2.8.16

Se(r)vices publics (1) : colis d'été

Je plaide coupable : en commandant le 6 juillet, je pensais recevoir mon colis so colissimo bien avant le 16. D'ailleurs, le 8 Juillet, je reçois par courriel (mais oui, high tech now) une notification :


je vais recevoir mon colis le 9, c'est écrit en bas !
Ben non ...
J'attends,

09/07/2016
Votre colis est en cours d'acheminement.
Site Colis 84
09/07/2016
Votre colis est arrivé sur son site de distribution
Agence Alpes-Maritimes
08/07/2016
Votre colis est en cours d'acheminement.
Plate-forme PACA
07/07/2016
Votre colis est en cours d'acheminement.
Plate-forme Est
07/07/2016
Votre colis est en cours d'acheminement.
Centre Courrier 68
j'attends, au fil des jours j'attends et je me connecte pour voir, sinon l'avancée du colis, celui des dégâts ...

13/07/2016
L'emballage de votre colis a été renforcé pour en assurer sa livraison. Il est en cours d'acheminement.
Plate-forme PACA
Que s'est-il passé pendant 6 jours ? Mystère. Le colis a du tourner sur lui-même et il s'est abimé ! De Petites Mains l'ont restauré.
 

15/07/2016
Votre colis est en cours d'acheminement.
Plate-forme PACA
Le 15, inquiète (je pars le lendemain), j'appelle le service Colissimo à coup de # j'arrive sur une dame fort polie, fort peu francophone, qui visiblement ne comprend rien donc répète scrupuleusement tout ce que je dis et me parle par stéréotype, pour conclure au bout de 5 mn, " donc vous n'avez pas reçu votre colis et vous avez peur qu'il soit perdu, et en effet je ne le trouve pas". Non, ce n'est pas un gag. Elle me fournit un autre numéro à appeler.
Après ## ??  ## ?? ## ?? j'atteins un monsieur, toujours très gentil et très francophone celui-là. Il va faire une recherche puis me reprend. Oui, c'est vrai, le temps d'acheminement semble très long en effet. Oui, j'ai raison de m'inquiéter. Oui mon colis aurait du arriver mais à Nice, en ce moment, ce ne doit pas être simple non, il peut y avoir du retard du à la situation (oui, c'est vrai, nous sommes le 15 juillet et je viens d'échapper à un attentat alors c'est sûr ça peut retarder mon colis, j'aurais bien fait fait de l'humour si je n'avais pas encore été sous le choc ...). Non mon colis n'était absolument pas perdu même si il y avait un problème, il n'était absolument pas perdu mais il y avait un problème, je ne pouvais pas le récupérer sans demander l'accord de l'expéditeur qui devait "débloquer" la situation ...
Mais j'avais la réponse à ma question du problème. Et là oui, je dois plaider coupable, j'avais fait une erreur. De code postal ! Mais oui, absolument. En changeant mon adresse (j'ai déménagé) sur le site j'ai oublié de transformer 0600 en 06100. Et voilà ça change tout. Pauvres ignorants que vous êtes ! J'habite juste à présent à 2 rues du 06000 mais c'est 06100. Donc mon colis s'est perdu ! C'est aussi simple que cela. Va savoir pourquoi il faut l'aval de l'expéditeur pour le recevoir maintenant, c'est un débat dans lequel je ne rentrerai pas, espérant recevoir mon colis le lendemain au matin.
C'était sans ignorer que le 15 était le lendemain du 14, ça je vous l'ai déjà dit, mais surtout la veille du 16 qui est un samedi : cela s'appelle le pont du 14 juillet, donc, donc ? quand j'ai appelé l'expéditeur, il n'était pas là, pont oblige.
Donc ? Donc. Je suis partie sans mon colis. J'ai envoyé un courriel à l'expéditeur pour expliquer tout ça et très sérieusement, il s'en est occupé pour demander un délai supplémentaire de rétention du colis jusqu'à mon retour, mais la Poste lui a expliqué que c'était bien ma faute, c'était l'erreur de code postal ...
Bon, vous allez dire que je suis une mauvaise fille !
Absolument
Bon c'est vrai que j'habite dans le 06100, la rue qui doit recevoir le plus de courrier dans la ville, puisque je suis dans la rue du centre des Impots le plus important du département et vu les queues en bas de chez moi tous les jours (un autre chapitre de se(r)vices publics ?), cette rue totalement inconnue sans le bon code postal ne se trouve qu'à un clic de 5s sur internet de la correction de l'erreur.
Mauvaise fille moi ? Allons donc, j'ai récupéré mon colis à la poste, très gentiment , donc j'ai pu faire les photos de la bosse de mon colis mais aussi celle-ci :
Oui, vous avez bien lu : 06300. Non content de faire un bel arrangement de scotch, un gentil employé a par deux fois corrigé le faux 06000 en 06300 ! Elle est pas belle celle là ! Puisque je vous dis que c'est ma faute , c'est MOI qui me suis trompée de code postal !
Bon, je l'ai eu mon colissimo non ?

19/07/2016
Votre colis n'a pas pu être livré car le destinataire était absent. Il sera remis en livraison le prochain jour ouvré.
Centre Courrier 06
19/07/2016
Votre colis est en préparation pour la livraison.
Centre Courrier 06
19/07/2016
Votre colis est arrivé sur son site de distribution
Centre Courrier 06
16/07/2016
Votre colis est arrivé sur son site de distribution
Centre Courrier 06
Il lui a fallu trois jours pour trouver son facteur et d'ailleurs si je n'ai pas pu le récupérer c'est que la fonctionnaire que je suis était en vacances ! Il faut toujours qu'ils râlent ceux-là !

18.7.16

Nous mourons tous par petits bouts : Prom Party (2) : la boîte de Pandore

Drôle de période.
Rassemblement de soutien aux victimes de Nice, Selonnet (04) photo Hatsuo Adachihara

Il y a la douleur, le mal, la mort, la souffrance, la peur.
Et en plus, les terroristes ont ouvert la boîte de Pandore avec une vitrine Facebook.
Un exemple représentatif, sous mes yeux, sur un fil familier.Un fil, parlant d'une étrange "coïncidence" : quelqu'un avait prévu l'attentat de la Prom.
1. Qu'a dit ce quelqu’un interviewé sur youtube  ? "Je suis persuadé qu'il y aura un attentat très spectaculaire islamiste en France avant les Présidentielles, peut-être sur les plages cet été, peut-être pas au moment de l'Euro parce que ça engagerait trop de chose mais peut-être sur les plages, cet été".Si comme moi vous vous dites "ben quoi ?" voici que vous êtes placé dans le lot des incrédules idiots, de ceux qui ne veulent jamais rien voir car : 
2. selon l’auteur du fil, comment cette personne peut-elle être aussi affirmative ? Il faut absolument s'en questionner … donc les commentateurs de ce fil se questionnent et discourent : une l'avait prédit à une amie : « il allait se passer un événement terrible à Nice , l’on va accuser les terroristes », et le soir même cela s'est vérifié ; une autre pense que la personne interviewée peut détenir des informations, ou bien avoir un médium qui travaille pour lui, tout est possible, cette question vaut la peine d'être posée.Bien sûr, l'on peut tout simplement passer son chemin vers un autre fil ou sourire devant ce genre d'attitude. 
Cela vaut-il vraiment la peine d'en faire tout un plat sur son blog, de se plaindre qu’il rajoute aux malheurs du monde ? Sauf que, ce personnage interviewé, ce sage médium visionnaire, c'est Alain Soral, le triste sire. 
Et que, dans ma naïveté invétérée, j'ai cru au péché par ignorance de ce fil ; comment quelqu'un d'estimable, adepte de la paix, de la méditation et de l’amour universel, pouvait citer Soral en toute connaissance de cause, lui donner un statut de sage, et à son discours une considération, une publicité blanchissante. Tel le chevalier Ajax, je me lance dans l'éclairage pédagogique du bon peuple, source en lien à l’appui (négationnisme, homophobie..). 
Ce n'était pas une bonne idée. Contre l'appel des connaissances obscures, il n'y a rien à faire qu'à subir les sarcasmes. C’est là que se lève le déni comme une muraille protectrice autour du Maître du fil : Soral donne une occasion de réfléchir. Peu importe d’où vient l’information, il reste que sa clarté de vue est troublante et mérite l’interrogation. Dénoncer Soral et sa position ne sont que des clichés, qui empêchent de réfléchir sur l’essentiel, alors que ce questionnement est sain et simple à comprendre. Dénoncer Soral porte un discours de haine qui aveugle, qui discrimine celui qui a posté le lien, c’est favoriser l’engouement de la haine qui flotte dans l’air, se défouler sur une personne. 
Une solution m’est proposée par plusieurs : quitter ce fil, mon discours de haine, le trouble que je sème chez les méditants : les Pro ou Anti Soral n’ont aucun intérêt. Ici l’on est entre soi, dans le Tao, et la pensée manichéenne n’a pas lieu d’être. Soral est l’homme à abattre avec Dieudonné et personne n’est blanc ou noir, chacun porte en lui une part de lumière.
Voici le visage des "Purs", des au-dessus du Monde, de ceux qui méditent pour choisir le camp du Bien sans se mouiller l'âme, de ceux qui voient l'étincelle de lumière dans chaque individu même le pire, de ceux qui pensent que tout n'est que point de vue. 
Ainsi dans cet été meurtrier ai-je vécu une expérience surprenante mais finalement pas si inattendue. Quelle chose de la terreur de l'an mil sans doute...









17.7.16

Nous mourons tous par petits bouts : Prom Party (1)

Drôle de période.

Moi qui ai toujours adoré les feux d'artifices, je n'aurais raté pour rien au monde celui du 14 juillet.
Je ne l'ai pas raté, bien sûr, et je suis allée à l'endroit le plus stratégique, la plage du Palais de la Méditerranée, de façon à avoir les barges de chargement des tirs juste en face, devant moi, avec une meilleure visibilité et moins de public que vers la place Masséna.
Si j'avais pu, j'aurais pris la ligne 23 qui m'aurait laissé boulevard Gambetta, face au High. Mais le feu d'artifice étant à 22h, à cette heure là pas de 23. Donc le tram, par l'Est de la Prom.
Après le feu d'artifice, un peu trop court à mon goût, je serais bien allée vers l'Ouest, pour chercher dans la Prom Party les Petites Ouvreuses que je n'avais pas vu à l'aller. Mais H. m'en a dissuadée, par là il n'y a rien, et puis il va pleuvoir, rentrons.
C'est comme cela que je n'ai rien vu. C'est comme cela que prise dans la vague de la foule en panique, je n'ai pas eu peur un seul instant. Je n'y ai pas cru. Même si j'ai couru, comme les autres, longtemps. J'ai pensé à un délire de foule, le même d'ailleurs qui a saisi le Cours Saleya.
Les incrédules meurent comme les autres. Ceux qui croient au ciel et ceux qui n'y croient pas. Cela ne change rien.
Je ne me remets pas vraiment de ne pas être morte un soir de quatorze juillet après le feu d'artifices...

12.7.16

Asher Lev (17) : crucifixion


La reproduction de la Crucifixion de 1930 était accompagné du commentaire suivant : "Picasso assemble comme dans un puzzle différents motifs des compositions anciennes, d'où la complexité de l'œuvre, qui est un véritable dictionnaire du vocabulaire plastique."
Chaïm Potok, le don d'Asher Lev, p.192

11.7.16

Asher Lev (16) : tableaux "à" Picasso


Je poursuivis lentement ma visite jusqu'à la pièce qui contenait sa collection de tableaux de Matisse, Cézanne, Rousseau et Renoi. La Marguerite de Matisse était là !

Qu'est-ce que l'Espagnol avait bien pu voir chez Rousseau ? Qu'est-ce qu'il avait pu découvrir dans l'imagination et la peinture laborieuse de ce naïf ? Cela me dépassait.
Chaïm Potok, le don d'Asher Lev, p 191

10.7.16

Asher Lev (15) : emprunts


photo Léa Lalou
"Tu sais ce qu'est un peintre, vraiment, Lev ? Un peintre est un passionné qui veut se créer une collection, et il le fait en peignant lui-même les tableaux qu'il aime chez les autres artistes. Ce qui fait une bonne collection. "
Chaïm Potok, Le don d'Asher Lev, p190

9.7.16

Asher Lev (14) : l'été à la plage


 
Picasso, Famille au bord de la mer

Je demeurai longtemps devant ce dernier tableau ; l'artiste nu est couché sur le sable, sa main gauche cache son sexe, son fils, encore bébé, touche l'oreille de son père avec un doigt de la main gauche ; sa femme pose la main droite, comme pour l'arrêter, sur l'épaule de l'enfant. Derrière la plage jaune, s'étend une mer sombre sous un ciel menaçant. J'avais l'impression d'être un voyeur sur cette plage, épiant chaque mot et chaque geste de cette famille.
Chaïm Potok, Le don d'Asher Lev, p188

8.7.16

Asher Lev (13) : Picasso

La pièce était vaste et bien éclairée, le plafond était haut. Les tableaux m'accueillirent comme un vieil ami : je les avais vus si souvent auparavant, dans des rétrospectives ou en reproductions. L'Espagnol et la magie de son art. Il y avait un portrait de jeune fille qu'il avait fait quand il avait quatorze ans.
Afficher l'image d'origine

Il y avait Casagemas, un suicidé, peint avant d'être enterré, la blessure de la tempe étrangement bleuâtre et répugnante. Ainsi c'était donc là que se tableau se trouvait depuis une dizaine d'années ... dans sa propre collection !

Pablo Picasso. Death of Casagemas, 1901

Et l'autoportrait peint en 1901 : ces grands yeux las dans un visage pâle marqué par le malheur et la fatigue. Il l'avait vingt ans quand il l'avait fait : l'artiste qui observe sombrement son avenir dans un miroir.

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Chaïm Potok, Le don d'Asher Lev, 2e partie, ch.3, p188

7.7.16

Asher Lev (12) : une autre moi-même

Seul dans la maison de mes parents, un peu plus tard cet après-midi là, je pris conscience que la chambre que je partageais avec Devorah était de plus en plus envahie de livres. Beaucoup étaient des livres neufs qui venaient de la librairie hébraïque de Kingston Avenue : des livres d'enfants et des travaux hassidiques, d'autres étaient des romans en collection de poche, d'autres venaient de la bibliothèque municipale. Devorah avait tendance à remplir les espaces vides de livres : l'extrémité des tables, le haut des coiffeuses, le rebord des bureaux, quelquefois même les chaises. Elle rangeait sans arrêt les livres avec un soin infini, elle alignait leurs dos pour qu'aucun ne dépasse : une rangée vraiment militaire. C'était sa manière à elle de prendre possession d'un lieu, de déclarer qu'elle avait l'intention d'occuper un certain espace pour une certaine durée.
Chaïm Potok, Le don d'Asher Lev, p170

4.7.16

Asher Lev (11) : sur le mur

"mon cousin Nahum sortit des dessins et les tint dans la lumière. Il me montra un Arlequin de Picasso, daté de 1919,


un dessin de Virginia Haggard par Chagall, avec sa signature "Marc", sous les mots Pour Virginia mon amour, et daté de Vence, 1952;

les amoureux by marc chagall

Le don d'Asher Lev, Chaïm Pottok, p.58

3.7.16

Nous mourons tous par petit bout : une voix qui s'éteint

Aussitôt, quand je pense à Elie Wiesel, j'entends sa voix qui parle en Français.

Elie Wiesel Mémoire par Souoland
Quand chaque année je lis le seder dans sa Hagaddah, celle que j'ai choisie pour passer en Egypte, c'est sa voix qui me lit le texte, les commentaires. Va-t-il trouver les réponses qu'il cherchait ? Pour ma part, je m'accroche à sa voix, je ne veux pas réaliser qu'il n'est plus là. Je ne veux pas accepter la triste réalité du monde, à présent sans lui, qui fait que quand on cherche Elie Wiesel sur YouTube la majorité des documents sont issus d'Alain Soral et des négationnistes.
L'écouter encore, ici.
Relire ses merveilleux livres, sa biographie, Célébration talmudique, et toujours ainsi entendre sa voix.


Asher Lev (10) : trois tableaux

Trois grands tableaux. Je fus abasourdi quand, immédiatement, je reconnus les factures célèbres. J'étais incapable de parler ou de bouger, tellement leur présence dans cette maison me paraissait inconcevable.
"Mon Dieu !" J'entendais ma voix comme si elle venait d'ailleurs.
Sur les murs, se trouvaient un paysage de Matisse du Sud de la france, peint avec pratiquement toute la gamme de la palette de l'artiste : rouge cadmium, pourpre, vert émeraude, bleu de Prusse, bleu cobalt, outremer, jaune cadmium, ocre, terre brûlée, noir, blanc de zinc;
Afficher l'image d'origine

une huile de Cézanne de la montagne Sainte-Victoire vue à travers et par-dessus une rangée de hauts cyprès inclinés,


et un jardin de Renoir, peint quand il vivait à Cagnes, à quelques kilomètres de chez moi.


Le don d'Asher Lev, Chaïm Potok, Première partie, ch. 1, p56

2.7.16

Asher Lev (9) : le Juif errant


"Je vis aussi la gravure de Moreh : le vieil homme barbu sur un pieu en forme de crucifix doté d'une roue flottant au dessus d'un lieu sinistre et dévasté par les eaux."le juif errant by mordecai moreh
Le don d'Asher Lev, Chaïm Potok, Première partie, ch.1, p51

1.7.16

Asher Lev (8) : clés brisées


Samuel Bak, Broken key

Je fermai les yeux et demeurai immobile dans la lumière. La gravure de Bak réapparut dans mon esprit : les clefs, le paysage parsemé de rochers, la serrure de lumière dans le ciel.

30.6.16

Asher Lev (7) : gravures

La maison resplendissait de l'opulence de son propriétaire : moquette et tapis épais même dans l'escalier, papier peint de qualité, à motifs floraux, gravures d'artistes juifs contemporains aux encadrements coûteux sur les murs du palier du deuxième étage :
Nachshon

Baruch Nachshon

Bezem
Flying Fish
L'échelle de Jacob, Sérigraphie, du peintre, NAFTALI, BEZEM, Signée et numérotée au crayon
Naftali Bezem (1924, -)

Bergner

Yosl Bergner (1920,-)

Ardon
setting sun by mordechai ardon


Mordechai Ardon (1896-1992)


Bak,
fragiles stillleben by samuel bak
Samuel Bak, (1933, -)

Rubin, 
Reuven Rubin ( 1893- 1974)

Ticho,

Anna Ticho (1894 - 1980)
Anna Ticho, (1894-1980)

Moreh.
Mordecai Moreh (1937 -)


29.6.16

Asher Lev (6) : des pommes

Nature Morte. Paul Cézanne

"L'exquise nature morte sur la couverture bleue pâle. Quest-ce que l'Espagnol avait dit de Cézanne un jour ?" S'i l'y avait pas d'angoisse derrière ces pommes, Cézanne ne m'intéresserait pas plus que Bouguereau." Dans le livre de Rilke je lus
J'avais simplement la conviction que c'étaient bien des raisons personnelles et intimes qui me faisaient voir mieux des tableaux devant lesquels je serais peut-être passé un instant plus tôt avec un intérêt tout momentané sans être tenté de revenir à eux avec plus de tension et d'attente. D'ailleurs, ce n'est oas du tout la peinture que j'étudie ( car je demeure, malgré tout, fort hésitant devant les tableaux, j'apprends à grand'peine à distinguer les bonnes toiles de celles qui sont moins bonnes et je confonds sans cesse les peintures récentes avec d'autres, plus anciennes). C'est la tendance de cette peinture que j'ai reconnue, parce que, dans mon propre travail, je venais précisément d'y atteindre, ou du moins de m'en approcher, préparé que j'étais sans doute depuis longtemps à ce qui seul a de l'importance."
Le don d'Asher Lev, Chaïm Potok, 1ère partie ch.1

25.6.16

Asher Lev (5) : Psaume 148 (3)


"Soudain, après un long silence, pendant lequel il avait gardé les yeux fixés sur la table, il releva la tête et entonna la mélodie chère à son père au "Yoh Ribbon Olom". Il soutint longtemps la première note. J'en eux la chair de poule. Toute la douleur et l'angoisse pendant la longue maladie de ma mère me revinrent d'un seul coup. Elle cacha son visage dans ses mains. " Yoh Ribbon Olom, chantait mon père, Maître de l'Univers, Tu es le Roi, le Roi des Rois." Sans m'en rendre compte j'avais saisi ma fourchette, prêt à me défendre."
Je m'appelle Asher Lev, ch.5, Chaïm Potok

24.6.16

Asher Lev (4) : initiative

"- Maintenant, écoute-moi, Asher. Tu n'es encore qu'un enfant mais tu dois comprendre. Un jour quelqu'un a demandé comment on puvait communiquer avec le Maître de l'Univers. On lui répondit ceci : c'est à l'homme de faire le premier pas. pour qu'il y ait communication, il faut d'abord une ouverture, un passage, aussi petit soit-il. Cette ouverture dépend de l'homme seul; c'est à lui de faire le repmier pas. Alors le Maître de l'Univers pourra se glisser dans cette ouverture et l'agrandir. "
Je m'appelle Asher Lev, ch.4, Chaïm Potok

23.6.16

Asher Lev (3) : archanges et Mélisande


"Je récitai mon Krias Shema. Elle se pencha sur moi et m'embrassa au front.
- Au nom du Seigneur, le Dieu d'Israël, murmura-t-elle, reprenant une prière, que Michel se tienne à ma droite, Gabriel à ma gauche, Uriel devant moi, derrière moi Raphaël, et que la divine présence de Dieu couvre ma tête. Amen, Asher. Pour nous deux. Amen. Elle sortit lentement de ma chambre et suivit le couloir jusqu'au salon. Elle y resta longtemps. Puis je l'entendis longer le couloir et rejoindre sa chambre. Elle ferma doucement la porte. Je restai étendu dans l'obscurité. J'écoutai la neige tomber sur ma fenêtre."
Je m'appelle Asher Lev, ch.2, Chaïm Potok

extrait du Kriat Shema.
" Au nom du Seigneur, Dieu d'Israël, que (l'ange) Michaël soit à ma droite, Gabriel à ma gauche, Ouriel devant moi, derrière moi Raphaël, et sur ma tête la Majesté divine. Cette description de la position des anges entourant le trône divin est donnée dans le Midrach Nombre Rabba chap. 2. A sa droite Michaël, exécuteur des prodiges surnaturels, à sa gauche Gabriel, messager de Sa Toute­puissance; Ouriel, en face, portant la lumière divine; et enfin Raphaël, héraut des guérisons. L'homme cependant, au nom et avec la permission du Très­Haut, se place ici lui-même au centre de cette assemblée d'anges, sentant la divine présence au dessus de sa tête (R. Hirsch). Car le juste est toujours pénétré de la certitude "qu'un ange du Seigneur entoure ceux qui le craignent, et les fait échapper au danger" (Ps. XXXIV, 8).
Le monde des Prières, Elie Munk

22.6.16

Asher Lev (2) : Psaume 148 (2)


"Il y avait quelque chose de surnaturel dans sa manière de la chanter. Comme s'il s'élançait dans l'inconnu, pour y puiser une force au delà de lui-même. Il avait les yeux grands-ouverts mais son regard était tourné vers l'intérieur. Sa voix était douce et tendre, faible et tremblante. Elle changeait de ton sans arrêt. Quand il s'arrêta, il y eut un long silence. Il me sembla entendre des plaintes au loin. Et j'eus peur."
Je m'appelle Ashev Lev, ch.1, Chaïm Pottok

1 Hallelou-Yah. Louangez IHVH-Adonaï des ciels, louangez-le dans les altitudes !
2 Louangez-le, tous ses messagers; louangez-le, toutes ses milices !
3 Louangez-le, soleil, lune ; louangez-le, vous toutes, étoiles de lumière !
4 Louangez-le, ciels des ciels, et les eaux au-dessus des ciels !
5 Ils louangent le nom de IHVH-Adonaï; oui, il l'ordonne et ils sont créés;
6 Il les maintient à jamais, en pérennité, loi donnée, jamais violée.
7 Louangez IHVH-Adonaï de la terre, dragons et tous les abîmes,
8 feu et grêle, neige et brume, souffle des tempêtes, réalisateurs de sa parole;
9 monts et toutes les collines, arbres à fruit et tous les cèdres;
10 animal, toute bête, reptiles, aile de l'oiseau;
11 rois de la terre et toutes les patries, chefs et tous les juges de la terre;
12 adolescents et vierges aussi, les anciens avec les jeunes !
13 Qu'ils louangent le nom de IHVH-Adonaï ! Oui, son nom seul est sublime, sa majesté sur la terre et dans les ciels !
14 Il exalte la corne de son peuple, la louange de tous ses amants, les Benéi Israël, son peuple proche. Hallelou-Yah.
Psaume 148, traduction André Chouraqui

20.6.16

Asher Lev (1) : Psaume 148


"Je le dessinai aussi quand il chanta pour la première fois "Yoh Ribbon Olom", la mélodie chère à son père. C'était pendant le repas du shabbat, quatre jours après la mort de sa mère. Un air lancinant qui disait toute la souffrance et l'espoir. "Yoh ribbon olom, ribbon olom veolmayoh", chantait-il doucement, les yeux clos, la voix tremblante. Il se balançait doucement d'avant en arrière, du dossier de la chaise au bord de la table. "Ant hu malka, melech melech malchayoh..." Puis il se tut sans arrêter de se balancer. Il y eut un long silence et il reprit, tremblant "Ovad gevurtaich..." Des larmes coulaient de ses yeux clos. Ma mère baissa les yeux. Je regardais mon père. Ma mère posa sa main sur la mienne.
Longtemps cette mélodie m'obséda. Sans relâche, je le dessinais, en train de la chanter.
Je m'appelle Asher Lev, ch.1, Chaïm Potok

1Louez l'Eternel! Louez l'Eternel du haut des cieux! Louez-le dans les lieux élevés!
2Louez-le, vous tous ses anges! Louez-le, vous toutes ses armées!
3Louez-le, soleil et lune! Louez-le, vous toutes, étoiles lumineuses!
4Louez-le, cieux des cieux, Et vous, eaux qui êtes au-dessus des cieux!
5Qu'ils louent le nom de l'Eternel! Car il a commandé, et ils ont été créés.
6Il les a affermis pour toujours et à perpétuité; Il a donné des lois, et il ne les violera point.
7Louez l'Eternel du bas de la terre, Monstres marins, et vous tous, abîmes,
8Feu et grêle, neige et brouillards, Vents impétueux, qui exécutez ses ordres,
9Montagnes et toutes les collines, Arbres fruitiers et tous les cèdres,
10Animaux et tout le bétail, Reptiles et oiseaux ailés,
11Rois de la terre et tous les peuples, Princes et tous les juges de la terre,
12Jeunes hommes et jeunes filles, Vieillards et enfants!
13Qu'ils louent le nom de l'Eternel! Car son nom seul est élevé; Sa majesté est au-dessus de la terre et des cieux.
14Il a relevé la force de son peuple: Sujet de louange pour tous ses fidèles, Pour les enfants d'Israël, du peuple qui est près de lui. Louez l'Eternel!

Psaume 148, trad. Louis Second

17.6.16

Mes notes de chevet (121) : le brouillard

La brume sur la rivière
Notes de chevet, Sei Shônagon

photo Hatsuo Adachihara

Mes notes de chevet : que pourrai-je dire de mieux que ce que j'ai dit ce jour-là, il y a dix ans. Je relis ce texte oublié, aujourd'hui, et il me sied ...

12.6.16

Notes de table de nuit (1): chansons (1) : Cabrel

Les chansons, c'est toujours un peu traitre, ça vous prend par surprise, comme ça. Un lien sur facebook d'une amie d'enfance : joli, ça ! je partage, et hop, c'est parti , ça revient

Cette chanson, 1979. Je suis à Périgueux, je passe le concours d'entrée à l'Ecole Normale dans cette ville totalement étrangère, dont les maisons grises ont les toits couverts d'ardoise. Dans le snack près de la gare, économie maximum oblige, je découvre les œufs mimosa, et sur le juke box, cette chanson. Mon trip, à l'époque, c'était France Culture, et les chants médiévaux. Et là, dans ce snack, j'écoute et je suis touchée, je ne sais pas pourquoi.
Et comme j'ai réussi le concours, et qu'en quelque sorte Cabrel aussi, il va m'accompagner dans ma vie. Pas seulement parce qu'il est presque mon voisin à vol d'oiseau. Prémonitions ? J'ai aimé ses chansons avant de les vivre, et personne n'a parlé mieux de la rupture.

Quand je pense aux Landes, un de mes pays de cœur, toujours elle me vient aux lèvres. Jusqu'à présent, je n'en ai pas eu la force, mais peut-être un jour les gens reviendront ...






9.5.16

Mes notes de chevet (120) : nuages

J'aime voir aussi, à la pointe du jour, les nuages sombres, qui peu à peu blanchissent.
Sei Shônagon, Notes de chevet

 Mes notes de chevet :
Peu importe où j'habite, pourvu que l'on y voit le ciel

8.5.16

Cent vues (97) : flèches

Rakanji no Fuji, Hokusai

Face à moi, une même flèche à travers de laquelle on voit le ciel, un oiseau de métal au faîte, des oiseaux posés sur les globes ... Mais de Fuji, point.