1.3.07

Ainsi










Je pense à lui souvent. Pas seulement parce que ces jours-ci je dormais dans mon bureau face à sa grande affiche bleue.

Mais sur cette affiche un paysage. Pour moi, c’est celui de Pyla, que je lui ai fait découvrir : un grand balcon au dessus de la rade de Pylos. La Rade, hormis elle il n’y en a pas d’autre. Barrée par l’île, se déroulant dans toute sa longueur, et à cette heure toute sombre, repliée autour de ses broussailles d’yeuses et de cistes ayant viré du glauque au noir. Sur cette petite platia de balcons en mer, aucune intimité, entourés de garçons australiens parlant grec. Toute la descendance du village est revenue là pour l’été. Car comment se détacher de ce balcon d’olivier et de mer. Si je t’oublie, que ma droite m’oublie et que ma langue s’arrache à mon palais. Il n’y a rien d’autre que ce paysage. Et sur le sol, une feuille morte s’agite un peu : une minuscule chauve-souris, assommée, perdue, incapable de se mouvoir. Noire de noir, une minuscule tête de petit chien, des crochets doigts au bout des ailes, je peux la contempler enfin que je vois voler tous les soirs en innombrables essaims autour des toits, relayant les martinets dans la désinsectisation de la lagune. Aucun de ces grands gaillards minimum 1,80m, même lui, pas même lui, n’ose quoi que ce soit pour elle, petite chose molle vaguement répugnante. Je n’ose la toucher, j’ai peur de la casser. Enfin je plie une feuille toute blanche, je la glisse sous elle à l’en éblouir, pauvrette, et la dépose sur le creux du platane le plus proche. Bientôt ce sera son heure, le jour descend et comme chaque soir le disque rose va disparaître derrière le lagon. Nous restons là jusqu’à la nuit, jusqu’au phare qui clignote vert à Pylos, rouge à Methony.

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