Des châtaignes (délicieuses), du fromage frais de brebis, une bonne salade frisée et quelques œillets de poète
10.11.13
Marché de Novembre
3.11.13
Mon amie est partie
Mardi, quand j'étais à Venise, et que je regardais les ferries en partance, je pensais au nombre de fois où j'ai pris le bateau, ainsi, et mes pensées s'en furent vers la Grèce, et mon petit coin de Pilos que j'aime tant.
Je ne savais pas qu'au même moment peut-être, là-bas, mon amie quittait ce petit coin pour entreprendre un autre type de voyage lointain dont on ne revient pas.
D'elle, quand on prononce son nom, j'entends la voix, délicieuse, avec cette façon particulière d'articuler la langue. Je vois son regard, son visage entier beau, doux et pétillant de malice. Son port de danseuse, cohabitant étrangement/étroitement avec un tempérament de mémère à chat et de consolatrice de chagrin. Ma fille portant son foulard radieuse de faire la vaisselle dans l'évier ou agrippée à la selle de sa vespa. Même les détails bêtes me reviennent: moi portant pendant des années son pantacourt en jean D&G jusqu'à l'extrême usure.
La Grèce, la vie ne seront plus tout à fait pareilles. Pourtant, je sais que des lamentations trop abondantes ne correspondent pas à son caractère ni à son esprit . Aussi, je vais me tenir bien droite comme elle aimait, et continuer à sourire en regardant partir les bateaux.
26.10.13
Marché du samedi : couleurs de saison
17.10.13
Sauter dans ses vêtements
"Samedi 3 Août 1968
Ce matin, à Marseille, ma première impression d'été : la rapidité avec laquelle je me suis habillé. Deux temps, trois mouvements, slip, pantalon, chemise, sandales : c'est l'été. Ce ne sont pas mes vêtements en eux-mêmes, si légers soient-ils, qui m'ont procuré cette sensation de joie estivale, c'est la rapidité avec laquelle j'ai sauté dedans.
En hiver, m'habiller me prend un temps de chevalier à l'armure. Chaque partie de mon corps exige la congruence du tissu protecteur : mes pieds sont tatillons quant à la laine des chaussettes; mon torse, lui, veut la triple protection du tricot de peau, de la chemise et du pull-over. M'habiller en hiver consiste à trouver l'équilibre entre ma température intérieure et celle des différents dehors - hors du lit, hors de la chambre, hors de la maison... Il s'agit de baigner dans son juste jus de chaleur; rien de plus désagréable ni de plus répréhensible que d'avoir trop chaud en hiver. Cet harnachement hivernal demande une attention et un temps considérables. "Sauter dans ses vêtements" est une expression estivale. En hiver, on les met, verbe rudimentaire; on les met et on les porte. Car il y a le poids aussi. Bien avant ses vertus calorifuges, c'est le poids de mon manteau qui me protège contre le froid.
(Du point de vue du temps qu'ils y passent, les toréadors sont les seuls à s'habiller en été comme si c'était l'hiver. Un toréador ne saute jamais dans ses vêtements. Fichu métier.)"
Daniel Pennac, Journal d'un corps
16.10.13
Crainte injustifiée
"Jeudi 17 Septembre 1987
(...)Image furtive de Tante Noémie dans son petit appartement de la rue Chanzy. Craignant la cécité, elle s'entraînait à marcher les yeux fermés. Quand elle devint aveugle, elle ne pouvait plus marcher.)"
Journal d'un corps, Daniel Pennac
8.10.13
Comme un air de déjà vu aux infos ...
Au cours d'un de ces après-midi, il se produisit un spectacle rare. L'Andrea Doria, le transatlantique qui, en route vers l'Amérique, faisait escale à Naples, passa devant la plage des pêcheurs. Dans le court bras de mer entre l'île et le rocher de Vivara apparut la proue gigantesque qui, en passant, coupait la route aux navettes. Brusquement, l'île se tut. D'habitude il défilait au large, on le voyait de loin, mais cette fois-ci le bateau changea de cap et il se glissa dans le canal entre les îles. Je l'aperçus le premier et demandai à Nicola : "Mais que fait-il ?" Nicolas bondit sur ses pieds, m'ordonna de porter les palangres vers la maison et appela les autres. La plage des pêcheurs fut en ébullition, tout le monde se précipita dehors. Je ne comprenais pas ce qui les agitait. Ceux dont les barques étaient au mouillage devant la plage coururent monter dedans et se mirent à ramer vers le large. Ceux dont les barques étaient couchées sur le rivage donnaient de la voix et des bras pour les tirer le plus au sec possible. Entre-temps, le bateau se présentait à l'entrée du canal, le fil de sa proue tout empennée du blanc de la mer. Du port, la capitainerie fit sonner les sirènes en guise de salut et le bateau répondit par un mugissement de monstre. Il traversa le canal et tout rapetissa devant sa taille imposante, même le château. Rien que sa cheminée était aussi haute qu'un immeuble. Les barques qui avaient réussi à lever l'ancre prirent les premières lames, nous les vîmes sauter sur les crêtes énormes et les pêcheurs étaient des cavaliers de rodéo sur le dos des bêtes qui ruaient de leur poupe vers le ciel. Prises de côté, elles se seraient renversées. Voilà le danger que je ne mesurais pas, les vagues. Qui arrivèrent sur le rivage avec la force d'un fouet, soulevèrent les quelques barques restées à l'ancre et les projetèrent sur le rivage où l'écume de la mer arriva jusqu'aux maisons. Ce fut une rafale de six lames géantes suivies d'autres plus petites. Le vacarme de la plage couvrit les sirènes de salut. Les pêcheurs donnèrent encore de la voix et des bras, moi je n'avais jamais vu d'aussi près une machine si merveilleuse et terrible. Les vagues atteignirent les barques tirées au sec et en emportèrent deux en mer(...)
Je n'en revenais pas que ce magnifique spectacle fût si dangereux pour les pauvres gens qui habitaient sur la plage. C'était déjà arrivé. De temps en temps, un transatlantique empruntait le canal pour le plaisir des touristes à bord et les vagues soulevées provoquaient une tempête de cinq minutes qui suffisait pour couler les barques.
Les pêcheurs n'étaient pas en colère. Les navires aussi appartenaient à la mer, aux trombes d'air, aux tempêtes et à toute l'hostilité naturelle à laquelle il fallait opposer une résistance."
Tu, mio. Erri De Luca
30.9.13
Mes notes de chevet (109) : Choses à voir
Au cinquième mois, il est très agréable d'aller à quelque village dans la montagne.
Les mares d'eau semblent en vérité de simples taches toutes vertes, car leur surface est envahie par d'abondantes herbes qui ne laissent rien voir. Mais quand on passe lentement, tout droit à travers ces mares, l'eau transparente qui était cachée rejaillit, bien qu'elle ne soit pas très profonde, sous les pas des gens. C'est très joli.
Sei Shônagon, Notes de chevet
Les mares d'eau semblent en vérité de simples taches toutes vertes, car leur surface est envahie par d'abondantes herbes qui ne laissent rien voir. Mais quand on passe lentement, tout droit à travers ces mares, l'eau transparente qui était cachée rejaillit, bien qu'elle ne soit pas très profonde, sous les pas des gens. C'est très joli.
Sei Shônagon, Notes de chevet
Mes notes de chevet : Cet été, j'ai vu dix, quinze, peut-être vingt lacs de montagne. L'été prochain, je verrai dix, quinze, peut-être vingt lacs de montagne. Peut-être les mêmes et peut-être d'autres. Ne me demandez pas pourquoi. Ce sont Choses à voir.
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29.9.13
Cent vues (82) : frontière
Murazaki no Fuji, Hokusai
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25.8.13
Mon quartier (63) : trésors cachés
Je ne connaissais pas la rue Saussure, bien cachée. Elle m'a livrée deux trésors,
dans un angle :
dans un jardin, il me manque quelques centimètres pour voir la totalité de la fenêtre !

C'est ici
21.8.13
De la Photographie et des Photographes
La question de la Photographie comme un "A"rt revient souvent sur le tapis. Alors, pour la contourner, nous nous prenons à favoriser les fabriqueurs d'images ; ceux qui déforment, décomposent, compliquent, parodient ; ceux qui choisissent le sensationnel, l'horrible, le cocasse, le mignon.
Bien sûr, cela a quelque chose de rassurant . Car dans ce type d'image, nous reconnaissons, à coup sûr, Le photographe.
Pourtant, il en est d'autres. De qui l'image est évidente, est l'évidence. Qui montrent si peu, ne démontrent rien. Qui observent le monde. Qui nous le rende.
D'aucuns les disent interchangeables, absents, anonymes. Mais non, ils sont là, et bien là ; ils s'effacent aussi derrière ce qui est, ce qui devient une image ; leur image. Le réel en sort plus fort, parce qu'en point d'orgue.
Sommes aveugles nous qui ne voyons que l'image, ou plus encore nous qui ne voyons en elle que le réel, le réel à tout le monde. Et qui ne voyons dans cette image pas le photographe non plus, nous qui avons oublié que la beauté du monde nous était donnée qui ne savons presque plus la voir. Nous avons besoin de ceux-là pour la redécouvrir.
photo : Hatsuo Adachihara
Cent vues (81) : La vie, tout simplement
Takigoshi no Fuji, Hokusai
Qu'y a--il dans le joli sac ?
Trop petit pour contenir les bribes de la sphère, démontée pour contenter Petit Page...
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mont Fuji
18.8.13
Gatsby ce magnifique
Il y a quelques jours, nous sommes allés voir Gatsby projeté au Théâtre de Verdure. Pas le clinquant nouveau que je n'ai pas encore vu; j'avais bien l'intention de le faire, ayant beaucoup aimé "Roméo+Juliette", même si Luhrmann aura droit à ma damnation éternelle pour avoir omis la scène du rossignol et de l'alouette; mais je ne pouvais pas supporter l'idée de voir supplanter la place du Robert Redford imprimé dans ma tête.
J'avais vu le Gatsby de Clayton sans doute à sa sortie, en 1974. Dans un cinéma à l'ancienne, au balcon. J'étais adolescente et j'y étais allée avec ma mère, toutes les deux fans de Robert Redford depuis l'Arnaque et Butch Cassidy.
J'avais quelques craintes, bien fondées de revoir ce film : lorsque j'ai parlé de mon projet à ma mère, nonagénaire, elle ne se souvenait plus ni du cinéma, ni du film, ni même qu'il existât un Robert Redford. Une des héroïnes principales avait eu le bête idée de mourir dans la semaine, juste passée soixante-dix ans. Sur place, le charme du Théâtre de Verdure avait du mal à résister à un public polyglote venu profiter du prix dérisoire du billet pour fumer des clopes, faire moult commentaires et s'esclaffer devant le maillot de bain du héros . Pour m'achever, nos voisins de devant étaient deux géants mal assis se contortionnant sans cesse.
Pourtant non, je fus saisi tout comme la première fois. J'ai retrouvé ce qui n'était jamais sorti de ma mémoire. La magnifique demeure, la chaleur omniprésente de l'été de Long Island, la silhouette regardant clignoter le phare, les costumes blancs. Les tacots rutilants, le fox trot et les perruques en perles. Le déchiquettement du héros aveugle, cette chaleur terrible qui s'abat sur le front des hommes et joue avec nos nerfs.
M'est née alors dans les profonds l'absolue nécessité d'engranger tout cela dans une neurone résistante, par crainte de la dissolution de la vieillesse qui pourrait me trahir tout aussi sûrement que Daisy le fit pour Jay.
12.8.13
Mes notes de chevet (108) : flûtes
Qu'il soit en voiture, à pied, ou à cheval, un gentilhomme a toujours une flûte glissée en son sein ; mais personne ne la voit. Je ne sais rien d'aussi charmant.
Notes de Chevet, Sei Shônagon
Mes notes de chevet : ... je ne savais pas, et je suis reconnaissante à Sei Shônagon de m'avoir découvert cette mystérieuse merveille.
Notes de Chevet, Sei Shônagon
Mes notes de chevet : ... je ne savais pas, et je suis reconnaissante à Sei Shônagon de m'avoir découvert cette mystérieuse merveille.
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Debussy,
mes notes de chevet,
musique,
Sei Shônagon
11.8.13
Cent vues (80) : observatoire
Libellés :
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Hokusai,
Hokusai et le Mont Fuji,
mont Fuji
10.8.13
Echantillon de marché
27.7.13
Eloge de l'ombre (2) : épilogue
"Pour moi, j'aimerais tenter de faire revivre, dans le domaine de la littérature au moins, cet univers d'ombre que nous sommes en train de dissiper. J'aimerais élargir l'auvent de cet édifice qui a nom "littérature", en obscurcir les murs, plonger dans l'ombre ce qui est trop visible et en dépouiller l'intérieur de tout ornement superflu. Je ne prétends pas qu'il faille en faire autant de toutes les maisons. Mais il serait bon, je crois, qu'il en reste, ne fût-ce qu'une seule, de ce genre. Et pour voir ce que cela peut donner, eh bien, je m'en vais éteindre ma lampe électrique."
Eloge de l'ombre, TANIZAKI Junichiro
Eloge de l'ombre, TANIZAKI Junichiro
Mes notes de chevet (107) : Mélodies
"L 'air du "Parfum de la brise". L'air de la "Cloche jaune".
Notes de Chevet, Sei Shônagon.
mes notes de chevet :
"Trois petites notes de musique ont plié boutique au creux du souvenir"
Notes de Chevet, Sei Shônagon.
mes notes de chevet :
"Trois petites notes de musique ont plié boutique au creux du souvenir"
Libellés :
mes notes de chevet,
musique,
Sei Shônagon
26.7.13
Nous mourons tous par petits bouts (suite) : les fleurs se fanent pour toujours
On y trouvait toutes les senteurs, dans des petits flacons : muguet, genêt, canelle, etc. C'est fini.
Cent vues (79) : jeux de triangles, suite
Inage-Ryo Natsu no Fuji, de Hokusai
"- Vous reprendrez bien un peu de thé avec votre riz ?`
- Mais bien sûr Très Cher ! "
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mont Fuji,
nourritures
18.7.13
Eloge de l'ombre (1) : toilettes et méditation
"Au nombre des agréments de l'existence, le meître Sôséki comptait, paraît-il, le fait d'aller chaque matin se soulager, tout en précisant que c'était une satisfaction d'ordre essentiellement physiologique ; or, il n'est, pour apprécier pleinement cet agrément, d'endroit plus adéquat que des lieux d'aisance de style japonais d'où l'on peut, à l'abri de murs tout simples, à la surface nette, contempler l'azur du ciel et le vert du feuillage. Au risque de me répéter, j'ajouterai d'ailleurs qu'une certaine qualité de pénombre, une absolue propreté et un silence tel que le chant d'un moustique offusquerait l'oreille, sont des conditions indispensables. Lorsque je me trouve en pareil endroit, il me plaît d'entendre tomber une pluie douce et régulière. Et cela tout particulièrement dans ces constructions propres aux provinces orientales, où l'on a ménagé, au ras du plancher, des ouvertures étroites et longues pour chasser les balayures, de telle sorte que l'on peut entendre, tout proche, le bruit apaisant des gouttes qui, tombant du bord de l'auvent ou des feuilles d'arbre, éclaboussent le pied des lanternes de pierre, imprègnent la mousse des dalles avant que ,e les éponge le sol/ En vérité ces lieux conviennent au cri des insectes, au chant des oiseaux, aux nuits de lune aussi ; c'est l'endroit le mieux fait pour goûter la poignante mélancolie des choses en chacune des quatre saisons, et les anciens poètes de haikai ont du trouver là des thèmes innombrables."
Tanizaki Junichiro, Eloge de l'ombre, (p21-22)
Tanizaki Junichiro, Eloge de l'ombre, (p21-22)
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