30.9.20

Tendances (05) : kippour

 1. Un kippour de rêve, de mon ami Alain Amiel


2. Mais, au temps du Corona, ce n'est pas comme ça. C'était toute seule chez moi. Une sorte de confinement volontaire : ne pas vouloir aller travailler, comme pour profiter de mon "dernier kippour de classe", mais un peu en fraude quand même, donc ne pas se faire voir.
Pourquoi aller à la synagogue, fraternelle d'habitude, chaleureuse, pleine à craquer de gens que l'on ne voit souvent que là et à cette occasion, de gens qui se rapprochent comme si en jour il n'y avait que cela de possible ? A quoi bon entendre le borborigme des prières masquées, même le chofar l'arbore. A quoi bon adhérer au programme j'ai ma place-payée-reservée-bracelet-vigile dans l'entresoi. Tout cela pour peut-être transmettre le virus, ou l'attraper. 

3. Mais il reste youtube, heureusement, et les chansons de circonstance, et dans la couleur ...

4. Il reste aussi Aharon Appelfeld, ou au moins ces écrits, que l'on a le temps de lire en l'absence du réseau en jeûne :
"Pour une raison ou pour une autre, ma propre destinée me poussa vers la littérature. Dans ma grande naïveté, j'étais certain qu'elle se tenait au fond de ma capacité à poser les bonnes questions. Il est sûr qu'à sa manière, la littérature pose en effet ces questions et à la fois y répond, mais sa force ne repose pas sur des énoncés, des blâmes ou des sermons, mais plutôt sur les détails, qui sont invisibles pour l'œil et sur lesquels, si l'on veut, le monde repose."
Aharon Appelfeld, L'héritage nu, conférence 1 p 48.

5. Et une piqûre de rappel de Delphine Horvilleur

28.9.20

My favorite things (17) : automne (4)

1. L'automne, c'est l'automne. Il est partout sur le net


 

2. Lectures."Car il savait que , pour une période dont il n'apercevait pas le terme, son rôle n'était plus de guérir. Son rôle était de diagnostiquer. Découvrir, voir, décrire, enregistrer, puis condamner, c'était sa tâche. "                           Albert Camus, La Peste, p176 ed. Folio

3.Petit paradis. Roquebrune (suite) : un olivier peut en cacher un autre




20.9.20

My favorite things (16) : automne (3)

1. Lectures
"Au milieu du disque, on entendit deux coups de feu claquer au loin.
- Un chien ou une évasion, dit Tarrou.
Un moment après, le disque s'acheva et l'appel d'une ambulance se précisa, grandit, passa sous les fenêtres de la chambre d'hôtel, diminua, puis s'éteignit enfin.
- Ce disque n'est pas drôle, dit Rambert. Et puis cela fait bien dix fois que je l'entends aujourd'hui.
- Vous l'aimez tant que cela ?
- Non, mais je n'ai que celui-là."

 Albert Camus, la peste, p149

2. La saison change, le soleil aussi

3. Enfin ne pas culpabiliser de passer son dimanche sur le canapé, écouter gronder l'orage, regarder une série musicale avec d'innombrables épisodes, et sortir boire un chocolat plein de chantilly




17.9.20

My favorite things (15) : automne (2)

 1.Petit paradis. Roquebrune (suite)

Sous les mantras un reste d'enseigne. Quelle boutique se tenait là, du temps de l'enfance du vieux tourneur sur bois, du temps des trois boulangeries et des vergers d'agrumes ?

2. Ailleurs, un autre paradis, plus proche de l'Eden.

3. Lectures
"La seule mesure qui sembla impressionner tous les habitants fut l'institution du couvre-feu. A partir de onze heures, plongée dans la nuit complète, la ville était de pierre.
Sous les ciels de lune, elle alignait ses murs blanchâtres et ses rues rectilignes, jamais tachées par la masse noire d'un arbre, jamais troublées par le pas d'un promeneur ni le cri d'un chien. La grande cité silencieuse n'était plus alors qu'un assemblage de cubes massifs et inertes,entre lesquels les efficies taciturnes de bienfaiteurs oubliés ou d'anciens grands hommes étouffés à jamais dans le bronze s'assayaient seuls, avec leur faux visage de pierre ou de fer, à évoquer une image dégradée de ce qui avait été l'homme."
Albert Camus, la peste, folio, p159

4. Quand on vit dans son propre microcosme, on passe à côté de quelques beautés qui semblent fort connues. Mais ça n'est pas très grave, car un jour ou l'autre, on tombe dessus, et c'est l'émerveillement :

Le temps, c'est de l'amour.

13.9.20

Le souvenir des belles choses (3) : serviettes de toilette (1)

 Comme, au sortir de la douche, je me posais la question qui tournait dans ma tête, comment continuer, voici que j'eus la réponse avec un drap de bain.



Nous n'aimions pas les "souvenirs" et lors de nos nombreux voyages, nous ramenions des objets pour le quotidien.
Cette serviette là a 27 ans. Le rouge en est un peu délavé, à peine. Quand j'étais petite, je lisais le journal de Mickey, que j'achetais dans la boutique toute noire du buraliste à l'angle de ma rue, je pouvais y aller seule car il n'y avait aucune rue à traverser, mais le magasin lui-même, un vieux tabac tout noir, et le coin des magazines pour enfant, tout sombre au fond, étaient assez impressionnants ; c'est pourtant là que je trouvais mon journal, et les poches, et les parades, puis les Pifs gadget et les Totoche Poche, et puis après le vieux buraliste très gros en tablier blanc qui avait la voix de Bourvil a vendu à Monsieur Marcel qui a tout transformé. Adolescente, j'avais commandé au catalogue de la Redoute de toutes petites serviettes avec la couverture du journal de Mickey, mais je rougis en y pensant parce qu'elles ont eu un drôle d'usage ensuite, si ma mère avait su lequel elle ne les auraient pas commandées, ces serviettes Mickey ... Mais celle-ci , celle de la photo, est plus tardive, et plus grande , et j'ai craqué en la voyant , dans la vitrine du centre commercial de Broadway, juste en face de l'immeuble qui ressemble à un fer à repasser. Juste après, nous nous sommes pincés plusieurs fois pour voir si le décalage horaire ne nous avait pas flingués : il y avait des éléphants qui défilaient dans la rue, dirigés par des hommes enturbannés et chargés de femmes en saris qui jetaient des pétales de fleurs : c'était le défilé de campagne d'un juge de paix. New York, c'est le miracle perpétuel. Quand je suis arrivée dans cette ville, j'étais à la fois dans mon élément familier, des lieux que j'avais vus des centaines de fois au cinéma, mais tout à coup les dimensions étaient multipliées, insaisissables. De notre chambre d'hôtel, nous voyions l'Empire State Building par la fenêtre. Je ne me souviens pas avoir tant visité de choses que ça dans les huit jours que j'y ai passé, mais je me souviens avoir fait la même chose qu'à Venise : marcher, marcher, marcher. F. y était allé aussi pour le travail et nous avons visité dans un building avec gardien à casquette, une femme qui avait été en classe avec Angela Davis et qui habitait, en face de celui où John Lennon était mort assassiné, un appartement recouvert de livres et de trompe l'œil en forme de livres; nous avons visité une autre femme aussi, qui avait une galerie en immeuble dans Gramecy Park d'où aurait bien pu sortir Woody Allen. Dans mon album, il y a cinq photos : moi avec une famille d'ours sculptée devant le Musée National, une immense limousine blanche comme dans les dessins animés de Tex Avery, deux photos d'un concert de Franck Amsallem, de qui nous avons fait la connaissance dans son appartement de Brooklyn. Grâce à lui, j'ai pu me promener dans tous les paysages familiers des romans de Chaïm Potok,  avec en prime la maison du Rabbi qui était encore en vie, mais je n'ai pas visité le Zoo, parce que je n'aime pas les zoos.
 Il y a aussi une photo prise depuis l'île de la statue de la liberté. Nous avons du nous arrêter là en attendant de  reprendre le bateau. Rien de particulier au premier coup d'œil, même au deuxième, une vue tranquille sur Manhattan. En y regardant de plus près, à travers les arbres, on y voit les deux tours les plus hautes, deux tours jumelles.

12.9.20

Tendances (04) : automne (1)

1. Hier, 17 ans, le premier jour du reste de ma vie

Comme chacun de nous, je me souviens exactement de ce moment, où j'étais, qu'elles étaient mes pensées.
Je ne savais pas que le monde le plus intime allait s'effondrer comme l'ont fait les tours. Le plus effarant aujourd'hui reste que c'est que ce ne fut pas le premier jour du reste de la vie pour la plupart des autres autour de moi. 
Finalement, ces grandes crises qui bouleversent le monde, les témoins, nous, les appréhendons mal. Peut-être ma mère n'a pas senti que son univers allait être pulvérisé alors qu'elle allait danser en 1939, avant qu'elle devienne veuve avec un enfant, ou plutôt femme de disparu. Peut-être cela fut-il ainsi pour mon père aussi, avant qu'on ne le prive de sa nationalité, qu'il se cache en forêt pour ne pas partir dans une usine en Allemagne. Aujourd'hui le style est différent : les gens se réfugient dans le déni, le complotisme ; pas seuelement ceux de la rue que l'on voit interviewé aux infos, non. Mais vos collègues de travail, votre haver de Talmud, vos amis d'enfance. C'est aussi le monde intime qui continue à s'effondrer. Souvent je pense que cette qualité de lucidité qui m'a été attribuée n'est pas un don, mais une calamité inutile.

2. Heureusement, il y a les petits bonheurs qui réconcilient de tout, même des guerres nucléaires. Ainsi, j'ai découvert que là, sous le pont de mon double-pot, habite le gecko. Tout-à-l'heure, comme mes petits élèves quand on fait l'exercice séisme, il pensait que je ne le voyais pas mais sa queue dépassait !


3. Petit paradis. Roquebrune (suite)





9.9.20

My favorite things (14) : mercredi

 1. Petit paradis. Roquebrune (suite)


2. "Le soleil poursuivait nos concitoyens dans tous les coins de rue et, s'ils s'arrêtaient, il les frappait alors."
Albert Camus, La Peste, folio p106

3. J'aimerais bien que le soleil de Calder me poursuive ...




8.9.20

My favorite things (13) : week-end (01)

1.Petit paradis : Roquebrune (1)


2. Lecture 

"Là encore, cependant, la réaction du public ne fut pas immédiate. En effet, l'annonce que la troisième semaine de peste avait compté trois cent deux morts ne parlait pas à l'imagination. D'une part, tous peut-être n'étaient pas morts de la peste. Et, d'autre part, personne en ville ne savait combien, en temps ordinaire, il mourait de gens par semaine. "

Alber Camus, La peste, ed. Folio p77

3. Apprendre à la tombée de la nuit à dessiner avec Sylvie T. et à la fin du jour à peindre avec Valérie Eguchi

 



7.9.20

Le souvenir des belles choses (2) : berechit ...

... ou comment commencer ? où commencer ? Les premiers souvenirs qui reviennent ne sont pas les premiers, et ne sont pas d'un temps mais d'un lieu. Bizarrement, c'est là qu'a décidé de finir son voyage mon amie morte cet été, pourtant je suis presque sûre de ne jamais y être allée avec elle. Lorsque je me baignerai, à Eze, j'aime à imaginer que j'y croiserai une petite cendre accrochée à une algue. Ou à un oursin.

Mon histoire avec Eze commence bien avant mon adolescence. Eze , c'était la plage mythique de mon enfance. La plage, c'était le Cros de Cagnes, où j'allais quotidiennement avec mes parents pendant tout le temps des grandes vacances d'été. Eze, c'était "la Plage". 

Je n'ai aucune idée de ce qui déterminait le fait de s'y rendre. Je me souviens cependant que c'est là que mon père y avait tenté sa première expérience de pêcheur en mer, et nous avec, et que j'avais attrapé un gobbi, dont simplement le nom me faisait rêver (pourtant, je m'aperçois aujourd'hui que je n'en savais pas l'orthographe : il faut écrire gobie et il figure même dans Wikipedia; je prends conscience également qu'il doit falloir dire go-bie, avec l'accent sur la deuxième syllabe, alors que je dis gob(bi).) C'est vrai que c'était aussi le nom d'un grand désert qui me fascinait sur le grand atlas vert de mon frère. C'était aussi le nom du singe dans ma méthode de lecture, Macoco, que les indigénistes voueraient aux enfers aujourd'hui, peut-être avec raison, mais qui ont fait mes délices dans l'apprentissage de la lecture. C'était aussi la plage de Lydia, ma marraine, qui a sa page dans Wikipedia comme le gobie. La plage où elle aimait se rendre hors saison, comme le font les Russes; et comme c'était la plage de Lydia, ce ne pouvait être que la plus belle des plages, n'est-ce pas ?
C'est sans doute pour cela que j'ai décidé d'y emmener mon amoureux, pour le premier bain.

Aller à Eze était déjà une aventure. Il fallait, comme Lydia, prendre le train omnibus, et nous le faisions depuis sa gare à lui, Nice-Riquier. Au lycée, nous avions très peu d'argent de poche, et c'était au guichet que nous achetions les petits tickets en carton épais que le poinçonneur trouait à l'aller et ramassait au retour. Nous avons vite compris que le contrôleur ne restait pas longtemps sur le quai, et que si nous trainions un peu, au retour, nous allions pouvoir conserver le ticket en carton et ainsi, puisqu'à la gare d'Eze il n'y avait déjà plus de chef de gare sur le quai, économiser le retour à l'infini en voyageant en règle.

Quand on arrive à la gare d'Eze, toute petite gare typique du réseau, il faut contourner et franchir les rails par un tunnel, en passant sous la voie, et descendre parmi les villas, jusqu'à la ruelle qui mène à la plage. La ruelle est toujours là, les maisons y sont minuscules, peut-être pas si prisées que cela puisque la grande voie qui mène à Rome y fait passer tous les trains très vite dans la grande ligne droite que représentent la route et la plage. 
A Eze, il fallait se baigner chaussé. C'était une plage encore sauvage, avec posidonie et oursins. J'avais peur des oursins et des piquants dans les pieds qui précédaient l'aiguille rougie au feu par ma mère qui les enlevait ensuite en triturant bien. Les galets étaient énormes et inconfortables, et les navires y faisaient souvent déposer de grosses taches de cambouis qui tâchaient irrémédiablement habits et chaussures. Oui, c'était vraiment une plage pour esthètes et non pour hédonistes. Je détestais le cambouis, les piquants d'oursins et j'avais peur des algues et de ce qu'elles dissimulaient :  ma solution était de marcher le moins possible sur les énormes cailloux, de me glisser dans l'eau et de nager le plus vite possible au loin, d'où l'on pouvait admirer la combinaison des falaises, des pins parasols et des villas méditerranéennes. Avec sous soi des kilomètres de fonds transparents. Un ami que j'y amenais plus tard, dans la vingtaine, champion de natation, ne pouvait supporter d'y rester et , à ma surprise, me révéla pourquoi : devant cette immensité abyssale, il avait une peur panique. 
F. gardait aussi son petit cousin parisien de 9 ans pendant les grandes vacances, et nous le trainions à la plage, en pleurs : il voulait rester devant la télé pour regarder ses émissions fétiches. Il a maintenant des enfants qui ont largement passé cet âge, et je me demande s'ils aiment la mer...

Je n'ai pas conservé les premières photos que nous y avions prises, mais je m'en souviens parfaitement : lui, sur la plage, avec des colonnes de galets superposés, en équilibre.  A part ces tas de pierres, je ne me souviens absolument pas de ce que nous y faisions : lectures, discussion, bronzage. Tous ces instants ont du se muer en fines particules, emportées par le vent, accrochés à une algue ou à un oursin. 


6.9.20

Tendances (03)

1. Lecture 

"Malgré ces spectacles inaccoutumés, nos concitoyens avaient apparemment du mal à comprendre ce qui leur arrivait. Il y avait les sentiments communs comme la séparation ou la peur, mais on continuait aussi à mettre au premier plan les préoccupations personnelles. Personne n'avait encore réellement accepté la maladie. La plupart étaient surtout sensibles à ce qui dérangeait leurs habitudes ou atteignait leurs intérêts. Ils en étaient agacés ou irrités et ce ne sont pas là des sentiments qu'on puisse opposer à la peste. Leur première réaction, par exemple, fut d'incriminer l'administration. "

Albert Camus, la Peste, ed. Folio p76

2. Bien que je sois plutôt obsédée par les petits bonheurs, de temps en temps, je suis ramenée à la réalité du monde par quelque horreur répétitive. Attentat de Charlie Hebdo ? Incendie de Notre-Dame ? Que nenni ... Dans un petit coin de campagne française, quelqu'un a trouvé une occupation divertissante et sans risque immédiat et aussitôt il trouve des followers, ou mieux, des copieurs, des fans, des imitateurs, et une ligue se crée. Le seul avantage de ce genre de récit, c'est que cela m'aide à comprendre comment le mal se propage dans le monde, un p'tit coup de rappel, même si la période n'est pas vraiment propice à être béat.

3. Heureusement , il y a l'ukiyo-e pour poursuivre son chemin


4. ... et puis les plantes. La vitalité, la puissance dans une toute petite chose qu'on plante au sens premier du terme. Saurez-vous trouver quelle est celle-là, dont le destin n'était certainement pas d'être en feuille sur mon balcon ?

5.9.20

My favorite things (12) : Rentrée

1. J'ai découvert cette chanson. J'ai trouvé qu'elle était juste ce qu'il faut en hommage à mes amies mortes de l'été, et surtout pour leurs veufs. Pourtant, pour moi, je ne pense pas partager ce sentiment ; simplement parce que je n'ai pas de projection vers le futur. Pourtant les rides sur les mains, c'est quelque chose qui me frappe depuis l'enfance; c'est le seul souvenir que j'ai de ma grand-mère maternelle morte quand j'avais quatre ans : l'image de ses mains, sur lesquelles je passais un petit cactus en plastique et je riais ...

2. Cette semaine, c'était ma dernière rentrée des classes. Ca m'a fait bizarre, juste quelques instants. Ensuite, c'était comme d'habitude, la petite angoisse de la découverte de la nouvelle promo et la joie d'être là, à ma place, parmi toute cette toute petite jeunesse mignonnette Benetton ...

3. Miro aussi devait être juste heureux quand il avait fini sa toile. En tout cas, il me donne ce bonheur chaque fois que je découvre une nouvelle de ses œuvres.


4. J'ai découvert grâce aux statistiques que j'avais une vingtaine de lecteurs au moins, parfois plus, pour ces chroniques. Totalement invisibles et silencieux ils sont. Merci à eux en tout cas, "on" se sent moins seul ...



31.8.20

My favorite things (11) : vacances (11)

1. J'aime ce portrait. Ca pourrait être moi, finalement

2. Loin du Tour de France, un peu de silence des montagnes


3. Puisque nous sommes en zone rouge, je relis La Peste de Camus :
"-Sincèrement, dites-moi votre pensée, avez-vous la certitude qu'il s'agit de la peste ?
- Vous posez mal le problème. Ce ,'est pas une question de vocabulaire, c'est une question de temps."
(ed. Folio p51)

30.8.20

Les disparus. Le souvenir des belles choses (1)

 


Dans la plupart des enterrements, il y a une ou plusieurs photos. Ces photos sont choisies par les survivants. Celles que l'on a sous la main ou plutôt celles que l'on a minutieusement sélectionnées ? Le spectateur, lui, ne sait pas. Il suppute. Parfois il se rappelle du lieu de la photo, de l'époque de la photo, et cela l'émeut, le renvoie à lui même, à la perte, à sa propre mort ... 

Certains disparus ont des biographes : à leur mort, ceux-ci écrivent en leur souvenir leurs souvenirs. Et parfois l'on apprend des choses que l'on ne savait pas du tout sur la personne. Que l'on aurait pu ne pas savoir. Que l'on n'aurait pas voulu savoir ... Dont on aimerait savoir plus ...

J'ai vécu avec quelqu'un pendant trente ans. Je savais tout de lui. Cela ne m'a servi à rien le jour où il m'a plantée là.

 Je vis avec quelqu'un depuis treize ans jour pour jour, je ne sais rien de lui, pas même sa couleur préférée. Cela me convient. C'est bien ainsi.

Pourtant, au jour de mes obsèques, que restera t-il de mon parcours de vie,  et particulièrement de ces trente années bien remplies de seize à quarante-six ans ? Ma fille se souvient sans doute des dernières, et des suivantes si douloureuses qu'elles ont pulvérisé les souvenirs, surtout les bons. Moi-même j'ai scotomisé pas mal de mon passé pour aller de l'avant.  Autour de moi la Grande Faucheuse sévit; ainsi de mon petit mariage de 1978 à la Mairie de Nice, depuis quinze jours, tous les témoins sont morts. Pour enrichir le tout, on a fait de moi un personnage mauvais, dans de mauvais ouvrages dont ceux qui survivront au pilon stagneront sur des étagères. Daniel Mendelsohn dit dans les disparus :"Etre en vie, c'est avoir une histoire à raconter. Etre en vie, c'est précisément être le héros, le centre de l'histoire de toute une vie. Lorsque vous n'êtes rien de plus qu'un personnage mineur dans l'histoire d'un autre, cela signifie que vous êtes véritablement mort." Ces morts de l'été, cette lecture, un signe, le déclic : il me vient un devoir d'écriture. Seule en mesure de le faire, je veux me souvenir et l'écrire. Le souvenir des belles choses. Des belles choses seulement. En ces trente ans de vie commune, elles ont constitué mes jours, elles m'ont façonnée, car j'avais seize ans quand elle a commencé. Si ce couple n'est plus, il a bien existé, il a été heureux et moi à l'intérieur et de cette lumière est née aussi celle que je suis, jour après jour et que je n'ai pas trahie. 

Alors, commençons ...

17.8.20

Des photographies

 "Mais si vous n'aviez pas de photos de votre mère ou de qui que ce fût de votre famille - ou encore de vous même avant un certain âge ? Comment expliqueriez-vous à quoi vous, elle ou ils ressemblaient ? Je n'avais jamais vraiment pensé à tout cela avant de parler à Meg Grossbard, ce dimanche après-midi-là, et de comprendre combien j'avais été désinvolte, irréfléchi même, traversant le monde entier pour parler avec ces survivants, qui avaient survécu avec rien d'autre, littéralement, qu'eux-mêmes et exhibant la riche collection de photos que ma famille avait conservées depuis des années, toutes ces photos que j'avais contemplées et qui, plus tard, m'avaient fait rêver pendant que je grandissais, les images de ces visages qui n'avaient pas véritablement de valeur émotionnelle pour moi; mais le pouvoir, soudain, de rappeler aux gens à qui je les montrais à présent la vie et le monde auxquels ils avaient été arrachés, il y a si longtemps. Comme j'étais idiot et insensible. Au moment ou madame Grossbard avait dit C'étaient ses parents , je m'étais rendu compte qu'elle ne se contentait pas de confirmer l'identité des gens sur la photo ; j'ai compris que ce qu'elle disait, c'était que, d'une certaine façon, elle posait son regard sur des visages qu'elle n'avait pas vus, qu'elle n'avait pas rêvé pouvoir revoir depuis soixante ans, des visages qui pouvaient faire remonter toute son enfance. C'étaient les parents de mon amie. J'ai imaginé à quel point cela devait lui paraître injuste de voir un jeune Américain rentrer dans sa vie, tout à coup, et distribuer des photos de gens qu'il n'avait jamais connu comme si c'étaient des cartes à jouer, et lui demandait dans choisir une, la photo des parents de son amie, quand elle n'avait même pas la photo de ses propres parents à regarder."

Les Disparus, Daniel Mendelsohn,  ed. J'ai lu p334

16.8.20

vacance(s) : SSPT ou les disparus des autres ...

 

Comme s'il ne suffisait pas d'aller à des enterrements, pour alimenter mon syndrome de stress post traumatique ou pour le shunter par overdose, j'ai entrepris cet été de lire les Disparus de Daniel Mendelsohn.   Ainsi, pendant la demie-conscience qui précède le sommeil, juste après avoir terminé un chapitre, je peux sans culpabilité laisser libre cours à mes pensées tordues. J'ose m'avouer que ces familles veuves m'énervent, elles qui ne connaissent pas leur chance. La chance de pleurer un être aimé dont on peut mettre pour un instant tous les démérites en standby, tout cela parce que la séparation est soudaine d'une vie dont la violence de l'épreuve a rapproché les liens et les sentiments. La chance d'avoir préparé les cérémonies d'au revoir jusque dans les détails des chansons désuètes et des arrangements floraux qui font que je suis rentrée chez moi avec mon bouquet non conforme (au fond c'est assez bien, il est joli chez moi comme autel provisoire et il résiste paradoxalement très bien à la chaleur caniculaire). Comme j'en suis à la partie du livre sur la Shoah par balles, je peux jouir complaisamment de parallèles faciles.
Mais qu'en ont-ils à faire les gens éplorés, de toutes les horreurs que ces lointains non-ancêtres ont vécues avant de mourir sans cérémonies ni plus personne pour les pleurer. 

C'est mon complexe de divorcée, ce terme affreux, qui toujours me ramène à la réalité du monde : personne ne plaint trop longtemps les Ariane ou les Didon. Il n'y a que dans la littérature qu'elles paraissent vaguement romantiques et pourront mourir d'amour sans être couvertes de ridicule, et pas seulement par celui bien vivant qui les a abandonnées sur le rivage. 

Les nouveaux veufs sont trop jeunes encore pour comprendre le luxe et la joie de pleurer l'être aimé sans arrière-pensée au milieu de la considération générale.

Moi aussi j'en ai des chansons


12.8.20

Nous mourons tous par petit bout : dressing code

 Une de mes occupations de l'été, c'est aller à des enterrements. Des enterrements e-speciaux de gens que je connais depuis longtemps et pas vraiment en âge de mourir, ou de moins on ne l'imaginait pas du tout pour eux avant très très longtemps, et c'est à qui partira le plus vite. Cet après-midi, un vrai casse-tête : comment s'habiller. En téléphonant au lieu de la cérémonie, j'ai confirmation d'une partie de mes choix, par une demande de la famille : aucune couleur sombre. Ce détail trivial n'en est pas un pourtant. Je connais C. depuis le CM1, et je sais d'elle que s'habiller est une question d'importance et de joie de vivre ; sur chaque photo de classe elle figure en jolie tenue, ma fille dirait "fashioned". Elégante mais d'une fraîcheur sans pareille, et sans doute inégalable sauf par Suzie Morgenstern. Dans ma cave, dans le coffre au trésor des souvenirs de ma fille, doit être soigneusement plié son cadeau pour la naissance, un des rares que j'ai gardés : une combinaison à rayures à collerette marguerite et pieds souris. C'est une idée, je m'en vais retourner au marché chercher un grand bouquet de marguerites, assorti à ma robe ...


6.8.20

My favorite things (10) : vacances (10)

Le Saint du Jour : je l'aime bien ce petit Jésus de Macot, atypique; on dirait un écolier des années trente ...


Quand j'avais dix ans, j'ai passé des heures sur ce pont à regarder le torrent dévaler. Le Parc me paraissait plu grand, magique, avec les curistes et leur panier d'osier contenant le verre gradué. A présent, le verre existe toujours, mais le panier est une imitation en plastique made in China, la station n'est donc plus "chic", mais peut-être ne l'était-elle que pour mes yeux d'enfants.


Je me souviens de la robe (je ne sais pas si c'est l'humour qui a poussé mon père à faire cette photo juste là, avec l'Instamatic qu'il m'avait offert pour mon anniversaire), et aussi des sandales qui avaient un petit talon qu'on m'autorisait enfin à acheter ... on voit le pont en arrière-plan.
J'ai revu l'hôtel où nous séjournions, il a un charme tout à fait désuet qu'il devait avoir déjà à l'époque, avec sa salle à manger panoramique au premier étage.


En face, il y a toujours le cinéma, où j'ai vu le soir , chose extraordinaire, avec mes deux parents ( c'était bien les vacances) le Docteur Jivago, j'ai beaucoup pleuré. Et un grand western, la Conquête de l'Ouest, dont je ne me souviens de rien sauf de la musique, Greensleeves, qui m'avait particulièrement frappée; je l'ai cherchée partout sans la trouver, avant des années, avant les années Google ce n'était pas facile de retrouver quelque chose; j'ai découvert avec effroi aujourd'hui en cherchant que ce n'était pas feuilles vertes mais manche verte qu'évoquait le titre; l'erreur n'est pas fatale mais me déroute étrangement ...

4.8.20

My favorite things (09) : vacances (09)

la fleur du jour, dans la suite des bicolores 

Le Saint du jour
Le Wiktionnaire en parle : il vaut mieux s'adresser au Bon Dieu qu'à ses saints. Le dico a oublié la Savoie : ici, pour mieux l'invoquer, on le représente, et il est partout :
Ici, parmi ses nombreux anges :

ou là, en clef de voûte :

ou bien avec Adam, pour créer Eve :




3.8.20

My favorite things (8) : vacances (8)

Le Saint du jour :
Saint Grat, protecteur des champs et des récoltes

La fleur du jour :
La fleur des rocailles, minuscule mais prolifique, rose fluo au cœur du vert, on ne voit qu'elle et pourtant on ne voit rien

Dans cette randonnée des cinq lacs, au pays de la silène acaule, une femme cherchait le Mont Blanc. Je me demandais bien pourquoi. Tout le monde connaît le Mont Blanc, 4807m, on a appris ça à l'école. Chacun sait qu'il est en Haute Savoie et moi je passe mes vacances en Savoie, pas en Haute Savoie.
Je n'avais pas encore vu cette lunette ridicule au village voisin, pour l'observer de près 
Cette lunette était faite pour les gens de mon espèce, ceux qui voient le Mont Blanc, le Mont Blanc en Haute-Savoie, de la fenêtre de leur balcon, qui le photographient chaque jour et qui ne le savent pas ...
Il faut dire que souvent, il se cache et disparait. Ni vu ni connu



2.8.20

My favorite things (7) : vacances (7)

Le Saint du jour : Saint Roch. Patron des animaux et des végétaux; il est bien mignon ... 
(église de Beaufort)

 La fleur du jour :
Anémones et leurs jolies feuilles.

Dans les locations de vacances, on rencontre de nouveaux objets que l'on n'aurait pas l'occasion de rencontrer par nous-mêmes. Ainsi, une pelle et sa balayette ont égayé pour longtemps mon esprit grâce à leur technologie d'emboîtement particulière ; j'aime à savoir que quelquepart quelqu'un que je ne rencontrerai jamais mais pour qui mon estime sera éternelle, réfléchit, puis trouve, un moyen judicieux et esthétique d'assembler deux outils inséparables, grâce à l'ingéniosité de son esprit