5.8.07

Protection angélique


Demain c'est le grand départ.
Mon ami Gérard, en guise de salut jaloux, me dota d'un "je sens que tu vas rester là-bas".
Comme pour conjurer le sort, j'ai eu envie de dire au revoir à ma ville. Je suis partie vers le Château, j'avais l'air d'une touriste avec mon appareil, et je n'aimais pas ça...
"Je suis née quelque part
Laissez moi ce repère
Ou je perds la mémoire"
(Maxime Leforestier)






.

Peut-être aussi ai-je cherché la protection d'Uriel..

1.8.07

Les courses du matin...


... la couleur en prime, décalée comme moi entre deux voyages...

Pauvre Verdurette !


Je l'ai embrassé, mais ça n'a pas marché. Je l'ai quand même gardé car il a l'air aussi déçu que moi. L'air de rien, c'est un prince grec...

30.7.07

Entre le Japon et la Grèce



En perdant Sumire, il devint clair que j'avais perdu de nombreuses choses de ma propre vie. Elle était partie comme la marée se retire en emportant avec elle ce qui était posé sur la plage. Le monde désormais déformé et vide, sombre et glacé, n'avait plus aucun sens pour moi. Ce qui s'était passé entre Sumire et moi ne pourrait plus arriver dans ce monde nouveau. Je le savais.
Chacun d'entre nous a connu un événement particulier destiné à se dérouler à une certaine période de son existence, et une seule fois, comme une petite flamme venu l'éclairer. Ceux qui ont attentifs et qui ont de la chance gardent précieusement ces moments en eux, les font grandir, les utilisent tels des torches pour illuminer leur vie toute entière. Mais une fois perdue, cette flamme ne peut plus jamais être retrouvée...
Caressant de la main la surface dure et lisse de l'Acropole, je songeai à la longue histoire inscrite au fond de ces pierres. L'être humain que j'étais se trouvait enfermé dans ce flux de temps, bon gré mal gré. Je ne pouvais en sortir. Ou plutôt, finalement, je ne voulais pas en sortir.

Haruki Murakami,Les amants du Spoutnik

27.7.07

A bientot


J'ai dit au revoir à la Grèce de façon très conventionnelle : coucher de soleil au Cap Sounion.

23.7.07

Paysage familier

bureau grec

Famille de papier

Les œuvres que j’aime sont comme une famille. Il me faut prendre des nouvelles d’elles régulièrement : le cours de ma vie est peuplé, constitué même de ces rappels à une bribe d’entre elles, sans quoi le quotidien n’a souvent pas de saveur en lui-même. Je me rappelle par exemple très bien de ce que je lisais dans tel paysage, ou dans tel événement. Témoins de ma vie plus que les humains infidèles et passagers.
Il m’est pour cela nécessaire, vital, de m’en réimprégner périodiquement, de les visiter temporairement ou de façon plus prolongée. Je relis ainsi très régulièrement Le livre des lumières de Haim Potok, les différents volumes de Dune et du seigneur des anneaux (dont une fois à haute voix à un auditeur privilégié). Je retrouve le même plaisir à les côtoyer, le même suspens dans les trames, la même saveur des anecdotes. Quand je découvre un auteur, j’aime livre son œuvre complet, l’un après l’autre, au fil des jours. J’aime connaître le fil de sa vie, voir sa photo. Ainsi ai-je fait pour Haruki Murakami et Aaron Appelfeld. Pourtant, je n’accorde qu’une importance relative à sa biographie ou à la véracité de ses propos ; je ne suis pas dupe, je sais que la littérature est mensonge. Ou plutôt qu’elle a ses propres vérités, ses propres lois, et que les auteurs ne sont passionnants et intègres que dans leur œuvre. Mais j’aime savoir un auteur en vie, car la source n’est pas tarie. Et je l’aime non en tant que personne, mais en tant que maître de littérature, passeur de vie.

22.7.07

Complémentarité singulière.

J’ai retrouvé ici des amis qui ne m’ont donné aucune nouvelle depuis deux ans. J’ai retrouvé intact le plaisir de leur présence, les conversations sans fin à propos de nos activités artistiques ou professionnelles. Aucune évocation de l’ébranlement récent de ma vie. Je me sens bien dans les longues heures que je passe avec eux. Je leur en ai beaucoup voulu de ce silence radio de leur part, j’avais tant besoin de paroles. Mais ceci est passé. C’est ainsi, dans ma vie, il existe des proches de loin, plein d’attention à distance, délicieusement présents, et lorsque nous nous retrouvons, il ne se passe rien et c’est même parfois désagréable. Je viens de réaliser qu’il existe le phénomène inverse, des amis de près, qui au loin se dissolvent. Complémentarité singulière.

thé grec



Plaisir exotique, matériel importé de France.
L'image est trafiquée, pas le thé (Japon, asaghili)

Atelier Sud



Cinq ans ont passé depuis la dernière fois que nous nous sommes vus, tant de choses ont changé depuis, pour eux comme pour moi. Mais l’essentiel est resté je crois.

nul n'est sensé...(suite)


à Pyrgos
de Tinos

21.7.07

Pilos.



Je suis de retour chez moi. Sans nostalgie aucune. Que du bonheur. Je bois les images que j'engrange pour l'hiver.

eau grecque


A Pyrgos, une platia au platane, avec un resto « chic » ainsi que le prouvent les bouteilles d’eau design avec des étiquettes variables...

Pigeonniers habités et villages déserts



A Tinos, il n’y a que des touristes grecs en pélerinage. Très peu s’intéressent à ses pigeonniers que l’on voit partout en carte postale. Dans le village qui regroupe les plus beaux, tout est pourtant fait pour bien les découvrir. Pas une taverne ni un marchand de souvenirs, un village grec, tout propret (mais où sont les habitants?).

autoportrait

16.7.07

Vassilis Alexakis

J’ai terminé le roman grec que j’avais emporté. Un petit bijou, comme d’habitude, de Vassilis Alexakis, Talgo.
Si l’on n’a pas vécu un temps soit peu en Grèce, on ne comprendra pas vraiment la profondeur de ce passage. Mais il garde cependant toute sa poésie :

"J’ai fermé derrière moi la porte de l’appartement, j’ai posé le paquet sur la table, je l’ai regardé un long moment. J’ai essayé en vain de dénouer la ficelle, je l’ai coupée avec les ciseaux. Dans le paquet, j’ai trouvé un petit flacon de verre, comme ceux des pharmacies, contenant un liquide transparent.
Sur le flacon tu avais écrit à l’encre de Chine : PLUIE DE PARIS. J’ai trouvé également ce mot : Je l’ai recueillie avec une casserole, par la fenêtre. Ma manche a été trempée. Grigoris.
Même si un jour je ne devais plus t’aimer, il faut que tu saches, Grigoris, que je te serai toujours reconnaissante de m’avoir fait ce cadeau. Quand je serai vieille et qu’on me demandera ce qui s’est passé d’important dans ma vie, je répondrai seulement cela : « On m’a jadis offert un flacon d’eau de pluie. » "
Vassilis Alexakis, Talgo

15.7.07

Eleniko kafe. 2.

Un faux café grec (c’est-à-dire massacré au percolateur), c’est bien pire...



...qu’un vrai coca avec une rondelle de citron vert !

Nul n’est sensé ignorer la loi




En Grèce, la loi oblige les propriétaires à ce que le compteur électrique soit apparent.

Affichages publics

Continuité



Il y a quelque chose de rassurant à voyager en Grèce. Une permanence malgré le temps qui passe, l’euro et les normes, à la résistance tenace des traditions .
Certaines sont cependant insupportables. J'ai vu hier une femme monter à quatre pattes les escaliers de l'esplanade d'une église miraculeuse. A genoux, elle portait un jean et des sandales dorées...

Carte postale



Bien sûr c’est un décor de carte postale. Mais nous sommes dans la carte postale, et c’est toute la différence.

14.7.07

Canicule, 1


Les chiens vont bien aux colonnes.
Normal, ici nous sommes en Grèce

Ruines



A Athènes l’Olympeion est le monument que je préfère. Comme cela, juste quelques colonnes. Les cent quatre colonnes originelles ne m’auraient sans doute pas fait le même effet. Juste quatorze, comme si on avait ôté volontairement le zéro du milieu, c’est juste ce qu’il faut.



Des faucons nichent au sommet des pilastres. La vue la plus impressionnante de ce temple est celle depuis l’Acropole, où il semble paradoxalement beaucoup plus haut alors qu’on le voit de très loin...

12.7.07

Je n'ai pas pu résister...


Trop mignons...
Dans un mois, inversion des rôles ?

Marché au poisson à Athènes


Pour le même prix, on vous le met en cornet.
Rendez-vous dans un mois, dans une autre ambiance...

Ca y est nous y sommes !

Il y a eu beaucoup d'occasions de faire Cheerianou (bénédiction des premières fois) aujourd'hui.
Premier ellenico cafe metrio commandé en grec parakalo



En plein quartier touristique de Monastiraki, une terrasse où le garçon prend la commande en arrivant avec deux verres d'eau glacée (il fait très chaud). Une vraie terrasse ave table ronde tripode, cigales...



On lève les yeux vers les balcons clos



Devant le Parthenon, un passant à qui vous demandez le chemin et qui vous accompagne en discutant.
Les gens qui s'interpellent en criant et éternuent très fort, la musique à plein tubes.
Nous sommes en Grèce...

11.7.07

Petite française typique...


...avec la baguette bien sûr !

Nuit brune


C'était dans la nuit brune...depuis mon balcon.

De la séduction des roses minuscules


Je suis tombée amoureuse d'un bouquet de roses minuscules. Quand je passe à leur abord, je ne peux m'empêcher d'être capturée et de les regarder longuement, puis de me libérer par un baiser...

24.6.07

Japon littéraire, 2


Parvenus au bord du parapet, ils levèrent les yeux : à une dizaine de mètres au dessus de leur tête, les chutes de Kegon culbutaient, trombe bouillonnnante, du haut de la falaise de granit, pour s'écraser sur les rochers épars au fond du goulet ombreux où leurs flots rebondissaient et roulaient entre d'énormes blocs luisants avant de s'engouffrer tumultueusement dans les entrailles de la montagne. de grands pans d'un glacis bleuâtre vernissaient la paroi de la falaise et les pierres. En se brisant l'eau s'ébrouait dans l'air en dentelles d'embruns et gershon les sentait poudroyer contre son visage, balayées par les soufffles courant à travers le défilé. Ses lèvres remuaient d'elles-mêmes; il disait quelque chose sans avoir pensé dire quoi que ce soit. Quand il en prit conscience, il ne put se rappeler les mots que sa bouche venait de prononcer.
Chaïm Potok, le livre des lumières

Le goéland du boucher hallal






















Tous les matins ouvrables, il se pose sur le toit de la voiture garée devant la boucherie hallal et il attend. Je ne sais pas quoi, mais quand je passe, je le vois, imperturbable, patientant silencieusement après son dû.

Japon littéraire, 1



Dimanche, ils partirent en train vers le Sud, jusqu’à Odawara où ils prirent un tramway pour Miyanoshita. Gershon assis près de la fenêtre regardait la route grimper dans les hautes collines couvertes de cèdres et d’épicéas. Ils déjeunèrent à l’hôtel Fujiya et partirent en bateau sur le lac Hakone.
-Je n’en reviens pas, disait John tout en regardant le lac, tu sais toujours où il faut aller. C’est beau, tellement beau.
Le jour était bleu, sans nuages. Une luminescence bleutée tremblait à la surface des eaux. C’était un modeste bateau, et Gershon sentait la sourde vibration de son moteur, son cheminement dans l’eau. Il regardait par la fenêtre le lac déployer ses horizons. Le bateau contourna un coude de la rive, le rideau d’arbre s’écarta, découvrant soudain le mont Fuji immense, enneigé du pied à la cime, vivant dans la lumière du soleil. L’ampleur de son cône était si imposante que Gershon la sentait se presser contre ses yeux, telle une présence matérielle. Et il dit, bien conscient cette fois, l’action de grâces qu’il avait murmuré devant la cascade.
-Fuji-san, disait tout bas une Japonaise à son enfant.
-Regarde-moi ça, aumônier, murmura John.
-Oui, dit Gershon, oui. Et il appuya son front chaud contre la vitre du bateau. Le rythme des moteurs se propageait du verre froid à son front. Elle pénétrait jusqu’à ses yeux, cette vibration monotone du bateau. Soleil et ciel animaient tout un monde de lumière sur la montagne, teintant des pans de neige ça et là de bleu pourpre, ici de vert tendre, là de mauve, de rose pâle, exaltant là-bas un blanc pur. Bouleversé, il ferma les yeux. La vision de la montagne persista.
Quelques Japonais prenaient des photos. Il entendait le déclic des appareils et imaginait le mont s’imprimant sur la pellicule. Il rouvrit les yeux. Le mont était toujours là, dans son immensité enneigée. Il s’abandonna à lui, à la montagne sacrée du Japon, à ce dieu.
Le livre des lumières, Chaim Potok

Clin d'œil : le mont Canigou vu de Leucate (Aude)

3.6.07

Une pensée pour Albert





extrait de Ma vallée de Claude Ponti,

Le texte, dessous, dit :
Certains jours, je monte à l'Observatoire. Je m'assois au bord de la toute dernière pierre et je regarde la mer...

Desseins d'univers, 7 (fin)


Lithographie de Michel Rossigneux, in Desseins d'univers, ed Villa Arson, 1993





Entrailles

Dans l'épaisseur des ténèbres, qui peut dire quel noir est le plus noir ? Il n'en est pourtant qu'un seul, jonché de poussières d'étoiles innombrables. Dans la nuit de la nuit ou dans le jour du jour, il n'est soumis à nulle variation chromatique. Plus noir que le noir du noir.
Pourtant, dans ce monde d'aveugles, personne ne tombe ou même ne trébuche. Chacun circule d'un pas sûr. Mais circule-t-on ? On dit que le guetteur, là haut, dans sa vigie, est le seul à percevoir la vibration de leurs souffles mêlés.

23.5.07

Schmélele *

"Schmélele entre dans la Maison-du-Chagrin. C'est une maison qui s'est construite autour d'une petite fille avec les larmes qu'elle pleurait. Une petite fille si malheureuse qu'elle a pleuré toute les larmes de son corps. Une fois la maison construite, la petite fille est partie. Tout son chagrin était passé dans les murs de la maison."
Claude Ponti, Schmélele et l'Eugénie des larmes.

Bientôt, je déménage...

7.5.07

Desseins d'univers, 6


Lithographie de Michel Rossigneux, in Desseins d'univers, ed Villa Arson, 1993


Agora

Entre les piliers pyramidaux soutenant la couverture transparente de l'agora, se morcelle un dédale de places secrètes. Trafiquants, amoureux, chalands, écoliers, errent dans les espaces laissés libres, au hasard des échoppes, des fontaines et des terrasses. Ils s'y perdent aussi, embrouillés dans les successions de galeries et de places.
Cependant tous évitent la fosse centrale, ouverte, non ceinte, offerte. Personne, jamais n'y saute ni ne tombe, pas même les suicidés. Le bruit court que ce puits est directement ouvert sur les ténèbres. Les sauts des marelles, le murmure des marchandages, le froissement des étoffes, les éclats des querelles, le clapotement des gouttières, les éructations des dîneurs et le râle des amants y parviendraient dans leur intégralité, fenêtre ouverte sur le quotidien.

Deux ans


Chaise avec vue



















Evidemment
Evidemment

On danse encore
Sur les accords
Qu'on aimait tant

Evidemment
Evidemment

On rit encore
Pour les bêtises
Comme des enfants
Mais pas comme avant

On garde cette blessure en nous
Comme une éclaboussure de boue

Michel Berger

24.3.07

Printemps



Visite au jardin de la Serre de la Madone à Menton





































C'est le printemps. Dieu qu'il fait froid !

11.3.07

courses du marché

Bleu comme l'hiver


Je traverse le square. Midi, le canon tonne. Les pigeons s’envolent autour de la statue de Massena. Des nuages traversent le palmier. Que ma ville est belle !

1.3.07

Ainsi










Je pense à lui souvent. Pas seulement parce que ces jours-ci je dormais dans mon bureau face à sa grande affiche bleue.

Mais sur cette affiche un paysage. Pour moi, c’est celui de Pyla, que je lui ai fait découvrir : un grand balcon au dessus de la rade de Pylos. La Rade, hormis elle il n’y en a pas d’autre. Barrée par l’île, se déroulant dans toute sa longueur, et à cette heure toute sombre, repliée autour de ses broussailles d’yeuses et de cistes ayant viré du glauque au noir. Sur cette petite platia de balcons en mer, aucune intimité, entourés de garçons australiens parlant grec. Toute la descendance du village est revenue là pour l’été. Car comment se détacher de ce balcon d’olivier et de mer. Si je t’oublie, que ma droite m’oublie et que ma langue s’arrache à mon palais. Il n’y a rien d’autre que ce paysage. Et sur le sol, une feuille morte s’agite un peu : une minuscule chauve-souris, assommée, perdue, incapable de se mouvoir. Noire de noir, une minuscule tête de petit chien, des crochets doigts au bout des ailes, je peux la contempler enfin que je vois voler tous les soirs en innombrables essaims autour des toits, relayant les martinets dans la désinsectisation de la lagune. Aucun de ces grands gaillards minimum 1,80m, même lui, pas même lui, n’ose quoi que ce soit pour elle, petite chose molle vaguement répugnante. Je n’ose la toucher, j’ai peur de la casser. Enfin je plie une feuille toute blanche, je la glisse sous elle à l’en éblouir, pauvrette, et la dépose sur le creux du platane le plus proche. Bientôt ce sera son heure, le jour descend et comme chaque soir le disque rose va disparaître derrière le lagon. Nous restons là jusqu’à la nuit, jusqu’au phare qui clignote vert à Pylos, rouge à Methony.

2.1.07

« Je ne sais comment j’ai pu vivre avec elle si longtemps »

« Je ne sais comment j’ai pu vivre avec elle si longtemps »
Avec lui, elle le sait.
Chaque jour de sa vie pendant près de trente années, de chaque fibre de son être elle l’a aimé. Son amour était chevillé à son corps. Elle l’a porté en étendard sans honte aucune. Elle l’a senti vivre en elle près de 950 000 secondes. Elle l’aimait. Dans les événements gais, dans les malheurs, dans l’incertude et le chagrin, elle l’aimait. Dans les regards échangés en concert. Dans les disputes mesquines de couple à propos de poubelle ou de cartable. Dans les moments de doute. Dans l’exaltation des réussites.
Son amour n’a jamais failli, n’a jamais faibli. Malgré les rencontres. Dans les épreuves. Dans les confrontations. Même à la fin, lorsque son corps savait déjà ce que son esprit refusait. Dans la trahison lorsqu’est apparue la nudité de la vérité.

How happy is the blameless Vestal's lot!
The world forgetting, by the world forgot;
Eternal sunshine of the spotless mind!
Each pray'r accepted, and each wish resign'd.
Alexander Pope


Cet amour étonnait, dérangeait, exaspérait. Il consolait ou donnait de l’espoir. Il était source de raillerie ou de sarcasme.
Les êtres sont simplement ce qu’ils sont. Ils sont aussi ce qu’ils deviennent.
Chaque morceau du corps supplicié d’Al Khaladj criait l’unicité de Dieu. Tel était encore son amour lorsqu'elle fut découpée.
Aucune Isis n’a recollé l’effondrement de la baliverna. Un jour, elle est morte, et elle a laissé les événements de son passé dépassé derrière elle. Elle se reconstruit une vie à la première personne du singulier. Elle s’est éveillée à la liberté.
Son amour n’a pas été vain. Il l’avait construite et lui avait insufflé souffle dans la tempête. Il lui a fait garder son intégrité. L’amour ne s’éteint pas. Il se répartit autrement. Il lui a érigé un bouclier comme celui de la cité de Dune. Il la protège des danseurs-visages et des abominations, des Golems, et autres Tulkous, enveloppes qui s’épuiseront dans le vain harcèlement des âmes vivantes. D'ailleurs, l’idée lui plaît de rester vivante jusqu’à personne ne sait quand.

3.12.06

nous n'étions que des ados attardés

Quelqu’un a dit de nous : « Nous n'étions que des ados attardés. Trimballant une inexpérience de la vie à travers les décennies. »

Je n’ai pas l’impression d’avoir passé toutes ses années dans l’inexpérience. Ni que l’implacable expérience de ces derniers mois ait entamé ce moi profond. J’ai tissé pendant plus de vingt-cinq ans dans le fil de mes jours ma force quotidienne dans l’amour. Un amour monumental, monolithique, fait de confiance, d’expérience partagée, de soif de connaître. Mon expérience s’est bâtie sur le plaisir des petites choses, de l’exigence des grandes, de la fréquentation impérieuse de la beauté des livres, des objets, des oeuvres d’art ; de la rencontre avec les hommes et leurs traces dans les murettes, les dolmens, les cabanes ; avec les fées et leurs traces sur les chemins, dans les troncs des mues de cigales, dans les échos des sources, les vapeurs du thé et les notes des muses ; dans les sourires des petits, leurs gribouillis, les émerveillements de leurs premières émotions esthétiques et de leurs premiers mots lus. Je me suis nourrie de petits bonheurs, d’émotions champêtres, de rires enfantins et des richesses du vieux monde. La tempête d’hier n’a pu me balayer. Je fais toujours aussi peu de cas du jugement des trentenaires que l’absence d’idéal ronge, des quadragénaires abattus par le quotidien, des quinquagénaires bedonnants cadrés par le raisonnable. En moi est restée la petite fille obstinée et tenace, qui enfermée dans sa prison familiale rêvait d’un lendemain meilleur. Que protège la femme déterminée, qui n’est plus à terre, relevée pour continuer la lutte, la découverte de nouvelles merveilles cachées dans les pages et derrière le col. Que ceux qui se veulent mûrs deviennent blets, là est leur destin.

21.11.06

extrait du " baiser d'Esau" de Meir Shalev

"Djémila elle-même était une femme extrêmement aimée. Son mari, qui était berger et savait lire la terre comme un livre, avait vu un jour les traces de ses pieds nus sur le sentier. Les empreintes de ses orteils et des coussinets de ses talons étaient si parfaites, et l'intervalle entre les plantes des pieds si noble et si séduisant, que le jeune homme avait abandonné ses brebis et suivi les traces jusqu'aux pieds qui les imprimaient, et il était tombé sur la terre qu'ils piétinaient. Quelques mois après, les tractations pour la dot une fois achevées, Djémila était entrée dans la maison de son mari près de notre village. Avec le reste de son argent, il lui avait acheté des souliers pour qu'elle ne laissât pas d'empreintes et en échange il n'avait pas épousé d'autres femmes.
Le baiser d'Esau de Meir Shalev