15.8.15

Le Petit Prince à la montagne chic.


Au sortir de l’ascenseur, j’ai failli l’assommer en poussant la porte coupe feu qui sépare le hall du couloir de l’étage A (ici les étages n’ont pas de numéro, mais une lettre). Haut comme trois pommes, l’âge d’entrer en MS, joufflu avec un air de bonne santé des montagnes, les cheveux tout ébouriffés, il était aussi surpris que moi.
« -Je ne t’ai pas fait mal au moins ?
- Mais pas du tout, pourquoi ? Dis, tu peux m’emmener à l’étage T avec l’ascenseur ? »
« Oui bien sûr, répondis-je, alors que j’avais déjà la clé dans ma serrure. Tes parents savent-ils que tu es là ? (Mon sang d’instit refaisait surface)
- Bien sûr !
-Tu n’es pas perdu ?
- Bien sûr que non ! Tu peux m’emmener à l’étage T ?»
Quand le mystère est trop impressionnant, on n’ose pas désobéir. Nous repassâmes la porte coupe-feu.
« - Moi, quand je vais à l’étage T, je prends l’ascenseur du fond, affirma-t-il péremptoirement. Allons à l’ascenseur du fond !
- Mais celui-ci est plus près ! »  J’appuie sur le bouton d’appel. L’ascenseur s’arrête, on entend de l’intérieur la petite rengaine « étage A ». Mais l’ascenseur est complet, un père, un fils, et deux vélos.
« -Si vous arrivez à rentrer… » La porte se referme.
« - Il faut prendre le suivant. Allons essayer le bout du couloir ! proposai-je.»
Nous franchîmes une nouvelle porte coupe-feu, et là un très long couloir avec des tas de portes fermées. Nous arrivons au bout.
«  Ici, il y a même deux ascenseurs, dit fièrement le petit bonhomme. Il en appelle un qui monte et s’ouvre.
« Etage A.
Il appuie sur le bouton T
-Attends, attends, il faut d’abord placer le vigik. »
Mais le vigik ne marche pas.
« -C’est toujours le vigik bleu qu’il faut utiliser, affirme-t-il. »
Le mien est noir. Ça ne marche pas.
« - ça doit être normal, ici nous sommes dans l’autre immeuble, expliquai-je (mon sang de…,). Il faut retourner à mon ascenseur. »
Et nous voilà repartis. Déambulation insolite dans cette station très huppée, un petit bonhomme tout seul qui semble parfaitement savoir ce qu’il veut …
Retour à l’ascenseur. Le petit bonhomme appui sur l’appel, puis rentre à l’intérieur et appuie sur le bouton T.
« -Attends, attends, il faut d’abord placer le vigik.
Comme un air de remake.
Vigik efficient, le petit bonhomme appuie.
On entend la petite rengaine. « Etage T ». La porte s’ouvre, c’est déjà fini.
« Voilà, on y est ! » Il s’élance dehors, sans un merci ni un adieu.
« Tu sais où tu es ? Tu ne veux pas que je t’accompagne ?
-Non, non, tout va bien ! » Et il disparaît dans la galerie.
Je me sens bien seule, tout à coup, dans mon ascenseur. Même pas le temps d’être apprivoisée.


8.8.15

Mes notes de chevet (115) : sanctuaires shintoïstes

Le dieu du sanctuaire de Kotonomama mérite bien que l'on s'y fie ; mais il est curieux de penser qu'on ait pu dire, je crois, qu'il exauçait trop facilement les prières.
Sei Shônagon, Notes de Chevet 

Mes notes de chevet : En cas de besoin, je préfère le kami Uriel de Oia...

7.8.15

Cent vues (90) : la réalité dépasse la fiction

Oigawa okegoe no Fuji, Hokusai
Le commentateur explique que la traversée est interdite, par ponts ou par bateaux. Alors, il ne reste que des embarcations de fortune, des baquets de bois ... Il ne nous dit rien de ce qu'il en est pour ceux qui se font attraper ...

4.8.15

Nous mourons tous par petits bouts : le Petit Prince



J'aime cette version du Petit Prince, et plus particulièrement l'animation de la "vieille histoire" délicate et émouvante.
Je me revois très bien. Dans le salon, seule (mon enfance fut un interminable moment de solitude), j'installais l'électrophone jaune : le couvercle était l'enceinte, on dépliait le fil, on poussait le bras sur la droite pour faire tourner la machine, et le trente-trois tours démarrait avec la voix de Gérard Philippe que j'entends encore très exactement dans mon oreille: "j'ai vécu seul, sans personne avec qui parler véritablement..." La première face se terminait me semble-t-il avec le renard, l'épisode de l'histoire que me touchait encore plus intimement que celle de la rose. A chaque audition, je luttais contre la révolte de cette fin à laquelle tout le monde voulait croire, cette fin que la petite fille du film refuse d'accepter, qu'il suffit d'une piqure de serpent pour retrouver ceux que l'on aime. C'est peut-être pour cela que cet ouvrage me bouleverse tant. Quand mon petit westy Tony est mort au mois d'avril, plus que la fin de notre vie commune qui était pour lui si dure, c'est une autre réalité que je n'arrivais pas, que je n'arrive pas à affronter encore aujourd'hui : où est-il à présent ? je ne supporte pas cette idée, je pense au Cantique des Cantiques : "je l'ai cherché et ne l'ai pas trouvé". Bien sûr, j'y ai gagné la couleur des blés, mais ...

3.8.15

Randonner (1) : le col de Gialorgues

Gialorgues.Col2
Le soir, avant de me coucher, je retourne au plateau sous le col de Gialorgues, et je contemple le paysage qui m'entoure. Parfois, je rajoute les ânes du berger. Et je repense au film de Jean-Jacques Annaud le dernier loup de Mongolie. Ici aussi rôde le loup ...
Mes photos :
Col de Gialorgues
Liens pour trouver les coordonnées de la randonnée :
ici : http://www.photos-provence.fr/mercantour/lacs-de-gialorgues.html

Rituels d'été (1) : le bain

Sans titre
De bon matin, enfiler le maillot, rouler la rabane, fermer la fermeture éclair de mon sac à fleurs berlinois. Le boulevard est encore calme, à l'ombre un petit vent caresse les cheveux. Traverser la Prom en croisant les vélos, les joggueurs et le commis qui a acheté des baguettes industrielles pour la plage privée et les a glissées dans un sac Little Marcel.
Descendre sur la plage toute proprette, débarrassée des canettes de bière et des cartons de pizza laissés par les noctambules qui pullulent en ces temps de canicule. L'eau aussi est transparente, pas encore opacifiée par les remous et l'huile solaire. Les plus vieux sont déjà installés, certains roulent déjà leur serviette pour repartir.
Dérouler la rabane, sortir la serviette, enfiler les chaussures, sortir les lunettes de l'étui.
L'eau est fraîche, délicieuse. Trois respirations et hop. Quarante crawlées vers le large. Petite pause, coup d'œil vers le parasol détecté comme repère au départ. Le Negresco tout brillant sous l'azur et le dôme-petit-frère voisin. Planche, tout devient calme, silencieux, la mer a aspiré le vent. Quarante crawléees dos sécures, aucun voisin à heurter, les nuages à contempler et de temps en temps les palmiers de la Prom pour rétablir la ligne de mire.
Retour même programme, vers la plage et les premiers signes d'agitation, les vacanciers plantent les relax, gonflent les bouées, trempouillent les bébés.
Montée des galets, essuyage avec la serviette Obélix de la station Total, rhabillage. La rabane un peu effilée mais dont je n'ai pas trouvé l'identique chez le Russe, est repliée et roulée, petit nœud sur le tissu tahitien, petit tas mouillé dans le sac recyclable. Traversée de la Prom, les joggueurs sont rentrés. Remontée du boulevard, les couleurs sont plus vives, les bruits plus perceptibles et comme une petite musique de soleil, d'embruns, de caresses de galets. Un nouveau jour d'été commence...

22.7.15

Si les forbans des eaux ont volé mes vaisseaux, j'prendrai le chemin des oiseaux


Je fredonnais cette chanson ce matin en gagnant la colline du château :
J'avais tenté le bus 38, mais il semble supprimé pour l'été.
J'ai donc marché , deux stations de vélo bleu en vain.
Puis place Magenta, je pédale.
Au pied du château ascenseur encore fermé et de toute façon en panne, grimpés les escaliers de la tour Bellanda.
9h, j'ai rendez-vous avec Elke pour faire du taichi.
En retard de deux minutes, ce qui m'a permis d'entendre le carillon de l'église du Port additionné à un carillon du Vieux Nice ( sainte Réparate ? ) J'avais l'absolution des anges du Seigneur...

21.7.15

Cent vues (89) : la fraîcheur des montagnes

Fukuroju de Hokusai


Chauves-souris, biche et montagne, un bon programme de rafraîchissement plutôt que de rester dans la moiteur tropicale du bord de mer !



7.5.15

Dix ans : cheveux courts et carnivore.



Il y a dix ans jour pour jour, le chaos faisait irruption dans mon existence.
Jusque là, je trouvais ma vie riche, bien remplie, globalement heureuse. Pas de tout repos, des hauts et des bas, mais je n’en aurais changé pour rien au monde. J’avais deux métiers que j’adorais, musicienne et enseignante, j’étais en couple depuis presque trente ans en situation de canard colvert, j’avais une petite fille de dix ans pleine de vie, un petit chien blanc adorable, bref une situation que tout le monde m’enviait, y compris moi. J’avais bien quelques soucis en tête, quelques angoisses et quelques doutes, mais je revenais d’un concert aux Antilles, premier d’une série prometteuse, ce n’était pas trop le moment d’avoir des états d’âme.
Ben voilà patatras. J’avais du sûrement être aveugle, stupide ou les deux pour ne l’avoir pas vu venir. Ce fut un scénario tristement classique, duquel je croyais dur comme fer que je serais préservée. Moi ça ? Impossible ! Jamais ! Classique, je vous dis, classique, et banalement résumable, d’une trivialité exemplaire  : à la découverte de sa double vie, l’autre fait la valise à l’étranger en emportant la caisse, et vous voilà à payer la moitié des frais d’avion pour les vacances de la pitchounette.
Dix ans atomisés et de cet amour là il ne reste rien qu’une impression de vie antérieure rêvée; dématérialisée par le révisionnisme, les procès, les mesquineries diverses et variées.
Je ne reviendrai pas sur les péripéties de cette rupture-tsunami, sur ces jours de mai de détresse où j’écoutais en boucle la chanson qui disait, je ne savais encore toute la valeur des mots : et ça continue encore et encore, c’est que le début, d’accord, d’accord, et le pire est toujours devant.
Dix ans et pourtant… aujourd’hui, dix ans après, une vie fidèle à moi-même, une vie heureuse.
Une vie meilleure sans doute que ce qui m’attendait, au regard de ce que j’ai découvert, de ce qu’il est advenu ensuite. Rien à regretter.
Une belle vie avec de belles découvertes dont certaines inconcevables avant.
Dix ans, je n’ai plus les cheveux au vent : ma nouvelle coupe nécessite un bonnet l’hiver, mais me va comme un gant
Dix ans, et carnivore, toujours bio, mais j’ai renoué avec le carpaccio et le yakitori
Dix ans et en couple. Dix ans, et amoureuse : le plus grand cadeau de ma nouvelle vie, complètement inattendu, le retour de la confiance  et de la force de la vie, une belle histoire épistolaire des plus romantiques et des plus modernes,  des voyages, et la vraie vie ensemble
Dix ans, et presque japonaise, par la force des choses…
Dix ans, et j’ai appris à dire « je ».
Dix ans, avec  mes amis, certains les mêmes, fidèles, d’autres nouveaux, sur des chemins qui nous sont propres, comme la découverte délicieuse des sorties entre copines…
Dix ans, toujours heureuse de partir le matin pour l'école la tête pleine de projets et toujours musicienne avec projets en tête. 
Dix ans, maman d’une jeune femme splendide.
Dix ans, et le petit chien est parti juste là, comme un dernier témoin qui se retirerait sur la pointe des pattes.
Dix ans, et la vie me sourit.

5.5.15

Cent vues (88) : ma chaumière

Roen no Fuji, Hokusai
J'ai découvert mes premières chaumières au Japon. J'en rêve depuis, car je connaissais la chanson ...

4.5.15

Mes notes de chevet (114) : collines

"En ce qui concerne la colline de Tomooka, ce qui me charme, c'est qu'il y pousse de petits bambous."
Sei Shônagon. Notes de chevet.

Mes notes de chevet : j'aime entourer ma vie de colline. De ma terrasse, j'aperçois la cascade de la colline du Château d'un côté, et de l'autre la villa Bellevue sur la colline du Parc d'Estienne d'Orves, à quatre pas de ma maison. Je travaille tout en haut de la colline de Cimiez, d'où j'aperçois toutes les collines environnantes. Dans mon futur chez moi, je songe à revêtir ma salle de bains d'une glace sans teint, pour contempler celle de Valrose ...

10.4.15

Nous mourons tous par petits bouts : Tony

Mon petit toutounet semble tout perdu sur cette photo. Peut être l'est-il, comme nous le sommes, là où il est. Ces derniers temps, il semblait souvent l'être de ce qui lui arrivait. A présent, c'est moi qui le suis, sans lui, dans mes repères du quotidien. L'angoisse également de ne savoir, au sens propre, où il est. Etonnamment, je n'ai jamais eu cette crainte pour des humains, même des proches. Là, je perds toutes mes évidences, et mes doutes aussi. Il n'y a qu'un vide vertigineux.

4.4.15

Méridien en cinémascope (31) : dénouement

"En quittant, la salle à manger, Théo s'attarda sur les tableaux accrochés aux murs. La plupart représentaient des paysages, reproduits avec un souci excessif de réalisme. "
Le méridien de Greenwich, ch. 34, Jean Echenoz

3.4.15

Méridien en cinémascope (30) : the end


"Ouvrit monsieur Haas au minimum sa bouche, qui se fendit en un sourire émincé et expulsa un trait d'érudition.
- C'est la matière dont les rêves sont faits, dit monseur Haas."
Le méridien de Greenwich, ch.33, Jean Echenoz

2.4.15

Méridien en cinémascope (29) : bleu

"Son regard demeura posé sur un rectangle bleu fixé au mur, comme un oiseau sur un fil électrique."

Le méridien de Greenwich, ch.33, Jean Echenoz

1.4.15

Méridien en cinémascope (28) : non-gag

"Et ce fut alors, c'en devenait lassant, que retentit encore une détonation, assortie de son projectile, lequel projectile, après être passé à seize centimètres du menton de Selmer, vint se loger dans un tronc d'arbre, lequel arbre, sous le choc, laissa choir son fruit, lequel fruit, dans ce contexte, ne tomba sur la tête de personne, car c'eût été ce qu'on appelle un gag. "

Le méridien de Greenwich, ch.32, Jean Echenoz

31.3.15

Méridien en cinémascope (27) : dénouement ?

"- Il me racontait des histoires. Avant de quitter Paris, il avait commencé celle des trois lanciers du Bengale, mais il est mort. Il est mort avant la fin de l'histoire.
Arbogast retint son souffle et compta dix pas avant de parler.
- Moi, je la connais, la fin, dit-il.
Vera faillit s'arrêter de marcher, mais ce n'était pas le moment. Allez, allez, faisait doucement selmer derrière eux. Elle baissa la tête.
- Alors, chuchota-t-elle, Mac Gregor ?
- A votre avis ? souffla Arbogast.
- Il s'en sort, dit Vera, il s'en tire."

Le méridien de Greenwich, ch.32, Jean Echenoz

30.3.15

Méridien en cinémascope (26) : introuvable

"- Ici Radio Switzerland, bafouilla le stagiaire. Comme chaque jour, voici deux heures de musique et de bonne humeur, avec tout de suite notre disque de la semaine, voici Coco Schmidt qui chante Pourquoi moi ?
Une nuisance mélodique envahit l'espace un instant, Tristano coupa le son.
-Ils nous laissent tomber, dit-il"
Le méridien de Greenwich, ch.29, Jean Echenoz

29.3.15

Méridien en cinémascope (25) : apéritif


"Ils s'en revinrent au blockhaus, où ils passèrent un peu de Brahms à l'épreuve du magnétophone. Au son, l'appareil semblait une poêle où l'on aurait mis Brahms à frire, et ce bruit d'aliment leur donna faim."
Le méridien de Greenwich, ch.27, Jean Echenoz

28.3.15

Méridien en cinémascope (24) : crépuscule

Selmer avait renversé sa tête sur le dossier ; il ne pensait à rien tout en considérant l'air. Bientôt l'envahit une impatience d'entracte, qui transformait les sièges du hors-bord en fauteuils de cinéma et le ciel pâlissant au dessus de l'archipel en écran vierge prêt à se peupler , à se meubler. Mais rien ne se produisit, rien ne vint ; seul l'ensoleillement se modifiait sensiblement, dans le sens du moins."
Le méridien de Greenwich, ch.27, Jean Echenoz

27.3.15

Méridien en cinémascope (23) : après-rasage

"Leurs visages se paraient maintenant de barbes, Arbogast ayant brisé par maladresse, quelques jours plus tôt, l'unique miroir dont ils disposaient pour se raser. Comme il se désolait, Selmer l'avait consolé en proposant, puisqu'ils étaient de tailles et de morphologies voisines, de se raser désormais l'un en face de l'autre en symétrisant bien leurs gestes, chacun tenant lieu de miroir à l'autre. Essayons, avait dit Arbogast. Ils tentèrent l'expérience, se coupèrent effroyablement. Peut-être ne se ressemblaient-ils pas assez. Renonçons, avait dit Selmer."
Le méridien de Greenwich, ch.27, Jean Echenoz

26.3.15

Méridien en cinémascope (22) : il faut le remplacer, maintenant.

"Caine s'était assis près de Paul, qui n'était plus que le cadavre de Paul. Il le regardait sans comprendre et avec une tristesse sincère, bien qu'il l'eût peu connu de leurs vivants communs. Une certaine confusion noircissait encore sa tristesse, car il se sentait obtus et gauche devant feu Paul, comme démuni. Il supposait l'existence d'une sorte de code de politesse nécrologique, d'un type particulier de conduite à tenir, de certains gestes précis, reconnus et consacrés, applicables sans risques à toute situation comportant un ou plusieurs cadavres, mais il ignorait malheureusement toutes ces choses. Lui vint à l'idée qu'il était d'usage, du moins au cinéma, de fermer les paupières des défunts. Paul gisait face contre terre. Caine dut le retourner, non sans des égards extrêmes que jamais il n'aurait accordés à un non-mort ; mais Paul avait fermé les yeux en expirant, et l'inventeur en éprouva un léger sentiment de frustration, suivi d'un long affect de culpabilité, celui-ci sanctionnant celui-là. "
Le méridien de Greenwich, ch.25, Jean Echenoz

25.3.15

Méridien en cinémascope (21) : coïncidence


"Il ressemblait à l'acteur Sidney Greenstreet incarnant, dans une autre histoire, le rôle d'un personnage également et coïncidemment nommé Kasper Gutman. Comme ce dernier, son allure était d'ailleurs empreinte d'un certain sens des apparences. "
Le méridien de Greenwich, ch.24, Jean Echenoz

24.3.15

Méridien en cinémascope (20) : Taxi

"- A l'aéroport de Roissy, fit-elle d'une voix précipitée, comme elle l'avait bien souvent vu faire au cinéma.
Le chauffeur mit son compteur à zéro, le feu passa au vert et le taxi démarra souplement, également tout comme au cinéma.
Le méridien de Greenwich, ch.23, Jean Echenoz

23.3.15

Méridien en cinémascope (19) : très beau, dit-il.


"Il se leva et se dirigea vers le puzzle achevé dont l'inventeur lissait amoureusement la surface du tranchant de la main. Les morceaux de carton assemblés reconstituaient un tableau figurant une vaste galerie aux murs de laquelle étaient suspendus une multitude de tableaux, dont certains représentaient encore d'autres tableaux ; la mise en abîme s'arrêtait là, le peintre ne s'étant pas aventuré plus loin dans l'emboîtement des représentations. "
Le méridien de Greenwich, ch.22 Jean Echenoz

22.3.15

Méridien en cinémascope (18) : le son n'est pas très bon, mais ça me suffit pour ce que j'en fais.


"Arbogast entra dans le blockhaus et ressortit avec un petit magnétophone et une boîte de bandes magnétiques.
- De la musique de chambre, dit-il, c'est ce qui va le mieux avec les couchers de soleil."
Le méridien de Greenwich, ch. 20, Jean Echenoz

21.3.15

Méridien en cinémascope (17) : écologie pratique

"Ca n'a pas été trop dur pour s'adapter ? demanda Selmer en mangeant.
-Etant jeune, dit Arbogast, j'ai lu Walden et Le Robinson suisse. J'en avais gardé quelques souvenirs, ça m'a un peu aidé."
Le méridien de Greenwich, ch. 20, Jean Echenoz

20.3.15

Méridien en cinémascope (16) : J'appellerai demain pour savoir la suite

"Tu n'as pas envie de me voir, dit-elle ; ce n'est pas ça dit-il. Alors elle lui imposa de raconter la suite de l'histoire, et Paul, d'une voix inégale, lui raconta ce qui se passait depuis le moment ou Forsythe et mac Gregor, les ongles arrachés il faut voir comment par les sbires de Mohamed Khan, se remettent de leurs émotions en organisant dans leur cellule des courses de blattes."
Le méridien de Greenwich, ch. 18, Jean Echenoz

19.3.15

Méridien en cinémascope (15) : j'irai peut-être au cinéma


"- Il paraît que la copie est en mauvais état, dit rêveusement Carrier"
Le méridien de Greenwich, ch.10, Jean Echenoz

18.3.15

Méridien en cinémascope (14) : rangement


"Sous la scène, le pianiste martelait son clavier avec un regard inexpressif de dactylo. Un cylindre de cendre exceptionnellement long et légèrement incurvé adhérait encore au mégot coincé dans sa commissure, et un ruban de fumée montait le long de son visage, en épousant tous les reliefs, passant par dessus ses yeux presque clos pour se diluer ensuite sur son front, à l'orée de sa chevelure."

17.3.15

Méridien en cinémascope (13) : arrêtons-nous là pour aujourd'hui.

Paul raconta toute la sène du repas, en présence de l'espionne Tania, tout ce dialogue ambigu, jusqu'au moment ou Mohamed Kahn, après le dessert, démasque les valets de l'impérialisme britannique."
Le méridien de Greenwich, Jean Echenoz, ch.9

16.3.15

Méridien en cinémascope (12) : supériorité

"ses yeux étaient empreints d'une telle attention qu'on pouvait imaginer qu'il avait décidé de n'accorder son attention qu'aux objets situés à leur hauteur, ou bien que, voulant tirer partie de sa taille inhabituelle, il s'était consacré à l'étude des parties supérieures de tableaux."
Le méridien de Greenwich, Jean Echenoz, ch. 8

15.3.15

Méridien en cinémascope (11) : puzzle


"La vérité est qu'il ne s'inquiétait pas; il venait de découvrir une pièce-clef, qui lui permettait d'achever le candélabre de cuivre rouge qui pendait au plafond de la galerie ; il jubilait."
Le méridien de Greenwich, Jean Echenoz, ch. 7

14.3.15

Méridien en cinémascope (10) : soufflez, soufflez, c'est le moment ou jamais


"Allez-y, dit-il, jouez, jouez, c'est dans votre intérêt."
Le méridien de Greenwich, Jean Echenoz, ch. 6

13.3.15

Méridien en cinémascope (9) : ça suffira

"C'était la dernière, dit Pradon, nous n'avons pas d'autre photo de Caine."
Le méridien de Greenwich, ch.5, Jean Echenoz

12.3.15

Méridien en cinémascope (8) : l'objet d'une telle attention


"La seconde n'était occupée que par un seul individu, de taille anormalement haute, stationnant avec une immobilité remarquable devant l'un des tableaux, au fond, à droite."
Le méridien de Greenwich, ch.4, Jean Echenoz

11.3.15

Méridien en cinémascope (7) : fil conducteur



"D'abord, il s'intéressa au mode de fabrication de ces objets. On ne savait pas trop s'ils étaient achevés. Certaines zones de toile étaient recouvertes de strates superposées, chacune ne couvrant qu'en partie la strate au dessous d'elle et laissant voir ou deviner, selon le désir de Gustave, les motifs qu'elle avait à charge de masquer et d'amplifier à la fois."
Le méridien de Greenwich, ch.4, Jean Echenoz

Voyage avec un incolore (49) : Tokyo


Le paysage d'Hämeenlinna, près du lac, lui apparut. Les rideaux de dentelle blanche agités par le vent, le cliquetis du petit bateau balloté par les vagues.
L'incolore Tsukuru Tasaki et ses années de pèlerinage. MURAKAMI Haruki, ch.19

10.3.15

Méridien en cinémascope (6) : Palais-Royal

"La statue de Jeanne d'Arc, d'apparence luisante et dorée sous le soleil, était jaune et mate dans l'air gris sur son passage".
Le méridien de Greenwich, ch.4, Jean Echenoz

Voyage avec un incolore (48) : glaçon

"Chacun continuerait d'avancer sur son chemin, à la place qui lui a été assignée. Comme Rouge l'avait dit, on ne peut pas revenir en arrière. A cette pensée déferla sur lui, silencieusement, une grande tristesse, comme de l'eau venue d'on ne sait où. Une tristesse vaporeuse, sans forme. Une tristesse qui lui appartenait en propre et qui se situait aussi en un lieu inaccessible et lointain. Une douleur qui lui transperça la poitrine, qui le fit suffoquer.
Il arrêta la voiture sur le bord du chemin, coupa le moteur et, appuyé contre le volant, il ferma les yeux. Il fallait qu'il respire profondément, lentement, en prenant tout son temps, afin de régulariser le rythme de son cœur. Puis il prit conscience soudain de l'existence de quelque chose de dur et de froid, à peu près au milieu de son corps - quelque chose comme un noyau de terre glacée qui n'avait pas fondu après l'hiver. C'était de là que venait la douleur dans sa poitrine et la sensation d'étouffer. Il ignorait jusque là qu'il abritait cette chose en lui.
Mais la douleur dans la poitrine était juste, l'étouffement était juste. Il lui fallait les éprouver pleinement. Ce noyau froid, il devrait ensuite le faire fondre peu à peu. Cela prendrait sans doute du temps mais il devait le faire. Et il aurait besoin de la chaleur de quelqu'un pour que ce noyau de terre glacée fonde. La sienne n'y suffirait pas."
L'incolore Tsukuru Tasaki et ses années de pèlerinage. MURAKAMI Haruki, ch.17

9.3.15

Méridien en cinémascope (6) : Mac Gregor, Forsythe et Stone


"
-Autre chose, maintenant, dit-elle.
-Une histoire, proposa Paul.
-Je veux bien."
Le méridien de Greenwich, ch.3

Voyage avec un incolore (47) : se débarrasser de l'ombre longue du démon


"Ce n'est pas seulement l'harmonie qui relie le cœur des hommes. Ce qui les lie bien plus profondément, c'est ce qui se transmet d'une blessure à une autre. D'une souffrance à une autre. D'une fragilité à une autre. "
L'incolore Tsukuru Tasaki et ses années de pèlerinage. MURAKAMI Haruki, ch.16

8.3.15

Méridien en cinémascope (5) : fratrie


"Elle ressemblait à Dorothy Gish, la sœur de Lilian"
Le méridien de Greenwich, ch.3, Jean Echenoz

Voyage avec un incolore (46) : beethovenien


"Celui-ci est tout-à-fait remarquable, mais il y met une sorte de noblesse proche des sonates de Beethoven.
L'incolore Tsukuru Tasaki et ses années de pèlerinage. MURAKAMI Haruki, ch.16

7.3.15

méridien en cinémascope (4) : de l'excès du bleu.

...comme, Odilon Redon, encore lui, dans son cyclope exposé au musée d'Otterlo, avait échoué en réduisant la tête entière de Polyphème à un œil unique, à l'exclusion de tout autre organe, un gros œil occupant une énorme orbite crânienne, et, de surcroît, bleu ; autre excès.


Le méridien de Greenwich, ch2, Jean Echenoz

Voyage avec un incolore (45) : un autre lac


Cette musique qui se jouait là, au bord d'un lac finlandais, se parait d'un charme particulier. Tsukuru la ressentait un peu différemment quand il l'écoutait dans son appartement de Tokyo.
L'incolore Tsukuru Tasaki et ses années de pèlerinage. MURAKAMI Haruki, ch.16

6.3.15

méridien en cinémascope (3) : cyclope


"Il n'est pas facile de produire un monstre, pensa Haas."
Le méridien de Greenwich, ch2, Jean Echenoz

Voyage avec un incolore (44) : vécu (2)



"Est-ce que quelqu'un m'avait précipité à la mer, ou bien avais-je sauté de mon propre chef ? Je ne saurais le dire. En tout cas, le bateau continuait sa route et moi, plongé dans l'eau noire et glacée, je regarder s'éloigner les lumières du pont. Personne sur le bateau, hommes d'équipage ou passagers, ne savait que j'étais tombé à la mer. Il n'y avait rien alentour à quoi j'aurais pu m'accrocher. Je garde encore aujourd'hui le sentiment de terreur que j'ai éprouvé à l'époque. L'angoisse d'être soudain nié dans mon être même. D'être jeté la nuit en pleine mer alors que je n'ai rien fait. "
L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, MURAKAMI Haruki, ch.16

5.3.15

méridien en cinémascope (2) : l'œil comme un ballon bizarre



"En attendant que fleurisse le monosyllabe, il jeta un regard circulaire sur l'espace quadrangulaire, tant bien que mal."
Le méridien de Greenwich, Jean Echenoz, ch.2

Voyage avec un incolore (43) : vécu



Tu as dit que j'avais terriblement changé, reprit Tsukuru. Je le pense moi aussi. Après avoir été chassé de notre groupe, il y a seize ans, j'ai vécu durant toute une période, environ cinq mois, à ne penser qu'à la mort. Oui, véritablement, sérieusement, je ne pensais qu'à la mort. Au bord de l'abîme, j'ai tenté de découvrir ce qui se trouvait là et j'ai fini par ne plus pouvoir en détourner le regard. Pourtant, j'ai réussi à revenir, tant bien que mal, dans le monde des vivants. Il n'y aurait rien d'étonnant cependant à ce que je sois réellement mort à cette époque. Quand j'y repense à présent, je devais sûrement avoir la tête à l'envers. Quel était le nom de ma maladie...? Névrose, ou dépression, je ne sais pas très bien. En tout cas, je n'étais pas dans mon état normal. C'est tout à fait certain. Pour autant, je n'étais pas non plus dans la confusion. Mon esprit est toujours resté clair."
L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, MURAKAMI Haruki, ch.16

4.3.15

méridien en cinémascope (1) : marines


"C'était un grand voilier aux flancs hérissés de canons, comme on peut en voir aujourd'hui enfermés dans des bouteilles ou sur les tableaux de Joseph Vernet. Il approchait lentement de la côte, cap sur le récif rose.
- Ca ne passe pas inaperçu, observa Rachel.
-Justement, dit Byron, je suppose que c'est délibéré. On n'aura jamais l'idée de vous y chercher."
Le méridien de Greenwich, Jean Echenoz, ch.1

Voyage avec un incolore (42) : ça existe


""En avion, onze heures environ, répondit Tsukuru. J'ai eu le temps de prendre deux repas et de regarder un film.
-Quel film ?
-Die Hard 12."
Les fillettes parurent satisfaites.


L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, MURAKAMI Haruki, ch.15

3.3.15

Voyage avec un incolore (41) : l'homme à l'accordéon






"Il y a dans la vie des choses trop dures à expliquer dans n'importe quelle langue."
L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, MURAKAMI Haruki, ch.14

2.3.15

Voyage avec un incolore (40) : pizza

"Comme il ne voulait pas se compliquer les idées à propos de nourriture, il entra dans une pizzeria, s'installa à une table en terrasse , et commanda unthé glacé et une pizza Margherita. Il eut l'impression d'entendre la voix rieuse de Sara à son oreille. Elle se moquait de lui. Comment ! Tu as pris l'avion exprès pour te rendre en Finlande et tu seras revenu en ayant mangé une Margherita ! Mais elle était excellente, bien au-delà de ses attentes. Elle avait dû être cuite dans un four au feu de bois car elle exhalait une odeur délicieuse et la pâte était légère et bien croustillante."
L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, MURAKAMI Haruki, ch.14

1.3.15

Voyage avec un incolore (39) : un endroit où il n'ira pas.


"A Hämeenlinna, il y a un château au bord d'un joli lac, et la maison où est né Sibelius, mais je suppose que vous avez des choses plus importantes à faire."
L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, MURAKAMI Haruki, ch.14

28.2.15

Voyage avec un incolore (38) : fin de plage


"Les dernières notes du Sonnet 47 de Pétrarque s'évanouirent dans l'espace, le disque s'acheva, l'aiguille remonta, le bras se déplaça à l'horizontale et retourna sur son support. "
L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, MURAKAMI Haruki, ch. 13

27.2.15

Voyage avec un incolore (37) :

"Que la force soit avec toi, dit-elle. Sois l'égal des saumons."
L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, MURAKAMI Haruki, ch. 13

26.2.15

Voyage avec un incolore (36) : Finlande

""Mais que peut-il bien y avaoir en Finlande ?" demanda son supérieur.
Tsukuru énuméra ce qui lui venait en tête : "Sibelius,

le cinéaste Aki Kaurismaki,

Marimekko,

Nokia,
 les Moumines.
"
Le supérieur resta perplexe. Rien de tout cela ne semblait éveiller son intérêt."
L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, MURAKAMI Haruki, ch.13

24.2.15

Voyage avec un incolore (35) : enfances

"Je me rappelle seulement la mélodie la plus connue des Scènes d'enfants de Schumann, Träumerei. Je me souviens qu'elle la jouait souvent."

L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, Murakami Haruki, ch.11

Le son de chez moi (58) : divas en bazar

Divas haut perchées qui chantent : on remet ça dans l'édition 2015.

9.2.15

Mes notes de chevet (113) : relais

"Les relais de Nashiwara, de Higure, de Mochizuke, de Noguchi, de Yama. Je me rappelais avoir entendu raconter, au sujet de ce dernier, des faits intéressants, et, comme il s'en est produit d'autres, il est curieux d'en réunir les récits."
Sei Shônagon, Notes de Chevet

Mochizuke, Hiroshige
Mes notes de chevet :
Des relais, j'en connus, dans l'enfance, du temps sans autoroute, quand les voyages étaient longs, et qu'il fallait faire des pauses, se restaurer plutôt lentement que vite, toujours aux mêmes endroits pour ne pas déroger à la traduction. J'obéis à Sei et en réunit deux récits de petites bouches, dont un inédit.


Nationale 7.

Quand j'étais petite, l'autoroute n'existait que sur de brefs tronçons. Lorsqu'on partait pour un long voyage en voiture, il fallait se lever de bonne heure, tout endormi. Tout au long du chemin, on suivait des camions, on traversait des villages. Il y en avait un, loin de chez nous (au moins cent kilomètres) qui avait un nom très long : il s'appelait Saint Maximin la Sainte Baume. Quand on le traversait, on s'arrêtait sur la place du village, sur le parking, sous les platanes. Le bar était le long de la nationale 7, juste à côté. C'est là que nous prenions le petit déjeuner. Nous nous asseyions à une table recouverte par une toile cirée, sur de vieilles chaises en bois toutes rondes. Le café était très sombre, des coupes brillaient sur une étagère. Mon père commandait un thé, ma mère un café, mon frère un chocolat et moi un café au lait. Comme à la maison. Le patron sortait du café, traversait la rue, rentrait dans la boulangerie, et nous ramenait deux croissants tous chauds pour chacun, qu'il posait dans une petite corbeille en osier. Ils étaient très très bons, tout chauds, fondants sous la langue. J'attaquais le premier croissant par le milieu, là où il est le plus tendre, dans la carapace du crabe, et je le laissais fondre sous la langue. Je fourrai le deuxième avec du beurre tout ramolli dans une minuscule plaquette dorée. Il y avait aussi de la confiture, ce n'était pas un bocal qui tirait la langue mais une petite barquette en aluminium, et il n'y en avait qu'un tout petit peu.
Il y a toujours eu des croissants dans les boulangeries mais avant, c'était un produit de luxe. On n'en mangeait que dans les grandes occasions, pour un anniversaire, ou en vacances quand on prenait son petit déjeuner dans un café. Ils n'étaient chauds que le matin, car le boulanger se levait très tôt pour les fabriquer, et après il allait se coucher. Le croissant, c'était un aliment du matin, comme la soupe en est un du soir. Je n'en mangeais jamais à un autre moment de la journée, ça ne me serait même pas venu à l'idée !
Un jour, il y a eu de plus en plus d'autoroutes. On n'avait plus besoin de se lever très tôt, tout endormi. Sur la nôtre, un peu avant l'échangeur, il y avait un grand panneau : visitez Saint Maximin la Sainte Baume et son abbaye romane. Moi, je ne connaissais pas l'abbaye romane, mais je regrettais bien de ne pas en prendre la sortie vers la place et les platanes.
Une seule fois, j'ai dérogé à la règle matinale des croissants: dans un restaurant d'un petit village de l'Aveyron, j'en ai mangé fourré comme un croque-monsieur, passé au four avec du jambon et du gruyère; c'était étrange et délicieux. Mais c'était quand même beaucoup moins bon qu'au petit déjeuner dans un café tout sombre avec des coupes brillantes.

Nationale 7 (deux)

Sur la Nationale 7, plus loin, beaucoup plus loin, il est parfois midi. Et midi c'est l'heure du repas de midi. A cette époque, il y avait des restaurants au bord des routes avec de grands parkings, pour les routiers, et c'est ainsi que ces restaurants s'appelaient. Le nôtre, même si nous n'avions pas un 9 tonnes, était à Sénas. Il y avait beaucoup de monde, beaucoup de tables très serrées, du bruit, de l'agitation, et un seul plat, sans doute : du steak et des frites. Et c'est ce que l'on mangeait, bien avant MacDo, sans cadeau, mais dans ce monde étrange et fascinant d'hommes qui parlaient fort et dans toutes les langues. Je ne me souviens pas du steak, seulement du goût exceptionnel des frites, des frites longues et fondantes. Leur taille surtout faisait la différence avec celles de ma mère. A cause de Sénas et à cause de ma mère, je me sens totalement incapable de cuisiner des frites, je suis persuadée que je ne réussirai pas aussi bien. Aussi je les mange toujours dehors, au restaurant, chez moi jamais il ne me viendrait à l'idée d'en cuisiner. 

8.2.15

Cent vues (87) : toute la pluie tombe sur moi

Murasame no Fuji, Hokusai

Il n'y a pas à dire, les chapeaux japonais, quand il pleut des cordes, c'est la classe !

7.1.15

55

Lu hier.
Dédié à Anne et à moi-même.

"Avec tout ce qui est allé très vite dans toute sa vie, Grégor va sur ces cinquante-cinq ans. On ne se rend jamais compte à quel point c'est rapide alors que les journées traînent en longueur et que les après-midi sont interminables. On se retrouve dôté d'un certain âge sans avoir bien compris comment, même si comme Gregor on consulte sa montre tout le temps, même si celle-là ne donne qu'une idée imparfaite, tendancieuse et pour tout dire fausse de celui-ci."
Des éclairs, ch.21. Jean Echenoz