13.3.19

Meurtre et Commandeur (80) : quatre œufs

"Menshiki sortit quatre œufs, les cassa dans un bol, les battit rapidement avec des baguettes, ajouta du lait, du sel et du poivre. Et de nouveau remua le tout. Avec les manières d'un expert. puis il alluma le gaz, fit chauffer une petite poêle, y fit fondre un peu de beurre. Il trouva dans un tiroir une spatule, et il finit ainsi de cuire l'omelette avec maestria.
Comme on pouvait s'y attendre, la méthode de Menshiki pour concocter une omelette était parfaite. Elle aurait pu passer telle quelle dans une émission culinaire à la télévision. A voir sa façon de faire, les ménagères de tout le pays en auraient soupiré d'admiration, à coup sûr. Qu'il prépare une omelette ou n'importe quoi d'autre, il était incroyablement élégant, n'oubliait rien, sans compter qu'il était très efficace et délicat. Je ne pouvais que regarder le spectacle avec admiration. L'omelette fut bientôt transférée sur une assiette, posée devant moi avec du ketchup.
C'était une omelette d'une telle beauté que spontanément j'en aurais presque fait un croquis sur le vif. Mais je n'hésitais pas cependant à la couper en morceaux que j'enfournai en hâte. L'omelette n'était pas seulement belle, elle était délicieuse.

"Cette omelette est parfaite, " déclarai-je.
Menshiki se mit à rire.
"Mais non, j'en ai réussi de bien meilleures auparavant."
A quoi pouvaient-elles donc ressembler alors ? Peut-être à une super omelette volante qui disposait d'ailes magnifiques et qui ferait Tokyo-Osaka en moins de deux heures."
MURAKAMI Haruki, Le Meurtre du Commandeur, Livre 2, ch.56, Il semble qu'il y ait des blancs à combler, ed.Belfond

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