8.8.15

Mes notes de chevet (115) : sanctuaires shintoïstes

Le dieu du sanctuaire de Kotonomama mérite bien que l'on s'y fie ; mais il est curieux de penser qu'on ait pu dire, je crois, qu'il exauçait trop facilement les prières.
Sei Shônagon, Notes de Chevet 

Mes notes de chevet : En cas de besoin, je préfère le kami Uriel de Oia...

7.8.15

Cent vues (90) : la réalité dépasse la fiction

Oigawa okegoe no Fuji, Hokusai
Le commentateur explique que la traversée est interdite, par ponts ou par bateaux. Alors, il ne reste que des embarcations de fortune, des baquets de bois ... Il ne nous dit rien de ce qu'il en est pour ceux qui se font attraper ...

4.8.15

Nous mourons tous par petits bouts : le Petit Prince



J'aime cette version du Petit Prince, et plus particulièrement l'animation de la "vieille histoire" délicate et émouvante.
Je me revois très bien. Dans le salon, seule (mon enfance fut un interminable moment de solitude), j'installais l'électrophone jaune : le couvercle était l'enceinte, on dépliait le fil, on poussait le bras sur la droite pour faire tourner la machine, et le trente-trois tours démarrait avec la voix de Gérard Philippe que j'entends encore très exactement dans mon oreille: "j'ai vécu seul, sans personne avec qui parler véritablement..." La première face se terminait me semble-t-il avec le renard, l'épisode de l'histoire que me touchait encore plus intimement que celle de la rose. A chaque audition, je luttais contre la révolte de cette fin à laquelle tout le monde voulait croire, cette fin que la petite fille du film refuse d'accepter, qu'il suffit d'une piqure de serpent pour retrouver ceux que l'on aime. C'est peut-être pour cela que cet ouvrage me bouleverse tant. Quand mon petit westy Tony est mort au mois d'avril, plus que la fin de notre vie commune qui était pour lui si dure, c'est une autre réalité que je n'arrivais pas, que je n'arrive pas à affronter encore aujourd'hui : où est-il à présent ? je ne supporte pas cette idée, je pense au Cantique des Cantiques : "je l'ai cherché et ne l'ai pas trouvé". Bien sûr, j'y ai gagné la couleur des blés, mais ...

3.8.15

Randonner (1) : le col de Gialorgues

Gialorgues.Col2
Le soir, avant de me coucher, je retourne au plateau sous le col de Gialorgues, et je contemple le paysage qui m'entoure. Parfois, je rajoute les ânes du berger. Et je repense au film de Jean-Jacques Annaud le dernier loup de Mongolie. Ici aussi rôde le loup ...
Mes photos :
Col de Gialorgues
Liens pour trouver les coordonnées de la randonnée :
ici : http://www.photos-provence.fr/mercantour/lacs-de-gialorgues.html

Rituels d'été (1) : le bain

Sans titre
De bon matin, enfiler le maillot, rouler la rabane, fermer la fermeture éclair de mon sac à fleurs berlinois. Le boulevard est encore calme, à l'ombre un petit vent caresse les cheveux. Traverser la Prom en croisant les vélos, les joggueurs et le commis qui a acheté des baguettes industrielles pour la plage privée et les a glissées dans un sac Little Marcel.
Descendre sur la plage toute proprette, débarrassée des canettes de bière et des cartons de pizza laissés par les noctambules qui pullulent en ces temps de canicule. L'eau aussi est transparente, pas encore opacifiée par les remous et l'huile solaire. Les plus vieux sont déjà installés, certains roulent déjà leur serviette pour repartir.
Dérouler la rabane, sortir la serviette, enfiler les chaussures, sortir les lunettes de l'étui.
L'eau est fraîche, délicieuse. Trois respirations et hop. Quarante crawlées vers le large. Petite pause, coup d'œil vers le parasol détecté comme repère au départ. Le Negresco tout brillant sous l'azur et le dôme-petit-frère voisin. Planche, tout devient calme, silencieux, la mer a aspiré le vent. Quarante crawléees dos sécures, aucun voisin à heurter, les nuages à contempler et de temps en temps les palmiers de la Prom pour rétablir la ligne de mire.
Retour même programme, vers la plage et les premiers signes d'agitation, les vacanciers plantent les relax, gonflent les bouées, trempouillent les bébés.
Montée des galets, essuyage avec la serviette Obélix de la station Total, rhabillage. La rabane un peu effilée mais dont je n'ai pas trouvé l'identique chez le Russe, est repliée et roulée, petit nœud sur le tissu tahitien, petit tas mouillé dans le sac recyclable. Traversée de la Prom, les joggueurs sont rentrés. Remontée du boulevard, les couleurs sont plus vives, les bruits plus perceptibles et comme une petite musique de soleil, d'embruns, de caresses de galets. Un nouveau jour d'été commence...

22.7.15

Si les forbans des eaux ont volé mes vaisseaux, j'prendrai le chemin des oiseaux


Je fredonnais cette chanson ce matin en gagnant la colline du château :
J'avais tenté le bus 38, mais il semble supprimé pour l'été.
J'ai donc marché , deux stations de vélo bleu en vain.
Puis place Magenta, je pédale.
Au pied du château ascenseur encore fermé et de toute façon en panne, grimpés les escaliers de la tour Bellanda.
9h, j'ai rendez-vous avec Elke pour faire du taichi.
En retard de deux minutes, ce qui m'a permis d'entendre le carillon de l'église du Port additionné à un carillon du Vieux Nice ( sainte Réparate ? ) J'avais l'absolution des anges du Seigneur...

21.7.15

Cent vues (89) : la fraîcheur des montagnes

Fukuroju de Hokusai


Chauves-souris, biche et montagne, un bon programme de rafraîchissement plutôt que de rester dans la moiteur tropicale du bord de mer !



7.5.15

Dix ans : cheveux courts et carnivore.



Il y a dix ans jour pour jour, le chaos faisait irruption dans mon existence.
Jusque là, je trouvais ma vie riche, bien remplie, globalement heureuse. Pas de tout repos, des hauts et des bas, mais je n’en aurais changé pour rien au monde. J’avais deux métiers que j’adorais, musicienne et enseignante, j’étais en couple depuis presque trente ans en situation de canard colvert, j’avais une petite fille de dix ans pleine de vie, un petit chien blanc adorable, bref une situation que tout le monde m’enviait, y compris moi. J’avais bien quelques soucis en tête, quelques angoisses et quelques doutes, mais je revenais d’un concert aux Antilles, premier d’une série prometteuse, ce n’était pas trop le moment d’avoir des états d’âme.
Ben voilà patatras. J’avais du sûrement être aveugle, stupide ou les deux pour ne l’avoir pas vu venir. Ce fut un scénario tristement classique, duquel je croyais dur comme fer que je serais préservée. Moi ça ? Impossible ! Jamais ! Classique, je vous dis, classique, et banalement résumable, d’une trivialité exemplaire  : à la découverte de sa double vie, l’autre fait la valise à l’étranger en emportant la caisse, et vous voilà à payer la moitié des frais d’avion pour les vacances de la pitchounette.
Dix ans atomisés et de cet amour là il ne reste rien qu’une impression de vie antérieure rêvée; dématérialisée par le révisionnisme, les procès, les mesquineries diverses et variées.
Je ne reviendrai pas sur les péripéties de cette rupture-tsunami, sur ces jours de mai de détresse où j’écoutais en boucle la chanson qui disait, je ne savais encore toute la valeur des mots : et ça continue encore et encore, c’est que le début, d’accord, d’accord, et le pire est toujours devant.
Dix ans et pourtant… aujourd’hui, dix ans après, une vie fidèle à moi-même, une vie heureuse.
Une vie meilleure sans doute que ce qui m’attendait, au regard de ce que j’ai découvert, de ce qu’il est advenu ensuite. Rien à regretter.
Une belle vie avec de belles découvertes dont certaines inconcevables avant.
Dix ans, je n’ai plus les cheveux au vent : ma nouvelle coupe nécessite un bonnet l’hiver, mais me va comme un gant
Dix ans, et carnivore, toujours bio, mais j’ai renoué avec le carpaccio et le yakitori
Dix ans et en couple. Dix ans, et amoureuse : le plus grand cadeau de ma nouvelle vie, complètement inattendu, le retour de la confiance  et de la force de la vie, une belle histoire épistolaire des plus romantiques et des plus modernes,  des voyages, et la vraie vie ensemble
Dix ans, et presque japonaise, par la force des choses…
Dix ans, et j’ai appris à dire « je ».
Dix ans, avec  mes amis, certains les mêmes, fidèles, d’autres nouveaux, sur des chemins qui nous sont propres, comme la découverte délicieuse des sorties entre copines…
Dix ans, toujours heureuse de partir le matin pour l'école la tête pleine de projets et toujours musicienne avec projets en tête. 
Dix ans, maman d’une jeune femme splendide.
Dix ans, et le petit chien est parti juste là, comme un dernier témoin qui se retirerait sur la pointe des pattes.
Dix ans, et la vie me sourit.

5.5.15

Cent vues (88) : ma chaumière

Roen no Fuji, Hokusai
J'ai découvert mes premières chaumières au Japon. J'en rêve depuis, car je connaissais la chanson ...

4.5.15

Mes notes de chevet (114) : collines

"En ce qui concerne la colline de Tomooka, ce qui me charme, c'est qu'il y pousse de petits bambous."
Sei Shônagon. Notes de chevet.

Mes notes de chevet : j'aime entourer ma vie de colline. De ma terrasse, j'aperçois la cascade de la colline du Château d'un côté, et de l'autre la villa Bellevue sur la colline du Parc d'Estienne d'Orves, à quatre pas de ma maison. Je travaille tout en haut de la colline de Cimiez, d'où j'aperçois toutes les collines environnantes. Dans mon futur chez moi, je songe à revêtir ma salle de bains d'une glace sans teint, pour contempler celle de Valrose ...

10.4.15

Nous mourons tous par petits bouts : Tony

Mon petit toutounet semble tout perdu sur cette photo. Peut être l'est-il, comme nous le sommes, là où il est. Ces derniers temps, il semblait souvent l'être de ce qui lui arrivait. A présent, c'est moi qui le suis, sans lui, dans mes repères du quotidien. L'angoisse également de ne savoir, au sens propre, où il est. Etonnamment, je n'ai jamais eu cette crainte pour des humains, même des proches. Là, je perds toutes mes évidences, et mes doutes aussi. Il n'y a qu'un vide vertigineux.

4.4.15

Méridien en cinémascope (31) : dénouement

"En quittant, la salle à manger, Théo s'attarda sur les tableaux accrochés aux murs. La plupart représentaient des paysages, reproduits avec un souci excessif de réalisme. "
Le méridien de Greenwich, ch. 34, Jean Echenoz

3.4.15

Méridien en cinémascope (30) : the end


"Ouvrit monsieur Haas au minimum sa bouche, qui se fendit en un sourire émincé et expulsa un trait d'érudition.
- C'est la matière dont les rêves sont faits, dit monseur Haas."
Le méridien de Greenwich, ch.33, Jean Echenoz

2.4.15

Méridien en cinémascope (29) : bleu

"Son regard demeura posé sur un rectangle bleu fixé au mur, comme un oiseau sur un fil électrique."

Le méridien de Greenwich, ch.33, Jean Echenoz

1.4.15

Méridien en cinémascope (28) : non-gag

"Et ce fut alors, c'en devenait lassant, que retentit encore une détonation, assortie de son projectile, lequel projectile, après être passé à seize centimètres du menton de Selmer, vint se loger dans un tronc d'arbre, lequel arbre, sous le choc, laissa choir son fruit, lequel fruit, dans ce contexte, ne tomba sur la tête de personne, car c'eût été ce qu'on appelle un gag. "

Le méridien de Greenwich, ch.32, Jean Echenoz

31.3.15

Méridien en cinémascope (27) : dénouement ?

"- Il me racontait des histoires. Avant de quitter Paris, il avait commencé celle des trois lanciers du Bengale, mais il est mort. Il est mort avant la fin de l'histoire.
Arbogast retint son souffle et compta dix pas avant de parler.
- Moi, je la connais, la fin, dit-il.
Vera faillit s'arrêter de marcher, mais ce n'était pas le moment. Allez, allez, faisait doucement selmer derrière eux. Elle baissa la tête.
- Alors, chuchota-t-elle, Mac Gregor ?
- A votre avis ? souffla Arbogast.
- Il s'en sort, dit Vera, il s'en tire."

Le méridien de Greenwich, ch.32, Jean Echenoz

30.3.15

Méridien en cinémascope (26) : introuvable

"- Ici Radio Switzerland, bafouilla le stagiaire. Comme chaque jour, voici deux heures de musique et de bonne humeur, avec tout de suite notre disque de la semaine, voici Coco Schmidt qui chante Pourquoi moi ?
Une nuisance mélodique envahit l'espace un instant, Tristano coupa le son.
-Ils nous laissent tomber, dit-il"
Le méridien de Greenwich, ch.29, Jean Echenoz

29.3.15

Méridien en cinémascope (25) : apéritif


"Ils s'en revinrent au blockhaus, où ils passèrent un peu de Brahms à l'épreuve du magnétophone. Au son, l'appareil semblait une poêle où l'on aurait mis Brahms à frire, et ce bruit d'aliment leur donna faim."
Le méridien de Greenwich, ch.27, Jean Echenoz

28.3.15

Méridien en cinémascope (24) : crépuscule

Selmer avait renversé sa tête sur le dossier ; il ne pensait à rien tout en considérant l'air. Bientôt l'envahit une impatience d'entracte, qui transformait les sièges du hors-bord en fauteuils de cinéma et le ciel pâlissant au dessus de l'archipel en écran vierge prêt à se peupler , à se meubler. Mais rien ne se produisit, rien ne vint ; seul l'ensoleillement se modifiait sensiblement, dans le sens du moins."
Le méridien de Greenwich, ch.27, Jean Echenoz

27.3.15

Méridien en cinémascope (23) : après-rasage

"Leurs visages se paraient maintenant de barbes, Arbogast ayant brisé par maladresse, quelques jours plus tôt, l'unique miroir dont ils disposaient pour se raser. Comme il se désolait, Selmer l'avait consolé en proposant, puisqu'ils étaient de tailles et de morphologies voisines, de se raser désormais l'un en face de l'autre en symétrisant bien leurs gestes, chacun tenant lieu de miroir à l'autre. Essayons, avait dit Arbogast. Ils tentèrent l'expérience, se coupèrent effroyablement. Peut-être ne se ressemblaient-ils pas assez. Renonçons, avait dit Selmer."
Le méridien de Greenwich, ch.27, Jean Echenoz