1.3.20

Chantier


"Elle s'arrête toujours devant les murs éventrés des maisons en démolition pour reconstituer la cuisine avec les marques des placards et de l'évier, chercher les chambres aux papiers peints déchirés ou se devine la place d'un lit, d'une commode ou d'un bureau grâce aux lignes poussiéreuses, plus sombres, qui trahissent encore l'existence des meubles fantômes, puis repérer la salle de bains où luisent les morceaux de carrelages bleus ou blancs, parfois même un lavabo accrochés à des tuyaux qui ne fuiront plus."
Les rêveurs, p51, ch. Ce jourlà, Isabelle Carré

29.2.20

Talisman


"Et tout au fond du couloir, derrière un rideau de chintz, se cachait une impressionnante collection de livres de la Bibliothèque verte ou rose, à côté d'une centaine d'autres plus anciens. Avec leur couverture de cuir frappé d'or, l'intérieur recouvert de papier cuve, ils ressemblaient à des trésors sauvés d'un naufrage, ils devaient être rares, d'une valeur inestimable. J'aimais y mettre mon nez pour respirer longuement l'odeur du papier jauni, une odeur âcre, poussiéreuse, mais pleine de promesses, rassurante. Ces livres en avaient vu d'autres, ils restaient là, quoi qu'il arrive, vivant, nous attendant patiemment, au milieu de nombreuses toiles d'araignées et de leur cadavres recroquevillés, accrochés au plafond, aux angles de la pièce, à ses moindres recoins. Shakespeare, Hugo, Beaumarchais, Dumas, Balzac, Schiller, Stefan Zweig...
Plus tard, à l'adolescence, j'eus le sentiment qu'ils s'abîmaient dans toute cette poussière, oubliés là, relégués au second, derrière leurs rideaux, alors, de temps en temps, j'en voulais un. Je le cachais dans ma valise et l'emmenais à Paris. Moi, je saurai l'aimer, me disais-je pour me justifier. personne ne les réclamait jamais, personne ne semblait s'apercevoir de leur disparition. Je me félicitais de les avoir sauvés de l'indifférence et du voisinage des innombrables mouches, retournées sur le dos, alignéees en colonies sur le sol ou prises dans les toiles d'araignées.
Leur présence m'a toujours rassurée, et il m'arrivait d'en glisser un sous mon oreiller ou de m'endormir en le tenant serré coltre moi, je devais imaginer que quelque chose d'eux infuserait pendant mon sommeil. "
Les rêveurs, p.54, Isabelle Carré

30.12.19

Les nouvelles tentations du Judaïsme : Modernité, syncrétisme, New Age ,ou détournement d'héritage ?

Dans la communauté, les techniques que d'aucuns appeleront new age et d'autres traditionnelles orientales ont le vent en poupe dans la com. Des livres, des publications internet.

C'est là que peut-être, je me sens vieille. D'abord parce que ma première pensée, c'est de critiquer.
C'est vrai, l'empereur est nu. On réinvente l'eau qui bout.On lui donne d'autres parfums en parlant de kabbalistes, de petit coffret enterré. Peut-être est-ce vrai, peut-être est-ce faux ... Mythique, auréolé de mystère.
Vieille, j'ai peut-être trop d'expérience (s). J'ai gouté à d'autres saveurs en dehors de la communauté, dans un passé lointain ou plus près.
Pour tout dire, je ne comprends pas trop ce désir que tout soit "juif", y compris la méditation. Je n'ai pas besoin de déterrer les cendres d'Aboulafia. J'ai eu de la chance, mais aussi sans doute de la curiosité, tout simplement. J'ai rencontré des maîtres de yoga, de taichi, de zen. J'ai pratiqué. Si j'ai pris finalement la route du judaïsme, c'est que je ne trouvais pas mon compte dans l'exotisme sur le plan personnel, mais je n'ai jamais renié cet aspect de moi-même.
Pour moi, les pratiques spirituelles dans mon judaïsme, c'est un peu comme mon judaïsme dans la société civile : cela reste du domaine du privé, de l'intime, de la maison.
Bien sûr, je ne serais pas contre quelques petites applications cultuelles : choisir des airs plus intérieurs pour les grands tubes de la synagogue, revoir l'alimentation cashère à l'aune de cet aspect de la modernité ...
Mais pour ce qui est des pratiques authentiques, je préfère les originaux à la copie. Ne pas syncrétiser, ou pire singer en y rajoutant de la mystique pour vendre la guérison du corps ou de l'âme.
 Tout comme je n'irai pas étudier le talmud en Corée du Sud ...

Ecouter la voix/e de ceux qui ont choisi de pratiquer pour de vrai, longtemps, dans une sagesse avérée qui a fait ses preuves. Ce n'est pas plus simple ou plus compliqué que de trouver un rabbin dont on partage l'enseignement. Un vieil adage dit que quand le disciple est prêt, le maître apparaît ...


28.12.19

Nous mourons tous par petits bouts : surprise (2)


Comment avez-vous pu oublier que la voleuse de bible, c'est moi ! Mais moi, à bible, j'aurais mis un s.
(c'est marrant , quand on tape sur Google voleuse de bible, je ne suis pas si célèbre, on ne parle pas de moi, mais le premier sujet est : "l'adultère, qu'en dit la bible ?" Non, non, je ne suis pas de mauvaise foi, c'est vrai, essayez ;-)

Après un chapitre dans une autobiographie, j'avais aussi déjà fait en mars les honneurs de la presse à propos d'une expo photo et j'en avais parlé ici , nous voilà à présent dans la saison 2, nouvelle publication, un roman cette fois, et du coup une conférence à l'attaque des lieux de culte, ou plutôt mon lieu de culte.  Car, atttention, ce texte  est "especial", tirage de tête et sous-titre différents que pour les sites fnac.com et décitre,  mais ciblé pour les happy few qui ont l'honneur, ou plutôt le déshonneur, de me connaître ...
Depuis, serendipity oblige, je suis cernée par le sujet.
Ce matin, sur France Culture, mon philosophe radiophonique préféré, Fienky
puis la chronique facebook de Nas Daily d'aujourd'hui
et le film de mon cinéaste japonais préféré

Alors, je vous conseille :
d'écouter Finkie
d'aller voir La Vérité
de vous abonner à la chronique de Nas Daily
et pour le reste : Alex Beaupain est passé à France Culture juste avant Finkie, comme un clin d'œil réconfortant. Pour le remercier, je vous propose de  réécouter cette chanson si appropriée (et un clin d'œil à la théière)







7.12.19

Pré-retraite (1) :Spectacle de Noël


Le spectacle de Noël offert par la Mairie à toutes les écoles maternelles vient de se terminer dans la nôtre et les petits élèves s'apprêtent à partir. Les plus grands, ayant compris depuis bien plus longtemps en voyant le défilé final des artistes, se sont levés et ont enfilé leurs manteaux dans la quasi-indifférence générale des adultes, et personne n'a pensé que c'était le temps des applaudissements rythmés, des rappels, des bravos. Peut-être parce qu'un certain nombre discutent entre eux, ou en a profité pour faire une pause cigarette ou téléphone à l'extérieur.
Pourtant les acteurs n'ont pas démérité : ces jeunes animateurs du Centre de Loisirs ont bien progressé depuis qu'il y a trois ans, ils ont remplacé les intermittents engagés pour l'occasion. Ils ont monté un scénario simple et accessible aux enfants qui ont beaucoup ri(golé) et bien participé à la recherche du yéti. Le vocabulaire et les situations sont accessibles, très accessibles : on a droit, c'est bien répété, de "rigoler" et la Chine devient le pays du soleil levant, des détails me direz-vous... La jeune fille qui joue le rôle de la danseuse classique, est toute sérieuse et fière de danser devant les enfants qui scandent "tu es belle" grâce à son tutu émaillé de fluo qui tourne maladroitement dans une chorégraphie balbutiante. Quand le Robot est arrivé, pour que l'on voit ses guirlandes clignotantes, on a du éteindre la lumière des néons mais on ne l'a pas vu danser, lui, le pauvre, faute d'éclairage. Je n'arrive pas à être mauvais public, dans cette ambiance de kermesse de fin d'année où le cycle 3 aurait joué pour les petits avec tout son cœur. Personne n a expliqué aux acteurs, comme on peut le faire au premier stage d'un week-end de théâtre, que pour que les enfants y voient, on choisit un clown qui ne fasse pas 25 cm de haut et on ne laisse pas le coffre d'où il sort au ras-du-sol ... Je vois déjà ceux qui disent que je pinaille...
Pourquoi faut-il que je râle ? C'était un spectacle de Noël, et on a chanté L'as-tu-vu, et Vive le Vent, on a vu le Père-Noël, les enfants étaient contents, les enseignants, les animateurs ...
Je dois être trop vieille, et mon temps de retraite arrive. Je me souviens du temps où le spectacle était un vrai spectacle, avec des costumes rutilants sous les projecteurs installés, des jongleurs avec leurs quilles et leurs anneaux comme au cirque. Les enseignants écoutaient, les enfants écoutaient, on applaudissait, à la fin du spectacle, et on recadrait les enfants qui se seraient levés prématurément ou qui parleraient trop fort ... Les enfants avaient vu, pour la seule fois de leur vie peut-être une représentation théâtrale, des acteurs avec éclairage et sono professionnelle.
Bon, bien sûr que non, je divague, ils iront place Masséna voir Kendji Girac à la Fête de la Musique.

Il me reste une question qui me laisse perplexe mais que je vais devoir trancher en ces temps d'évaluation :  : dans la case du livret scolaire dans la rubrique culture, vais-je devoir cocher : a assisté à une représentation de spectacle vivant ?

13.11.19

Italia mia (2) : les délices sucrés de Naples

Ressenti des ruelles de Naples : une boutique sur deux est un café avec vitrine pâtissière ou une pâtisserie. Le café est toujours plein, difficile de trouver une table libre, et du monde au comptoir, qui discute joyeusement.
Le café napolitain est un délice, expresso serré, au goût tout à fait particulier.


Mais ma coutume inaugurale quotidienne, c'est le capuccino. A chaque café sa déco,



qui peut s'adapter au calendrier

Les tentations d'accompagner le café sont multiples. Dans les cafés, mais aussi les pâtisseries, des gâteaux, souvent traditionnels, avec ces deux formes typiques 

ma préférence


déclinés parfois sous des formes multiples ...

Dans le quartier Sanità, chez Poppella, un soir, un grand glouton avalait en une bouchée un petit gâteau à l'air inoffensif. Heureusement que ma curiosité a surmonté mon léger écœurement, car j'ai découvert le "flocon de neige"

Nous l'avons associé à un limoncello de Sorrento. Nous avons ensuite discuté avec son pâtissier, tellement amoureux de son gâteau qu'il l'avait tatoué sur l'avant-bras.

Je m'aperçois que je n'ai aucune photo des babas au rhum que l'on voit partout sous toutes sortes de formes ... n'ayant aucune sympathie pour ce gâteau, je l'ai cordialement zappé ...



7.11.19

Italia mia (1) : les crèches de Naples

Dans les boutiques de Naples, on peut acheter tout, tout, vraiment tout pour la crèche :


Cela ne date pas d'hier. C'est le Certosa de San Martino qui accueille le musée des crèches. Il y en a de nombreuses, avec des animaux particulièrement vivants, 

en taille réelle

et la plus célèbre est celle de Cuciniello, XVIIIe siècle