23.5.07

Schmélele *

"Schmélele entre dans la Maison-du-Chagrin. C'est une maison qui s'est construite autour d'une petite fille avec les larmes qu'elle pleurait. Une petite fille si malheureuse qu'elle a pleuré toute les larmes de son corps. Une fois la maison construite, la petite fille est partie. Tout son chagrin était passé dans les murs de la maison."
Claude Ponti, Schmélele et l'Eugénie des larmes.

Bientôt, je déménage...

7.5.07

Desseins d'univers, 6


Lithographie de Michel Rossigneux, in Desseins d'univers, ed Villa Arson, 1993


Agora

Entre les piliers pyramidaux soutenant la couverture transparente de l'agora, se morcelle un dédale de places secrètes. Trafiquants, amoureux, chalands, écoliers, errent dans les espaces laissés libres, au hasard des échoppes, des fontaines et des terrasses. Ils s'y perdent aussi, embrouillés dans les successions de galeries et de places.
Cependant tous évitent la fosse centrale, ouverte, non ceinte, offerte. Personne, jamais n'y saute ni ne tombe, pas même les suicidés. Le bruit court que ce puits est directement ouvert sur les ténèbres. Les sauts des marelles, le murmure des marchandages, le froissement des étoffes, les éclats des querelles, le clapotement des gouttières, les éructations des dîneurs et le râle des amants y parviendraient dans leur intégralité, fenêtre ouverte sur le quotidien.

Deux ans


Chaise avec vue



















Evidemment
Evidemment

On danse encore
Sur les accords
Qu'on aimait tant

Evidemment
Evidemment

On rit encore
Pour les bêtises
Comme des enfants
Mais pas comme avant

On garde cette blessure en nous
Comme une éclaboussure de boue

Michel Berger

24.3.07

Printemps



Visite au jardin de la Serre de la Madone à Menton





































C'est le printemps. Dieu qu'il fait froid !

11.3.07

courses du marché

Bleu comme l'hiver


Je traverse le square. Midi, le canon tonne. Les pigeons s’envolent autour de la statue de Massena. Des nuages traversent le palmier. Que ma ville est belle !

1.3.07

Ainsi










Je pense à lui souvent. Pas seulement parce que ces jours-ci je dormais dans mon bureau face à sa grande affiche bleue.

Mais sur cette affiche un paysage. Pour moi, c’est celui de Pyla, que je lui ai fait découvrir : un grand balcon au dessus de la rade de Pylos. La Rade, hormis elle il n’y en a pas d’autre. Barrée par l’île, se déroulant dans toute sa longueur, et à cette heure toute sombre, repliée autour de ses broussailles d’yeuses et de cistes ayant viré du glauque au noir. Sur cette petite platia de balcons en mer, aucune intimité, entourés de garçons australiens parlant grec. Toute la descendance du village est revenue là pour l’été. Car comment se détacher de ce balcon d’olivier et de mer. Si je t’oublie, que ma droite m’oublie et que ma langue s’arrache à mon palais. Il n’y a rien d’autre que ce paysage. Et sur le sol, une feuille morte s’agite un peu : une minuscule chauve-souris, assommée, perdue, incapable de se mouvoir. Noire de noir, une minuscule tête de petit chien, des crochets doigts au bout des ailes, je peux la contempler enfin que je vois voler tous les soirs en innombrables essaims autour des toits, relayant les martinets dans la désinsectisation de la lagune. Aucun de ces grands gaillards minimum 1,80m, même lui, pas même lui, n’ose quoi que ce soit pour elle, petite chose molle vaguement répugnante. Je n’ose la toucher, j’ai peur de la casser. Enfin je plie une feuille toute blanche, je la glisse sous elle à l’en éblouir, pauvrette, et la dépose sur le creux du platane le plus proche. Bientôt ce sera son heure, le jour descend et comme chaque soir le disque rose va disparaître derrière le lagon. Nous restons là jusqu’à la nuit, jusqu’au phare qui clignote vert à Pylos, rouge à Methony.

2.1.07

« Je ne sais comment j’ai pu vivre avec elle si longtemps »

« Je ne sais comment j’ai pu vivre avec elle si longtemps »
Avec lui, elle le sait.
Chaque jour de sa vie pendant près de trente années, de chaque fibre de son être elle l’a aimé. Son amour était chevillé à son corps. Elle l’a porté en étendard sans honte aucune. Elle l’a senti vivre en elle près de 950 000 secondes. Elle l’aimait. Dans les événements gais, dans les malheurs, dans l’incertude et le chagrin, elle l’aimait. Dans les regards échangés en concert. Dans les disputes mesquines de couple à propos de poubelle ou de cartable. Dans les moments de doute. Dans l’exaltation des réussites.
Son amour n’a jamais failli, n’a jamais faibli. Malgré les rencontres. Dans les épreuves. Dans les confrontations. Même à la fin, lorsque son corps savait déjà ce que son esprit refusait. Dans la trahison lorsqu’est apparue la nudité de la vérité.

How happy is the blameless Vestal's lot!
The world forgetting, by the world forgot;
Eternal sunshine of the spotless mind!
Each pray'r accepted, and each wish resign'd.
Alexander Pope


Cet amour étonnait, dérangeait, exaspérait. Il consolait ou donnait de l’espoir. Il était source de raillerie ou de sarcasme.
Les êtres sont simplement ce qu’ils sont. Ils sont aussi ce qu’ils deviennent.
Chaque morceau du corps supplicié d’Al Khaladj criait l’unicité de Dieu. Tel était encore son amour lorsqu'elle fut découpée.
Aucune Isis n’a recollé l’effondrement de la baliverna. Un jour, elle est morte, et elle a laissé les événements de son passé dépassé derrière elle. Elle se reconstruit une vie à la première personne du singulier. Elle s’est éveillée à la liberté.
Son amour n’a pas été vain. Il l’avait construite et lui avait insufflé souffle dans la tempête. Il lui a fait garder son intégrité. L’amour ne s’éteint pas. Il se répartit autrement. Il lui a érigé un bouclier comme celui de la cité de Dune. Il la protège des danseurs-visages et des abominations, des Golems, et autres Tulkous, enveloppes qui s’épuiseront dans le vain harcèlement des âmes vivantes. D'ailleurs, l’idée lui plaît de rester vivante jusqu’à personne ne sait quand.

3.12.06

nous n'étions que des ados attardés

Quelqu’un a dit de nous : « Nous n'étions que des ados attardés. Trimballant une inexpérience de la vie à travers les décennies. »

Je n’ai pas l’impression d’avoir passé toutes ses années dans l’inexpérience. Ni que l’implacable expérience de ces derniers mois ait entamé ce moi profond. J’ai tissé pendant plus de vingt-cinq ans dans le fil de mes jours ma force quotidienne dans l’amour. Un amour monumental, monolithique, fait de confiance, d’expérience partagée, de soif de connaître. Mon expérience s’est bâtie sur le plaisir des petites choses, de l’exigence des grandes, de la fréquentation impérieuse de la beauté des livres, des objets, des oeuvres d’art ; de la rencontre avec les hommes et leurs traces dans les murettes, les dolmens, les cabanes ; avec les fées et leurs traces sur les chemins, dans les troncs des mues de cigales, dans les échos des sources, les vapeurs du thé et les notes des muses ; dans les sourires des petits, leurs gribouillis, les émerveillements de leurs premières émotions esthétiques et de leurs premiers mots lus. Je me suis nourrie de petits bonheurs, d’émotions champêtres, de rires enfantins et des richesses du vieux monde. La tempête d’hier n’a pu me balayer. Je fais toujours aussi peu de cas du jugement des trentenaires que l’absence d’idéal ronge, des quadragénaires abattus par le quotidien, des quinquagénaires bedonnants cadrés par le raisonnable. En moi est restée la petite fille obstinée et tenace, qui enfermée dans sa prison familiale rêvait d’un lendemain meilleur. Que protège la femme déterminée, qui n’est plus à terre, relevée pour continuer la lutte, la découverte de nouvelles merveilles cachées dans les pages et derrière le col. Que ceux qui se veulent mûrs deviennent blets, là est leur destin.

21.11.06

extrait du " baiser d'Esau" de Meir Shalev

"Djémila elle-même était une femme extrêmement aimée. Son mari, qui était berger et savait lire la terre comme un livre, avait vu un jour les traces de ses pieds nus sur le sentier. Les empreintes de ses orteils et des coussinets de ses talons étaient si parfaites, et l'intervalle entre les plantes des pieds si noble et si séduisant, que le jeune homme avait abandonné ses brebis et suivi les traces jusqu'aux pieds qui les imprimaient, et il était tombé sur la terre qu'ils piétinaient. Quelques mois après, les tractations pour la dot une fois achevées, Djémila était entrée dans la maison de son mari près de notre village. Avec le reste de son argent, il lui avait acheté des souliers pour qu'elle ne laissât pas d'empreintes et en échange il n'avait pas épousé d'autres femmes.
Le baiser d'Esau de Meir Shalev

22.10.06

desseins d'univers, 5


Lithographie originale de Michel Rossigneux pour Desseins d'Univers


Vigie


De la vigie, on peut embrasser l'étendue de la voûte céleste. Le guetteur y scrute l'espace jour et nuit. Quand une étoile s'éteint, il doit en recueillir aussitôt la poussière. Celle-ci traverse l'axe des plate-formes. Le guetteur en recense scrupuleusement chaque grain et le dépose dans un têt au pied de la stèle du sanctuaire.
Mais ce n'est pas en ce lieu qu'elle se décomposera. Seul bagage de ceux qui empruntent la galerie, la poussière d'étoile franchira alors le seuil des ténèbres.

12.10.06

hommage à Mme Ranucci

Lorsque j'entendis Phèdre pour la première fois, la fille de Minos et de Pasiphae s'échappait d'un petit classique Larousse. Sa voix inondait du soleil de la Crète au milieu des bureaux gravés au canif. Phèdre s'y contenait, dans l'étendue de sa furie. Pas d'héroïne en brocart.Toutes les voix étaient pourtant confondues en une seule : féminine, et où pointait parfois un accent de chez nous... Non pas. Aricie n'osait rêver d'un monde meilleur.Thésée hurlait à Neptune sa plainte et Œnone aux Dieux sa douleur. Les cheveux d'Hippolyte s'accrochaient aux ronces dégoulinamment pourpres.
Il n'y avait point de ténèbres et point de fauteuils rouges. Mais le bruit des autobus et des camions de pompiers, et celui de la cloche qui restait sans effet sur nous.
C'était le Phèdre de Racine.

11.10.06

Avec le temps

Je ne compterai pas les larmes que j’ai versées sur cette chanson chaque fois que je l’entendais. Que ce soit par Léo Ferré, par Dalida très différente
. Elle me bouleversait.
L'autre qu'on adorait, qu'on cherchait sous la pluie
L'autre qu'on devinait au détour d'un regard

Les chansons sont pour moi un élément essentiel de la vie, les échos
de mon âme, les signes du quotidien.
Celle-ci m’apparaissait insupportable, épouvantable (un lapsus m’a fait écrire éprouvantable) inacceptable.
Ces derniers mois, je ne voulais même pas l’écouter, je coupais l’autoradio.
Et puis je l’ai entendu par hasard, en entier, et je l’ai écoutée.
Un nouvel écho, un nouveau signe.
Je ne la trouve plus insupportable, épouvantable, inacceptable.
Elle est pleine d’enseignement, désabusée sûrement, mais très sage.
Elle est simplement apaisante.
Il y a simplement pour moi beaucoup de nostalgie à ne plus utiliser les mots des pauvres gens.

Avec le temps, va, tout va bien.

6.10.06

Desseins d'univers, 4


Satellites













Gravure originale de Michel Rossigneux pour Dessein d'univers

En orbite incessante, des satellites spécialement recyclés protègent notre univers. Chacun abrite un spécimen très rare de l'Ancien Monde :
un alchimiste s'affaire autour d'un tas de plomb. Un moine japonais en kolomo est assis sur un zafu un peu mou : le matériau qui le contient, introuvable,s'est comprimé avec le temps. Un derviche tourne sur un tapis parfaitement tissé, à un détail près. Un cistercien encapuchonné calligraphie sur un lutrin. Un chaman agite une omoplate de bouc. Un trappiste prie, engoncé dans son cilice. Deux hassids argumentent devant un gros volume du Talmud, l'un en faveur de Chamaï, l'autre d'Hillel. Un sorcier indien invoque ses ancêtres devant la fumée de son feu. Un kabbaliste trace imperturbablement les quatre mêmes lettres. Un taoïste étrille sa vache. Une cellule est à présent vide, désertée par le yogi qui l'occupait.
Le Maître tient ces hommes pour des reliques d'un temps oublié. Depuis leur arrivée, pas un n'a pris une ride. Mais on ne peut les visiter ni les déranger en aucune manière. Notre immixtion leur ferait alors rejoindre la poussière de leur propre univers.

5.10.06

Kippour



À Kippour, il n’y a que les fautes que l’on a faites envers Dieu qui peuvent être pardonnées. Les fautes envers quelqu’un ne le sont pas, si l’on n’a pas fait la démarche de s’en excuser auprès de la victime, et trois fois si nécessaires.
Aussi j’ai demandé pardon à cette fille sur la photo, cette jeune fille que j’étais. Il le fallait.
Je ne crois pas l’avoir trop trahie, je suis restée fidèle à celle que j’étais alors. Même si je ne porte plus de lunettes, ni, malgré la mode, de robes baba cool. Mais j’avais oublié la nécessité d’être soi, toujours, de garder indépendance et fierté. Et ceci non dans les épreuves, mais dans le bonheur et dans l’amour, qui sont des prisons bien plus redoutables que l’adversité. Les prisons dorées de l’illusion.
Vieillir c’est peut-être cela, se croire délivré du regard des anciens pour oser agir en lâcheté, comme en catimini.
Bien sûr, beaucoup de choses ont changé. Le chien, sur la photo, fait partie de ceux qui sont partis et jamais ne reviendront.
Je n’oublierai jamais le regard de ceux que j’ai aimé, morts aujourd'hui et qui m’ont construite (je sens leurs yeux sur moi). Ni celui de la jeune fille sur la photo. Je crois qu’elle m’a pardonnée. Car elle me sourit toujours, par delà les années. Et je n’ai pas oublié la forme du crâne de ce chien roux exactement là où elle a la main gauche...

29.9.06

J'ai vu mourir le monde ancien

https://sadside-melissa.blogspot.fr/2006/09/jai-vu-mourir-le-monde-ancien.html
11 Septembre 2001. Je n'oublierai jamais ce jour. J'étais dans ma classe, je recevais des parents quand ma collègue a surgi pour m'annoncer la chute des tours. Bien sûr je n'y ai pas cru.
Après, j'ai fait comme tout le monde. J'ai regardé la télévision. Je ne savais pas que je vivais la fin de beaucoup de choses. Je pressentais que cet événement allait avoir des conséquences pour le monde, mais je ne savais pas qu'elle allait détruire le mien.
Depuis ce jour là, la vie a changé pour moi. Ce n'est pas seulement ma vision qui en a changé, mais sans doute la plupart des gens ont changé ce jour là sans s'en rendre compte, ou quelque chose en eux est venu au jour.
Les heures suivantes, beaucoup de gens les ont oubliés. Pas moi. La sensation de total parano. Le regard de beaucoup de gens changeaient. Leur regard sur les Juifs, et la juive que j'étais. Je n'avais jamais connu ça avant. Etre coupable de quelque chose sans qu'on sache très bien quoi, et sans avoir rien fait. Même plus tard, quand on a su que ce n'étaient pas les Palestiniens. On a reparlé des juifs. Des amis ont été insultés, des enfants d'amis ont été agressés. Mais ce qui était pire, c'étaient les commentaires : "oui, tu comprends, avec tout ce qui se passe en Israël". J'ai compris de l'intérieur les sentiments des générations précédentes. J'ai compris que le plus jamais ça ça n'existe pas. J'ai compris que tout pouvait recommencer.
Quelque chose de la confiance dans le monde s'est rompu, qui n'est pas revenu. Bien sûr, le temps a passé. Mais je n'ai pas oublié. Il y a quelque chose de la vigilance qui veille toujours au fond de moi.
Certains autour de moi ne s'en sont pas remis. Touchés, aigris. Pire, contaminés. Ils sont devenus injustes, amers, et ont perdu peu à peu leurs repères moraux. tout devenait possible. D'eux j'ai été victime aussi. Le mal partout tapi dans l'ombre, je n'y croyais pas et il a surgi.
Pourtant, le monde est toujours éclairé, il va toujours comme il peut. On dit qu'il repose sur une poignée de Justes. J'en connais quelques uns, et cela suffit pour me donner courage en l'avenir. J'ai bravé la tempête et je tiens la route. Dans l'oeil de cyclone ?

16.8.06

Desseins d'univers, 3


















Gravure originale de Michel Rossigneux pour Desseins d'Univers

Tenant lieu d'avertissement, une stèle à la mémoire des victimes de la querelle des deux centres s'élève à l'entrée de la galerie qui mène aux ténèbres. L'endroit est peu fréquenté. Mais, de temps à autre, un homme s'annonce à l'entrée du sas. Il tape un code, toujours le même, et pénètre dans le vestibule, sans même jeter un regard au gardien. Puis il disparaît dans la galerie qui mène aux ténèbres. Le gardien rédige toujours le même procès-verbal. Il pourrait s'agir du même homme qui s'avance, à l’infini. Mais le gardien sait qu'il n'en est rien. Personne ne ressort jamais de la galerie qui mène aux ténèbres.

6.8.06

Du bonheur d'être veuve

Au mémorial de Caen, il y avait une exposition sur Saint-Exupéry et sa femme Consuelo. Des photos, des objets personnels, des films. Je supporte désormais très bien les fictions autour de l’amour, même les plus tristes. Mais je ne supporte toujours pas les histoires vraies. En boucle était diffusée la prière que Saint-Exupéry avait écrite pour que sa femme l’utilise à la première personne :une petite merveille du genre faites qu’il disparaisse le premier car il ne pourrait vivre sans moi. Je n’ai pas tenu le coup et je suis vite partie.
Les veuves ne connaissent pas leur bonheur. Tristan bedonnant et râleur, Roméo tombant dans les bras d’une autre cousine, Pelleas dans ceux de son meilleur ami. Qu’il doit être doux de pleurer la mort de l’être parfait, parti dans son idéal d’amoureux, le cœur rempli de soi, fidèle et tendre.

Peut-on jamais savoir par où commence
Et quand finit l'indifférence
Passe l'automne vienne l'hiver
Et que la chanson de Prévert
Cette chanson, Les Feuilles Mortes
S'efface de mon souvenir
Et ce jour là, mes amours mortes
En auront fini de mourir
(Serge Gainsbourg)

5.8.06

Je vous embrasse, mes amis du stage FLE




Non, ce n’était pas triste de rester un peu là, alors que tout le monde était reparti dans un de ses quatre coins du monde.
Au restaurant, il n’y avait plus la queue. Quelques rescapés se réchauffaient le cœur, groupés à la même table. J’y ai fait de nouvelles connaissances, encore.
Sur les pelouses, personne ne prenait plus le soleil. Il n’y en avait d’ailleurs presque pas, du soleil.
J’ai fait ce que j’avais dit. J’ai pensé à toi Rafael, traversant l’Atlantique, lorsque j’étais sur le promène-couillon de l’Orne. J’ai pensé à toi, Tatiana, dans tes quarante heures d’autocar qui te ramènent au bord de la Volga.
J’ai encore eu l’envie de visiter l’Abbaye aux Hommes : un immense et magnifique cloître de l’époque classique, avec un réfectoire grand comme le restaurant du BELC, des escaliers vertigineux sans aucun soutènement et qui tiennent toujours, des carrelages somptueux, tout cela pour trente abbés de noble classe. Merci à eux.
Au marché, j’ai fait mes derniers achats typiques sous une pluie battante : une crêpière normande en fonte émaillée (je viens de la tester, particulièrement efficace), des salicornes, un pont-l’évêque et un livarot qui ont bien parfumé le wagon SNCF du retour à la clim. en panne ; nous sommes bien toujours en France.
Mon oreille est habitée par tous ces accents différents qui me parlaient ma langue maternelle par amour. Mon cœur est rempli de vos sourires, de votre enthousiasme et de votre joie de vivre. De toute cette énergie, qui se concentrait et m’a rendu la mienne. Qui n’est pas perdue car à présent elle emplit les quatre coins du monde.
Je vous embrasse, mes amis lointains

4.8.06

Desseins d'univers, 2


Dessin de Michel Rossigneux
extrait de Dessein d'Univers, ed.Villa Arson













CENTRE

Une querelle demeure parmi les savants de la cité. Deux théories s'affrontent : les uns affirment que le Maître a commencé la construction par le centre, les autres soutiennent le contraire.
L'affaire prit un jour de l'ampleur, menaçant de troubler notre univers entier. Finalement, les plus résolus décidèrent d'avoir recours à un arbitrage. En délégation, ils se dirigèrent vers la galerie qui mène aux ténèbres.
Le gardien de la galerie a ordre de tirer à vue sur quelque intrus sans code d'identification. A l'entrée du sas, il le leur demanda. Il appliqua strictement les consignes.
Personne ne put témoigner de la teneur de l'arme qu'il utilisa : laser de série, brûlant à partir des extrémités , laser micro-ondes où la combustion part de l'intérieur des chairs.
A ce jour, le débat n'a pas trouvé d'issue.