15.4.16

Nous mourons tous par petits bouts : un an



Cela fait un an qu'il nous a quittés. Souvent, sur les sentiers qu'il aimait, comme ici au Col de Veillos, j'aime à l'imaginer derrière moi, sur mes pas, comme tout au long de ses dernières années, plus, je le sens, il est là qui trottine et je souris malgré mon cœur qui se serre.

7.4.16

Pinball (23) : âme en caoutchouc


Je repris seul le même chemin, et, de retour dans mon appartement empli de la lumière d'automne, j'écoutai Rubber Soul que m'avaient laissé les jumelles. Je bus du café. Je demeurai ensuite toute la journée à regarder par la fenêtre passer ce dimanche.
MURAKAMI Haruki, Flipper, 1973, ed. Belfond, ch. 25

6.4.16

Mes notes de chevet (119) : les étoiles

"Les Pléiades. L'étoile du Bouvier. L'étoile du matin. L'étoile du soir."
Sei Shônagon. Notes de chevet.

Mes notes de chevet : Mon ami, tu m'as appris à regarder les étoiles. Grâce à toi, je sais qu'elles ont toutes plusieurs noms, et quand tu regardais le ciel, c'était un dictionnaire étymologique qui tout d'un coup scintillait. Mais je n'ai pas voulu les apprendre, car, comme le Petit Prince, comme cela je ris en regardant le ciel.

Pinball (22) : flippers


Mon sifflement résonna magnifiquement dans cet entrepôt réfrigéré où rien ne lui faisait obstacle. Un peu réconforté, je sifflai les quatre mesures suivantes. Et quatre autres encore. J'avais l'impression que chaque flipper dressait les oreilles pour mieux m'entendre. Même si, bien sûr, personne ne remuait la tête, personne ne frappait du pied. pourtant, ma mélodie atteignit les quatre coins du dépôt avant de s'éteindre.
MURAKAMI Haruki, Flipper, 1973, ch.22, ed. Belfond

5.4.16

Cent vues (96) : printemps

Kakko no Fuji, Hokusai

Bon présage ? Aujourd'hui, il fait soleil malgré la météo, et je viens juste d'aménager mon balcon pour le printemps. Mais je n'ai pas encore besoin d'éventail.

Pinball (21) : pistou japonais

Mon associé était allé à la banque avant le déjeuner et je me trouvais alors dans la salle de séjour-cuisine, en train de manger des spaghettis préparés par la secrétaire. Elle les avait fait cuire deux minutes de trop et ciselé des feuilles de shiso à la place du basilic, mais le résultat final était plutôt savoureux.
MURAKAMI Haruki, Flipper, 1973, ed. Belfond, ch. 20

4.4.16

Pinball (20) : humeur météo


"Comme dit la chanson, les jours de pluie et les lundis, on est toujours déprimé."
MURAKAMI Haruki, Flipper, 1973, ed. Belfond, ch. 19

3.4.16

Pinball (19) : aube

Le Rat contempla le phare. Le ciel s'éclaircissait, la mer avait commencé à prendre des teintes grises. Et au moment où la lumière acérée du matin chassait les ombres comme on ôte une nappe d'un grand coup, le Rat se glissa dans son lit et s'endormit, emportant avec lui la douleur de n'avoir nulle part où aller.
MURAKAMI Haruki, Flipper, 1973, ed. Belfond, ch. 19

28.3.16

Pinball (18) : version originale


Le juke-box fit entendre un clic et le disque MacArthur Park se mit en route.
MURAKAMI Haruki, Flipper, 1973, ch.10, ed. Belfond

27.3.16

Pinball (17) : dîner

Quand la nuit fut complètement noire, nous retournâmes à la maison pour dîner. Le temps que je prenne un bain et que je boive une bière, les jumelles avaient fait griller trois truites, toutes fumantes. En garniture, des asperges en boîtes et des touffes de cresson géant. La truite fit renaître en moi de vieux souvenirs. Les parfums des chemins de montagne en été. Nous savourâmes le plat en prenant notre temps. Il ne resta dans nos assiettes que les arêtes blanches des truites et les tiges du cresson, aussi grosses que des crayons.
MURAKAMI Haruki, Flipper, 1973, ch.9, ed. Belfond

24.3.16

Pinball (16) : boîte à musique


De la musique en ces lieux, qu'est-ce que cela signifiait ? Le Rat l'ignorait. Néanmoins, il lui fallait avouer qu'entendre "Old Black Joe" dans ce cimetière désert, à 18 heures, alors que la nuit allait tomber, c'était quelque chose de mémorable.
MURAKAMI Haruki, Flipper, 1973, ch.8, ed. Belfond

23.3.16

Pinball (15) : tabac philo

Je me déshabillai et me mis au lit avec la Critique de la raison pure et un paquet de cigarettes. Sous les couvertures, il y avait un léger parfum de soleil, Kant était comme toujours magnifique, mais les cigarettes avaient le goût d'une boule de papier journal humide qu'on aurait enflammée à un brûleur de gaz.
MURAKAMI Haruki, Flipper, 1973, ch.7, ed. Belfond

22.3.16

Pinball (14) : bide


"Dommage. On pensait que ça te ferait plaisir.
-Pardon"
Une des deux se leva, arrêta le disque et, après l'avoir épousseté, le remit soigneusement dans sa pochette.
MURAKAMI Haruki, Flipper, 1973,ch.7, ed. Belfond

21.3.16

Pinball (13) : en creusant le sillon


Avec ma petite amie, nous avions souvent fait l'amour en écoutant ce disque. Une fois qu'il était terminé, que l'aiguille continuait à suivre son sillon en crachotant, nous restions dans les bras l'un de l'autre sans dire un mot.
MURAKAMI, Flipper, 1973, ed. Belfond

20.3.16

Pinball (12) : migrations et sommeil


Je refermai la fenêtre, insérai une cassette de Charlie Parker, et commençai à traduire Quand les oiseaux migrateurs dorment-ils ?
MURAKAMI Haruki, Flipper, 1973, ch.7, ed. Belfond

19.3.16

Pinball (11) : une ancienne cassette


Je sifflai en même temps que le long solo de Stan Getz sur "Jumping with Symphony Sid" et mon humeur s'en trouva nettement améliorée.
MURAKAMI Haruki, Flipper, 1973, ch. 7, ed. Belford

16.3.16

Pinball (10) : pas de balles perdues


"Après avoir joué au backgammon pendant une heure environ, nous passâmes par-dessus la chaîne qui entourait le terrain de golf et nous avançâmes sur le parcours désert à cette heure crépusculaire. Je sifflotai deux fois de suite "It's so Peaceful in the Country" de Mildred Bailey. Magnifique me complimentèrent les jumelles.
Flipper, 1973, MURAKAMI Haruki, ch.3, ed. Belfond

13.3.16

Cent vues (95) : hallucinant Fuji

Sanki fukaku katachio o kuzusu no Fuji, Hokusai



Quand le Fuji n'est plus qu'un vague A et que les forêts se transforment en taches... qu'y a-t-il dans cette pipe ?

10.3.16

Pinball (9) : liquide


"Cette manière de faire était certes artisanale, mais voir alignés sur le bureau les tas de billets en dix parts égales me réjouissait au plus haut point."
Flipper, 1973, p.183, ed. Belford, MURAKAMI Haruki

9.3.16

Nous mourons tous par petits bouts : c'est ma fête


Une fois par an, ce prénom, je me souviens que ce n'est pas mon pseudonyme pour l'école, accolé à "Maîtresse", mais celui que mes parents me donnèrent parce que c'était à la mode, et parce que c'était celui de ma grand-mère; je me souviens qu'il était toujours associé à mon nom de famille en classe puisqu'il y en avait souvent deux, voire trois autres. Avec lui, j'ai l'impression d'être très vieille parce que personne ne s'appelle plus ainsi, sauf des célébrités déjà mortes ou tout juste pas encore. Ce disque que je faisais tourner après avoir ouvert la valise rouge qui intégrait le pick-up, était rangé dans le troisième tiroir du secrétaire du salon. C'était cette même photo sur la pochette. Mais on ne parlait pas de moi : je n'ai jamais aimé le bleu pour les chaussettes ...