16.2.14

Il y a du Goude dans l'air (1)

L'expo Goude nous rappelle un temps où les images pouvaient s'afficher sur les murs des villes, fraîches, naïves, folles, créatives et surtout gaies !
Mais Goude n'est pas mort, il fait même très jeune pour son âge ! Aurait-il contaminé la ville ? J'ai décidé de partir à la découverte ...
Ça c'était ce matin, sur la Prom :


9.2.14

Cubes

"L'activité de mon esprit me laisse perplexe. Je me souviens des cubes en bois avec lesquels je jouais enfant. Une lettre était imprimée sur chacune de leurs faces, mais j'étais bien incapable de former des mots. Je me contentais de les mettre en équilibre les uns sur les autres et de les voir tomber. mes pensées sont aussi absurdes que ce jeu. Elles font juste un peu de bruit quand elles s'écroulent."
Les mots étrangers. Vassilis Alexakis, ch.3


28.1.14

Une autre Schmelele

"Les jours passèrent. Ils passèrent, et chaque matin, Fredelle s'éveillait émerveillée de ne s'être pas noyée dans son chagrin. Elle sautait du lit, comme les héroïnes de ses livres d'enfants, faisiat un grand feu dans la cheminée et constatait, en mangeant ses tartines, que le niveau de tristesse avait encore baissé."
Agnès Desharte, Le principe de Frédelle, ch.21

27.1.14

Vaisselle

"Le père de ma mère, quand il était encore au camp de Drancy, a réussi à lui envoyer un cadeau. Je ne sais pas par quelle entremise, par quelle poste, grâce à quelle complicité.
J'ai longtemps pensé que ce cadeau venait d'Auschwitz, mais en grandissant, j'ai compris que c'était impossible. Quoi qu'il en soit, c'était un présent de l'au-delà. Une assiette en étain, ou en aluminium - sans doute celle dans laquelle il mangeait-, au fond de laquelle il a gravé un dessin à l'aide d'une pointe. S'agit-il de Mickey la souris ou de Félix le chat ? Je ne sais plus. Je n'ai vu cet objet qu'une fois, il y a fort longtemps. Je crois qu'il est écrit, sous le personnage remarquablement dessiné, "à Joujou pour ses cinq ans", avec la date, 11 février 1942, en dessous. Après ça, mon grand-père a bu sa soupe sans un gobelet, dans ses mains, je ne sais pas. Il avait pensé à sa petite fille aux boucles blondes, aux yeux verts, aux joues rebondies, son ravissant bébé, et il s'était demandé comment lui faire plaisir, avec rien.
On ne peut pas regarder cette assiette. Elle a un pouvoir infini. On la sort de l'armoire et on pleure."
Agnès Desarthe, Le remplaçant. ed. de l'Olivier.

26.1.14

Flots (souvenirs)

"Elle pleurait énormément. Des larmes aussi larges que ses yeux ruisselaient de tous côtés. Son nez aussi coulait. M.Espinoza lui tendit un mouchoir. Un mouchoir ne suffisait pas. Un garot aurait été plus approrrié. Frédelle pensa qu'elle allait pleurer ainsi jusqu'à se dessécher entièrement. Elle n'imaginait pas que cela pût s'arrêter. Il fallait qu'elle se vide, il n'y avait pas d'autre possibilité. A quelques temps de là, les pompiers viendraient recueillir les restes de son corps. Un petit paquet rabougri.
Agnès Desharte, le principe de Frédelle, ch.2, éditions de l'Olivier

25.1.14

Récréation

"Frédelle regarda par la fenêtre. Le bureau de la directrice, que celle-ci lui cédait pour certains entretiens, donnait sur la cour. Le maître de service venait de siffler la fin de la récréation. Frédelle admira le ballet abracadabrant des enfants de toutes tailles se relevant, se démêlant, se regroupant. Au terme d'une série de luttes à mort, à l'issue de courses à obstacles vivants, de tirages de cheveux acharnés, ils s'en retournaient vers leur classe, en rang par deux, intacts, se tenant (pour les plus petits) par la main. Seules les franges collées au front et les joues écarlates témoignaient des quinze minutes de chaos absolu dans lesquelles ils avaient été brassés. C'est un miracle de s'en sortir vivant, pensa Frédelle. Se sortir vivant de l'enfance, vraiment, c'est tellement incroyable qu'on mériterait de ne plus jamais mourir après ça."
Agnès Desharte, Le principe de Frédelle, ch.1, éditions de l'Olivier

5.1.14

Epiphanie

Rangées les boules, et le sapin a retrouvé sa terrasse. Comme chaque année, ça m'a fait tout drôle...j'aimais bien ma danseuse cernée de guirlande.

Mes notes de chevet (111) : Choses qui doivent être courtes

Le fil pour coudre quelque chose dont on a besoin tout de suite.
Un piédestal de lampe.
Les cheveux d'une femme de basse condition. Il est bon qu'ils soient gracieusement coupés courts.
Ce que dit une jeune fille.
Notes de Chevet, Sei Shônagon

Estampe de Yôshû Chikanobu

Mes notes de chevet : Femme de basse condition je suis. Mais gracieusement !

4.1.14

Cent vues (84) : Le Fuji dans mon filet

Amiyura no Fuji, de Hokusai
En voilà une vanité : capturer le Fuji. L'oiseau en rit encore !

1.1.14

Bonne année 2014 !



Passer la dernière journée de l'année sur les chemins de la Sainte Victoire, être profondément endormie à minuit sans entendre les klaxons, préférer le romarin en fleurs de la montagne provençale à l'inaccessible gui pour prononcer ses vœux, voilà un programme qui me va comme un gant, le changement dans la continuité...

Pour 2014, je vous souhaite l'âme simple de ces cueilleurs d'offrandes syncrétistes




9.12.13

Et la fureur ne s'est pas encore tue (4)

"- J'ai vu Hersh, lui confiai-je.
- Comment va-t-il ?
- Il n'a pas beaucoup changé.
- Que compte-t-il faire ?
Siegfried savait très bien que je ne pouvais répondre à cette question, mais il la posa malgré tout, pour laisser s'écouler les mots d'avant-guerre qui bouillonnaient en lui. On aurait pu penser que ces mots étaient morts mais il arrivait qu'ils sortent de leur cachette et redressent la tête, dans leur nudité effrayante. On tendait l'oreille sans trop y croire mais c'étaient bien eux, ils étaient vivants.
Être avec Siegfried m'était difficile. Je ressentais une profonde tristesse lorsqu'il se dérobait,et en même temps je savais que c'était avec lui seul, ou avec ses semblables, que je pouvais marcher ou m'attabler dans un restaurant. Je comprenais très bien le sens de ses silences déchirants et lorsqu'il parlait à la manière d'avant-guerre, je savais que ce n'était pas par facilité mais par curiosité : il cherchait à entendre le ridicule contenu dans le langage d'avant et dans des expressions démodées."
Et la fureur ne s'est pas encore tue, Aaron Appelfeld, ch.78

Et la fureur ne s'est pas encore tue (3)

"J'attendis le bus rue Jaffa pour aller à la gare centrale. Quelques personnes vêtues en noir se tenaient près de moi. Je respecte les Juifs en noir. Comme moi, ils essaient de se rapprocher de Dieu, qui s'est adressé à nous autrefois. Comme moi, ils savent qu'Il a cessé de nous parler mais ils ne renoncent pas et ils essaient trois fois par jour. Ces tentatives désespérées peuvent éveiller la pitié, mais aussi le respect."
Et la fureur ne s'est pas encore tue, Aaron Appelfeld, ch.76

8.12.13

Et la fureur ne s'est pas encore tue (2)

"La force de la prière ne réside pas dans les grommellements, les demandes ou les suppliques aux oreilles de Dieu, mais dans la capacité à rester de longues heures en prêtant l'oreille à ce qu'il cherche à nous dire."
Et la fureur ne s'est pas encore tue, Aaron Appelfeld, ch.61

Mes notes de Chevet (110) : Choses qui sont bonnes quand elles sont grandes

"Les bonzes, les fruits, les maisons, les sacs à provisions, les bâtonnets d'encre qui garnissent l'écritoire.
Les yeux des hommes."
Sei Shônagon, Notes de chevet


Mes notes de chevet
Les yeux bien sûr mais... ma grande sœur a oublié les mains.

7.12.13

Cent vues (83) : au soleil


Aoyama no Fuji, Hokusai


J'ai découvert le port de l'ombrelle au Japon, après beaucoup de résistance pour l'occidentale que je suis, puis avec le facilité des orientales qu'elles sont. Adéquation parfaite pour se protéger des rayons et de la chaleur. 
Un de mes regrets, ne pas avoir acheté une ombrelle au Japon pour continuer ici, dans mon pays de Soleil, mes cheminements estivaux.

Venise par le nez


"Samedi 24 mars 1951
Hier, Venise par les oreilles, aujourd'hui Venise par le nez, toujours les yeux fermés. Imagine que tu sois aveugle et sourd, propose Mona, il faudrait que tu les reconnaisses au nez, ces sestieris, pour ne pas te perdre ! Alors, renifle : le Rialto sent le poisson, les approches de San Marco sentent le cuir de luxe, l'Arsenal sent la corde et le goudron, affirme Mona dont l'odorat remonte jusqu'au XIIe siècle. Comme je plaide pour visiter tout de même un musée ou deux, elle objecte que les musées sont dans les livres, c'est-à-dire dans notre bibliothèque."
Daniel Pennac, Journal d'un corps

Et la fureur ne s'est pas encore tue (1)

"Le matin effaçait leur visage. Tout juste après le rassemblement, nous partions pour nos travaux forcés. Nous nous affaiblissions, torturés par un froid d'automne cinglant, et la nuit il était interdit de faire du feu. Nous nous enveloppions dans des hardes en luttant de nos maigres forces contre les courants d'air glacé. Chacun de nous savait ses jours comptés.
Il me semblait parfois que Yossef-Haïm voulait dire quelque chose, mais il disparaissait dans le col de sa veste dès que je m'approchais de lui. Ce que j'apercevais de son visage exprimait l'aspiration à être seul et tranquille. Presque personne ne semblait se rendre compte qu'il priait toujours. Je sentais sa prière planer sur nous un long moment, parfois un jour entier. Je ne confiai ce sentiment à personne. Il ne faut pas dévoiler certaines choses tant que leurs temps n'est pas venu, sous peine, entre autres, d'être couvert de ridicule."
Et la fureur ne s'est pas encore tue, Aaron Appelfeld, ch.21

10.11.13

Marché de Novembre

Des châtaignes (délicieuses), du fromage frais de brebis, une bonne salade frisée et quelques œillets de poète

3.11.13

Mon amie est partie


Mardi, quand j'étais à Venise, et que je regardais les ferries en partance, je pensais au nombre de fois où j'ai pris le bateau, ainsi, et mes pensées s'en furent vers la Grèce, et mon petit coin de Pilos que j'aime tant.
Je ne savais pas qu'au même moment peut-être, là-bas, mon amie quittait ce petit coin pour entreprendre un autre type de voyage lointain dont on ne revient pas.
D'elle, quand on prononce son nom, j'entends la voix, délicieuse, avec cette façon particulière d'articuler la langue. Je vois son regard, son visage entier beau, doux et pétillant de malice. Son port de danseuse, cohabitant étrangement/étroitement avec un tempérament de mémère à chat et de consolatrice de chagrin. Ma fille portant son foulard radieuse de faire la vaisselle dans l'évier ou agrippée à la selle de sa vespa. Même les détails bêtes me reviennent: moi portant pendant des années son pantacourt en jean D&G jusqu'à l'extrême usure.
La Grèce, la vie ne seront plus tout à fait pareilles. Pourtant, je sais que des lamentations trop abondantes ne correspondent pas à son caractère ni à son esprit . Aussi, je vais me tenir bien droite comme elle aimait, et continuer à sourire en regardant partir les bateaux.



26.10.13

Marché du samedi : couleurs de saison


Renoncules. Raviolis à la courge : ils sont tellement frais que le vendeur-fabricant m'a recommandé d'attendre ce soir pour les manger, ou de les rafermir 1h au congélateur car il venait juste de finir de les faire...