27.5.10

Mes notes de chevet, 27. Bestioles

 


« Le criquet à sonnettes, le criquet des pins, la sauterellle tisserande, le grillon (...) la libellule, la luciole.
La fourmi est laide, mais elle est si légère qu’il est bien joli de la voir marcher, rapide, sur la surface de l’eau. »
Notes de Chevet, Sei Shônagon

Mes notes de chevet : L’été au Japon, j’ai découvert un nouveau brouhaha de cigales. Très différent de celui de Grèce, assourdissant mais fait d’un seul son répété à l’envi.
Non un niveau maximum, mais des stridulations différentes, allant des basses profondes aux sons les plus étranges. L’un notamment, genre corde métallique maléfique. Je déteste être seule au milieu de ce bruit : j’avoue, tout simplement, j’ai peur...

24.5.10

Changer d'ange ?

"Chacun de nous vit avec un ange(...) et les anges ne voyagent pas, si tu pars, tu le perds, tu dois en rencontrer un autre. "
Montedidio, Eri de Luca


.

Alex Beaupain "A la mer" aux Trois Baudets (Paris)



Rapatrié de J'ai aimé, une découverte faite il y a quelque temps...

Echos de la vraie vie, grande mélancolie mais... j'adore...

Petite citation qui traînait ailleurs et qui va traîner maintenant ici...( 2)

autrefois aussi sur J'ai aimé
"J'aimerais pouvoir me relire. L'obscurité dévore les mots. Ma main poursuit cependant son mouvement, comme une danseuse un peu folle, ou un peu ivre, qui ne se rend pas compte que la musique s'est arrêtée. Si j'écrivais d'autres mots, un autre texte, le mouvement de ma main serait différent, elle exécuterait une autre danse. Ce sont les mots qui lui tiennent lieu de musique."
Avant, Vassilis Alexakis, p. 29.

Petite citation qui traînait ailleurs et qui va traîner maintenant ici...

anciennement sur "J'ai aimé"

"Je ne sais trop comment dire, mais son sourire donne un sentiment de perfection. Il me fait penser à une petite flaque de soleil, qui apparaîtrait au fond d'un endroit secret. Une flaque de soleil avec une forme particulière."
Kafka sur le rivage, Haruki Murakami, p53

13.5.10

Pause café

Où j'ai appris que je suis fan de cannellino liquide mais définitivement pas de cannellino solide

Tapis rouge

Plateau spécial pour l'inauguration du Festival de Cannes-Canal + par un grand cuisinier japonais. Clip Tim Burton parfait. Je déconseille absolument Robin des Bois, une vraie daube (indigeste avec la cuisine japonaise).

11.5.10

Senteurs

"Les Arabes ont un sens aigu de cette pureté qui naît de la raréfaction. Je m'en avisais pour la première fois, voici des années, un jour où nous avions chevauché très loin par les plaines mouvantes du Nord de la Syrie jusqu'à une ruine de la période romaine. C'étaient, dirent mes compagnons, les restes d'un palais bâti dans le désert pour une reine par son époux, seigneur de la région limitrophe. Ils ajoutèrent que l'argile de cette construction avait été, pour plus de richesse, pétrie non pas avec de l'eau, mais avec de précieuses essences de fleurs. Reniflant l'air comme des chiens, mes guides me conduisaient de salle croulante en salle croulante disant : "voici le jasmin, voici la violette, voici la rose."
A la fin Dahoum m'entraîna : "venez sentir le parfum le plus doux"; nous entrâmes dans le corps du logis, et là, dans l'embrasure des fenêtres béantes sur sa façade orientale, nous pûmes aspirer à pleine bouche le souffle sans effort ni tourbillon qui palpitait en frôlant les murailles. Il était né, ce souffle vide du désert, quelque part au delà du lointain Euphrate; et pendant des jours et des nuits, il s'était traîné sur une herbe morte : rencontrant son premier obstacle en ce palais ruiné élevé par la main des hommes, il paraissait s'attarder alentour avec de puérils murmures. "Voilà bien le meilleur parfum, dirent mes guides : il n'a pas de goût."
T.E. Lawrence, in Les sept piliers de la sagesse

Shaï-Hulud

"Il y a aussi dans le fleuve Indus un ver qui ressemble assez de forme au ver du figuier. Il a environ sept coudées de long. Il est si gros qu'un enfant de dix ans aurait peine à le prendre dans ses bras. Ce ver n'a que deux dents, mais tout ce qu'il parvient à saisir avec, il le dévore. Il passe ses journées dans la vase du fleuve, sort la nuit, et se jette sur tout ce qu'il rencontre : bœuf, chameau...Il le mord, l'entraîne dans le fleuve, et n'en fait qu'une bouchée. On l'attrape avec un grand hameçon auquel on accroche un agneau ou un chevreau. Une fois pris, le ver est suspendu pendant trente jours au dessus de récipients en terre, et il distille pendant ce temps une huile très visqueuse qui remplit au moins dix bonnes jarres. Après quoi, on jette l'animal, on scelle les jarres, et on les porte au roi. Personne d'autre que lui n'a le droit d'avoir cette huile. Elle enflamme tout ce qu'elle touche, bois ou chair."
Récits indien de Ctésias de Cnide, in En cheminant avec Hérodote, Jacques Lacarrière.

Mes notes de chevet, 26. Choses élégantes

 


« Sur un gilet violet clair, une veste blanche. Les oeufs des canards. Dans un bol de métal neuf, on a mis du sirop de liane. Un rosaire en cristal de roche. De la neige tombée sur les fleurs des glycines et des pruniers. Un très joli bébé qui mange des fraises »
Sei Shônagon, Notes de chevet.
Mes notes de chevet :
La robe déclinée de Maggie Cheung dans In the mood for love,
surtout celle avec la jonquille.
Un chocolat noir sur une tasse à expresso blanche.
Des pivoines dans un vase bleu
Des carpes koi dans un bassin
L’amant dans le film de Jean-Jacques Annaud
Mon homme dans un tee-shirt noir.

2.5.10

Mes notes de chevet, 25. Oiseaux

 


« De la grue, j’aurais trop à dire. Cependant, il est vraiment splendide que sa voix monte par delà les nuages, et cela, je ne puis le taire »
Sei Shônagon, Notes de chevet

Mes notes de chevet :Je n’ai jamais vu de grues sauvages. Mais je les ai entendues. En grand nombre.
C’était en Dordogne, une nuit de printemps. Nous avions attendu la nuit avec un télescope, mais la brume légère ne semblait pas vouloir se lever. Tout d’un coup, des cris par centaines, tout près, très bas, mais on ne voyait rien. Les grues en migration passaient tout près de nous, invisibles, inexorablement, pendant de longues minutes. Puis le silence de la nuit, de nouveau, mais pas comme avant.

18.4.10

Autre marché

Au marché des bouquinistes, sur la table de l'étal, c'est le tableau de Klee sur la couverture qui m'a attiré, celui que je suis en train d'étudier avec les enfants.
Gloires, Psaumes, traduit par Mechonnic
"La fièvre au cœur                   au fond de moi                dans mon songe brûle un feu                j'avais ces paroles                  sur la langue "
(39, 4)

17.4.10

Marché de samedi

Pour changer cette semaine, tome de chèvre., mais quand même un p'tit frais comme d'habitude.
Un plan de tomates cerises pour l'école
Et du lilas, enfin ! agrémenté par une rose rouge offerte par le vieux marchand de 83 ans !

Japonisation gastronomique, 2 : tiramisu...

au thé vert, par Keisuke Matsushima chez Saisons




Japonisation gastronomique, 1 : asperges sauvages...

...dans la soupe miso, par Hatsuo

14.4.10

Mes notes de chevet , 24. Arbres

 


« Le katsura, le pin à cinq aiguilles, le saule, l’oranger. L’aubépine de Chine (...) quand tous les arbres ont perdu leurs fleurs, et sont tout verts, les feuilles rouge foncé de l’aubépine, sans prendre garde à la saison, brillent et attirent l’œil au milieu des feuilles vertes auxquelles on ne fait plus attention. C’est merveilleux »
Sei Shônagon, Notes de chevet
Mes notes de chevet : L’odeur de miel qui me fascinait tant enfant. Le bourdonnement des abeilles dans le soleil. Cette cascade blanche compacte, accrochant la lumière en paillette, cachant ses dards, gare à qui s’approche. Elle a raison : l’aubépine est une merveille...

6.4.10

Pour retrouver la nostalgie nippone, 18 : mochi

Vous êtes un dimanche de Pâques. Vous avez une amie anglaise. Elle vous invite chez une autre amie anglaise, au fin fond d'une guarrigue cévenole. Et voilà ce que vous y trouvez ! Et voilà qu'Hatsuo se met au fourneau... Un étrange miracle de Pâque...œcuménique !

31.3.10

Traversée

Avant-hier, comme beaucoup, j'ai traversé la Mer Rouge. De ce que j'ai laissé derrière moi, je n'ai rien regretté. Juste le temps d'apercevoir le cœur endurci de Pharaon. Le juste bagage, il est bon de voyager léger.

28.3.10

Mimosa d'or 2010


7 minutes au paradis.
J'ai vu ce film ce soir et j'étais de l'avis du jury. Et j'ai également repensé, bien que ce ne soit pas le propos du film que, non, on ne sert pas une cause fut-elle juste par n'importe quel moyen

27.3.10

Pour lutter contre la nostalgie nippone, 19: alliance

On peut manger un peu plus tard, histoire de faire alliance de deux talents :
salade poire-avocat pour moi
curry japonais pour Hatsuo

24.3.10

Mes notes de chevet , 23. Fêtes

 


« Rien n’égale en beauté la fête du cinquième mois...
Les dames qui ont reçu des lettres dans lesquelles on avait enveloppé de très longues racines d’acore veulent, pour répondre, écrire de bien jolies choses, et se consultent entre amies. Il est amusant de les voir se montrer mutuellement les réponses qu’elles préparent...
Jusqu’au son du coucou qui dit son nom vers le soir, tout est délicieux et m’émeut à l’extrême »
Sei Shônagon, Notes de chevet

Mes notes de chevet : j’adore recevoir des courriels. Mais qu’est-ce comparés à des lettres associées à des herbes ? Il fut un temps pas si lointain où l’on recevait trèfles à quatre feuilles, fleurs séchées, feuilles d’automne, et autres débris... Moi qui n’use même pas de mon stylo-plume tout neuf, soudain, je suis étreinte par une nostalgie toute végétale.

14.3.10

Brunch du dimanche

Yaourt au thé vert, Pain au sésame, Verrines crème de mascarpone aux framboises et crumble

Pour retrouver la nostalgie nippone, 17 : Il y a

..Il y a là les bordures, les distances, ton allure, quand tu marches juste devant. ,
Cette chanson...,
découverte grace à Laurence, m'a rappelé mon petit film d'Izu.

7.3.10

Pour lutter contre la nostalgie nippone, 17: spécial Shizuka...


...et Petit Page !
...en éventant avec un cahier le riz des sushis dans un saladier en Pyrex. Bon, le cahier est japonais, et le cuisinier aussi !
;-)
Le résultat est pas si mal :

Après la guerre civile

Facebook est comme l'avenue d'une très grande ville. On y croise beaucoup d'inconnus, avec lesquels on s'associe le temps d'un voyage en tram.
 On y tombe aussi parfois sur une personne que l'on n'a pas revue depuis la guerre civile.
Comment va-t-elle réagir ? Sommes-nous du même bord désormais, ou plutôt comment envisage-t-elle le nouveau clivage ? Je pense aux jours passés, et au nom de ceux-là j'ai envie de passer outre, de prendre le temps de nouvelles simples, de sourire aux souvenirs communs, bons. Mais je n'ose plus, je suis lâche,  Alors, si c'est un bon jour,  je tente quelque chose de très léger, un sourire, un imperceptible ralentissement. Sinon, je passe mon chemin, mais la nuit, l'avenue déserte se peuple de fantômes...

4.3.10

Mes notes de chevet, 22. Étangs

 

 
(...) L’étang de Sarusawa. Un empereur, ayant entendu dire qu’une uneme s’y était jetée, serait allé, à ce que l’on raconte, voir cet étang. Cela me charme, et il est inutile de dire combien je suis émue que Hitomaro ait chanté les cheveux dénoués flottant sur l’eau...
L’étang de Kagami. L’étang de Sayama. Peut-être trouve-t-on celui-ci joli parce que l’on se rappelle, charmé, la poésie sur la bardane d’eau.
Sei Shônagon, Notes de chevet
Hiroshige
Mes notes de chevet : Mes étangs sont peuplés d’oiseaux : canards colvert du bout du canal de Périgueux, voisinant avec quelque mulard rescapé d’une loterie, aquarelles de flamants roses à Bages, ou minuscules grêbes en plongée au Canet, hérons en migration perchés sur les peupliers de Sigoulès, éclair bleu du martin pêcheur depuis une barge à Biscarosse.

3.3.10

Pour lutter contre la nostalgie nippone, 16: Des tartelettes pour l'impératrice


Pour Hinamatsuri, la fête des filles, j'ai ressorti le joli cadeau de mariage de mon mari, mes poupées chats d'Enoshima. Et j'ai fait des tartelettes au yuzu mangées comme il se doit entre copines.
Un petit cliché pour faire râler celles qui étaient "empêchées"(il y avait aussi du cheesecake, ;-) Gladys ).

28.2.10

le son de chez moi, 28 : bouquet final

Au revoir Carnaval, à l'année prochaine !

Le son de chez moi, 27 : bateau de feu

A Nice, les feux d'artifice sont tirés sur la mer, depuis cinq bateaux en mouvement. Un luxe que j'apprécie tout particulièrement...

Le son de chez moi, 26 : Au Carnaval, ça boume


J'ai toujours rêvé de faire partie d'une fanfare ou d'une bande de ce genre. Si je trouve trois autres fous, je commence demain.

27.2.10

Mes notes de chevet, 21. Fleurs des arbres

 


"Pour la fleur de deutzie, elle est d’un rang inférieur, et n’a rien qu’on puisse vanter. Cependant, la deutzie fleurit à une époque agréable : on la trouve charmante quand on pense que, peut-être, un hototogisu se cache dans son ombre. Au retour de la fête de Kamo, dans les environs de la lande de Murasaki, que c’est joli lorsqu’on voit, autour des pauvres chaumières, les haies hirsutes, toutes blanches de ces fleurs. On dirait des vêtements blancs, mis sur d’autres, verts, et aux endroits où il n’y a pas de fleurs, cela ressemble à une étoffe de couleur "feuille verte et feuille morte." C’est ravissant."
Sei Shônagon, Notes de chevet
photo Hatsuo Adachihara
Mes notes de chevet : C’est ainsi que je suis tombée amoureuse des Japonais : leur besoin impérieux de contempler les fleurs, les arbres et les plantes, de jouir du paysage même au milieu d’une foule nombreuse ; leur année ponctuée par le calendrier horticole : floraison des cerisiers, des pruniers, des tulipes, des hortensias, feuillages d’automne ... parcourir les sentiers sous les pluies de pétales.


26.2.10

Pour retrouver la nostalgie nipponne, 16 : comment (ne pas) voir le mont Fuji

"Je sais que mon épouse est dans mon cœur. 
Mais quand je ne serai plus là, où sera-t-elle ?"
J'ai vu ce film hier sur Arte.
Tant de choses à dire.
Comment être femme et vivre toute une vie dans le renoncement de soi, de ses désirs profonds, par amour.
Comment être mère de ces adultes égoïstes et jaloux.
Certains de mes amis parlent de leurs enfants lucidement, c'est ma fille mais c'est une grosse vache, c'est mon fils et nous n'avons rien à nous dire; souffrants mais lucides, c'est la vérité. Nous ne sommes pas nos enfants. Nous devons vivre en le sachant, en l'acceptant, pour le meilleur et pour le pire, ne pas avoir d'autres choix. Rudi résume la situation en un "l'essentiel est que tous deux nous nous aimons". C'est vrai et en même temps il n'a rien vu des aspirations de sa femme; C'est vrai et en même temps il le comprendra. C'est vrai et il l'aime, pour le meilleur et pour le pire, il n'a pas d'autre choix.


CHERRY BLOSSOMS-HANAMI : bande annonce du film
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23.2.10

Mes notes de chevet, 20. Choses qui égayent le cœur (suite)




« (...) Le brouillard a mouillé ses vêtements, qu’il laisse négligemment pendre. Les cheveux de ses tempes sont un peu en désordre ; il a l’air de les avoir, sans soin, fourré sous son bonnet laqué. Avant que la rosée des liserons fût tombée, il a quitté son amie ; il pensait à la lettre qu’il doit écrire, mais le chemin lui semble long, il fredonne "les jeunes tiges de chanvre".
Il allait à son poste au Palais ; pourtant, comme la fenêtre de treillis n’est pas baissée, il déplace légèrement le store, d’un côté, puis regarde à l’intérieur de la chambre. Il se dit, amusé, que sans doute, ici, tout à l’heure, un homme s’est levé pour partir. Peut-être celui-ci songeait-il, comme lui, au charme de la rosée ? »
Sei Shônagon, Notes de chevet
photo : Hatsuo Adachihara
Mes notes de chevet : 
Il est bon de penser, que s’il existe encore une femme qui se prend pour Sei Shônagon, il existe aussi un homme, tendre, pensif et plein d’humour, qui examine la rosée et sourit à la vue d’une chambre d’amour.


12.2.10

Boucler la boucle


Pour Alain et Josette.

C'était Noël 93. C'était un autre chien.
Il m'aura fallu seize ans pour boucler la boucle, pour parcourir les quinze minutes à pied restants qui menaient/mènent à ce paysage :

Avec un autre chien.
Avec une autre vie. Mais ça valait le coup. Quand vous voulez, nous rebouclerons avec vous, vue d'en haut,
vue d'en bas :

C'est beau. Comme la Grèce en plus près. A deux heures de chez moi...

10.2.10

La solitude des livres

"Elle l'ébranla sans en avoir eu l'intention :
-Pourquoi ne lis-tu pas ?
-J'ai du mal à me concentrer.
-Tu as essayé ?
-Même pas
-Les Juifs aiment lire, non ?
-Mon père et ma mère aimaient se plonger dans un livre.
-Mon grand-père était curé. Il disait : "Prenez exemple sur les Juifs, ils sont le peuple du Livre. Il n'y a pas de maison juive sans bibliothèque."
Il ressentit un instant la fierté des jours anciens :
-Chez nous, il y a une grande bibliothèque.
-Et qu'est-il arrivé aux livres ?
-Ils sont restés seuls. "
La chambre de Mariana, Aharon Appelfeld

5.2.10

Mes notes de chevet, 19. Choses qui font naître un doux souvenir




« ... Un petit morceau d’étoffe violette ou couleur de vigne, qui vous rappelle la confection d’un costume, et que l’on découvre dans un livre où il était resté, pressé.
Un jour de pluie où l’on s’ennuie, on retrouve les lettres d’un homme jadis aimé...
Une nuit où la lune est claire. »
Notes de Chevet, Sei Shônagon.
Mes notes de chevet :
En débarrassant l’appartement de ma mère, je suis tombée sur le tiroir à mercerie. Quand j’étais toute petite, que les temps étaient autres, c’est moi, qui ouvrais, seule, la porte aux clients de mon père et qui les faisais rentrer dans la salle d’attente ; une femme, venant quotidiennement, m’apportait à chaque fois un cadeau, un trésor : un bout de galon à rideau, un petit morceau d’étoffe brodée de feuilles de vigne dorées... un jour, elle m’apporta un nuancier de fil, dépliant magique ; je me souviens encore de mon émerveillement à parcourir des yeux les nuances subtiles de fil à coudre, à y revenir comme dans un livre d’images. De longs jours après, alors que j’avais grandi, ma mère crut bon de rendre l’objet utile et de l’utiliser pour repriser ou coudre sans besoin d’acheter la bobine en question. Elle fragmenta le nuancier, comme les bouquinistes les livres de gravures anciennes. J’ai retrouvé au fond du tiroir, les brisures de l’arc-en-ciel, et je crois bien que j’ai pleuré...


31.1.10

Olivier, in memoriam

"On s'aperçoit qu'on devient désert quand quelqu'un que l'on aime meurt. Qu'on n'a pas d'autre sens que d'être habité par des gens dont la présence nous réjouit ou dont le seul nom nous éclaire. Et quand ces présences s'éteignent, que les noms s'effacent, il y a un moment étrange et pénible où l'on devient à soi-même comme une maison vidée de ses habitants. On n'est propriétaire de rien au bout du compte."
Christian Bobin, dans une interview du Monde des Religions, n°25

30.1.10

Mes notes de chevet, 18. Choses qui font battre le cœur



« ... Se coucher seule dans une chambre délicieusement parfumée d’encens.
S’apercevoir que son miroir de Chine est un peu terni.
Un bel homme, arrêtant sa voiture, demande qu’on lui indique le chemin.
... Une nuit où l’on attend quelqu’un. Tout à coup on est surpris par le bruit de l’averse que le vent jette contre la maison. »
Notes de chevet, Sei Shônagon

photo Luciole sur Flickr

Mes notes de chevet :
Beaux hommes égarés, vous pouvez également compter sur moi. Je suis toujours troublée, et complice, de cette jeune femme, devenue une amie, qui vivait au Xe siècle et dont je partage la plupart des émotions.

24.1.10

Ma première journée en Orient , 2

Dans chaque paire de socques japonaise, l'une des deux fait, en marchant, un bruit légèrement différent de l'autre, de même que "kring" est légèrement différent de "krang". De sorte que l'écho des pas d'un marcheur a un rythme alterné de tons. Sur le trottoir d'une gare, par exemple, le son acquiert une sonorité immense. Et la foule se met parfois inconsciemment à marcher au pas, d'où résulte le plus drôle des sons traînants de bois imaginable.
Lafkadio Hearn, Ma première journée en Orient , fin du chapitre 5

Ma première journée en Orient , 1


Ueno la nuit
Mise en ligne par Melissa Likos
"Enfin, tandis que vous songez encore au mystère des choses, vous aurez, comme une révélation, la certitude que la plus grande partie du pittoresque stupéfiant des rues japonaises dépend simplement de la profusion des caractères chinois et japonais blancs, noirs, bleus et or, qui décorent toute chose, jusqu'aux surfaces des chambranles des portes et des écrans de papier. Peut-être alors, pour un moment, vous imaginerez-vous l'effet de caractères anglais substitués à ces caractères magiques; et cette idée suffira à donner un choc brutal à votre sentiment esthétique, et vous deviendrez, comme je l'ai fait, un ennemi du romaji-Kai, société fondée dans le vilain but utilitaire d'introduire l'usage des caractères romains dans l'écriture japonaise."
Lafkadio Hearn, Ma première journée en Orient, fin du ch 1

Le paradis des chats



Mise en ligne par lu.ciole
Olivier s'en est allé rejoindre son chat, un chat roux comme celui là. Olivier le bien nommé est parti de chez lui comme il l'avait voulu. Les étoiles ont maintenant perdu leur nom que je ne saurai plus, lui qui était ma carte du ciel et mon dictionnaire de leur éthymologie arabe. C'était le seul homme qui avait réussi à me donner la gueule de bois, au champagne. J'ai peur de perdre sa voix, qui sonne encore dans ma tête, et je ne sais comment faire, sinon la pleurer avec tout le reste, ce qu'il n'aurait pas aimé du tout. Je te demande pardon Olivier, je prendrai soin de Grande Sœur et dès que nous en aurons le courage nous retrinquerons, Lehaim !

20.1.10

Mes notes de chevet, 17. Choses détestables




« En frottant le bâton d’encre de Chine sur la pierre de l’écritoire, on rencontre un cheveu qui s’y est introduit. Ou encore un petit caillou était caché dans ce bâton d’encre, et il grince “gishi-gishi” »
Sei Shônagon, Notes de chevet
Mes notes de chevet :
Tout ce que le FBI pourra trouver dans les interstices de mon clavier : des poils de mon chien, des miettes de brioche, des poussières de Grèce, du pollen de narcisse, de la poudre de curry ...

14.1.10

Des agrafes

"
"Les agrafes ont sauté, dit-elle soudain, comme si elle parlait toute seule.
-Les agrafes ?
-Oui. Les agrafes qui nous reliaient tous les trois sont parties. C'est irrémédiable."
Je me demandais quel bruit cela pouvait bien faire quand les agrafes d'une famille sautaient. Un petit chuintement comme quand on extrait le noyau d'un fruit ? Ou alors une explosion semblable à celles qui se produisent au cours de réactions chimiques ?  "
La piscine, Yôko Ogawa 

3.1.10

Si Manek était mort Mathilde le saurait...

J'ai revu le film de Jeunet ce soir, Un long dimanche de fiançailles, et  j'ai pleuré tout le long, comme la première fois.
Je me souviens quand j'ai découvert le roman de Sébastien Japrisot. C'était une chaude, très chaude journée d'été. Au matin, j'avais commencé à nous lire à haute voix, et je n'ai cessé qu'à la nuit, quasi aphone et la dernière page achevée. Par la fenêtre, on voyait la silhouette lointaine du Mont Athos, tout au moins le matin et le soir, quand la brume n'était pas trop forte. Mon père était certainement déjà mort et déjà enterré, et je ne le savais pas encore, sauf que j'avais rêvé de lui, étrangement, le jour où c'était arrivé. Je me souviens de la grande chambre nue, et des draps blancs du lit où je lisais, certainement trop petits comme toujours en Grèce. Je me souviens de mon inquiétude quand le film est sorti, car je n'avais guère aimé Alien. Mais non, c'était bien, tout pareil à cette longue journée grecque.

Exercices d'écriture


Certains commencent l'année au champagne, d'autres à l'eau gazeuse, d'autres devant la télé, d'autres sur le place Masséna, d'autres en brûlant des voitures. D'autres choisissent d'écrire sur le mur arrière de mon école. Je ne sais à qui est destiné ce message, j'ai beau chercher.... je ne suis pas assez célèbre pour mériter une telle dédicace. Peut-être l'assemblée des copropriétaires responsables de la nouvelle barrière qui ferme depuis  peu le chemin à son extrémité...Ou simplement rien, histoire d'essayer la bombe ce sont les mots qui  sont venus. A partir de demain, le chemin sera moins désert avec la petite cohorte des enfants se rendant à l'école; ils ne vont pas manquer de demander des explications ; le petit écureuil qui passe tout le temps sur le fil du pylône va en entendre de toutes sortes sans doute ; c'est bien la première fois que je suis bien contente de ne pas être un écureuil.

2.1.10

L'année égoïste, 3


et un bon massage d'une heure, un ! Et avec ça dans un institut, huile tiédie au chauffe-biberon ! Eh oui, c'est comme ça Petit Page ! ;-)