28.8.14

Elles nous font la déco (1) : marché d'été (suite)

Certaines personnes bienveillantes et appliquées nous font une jolie déco de saison ...
Qu'elles en soient remerciées.

10.8.14

Marché d'été

Rouvrons ce pauvre blog abandonné par quelques saveurs simples, nostalgiques de Charente mais certaines introuvables ailleurs qu'ici...

29.5.14

Marché férié : le goût de l'Italie

Acheté au marché annuel : les olives introuvables ailleurs et de la limonade au basilic...

20.5.14

Du bonjour français

"Dans les boulangeries françaises, les bureaux de tabac ou d'autres petits commerces, je fus frappé par le fait que des hommes (et, moins souvent, des femmes) entraient dans la boutique en disant à la cantonade : "Bonjour messieurs-dames" ou tout simplement "bonjour" ou encore succinctement "messieurs-dames". Saluer des personnes inconnues ? eh oui, cela est fréquent en France ; il suffit de se promener dans les rues de Paris ou de prendre le métro, d'être attentif aux spectacles qui s'offrent çà et là dans les lieux publics.  Tandis que dans mon pays, un tel geste, potentiellement créateur de liens, serait perçu comme une violence inacceptable ou tout au moins comme une incongruité suspecte. la vis sociale s'organise de telle manière qu'un individu (pas un groupe constitué comme militants politiques ou syndicalistes...) n'ait pas à s'adresser, autant que faire se peut, à un inconnu, c'est-à-dire à quelqu'un qui n'appartient pas aux mêmes groupes communautaires que lui. Les inconnus sont par définition suspects(...)
En France, je n'ai jamais pu rentrer dans ma boulangerie en disant : "Bonjour Messieurs-dames."
Akira Mizubayashi, Une langue venue d'ailleurs, ch.13

19.5.14

Le son du Français

dédié à Christian :

" La musique de la langue française ne se présente pas sous le même jour. Dans une mesure assez considérable, je le répète encore, l'apprentissage du français fut, en ce qui me concerne, un processus d'appropriation et d'incorporation de phrases et de textes le plus souvent littéraires à partir d'exercices d'écoute et de récitation imitative. Il me semble que j'éprouvais un plaisir proprement musical, en m'abandonnant aux rythmes et aux mouvements ascendants ou descendants des phrases qui se déployaient dans ces pages. Habitué à l'exemple de la musique qui proposait des notions comme thème, reprise, ou variation, j'étais devenu peu à peu sensible au phénomène de "retour du même" dans les lignes que je lisais et relisais à haute voix avec ou sans modèle
(...)
Ce qui crée le sentiment d'être touché par des effets d'ordre musical, ce n'est sans doute pas la langue elle-même qui, sous cet angle, n'est qu'un ensemble de virtualités grammaticales; c'est une certaine manière d'organiser des sons et des rythmes, des intensités, des durées et des silences, qui est à l'origine d'une certaine musicalité de la production verbale. Plongé dans un livre, pourquoi aimè-je tant répéter des mots qui sonnent, des phrases qui coulent, des paragraphes ou des ensembles textuels plus larges qui me paraissent fort bien taillés, bien construits ? D'où vient ce plaisir ? De la page que je suis en train de lire, assurément; mais il vient aussi du passé, de la vibration d'un passé lointain, des profondeurs ténébreuses mais sonores de la mémoire, bref de tout l'univers résonnant de ma petite enfance. Je cherche peut-être, dans la réalisation phonique des mots et des phrases chéris, des traces de souvenirs liées à l'écoute musicale de mon enfance non musicienne. Non, je devrais dire plutôt ces souvenirs se cherchent en moi."
Akira Mizubayashi, Une langue venue d'ailleurs, ch.11

18.5.14

Le son du Japon (36) Mizubayashi comme à Aikawa

"Le Japonais est une langue fort musicale. En deçà ou au delà de l'art poétique ou dramatique qui opère une prodigieuse intensification musicale, les paroles sont empreintes d'un chant particulier jusque dans les zones les plus obscures de la vie quotidienne. Enfant, j'entendais dans les grandes gares comme Tokyo ou Uéno, à l'arrivée d'un train "grandes lignes", le nom de la gare dit par une voix masculine d'une manière si particulière et si éloignée de l'énonciation habituelle qu'il résonnait véritablement comme un fragment musical : U-éno---, u-éno---, shu-ten, u-éno---... En hiver, des marchands de yakiimo (patates douces cuites dans de petits cailloux brûlants) circulent en camionnette (autrefois c'était en charrette) en signalant leur passage sur une ligne mélodique immédiatement reconnaissable : yakiimo--,yakiimo--, i--shiyakiimo, yakiimo--; oimo, oimo, i--shiyakiimo, yakiimo--... Et dans tout cela, comment ne pas le souligner, il y a, ou il y avait quelque chose de profondément mélancolique comme dans les chants populaires traditionnels...

Akira Mizubayashi, Une langue venue d'ailleurs, ch.11

17.5.14

Le français comme instrument de musique

"Oui, le français est un instrument de musique pour moi. C'est le sentiment que j'ai depuis longtemps, depuis, tout compte fait, le début de mon apprentissage. Pour devenir un bon instrumentiste, il faut de la discipline, je dirais même le sens de l'ascèse. Et c'est ce que je dis à mes étudiants aujourd'hui : maîtriser le français, c'est en jouer comme jouer du violon ou du piano. Chez un bon musicien, l'instrument fait partie de son corps. Eh bien le français doit faire partie de son corps chez un locuteur qui choisit de s'exprimer en français. En musique, il y a tous les niveaux, du niveau débutant au professionnel en passant par le niveau amateur. C'est pareil en langues. Le niveau professionnel ne s'acquiert pas en deux ou trois ans. Il faut des années de travail et toute une vie pour l'entretenir... Vous aimez le français ? D'accord. Mais qu'est-ce que ça veut dire pour vous, "aimer le français" ? Etre vous prêt à travailler le français comme pour devenir un vrai musicien ? Pourquoi ces questions ? Parce que je suis moi-même comme un musicien qui s'entraîne tous les jours. La différence entre un musicien et moi, c'est que je suis un instrumentiste sans public. Personne ne s'intéresse à mon jeu, je n'ai pas de répertoire, je n'ai aucun morceau célèbre à jouer devant un auditoire. "
Akira Mizubayashi, Une langue venue d'ailleurs, ch. 11

12.5.14

le français langue paternelle

"j'ai commencé à apprendre le français à l'âge de dix-neuf ans, à l'université. Le français, c'était purement et simplement une langue étrangère, totalement étrangère au départ. Ma vie se divise en deux partitions de durée inégale : mes dix-huit premières années monolinguistiques (...) ; la suite de mon existence, de la dix-neuvième année à aujourd'hui, placée sous la double appartenance au japonais et au français. L'un a surgi en moi; il s'est ensemencé au fond de moi; d'une certaine manière, il était toujours déjà là; il est, si j'ose dire, de constitution verticale. L'autre, c'est la langue vers laquelle j'ai cheminé avec patience et impatience tout à la fois; je me suis déplacé vers elle; c'est celle que je suis allé recueillir tandis qu'elle m'a accueilli en elle; elle m'est venue de loin, avec un retard considérable de dix-huit ans. Elle est de nature horizontale, d'une étendue immense qui concerne toujours des recoins inexplorés, des vides à remplir, des espaces à conquérir."
                    Akira Mizubayashi, Une langue venue d'ailleurs, ch.1

2.5.14

Marché du dimanche

En revenant des Alpes de Haute-Provence, j'ai eu une grande envie de lilas. Sur le cours Saleya, il n'y en avait que chez une seule paysanne qui ne vendait que des brassées de fleurs. Voici mon vélo bleu fleuri...

22.3.14

Bref ou les malheurs de Sophie et d'Agnès

dédié à Christian et à Anne
"Mon grand frère apprend à lire.
Cela ne m'intéresse pas. A quoi bon s'embêter puisque le soir, Dominique, notre nounou, nous lit des histoires. Les Malheurs de Sophie. J'écoute distraitement. Je ne parviens pas à me concentrer sur l'intrigue. Un mot unique retient mon attention; je ne l'ai jamais entendu dans la bouche de quiconque, ni dans celle des mes parents, ni dans celle de la maîtresse. Je ne comprends pas à quoi il sert, ni ce qu'il signifie. Il m'empêche de me concentrer sur les aventures de la malheureuse Sophie. Je soupçonne la nounou de l'ajouter, de l'inventer. Peut-être est-ce, pour elle, une façon de se gratter la gorge, de reprendre son souffle. Ce mot est court et ne ressemble pas aux autres; isolé, il se dresse et me sidère. Serait-ce du russe ? BREF. C'est le seul mot que je garde des séances dédiées à la comtesse de Ségur.
Lire ne sert à rien. Moi ce que je veux, c'est écrire. "
 Agnès Desarthe, Comment j'ai appris à lire, ch. Comment tout a (mal) commencé.

17.3.14

Rêve : quand Agnès Desarthe fait la nique à Murakami



"Mes flocons de chapelure dorée sont prêts, j'y roule le poisson à peine enduit de blanc d'œuf et ça marche : au bout de quatre passages dans l'assiette emplie de pépites, il est parfaitement déguisé, parfaitement méconnaissable en tant que filet de lotte, et parfaitement reconnaissable en tant que poisson pané. Lorsque je le dépose dans l'assiette de Paul Mc Cartney, celui-ci pousse un hurlement de joie et, sans doute pour me remercier, se met à chanter Norwegian Wood. Tous chantent avec lui. Même Yoko Ono. Les guitares et les autres instruments jouent, quelque part en coulisse. C'est tellement beau. Je pleure. Je pleure parce que c'est la chanson que jouait le tourne-disque la première fois que j'ai fait l'amour.
Je m'en souviens très bien : j'étais par terre, sur le dos. Cela faisait des mois et des mois que l'envie montait. Je riais, pas à cause de l'étrangeté pas à cause de la honte (je n'en ressantais aucune), pas à cause de la gêne. J'avais envie de rire à cause du bonheur de la découverte, de l'ivresse de ce que je croyais avoir inventé. J'ai pensé à Archimède et à Coernic. J'ai pensé à Newton et Einstein. J'ai pensé à Galilée. Au fond de moi, comme dans l'univers ce gisement, comme l'attraction universelle, en moi, comme dans la terre, ces ressources intarissables d'énergie. Pourquoi ne m'en avait-on pas parlé plus tôt ? Comment avais-je pu ne pas m'en douter ? Et c'était gratuit ? Et c'était pour tout le monde ? Et c'était facile, comme ça ? Si facile ? Je n'ai pas pensé que je ne prenais pas la pilule, que le garçon n'avait pas mis de préservatif, que je risquais de tomber enceinte ou d'attraper je ne sais quoi. J'ai pensé c'est dingue. Et pendant ce temps-là, les Beatles chantaient Norwegian Wood."
Mangez-moi. Agnès Desarthe

13.3.14

Le chat de la morte

-J'ai perdu moi aussi récemment un être cher, a dit Paul.
Il avait perdu sa femme, Margaret, il m'a montré sa photo. Elle était assise dans un fauteuil en plastique, dans un jardin, avec un chat noir sur ses genoux. Elle portait des lunettes de soleil.
- Le mois prochain, nous aurions fêté nos noces d'or. Depuis sa mort le chat n'a plus remis les pieds à la maison.
"Il a aussi perdu son chat" ai-je songé. Jean-Christophe a essayé en vain de le consoler.
- A mon âge on ne peut pas se remettre d'une épreuve pareille : on n'a pas assez de temps devant soi.
"Peut-être le chat changera-t-il d'avis un jour et reviendra-t-il à la maison. Il entrera par la fenêtre de la cuisine, il avancera  sur le bord de l'évier puis il sautera par terre."
Vassilis Alexakis, Le premier mot, ch.6.

12.3.14

Mes notes de chevet (112) : Choses qui sont à propos dans une maison

Un balai neuf
Un sac à provision bien décoré
Sei Shônagon, Notes de chevet

sacs il me ressemble ici


Mes notes de chevet :
Le balai neuf est tombé de son manche et gît maintenant sur la fenêtre du premier étage d'un appartement vide depuis toujours.
J'essaie de ne pas craquer pour un sac il me ressemble.
Les sacs Nespresso envahissent le placard de l'entrée, et je ne peux me décider à vider ce bazar.
Je suis prête, mentalement, à vivre dans l'appartement plus petit que je compte acquérir, mais pas encore matériellement j'en ai bien peur...

Voix

Elle avait la voix fraîche d'une enfant. "Sa voix n'a pas mûri. Elle a conservé sa couleur initiale, parce qu'elle ne s'en sert pas souvent." J'ai pensé que les premiers hommes qui ont parlé avaient des voix jeunes. "Le langage a été inauguré par un vieil homme qui parlait comme une petite fille."  
Vassilis Alexakis, Le premier mot, ch.6 .

7.3.14

Iles alphabétiques

femme de Santorin      

Dans le premier mot de Vassilis Alexakis, la narratrice vient d'enterrer son frère. Elle parle de lui :

"Il s'était donné comme objectif de connaître toutes les îles et il les visitait dans l'ordre alphabétique, deux ou trois par été. Ce système l'obligeait à effectuer des trajets compliqués, de se rendre de Céphalonie en Crète et de Lemnos à Macronissos, il soutenait cependant qu'il était préférable à tout autre.
"-L'ordre alphabétique remodèle la carte, il offre à des lieux qui n'étaient pas destinés à se rencontrer la possibilité de faire connaissance, il constitue le point de départ de dialogues inattendus, disait-il. Je suis la logique farfelue des dictionnaires, qui placent les uns à côté des autres des termes sans le moindre rapport entre eux."
Il s'est rendu l'an passé à Rhodes et, comme le nom d'aucune autre ne commence par r, il a ensuite découvert Samothrace. Je songe qu'il ne verra jamais Santorin. Et cela me chagrine, bien sûr. Infiniment de petits malheurs poussent autour des grands."
Le premier mot, Vassilis Alexakis, chapitre 1

6.3.14

Test d'anti-dépresseurs : tarte au citron (11) : le retour

Même si je n'ai pas décoléré du remplacement dans le Vieux-Nice de la Petite Poulette par un pâtissier Lac, je n'ai pu résister à l'appel de la tarte au citron pour continuer le test un moment abandonné :
n°11 au catalogue
lieu de vente : Pâtisserie Lac, 12 rue de la Préfecture
prix : 3,40 €, 
genre : tarte au citron avec meringue
            tarte au citron sans meringue
aspect :  très joli
qualité :  très bonne
goût : parfumé, fondant, pâte sablée croustillante. 
bonne alliance amertume/sucré
conclusion : très bien 


16.2.14

Il y a du Goude dans l'air (1)

L'expo Goude nous rappelle un temps où les images pouvaient s'afficher sur les murs des villes, fraîches, naïves, folles, créatives et surtout gaies !
Mais Goude n'est pas mort, il fait même très jeune pour son âge ! Aurait-il contaminé la ville ? J'ai décidé de partir à la découverte ...
Ça c'était ce matin, sur la Prom :


9.2.14

Cubes

"L'activité de mon esprit me laisse perplexe. Je me souviens des cubes en bois avec lesquels je jouais enfant. Une lettre était imprimée sur chacune de leurs faces, mais j'étais bien incapable de former des mots. Je me contentais de les mettre en équilibre les uns sur les autres et de les voir tomber. mes pensées sont aussi absurdes que ce jeu. Elles font juste un peu de bruit quand elles s'écroulent."
Les mots étrangers. Vassilis Alexakis, ch.3


28.1.14

Une autre Schmelele

"Les jours passèrent. Ils passèrent, et chaque matin, Fredelle s'éveillait émerveillée de ne s'être pas noyée dans son chagrin. Elle sautait du lit, comme les héroïnes de ses livres d'enfants, faisiat un grand feu dans la cheminée et constatait, en mangeant ses tartines, que le niveau de tristesse avait encore baissé."
Agnès Desharte, Le principe de Frédelle, ch.21