

Chroniques de l'oiseau à ressort (16) : musique et calligraphie


"Je posai sur le comptoir la jupe beige et le chemisier vert à motifs de fleurs de Kumiko, que le patron examina rapidement avant d'inscrire soigneusement sur un bon : "1 jupe, 1 chemisier". J'aime les patrons de pressing qui ont une écriture soigneuse. Quand en plus ils aiment Andy Williams, mon bonheur est parfait. "
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, première partie La pie voleuse, ch.7 Le pressing du bonheur; entrée en scène de Creta Kano.

21.12.12

Cent vues (67) : Françoise Hardy ?

Donten no Fuji, Hokusai

"J'aurai sous mon manteau de pluie
Des bottes rouges de Russie".

Chroniques de l'oiseau à ressort (15) : entre le jazz et la java


"Je me demandai s'il était possible que de vrais amateurs de jazz, de fervents admirateurs d'Albert Ailer, Don Cherry ou Cecil Taylor, puissent devenir patrons d'un pressing près d'une gare de banlieue. Ca pouvait peut-être arriver. Mais ce n'était sûrement pas des patrons de pressing heureux ! "
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, première partie La pie voleuse, ch.7 Le pressing du bonheur; entrée en scène de Creta Kano.

20.12.12

Chroniques de l'oiseau à ressort (14) : homophobie


"Je ne sais pas ce que tu es en train de siffler, mais ce n'est pas très mélodieux. Dis-donc, tu ne serais pas un homo par hasard ?
- Je ne crois pas répondis-je. Pourquoi ?
- On dit que les homos ne savent pas bien siffler."
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, première partie La pie voleuse, ch.5 Intoxiqué aux pastilles de citron; l'oiseau incapable de voler et le puits à sec

19.12.12

Chroniques de l'oiseau à ressort (13) : l'air des spaghettis


"Je me mis donc à contempler en sifflotant le jardin sous la bruine."
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, première partie La pie voleuse, ch.5 Intoxiqué aux pastilles de citron; l'oiseau incapable de voler et le puits à sec

18.12.12

Chroniques de l'oiseau à ressort (12) : papillon


"La seule chose qui bougeait dans ce paysage était un papillon voletant ça et là, avec l'air du type qui cherche quelque chose mais a fini par oublier quoi."
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, première partie La pie voleuse, ch.5 Intoxiqué aux pastilles de citron; l'oiseau incapable de voler et le puits à sec

17.12.12

Chroniques de l'oiseau à ressort (11) : comme à Deauville



" C'était à un festival de cinéma américain et à la même séance, il y avait Boy Hunt de Connie Francisco, je m'en souvenais très bien. A l'époque ce film ne m'avait pas paru particulièrement intéressant, mais, en en entendant par hasard la musique au pressing de mon quartier, ça ne me rappelait plus que de bons souvenirs."
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, première partie La pie voleuse, ch.5 Intoxiqué aux pastilles de citron; l'oiseau incapable de voler et le puits à sec

16.12.12

Chroniques de l'oiseau à ressort (10) : souvenirs de lycée



 "J'avais vu ce film avec ma petite amie quand j'étais lycéen. Troy Donahue et Sandra Dee jouaient dedans. C'était à un festival de cinéma américain et à la même séance, il y avait Boy Hunt de Connie Francisco, je m'en souvenais très bien. A l'époque ce film ne m'avait pas paru particulièrement intéressant, mais, en en entendant par hasard la musique au pressing de mon quartier, ça ne me rappelait plus que de bons souvenirs."
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, première partie La pie voleuse, ch.5 Intoxiqué aux pastilles de citron; l'oiseau incapable de voler et le puits à sec

15.12.12

Chroniques de l'oiseau à ressort (9) : gone with the wind


 "L'orchestre jouait le thème de Tara, on entendait surtout les instruments à cordes, et le patron du pressing sifflotait pour accompagner la musique, tout en repassant d'un geste sûr une chemise, dans des jets de vapeur. Debout devant le comptoir, je lui expliquai en m'excusant que j'avais oublié de récupérer une cravate à la fin de l'année dernière. Mon irruption dans son petit monde paisible fut sans aucun doute comparable à l'arrivée d'un messager porteur d'une funeste nouvelle dans une tragédie grecque."
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, première partie La pie voleuse, ch.5 Intoxiqué aux pastilles de citron; l'oiseau incapable de voler et le puits à sec

Mes notes de chevet (100) : contes

" Dans le "Conte de Komano", j'aime le passage où l'on voit le héros s'en aller après avoir offert seulement un vieil éventail chauve-souris."
Notes de Chevet, Sei Shônagon





















Mes notes de chevet
: J'ai lu, soir après soir, à haute voix, chaque épisode des mille et une nuits. Même en traversant les Pyrénées, où j'avais tranché au cutter la partie idoine dans l'édition Bouquins. Mais, au fond, je ne suis pas Shéérazade, je suis la Princesse sur un pois, qui déteste les plis du lit ...

14.12.12

Cent vues (66) : en attendant le père Noël

... tout est prêt.

Shishu no Fuji. Hokusai


Chroniques de l'oiseau à ressort (8) : navet


"Tout ce que je connaissais de l'île de Malte, c'est la chanson de Herb Alpert les Sables de Malte, une chanson indéniablement nulle."
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, première partie La pie voleuse, ch3 Le chapeau de Malta Kano; tons sorbet; Allen Ginsberg et les Croisés

13.12.12

Chroniques de l'oiseau à ressort (7) : portrait-robot


"- Auriez-vous l'amabilité de me décrire vos caractéristiques physiques, monsieur Okada ? dit la femme.
Je réfléchis à "mes caractéristiques physiques". En avais-je seulement ?
- Trente ans, les cheveux courts, soixante-trois kilos, pas de lunettes, expliquai-je, tout en me disant qu'il y aurait au moins cinquante types correspondant à ce signalement dans le café du Pacific Hôtel.
J'y étais déjà allé une fois, c'était immense. Il fallait trouver quelque chose qui me distingue un peu plus des autres. J'eu beau réfléchir, je ne trouvai rien. Je ne veux pas dire que je n'ai aucune particularité : je suis au chômage, je connais les noms de tous les frères Karamazov. Mais, bien sûr, rien de tout cela n'est écrit sur ma figure."
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, première partie La pie voleuse, ch3 Le chapeau de Malta Kano; tons sorbet; Allen Ginsberg et les Croisés

12.12.12

Chroniques de l'oiseau à ressort (6) : sandwich moutarde

"Debout dans la cuisine je coupais du pain que je tartinais de moutarde, puis recouvrais de tranches de tomate et de fromage. Je m'apprêtais à couper ces sandwichs en triangle quand la sonnerie du téléphone retentit".
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, première partie La pie voleuse, ch3 Le chapeau de Malta Kano; tons sorbet; Allen Ginsberg et les Croisés

11.12.12

Chroniques de l'oiseau à ressort (5) : arête en travers


"Cette nuit-là, allongé dans le noir auprès de Kumiko, je me demandai, en regardant le plafond, ce que je savais réellement de cette femme. Ma montre indiquait deux heures du matin. Kumiko dormait profondément. Moi, dans l'obscurité, je songeais aux mouchoirs bleus, au papier de toilette à fleurs, et au sauté de bœuf aux poivrons. Comment avais-je pu vivre en ignorant qu'elle ne supportait aucune de ces trois choses ? Certes, il s'agissait de détails parfaitement oiseux et, d'ordinaire, j'en aurais ri. Il n'y avait pas de quoi en faire tout un plat. D'ici quelques jours on aurait oublié tous les deux cet incident ridicule.
Pourtant, ça me tracassait étrangement. Ca me gênait comme une arête de poisson coincée dans la gorge. Ca aurait pu être fatal, me disais-je. C'était peut-être le début de quelque chose de bien plus grave et qui serait vraiment fatal. C'était une porte. Une porte derrière laquelle s'étendait le monde d'une Kumiko que je ne connaissais pas. J'imaginai une pièce toute sombre. Je me promenais dans cette pièce seulement armé d'un minuscule briquet, qui ne me permettait pas d'en voir qu'une infime partie. Est-ce que j'arriverais un jour à la distinguer en entier ? Ou est-ce que je vieillirais, puis mourrais sans en avoir fait le tour ? Si tel était le cas, quel sens avait la vie conjugale ? Quel sens avait ma vie si je vivais et partageais le lit d'une inconnue ? "
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, première partie La pie voleuse, ch2 Pleine lune et éclipse solaire; les chevaux qui meurent dans les granges.

10.12.12

Chroniques de l'oiseau à ressort (4) : sauté de bœuf au poivron


J'avais tout préparé pour qu'elle puisse passer à table dès son arrivée. Oh, pas de la cuisine très compliquée : de fines tranches de bœuf sautées à vif dans un wok avec des oignons, des poivrons et des pousses de soja, le tout assaisonné de sel, de poivre, et de sauce de soja. J'ajoutai un peu de bière en fin de cuisson. Je faisais souvent ce plat quand je vivais seul. J'avais fait cuire du riz, réchauffé la soupe au miso, coupé et disposé les légumes sur un plat de façon à pouvoir les cuire en une minute dès que Kumiko serait là."
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, première partie La pie voleuse, ch2 Pleine lune et éclipse solaire; les chevaux qui meurent dans les granges.

9.12.12

Chroniques de l'oiseau à ressort (3) : angle mort

"Un angle mort. Cette femme avait sûrement raison. Il y avait dans mon esprit, dans mon corps, dans mon existence même, un monde englouti, perdu quelque part. C'était peut-être ça qui faisait que ma vie s'écartait légèrement de ce qu'elle aurait du être."
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, première partie La pie voleuse, ch1 le mardi de l'oiseau à ressort; six doigts et quatre seins

8.12.12

Chroniques de l'oiseau à ressort (2) : cuisson des pâtes

Je me demandais, de plus en plus intrigué, ce qu'elle avait bien pu vouloir dire avec son "seulement dix minutes". Qu'est-ce qu'on pouvait bien "comprendre l'un de l'autre" en dix minutes ?
A la réflexion, elle avait spécifié le temps imparti dès le début. Je sentais chez elle une véritable certitude à propos de ce laps de temps bien déterminé. Dix minutes. Peut-être que neuf minutes c'était trop court, onze minutes trop long. Comme pour préparer des spaghettis al dente ...
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, première partie La pie voleuse, ch1 le mardi de l'oiseau à ressort; six doigts et quatre seins

7.12.12

Chroniques de l'oiseau à ressort (1) : prélude


"J'étais debout dans la cuisine, en train de me faire cuire des spaghettis, et je sifflotais en même temps que la radio le prélude de  La Pie voleuse de Rossini, musique on ne peut plus appropriée à la cuisson des pâtes, lorsque cette femme me téléphona.
Je fus d'abord tenté d'ignorer la sonnerie et de continuer à préparer tranquillement mes spaghettis. Ils étaient presque prêts, Claudio Abbado et l'orchestre symphonique de Londres étaient en plein crescendo."
Chroniques de l'oiseau à ressort, MURAKAMI Haruki, première partie La pie voleuse, ch1 le mardi de l'oiseau à ressort; six doigts et quatre seins

2.12.12

Cent vues (65) : sérénité

Kika Bessô sunamura no Fuji, Hokusai

Dans un lieu imaginaire, un petit autel faite d'une vieille demie barque et d'un bloc informe et moussu.
Fudo est le dieu approprié en ce début d'hiver. Sans doute ne le vénèrerai-je pas comme O Ai San, il fait bien trop froid. Mais j'espère en obtenir la sérénité des pêcheurs à la ligne.