Pêcheur, paysan, moine, le vent frappe tout le monde, y compris la cabane de paille comme le loup le petit cochon. D'humeur mélancolique, il ne me vient en réponse que cette chanson que j'ai en quasi permanence dans ma tête ces jours-ci :
Où il est beaucoup question de pluie.
« À tout considérer - on est moins malheureux en été qu’en hiver. »
Sei Shônagon, notes de chevet
Hiroshige, Le pont Ohashi
mes notes de chevet : Cette semaine, pourtant par temps sec, le quotidien m’a paru grandement pitoyable. Cortège de fin d’année scolaire avec fin de règne, petits règlements de compte, mesquineries sans fin.
Heureusement, l’autre jour, j’ai reçu par la poste les Notes de l’Oreiller, un exemplaire hors commerce d’une nouvelle édition de l’œuvre de Sei Shônagon, de 1928, dédicacé par les traducteurs Kuni Matsuo et Emile Steinilber Oberlin. Ce fut si bon que dans ma mémoire, les piteux en furent liquéfiés.
A l'heure des restrictions budgétaires, des réductions de postes, des fermetures de classe, nous arrivent des petites jeunes qui rentrent dans la carrière. Souvent par la petite porte, des débuts tortueux, commençant au centre aéré, ou au balai, ou aux deux, bien sûr quatre jours par semaine mais de 7h30 à 18h30 avec vingt minutes de pose. Il y a le grand enthousiasme, le plaisir de l'odeur du propre, du travail bien fait, vite fait, le plaisir de voir passer les enfants des larmes au rire, du gribouilli aux jolies demoiselles aux longs cils, de la lecture d'une histoire quand la maîtresse est absente, du sourire de celle-ci lorsqu'elle rentre soudain dans la classe.
Et puis la vague des besogneuses. Celles qui n'ont jamais connu le plaisir de l'odeur du propre, celles qui ont oublié celui de voir passer les enfants des larmes au rire disant il chiale encore celui là. Nombreuses, appartenant à des castes diverses dont elles refusent l'interaction par esprit de corps, dont tout membre extérieur ou cheveu qui dépasse devient corps étranger. Vaguement sympathiques prises une par une, elles deviennent une masse hostile, s'individualisant dans les petites blessures, les petites actions mesquines, les allusions perfides, les ragots, les dénonciations calomnieuses. Sans l'aide de Blaise le dompteur de tache, on est foutu. Les plus résistantes s'obstinent, les autres rentrent dans le moule ou deviennent elles-mêmes des Lellebore-Lasphodèle. J'espère que la mienne restera une fée, une petite fée brulée dont les ailes vont repousser.
Rue de la préfecture au restaurant libanais Di Yar. Délicieux (comme le repas d'ailleurs). Hatsuo y trouve un goût moyen oriental. L'amaretto est parfait avec.
et faisant fuir le cormoran, un enfant, avec sa petite tonsure, faisant l'équilibre, jeu idiot comme savent le faire tous les enfants du monde à toutes les époques ...
Sur les bords des fleuves de Babylone, nous étions assis et nous pleurions, en nous souvenant de Sion Aux saules de la contrée nous avions suspendu nos harpes(...)Si je t'oublie, Jérusalem, Que ma droite m'oublie!
Que ma langue s'attache à mon palais (...)
Traduction de la chanson
Ne regrettes-tu rien ? N'as tu pas oublié tes rêves ? N'as-tu pas devié de ton chemin ? Ne baisses-tu pas la tête ? Prends-tu soin de ta famille ? Dis-tu bien merci ? Aimes-tu quelqu'un ? Quelqu'un que tu aimes pleure t'il ? Ne gaspilles-tu rien ? Ne dépenses-tu pas trop ? As-tu arrêté de fumer ? Vis-tu en evitant les efforts ? As-tu jeté ton humanite ? Laisses-tu tomber la vie ? La vie, c'est merveilleux, tu es nécessaire...
Te souviens-tu de ton pays natal ? Continues-tu ton petit boulot ? Gardes-tu du temps pour toi ? Aimes-tu à en pleurer ?
« ... À la fin du neuvième mois ou au début du dixième, la musique des grillons qui vous parvient, si faible qu’on ne sait si on l’entend ou non. Une poule étalée sur ses poussins, pour les protéger.Tard en automne, les gouttes de rosée qui brillent comme des perles de toutes sortes sur les roseaux du jardin.
Le soir, quand le vent souffle dans les bambous, au bord de la rivière.
Le 26 ou le 27 du mois, à l’aube, après avoir passé la nuit en causeries, on regarde le ciel, on voit la lune, près de la crête de montagnes, si pâle que l’on doute de ses yeux et que l’on sent son cœur défaillir. C’est d’une tristesse ravissante. »
Sei Shônagon, notes de chevetestampe d’Hokusai
mes notes de chevet :
Cherchant une illustration à ce fragment, je suis « tombée » sur cette estampe et j’ai été saisie, tout comme le pêcheur. Ces choses m’émeuvent profondément, nostalgique d’un texte écrit il y a si longtemps, d’une estampe tracée si loin de chez moi, par leur proximité à moi immédiate.
Quand j'ai décidé d'enregistrer le son de ce morceau que je déteste plus que tout sur fond de jet d'eau (se déclenche toute les vingt minutes), je ne savais pas que mon voisin allait se mettre à siffler ... Merci le voisin inconnu !
lieu de vente : salon de thé de la villa Ephrussi de Rothschild à Saint Jean Cap Ferrat
prix : 8 €, thé ou café + patisserie
genre : tarte au citron avec meringue
aspect : agréable, part de gros gâteau
qualité : bonne
goût : crème parfumée, présence forte mais pas fruitée, fait plutôt crème aromatisée
conclusion : honnête, mais vraiment banal; le cadre est très joli.
NB : la café est absolument horrible, à la fois long et très amer... à éviter absolument (à mon souvenir, le thé c'était assez quelconque la dernière fois...)
"Ce matin-là, après avoir savouré sa demi-baguette, Henriette Grobz décida d'aller se recueillir dans le calme d'une église afin de faire le point. Le monde courait à sa perte, soit, mais elle n'avait pas l'intention de l'accompagner."
Katherine Pancol, Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi, p137
Mes notes de chevet : Mes amis japonais aiment bien se moquer de moi cette semaine.Hokusai joue à Tex Avery. Sei Shônagon commence ainsi sa Note de choses qui émeuvent profondément quelques jours après que ma fille ait quitté semble-t-il définitivement la maison
« Un paysage d’hiver quand le froid est extrême (...) »
Sei Shônagon, Notes de ChevetMes notes de chevet : Je suis sûre que Sei Shônagon, critique sévère, n’aurait pas changé d’avis si elle avait connu le peintre Hiroshige.