19.11.17

Ce que l'on aurait aimé ecrire (2): Douleur (2)

"Parfois, elle croyait qu'il l'appelait, qu'il lui revenait, mais ce n'était de toute façon plus lui, car le garçon qui avait été capable de la quitter aussi brutalement n'était pas l'Ethan qu'elle connaissait et qu'elle avait perdu à tout jamais, ne lui restait donc qu'à se coucher sur le dos, rétrécir de plus en plus, avalée par le matelas avalé par le lit avalé par le sol avalé par la terre, le plus important était de ne rien faire, c'est là que tôt ou tard elle arriverait, il ne faut que la patience pour disparaître totalement."
Douleur, Zeruha Shalev, ed. Gallimard, ch.6

18.11.17

Ce que l'on aurait aimé écrire (1) : Douleur (1)

"...oui, chez nous, pense-t-elle, la parole s'est mis à dérailler ces derniers temps, on s'en sert pour dissimuler et non pour révéler. Nous avons trahi les mots, ce qui est peut-être pire que de trahir l'autre, nous avons trahi les mots, quoi d'étonnant à ce qu'ils nous punissent."
Douleur, Zeruha Shalev, ed. Gallimard, ch.6

19.7.17

A travers les livres de Géographie ...

Hier, en redescendant du lac Ste Anne, j'ai été prise par cette vision sur la vallée :

une vision à la fois familière, insignifiante, convenue et captivante.
Et puis, soudain, j'ai compris. J'étais à l'intérieur du livre de géographie de mon enfance : La Vallée.
questions : Trouvez la rivière, le village, l'étage alpin, les forêts, les pâturages, les rochers, les sommets ...

20.5.17

Histoire de l'amour (4) : Georges Lebanc

"J'ignore depuis combien de temps je suis assis sur ce banc dans le parc. Il n'y a presque plus de lumière mais, tant qu'il y en avait, j'avais la possibilité d'admirer les statues. Un ours, un hippopotame, quelque chose avec des sabots fendus qui, à mon avis, est une chèvre. En venant, je suis passé devant une fontaine. Le bassin était à sec. j'ai jeté un coup d'œil pour voir s'il y avait des pièces de monnaie au fond. Mais il n'y avait que des feuilles mortes. Elles sont partout à présent, elles tombent, tombent, rendent le monde à la terre. Il m'arriver d'oublier que le monde ne suit pas le même rythme que moi. Que tout n'est pas sur le point de mourir, ou que, si cela doit mourir, c'est pour ensuite revenir à la vie, il suffit d'un peu de soleil et des encouragements habituels. parfois je pense : je suis plus vieux que cet arbre, plus vieux que ce banc, plus vieux que la pluie. Et pourtant. Je ne suis pas plus veiux que la pluie. Elle tombe depuis des années et après mon départ elle continuera à tomber. "
L'histoire de l'amour, Nicole Kraus

13.5.17

Histoire de l'amour (3) : cinéma

De temps en temps, quand j'avais fini, j'allais voir un film. C'est toujours, pour moi, un événement important. (...) J'aime bien m'asseoir tout  à fait devant, j'aime bien que l'écran emplisse tout mon champ de vision de sorte que rien ne me distraie du moment présent. Et alors j'aimerais que ce moment dure toujours. Je ne peux vous dire à quel point je suis heureux de le regarder la-haut, agrandi. Je dirais plus grand que nature, mais je n'ai jamais compris cette expression. Qu'est-ce qui est plus grand que la nature ? Etre assis au premier rang, lever les yeux vers un beau visage de femme grand comme un immeuble de deux étages et sentir les vibrations de sa voix vous masser les jambes, tout cela vous aide à vous rappeler les dimensions de sa vie."
Nicole Kraus, Histoire de l'amour, ch. les derniers mots sur terre