1.4.23

Le journal d'Anne(3) : vie et destin

  "Oui, je ne veux pas, comme la plupart des gens, avoir vécu pour rien. Je veux être utile ou agréable aux gens qui vivent autour de moi et qui ne me connaissent pourtant pas, je veux continuer à vivre, même après ma mort ! Et c'est pourquoi je suis reconnaissante à Dieu de m'avoir donné à la naissance une possibilité de me développer et d'écrire, et donc d'exprimer tout ce qu'il y a en moi !"

Journal d'Anne Franck, Mercredi 5 Avril 1944 

31.3.23

Le journal d'Anne (2) : la beauté du monde comme remède

 "Alors, je ne pense pas à toute la détresse, mais à la beauté qui subsiste encore. C'est là que réside pour une grande part la différence entre Maman et moi. Le conseil qu'elle donne contre la mélancolie est : "Pense à toute la détresse du monde et estime-toi heureuse de ne pas la connaître."

Mon conseil à moi, c'est : "Sors, va dans les champs, dans la nature et au soleil, sors et essaie de retrouver le bonheur en toi ; pense à toute la beauté qui croît en toi et autour de toi et sois heureuse !"

Journal d'Anne Franck, Mardi 7 Mars 1944 

30.3.23

Le journal d'Anne (1) : fausse prémonition

C'est une sensation très étrange, pour quelqu'un dans mon genre, d'écrire un journal. Non seulement je n'ai jamais écrit, mais il me semble que plus tard, ni moi ni personne ne s'intéressera aux confidences d'une écolière de treize ans. 

Journal d'Anne Franck, samedi 20 juin 1942.

26.2.23

deuxième chance ?



 

Plusieurs fois, nous nous croisons dans la rue. A la japonaise, nos silhouettes se dépassent sans se toucher, sans se regarder, sans la moindre émotion extérieure qui se dégage, comme si rien ne se passait, comme si rien ne s’était jamais passé jamais. Je choisis à chaque fois la même technique d’évitement. Pourtant, à chaque fois, quelques secondes après, je regrette.
 Je regrette les jours heureux, l’intimité, les petits bonheurs, des échanges comme je n’avais jamais connus, féminins, culturels, gustatifs, naturels, simples, sophistiqués, intimes, complices, délicats. 

Je regrette la catastrophe, que je n’ai jamais comprise, que je n’ai jamais expliquée. 

Et cette fois encore, je me dis : pourquoi ne pas recommencer ; pourquoi ne pas laisser sa chance à l’oubli total, à la deuxième chance ? 

“If we had the chance to do it all again
Tell me, would we?
Could we? » 

Should we ?

Il me semble souvent que nous pourrions essayer. Ce qu’en penseraient les autres, pour tout dire, je m’en fous,  pour ce qu’ils comprenaient de notre drôle d’amitié ... En serais-je capable, moi qui ai tant besoin d’avoir confiance ? Je ne saurais le dire. Mais j’en ai souvent tellement envie. Souvent mais pas toujours. J’essaie de me convaincre qu’elle en est incapable. Mais qu’en sais-je , après tout ?


29.1.23

Mon journal de Hanouca : Jour 6.Amis

 


JOUR 6. AMIS

Huit journées, c’est l’idéal pour inviter ses amis à un allumage. Profiter de retrouver des amis juifs délaissés à l’heure d’un thé tardif, chanter et faire tourner les toupies. Echanger avec ses amis chrétiens autour de nos lumières couronnes de l’Avent et autres cierges. Même les athées aiment Hanouka, sa symbolique, et nous gratifient des illuminations de leur coutume régionale, comme les sacs huilés d’Alsace … 


17.1.23

Mon journal de Hanouca : Jour 5. Cadeaux



Entre deux cultures, ma fille, née le jour de Noël, ne s’est pas aperçue tout de suite que c’était une grosse arnaque que de naître un jour qui est destiné à bien d’autres agapes, car tout le monde s’en rappelle mais tout le monde s’en fout. Et de temps en temps, son anniversaire tombe aussi pendant Hanouca, et c’est le même problème. Parfois, comme cette année, on cumule les deux. Aussi, j’ai instauré une nouvelle coutume, celle des petits cadeaux hanoukiens quotidiens à thème annuel. C’est chaque année l’occasion de me creuser la tête avec délices pour trouver sujet et offrandes en rapport avec le sujet. L’année dernière, j’ai trouvé le fin du fin : exécuter de mes petites mains plutôt maladroites chaque cadeau, en trouvant des genres différents. Mon préféré, le bijou de sac libellule …


16.1.23

Mon journal de Hanouca : Jour 4. Hanoukias

Chaque Juif est attaché à une hanoukia qui est quelque part dans le monde. Certains ont la nostalgie de celle de leur enfance, perdue dans un déménagement, échappée lors d’un héritage, spoliée, que sais-je encore tout est possible … D’autres ont acheté la leur dans le souk de Jérusalem, au rayon souvenirs, et on ne sait pas toujours trouver les bougies qui vont avec. D’autres hanoukias sont plus précieuses, en argent, et on les astique toute l’année, si bien que l’on n’ose pas le moment venu les allumer de crainte de les salir et on se rabat sur celle du bazar yéroushalmite. Les plus prisées sont à l’huile d’olive, donc sépharades … comme la mienne, par exemple, qui vient de la boutique du musée d’Israël. Je la range précieusement pour avoir le plaisir de la redécouvrir chaque année, mais surtout pas à la cave, j’ai trop peur qu’elle soit volée. Hors format, j’ai mis longtemps à lui trouver une base, car l’huile, ça coule partout, avec moi une fiole ne durerait pas huit jours mais bien moitié moins. Je l’allume chaque soir avec une joie extrême, je savoure chaque jour , jusqu’à la dernière étincelle. Jusqu’à la pleine lumière du 8e jour, avec une once d’amertude pour la finitude qu’elle implique.


15.1.23

Mon journal de Hanouka : Jour 3. Talmud

Depuis maintenant plusieurs années, la coutume de mon cercle d’étude de Talmud est d’allumer la bougie du mardi de Hanouca chez moi. Un bonheur partagé de se retrouver, de célébrer ensemble, de chanter cette chanson à l’air désuet de Maoz Tsour qui me fait conjointement aimer ce moment et m’inquiéter que mes voisins croient que je suis dans une secte protestante … un bonheur simple qui compense le fait que nous allumerons ensuite la lumière, il faut bien étudier. Chaque année, pain d’épice, pain à la tomate et inarizuchis, sans quoi les invités seront déçus, agrémentés des offrandes des convives. Chaque année, de nouveaux invités, étudiants ou de passage. Chaque année aussi les présences de ceux qui ne sont plus, Sigrid qui bien que non talmudiste exigeait de présider la séance, et cette année les élégants, la terrible Daisy et le prince Charles, bien plus princier que son homonyme. Notre séance leur sera dédiée.




14.1.23

Mon journal de Hanouka : Jour 2.Beignets


Aujourd’hui pour l’allumage, j’ai acheté une autre sorte de beignets que ceux d’hier à la synagogue (des chichis comme sur la plage de mon enfance) : des merveilles. Le nom est aussi joli que le gâteau lui-même, une bande toute plate mais remplies de bulles de bonheur, croustillante et sucrée.

Il faudra demain des laktes, puis des donuts, des beignets arabes, des chouros, des beignets de courgettes, et le dernier, que faire ? Mais oui, des tempuras, je les demanderai en cadeau à Hatsuosan qui ne pourra rien me refuser en ce jour de Noël !


13.1.23

Mon journal de Hanouka : Jour 1.Ténèbres

 NB : mon journal de hanouka, initiative de Suzy Morgenstern pour son atelier à Maayane Or le 18 décembre, jour funeste de la finale du mondial de foot et accessoirement du premier jour de hanouka cette année


D’habitude, je suis chez moi le premier jour de Hanouca, et au moment de l’allumage, j’éteins toutes les lumières de la maison, tout est sombre autour de moi. Alors, j’allume le shemesh de ma lampe à huile marocaine , puis la première lumière. La lueur est minuscule, à peine mes yeux arrivent-ils à déchiffrer, plutôt par habitude, les mots de la prière. Et je reste ainsi, dans les ténèbres, jusqu’à l’extinction du shemesh, une trentaine de minutes. Ainsi est Hanouca, une minuscule lueur au milieu des ténèbres du monde. Mais je sais que cette lumière va croître au fil des jours, que ma prière sera de plus en plus claire au long de la semaine, que la lueur du premier jour deviendra illumination de ma fenêtre que les passants verront, et cette année, jusqu’au jour de Noël.


2.9.22

Os du crâne (5) : des odeurs

 " (...) et la pièce s'emplit brusquement d'un parfum inconnu, pareil à une averse printanière arrosant les feuilles de marjolaine et de thym blanc.

Béni soit l'odorat, car la mémoire olfactive l'emporte sur les autres. Maudite soit la langue qui ne dispose pas des qualificatifs requis. Les autres sens possèdent le bleu, le flou, le bon, le salé, la voix d'un ténor et le rugueux. Les odeurs n'ayant ni termes ni noms, comme la douleur, elles sont forcées de recourir à des mots d'emprunt, de se souvenir et de se comparer : à des souffrances et des senteurs antérieures, des mots désuets dont les sons mystérieux suscitent en moi une trompeuse impression d'exactitude. Je puise la myrrhe, le nard, la gomme adragante, le ladanum et surtout l'aloès, lesquels n'existent que pour me permettre de prédire l'avenir. Une définition pouvant palier l'absence de substantif, je me bornerai à dire que l'aloès est une plante aromatique citée dans la Bible. Par métaphore, il désigne l'odeur qu'exhalent les reins d'une grande jeune femme aux cheveux emmêlés, enlaçant un jeune garçon à qui elle a sauvé la vie et dont elle vient de raser la tête, pendant qu'elle se touche et l'enduit de sa substance.

Y a-t-il au monde une langue ayant un terme capable d'exprimer cela ? Si oui, je la fais mienne. S'il existe un peuple qui la parle, c'est le mien, son Dieu est mon Dieu, sa terre, la mienne. Mais la langue de mon peuple n'a pas de mots pour dire la mémoire, la folie, la bêtise (...)

Meïr Shalev, Fontanelle, ch.7 ed. Gallimard

1.9.22

Os du crâne (4) : du rasoir

 "Le rasoir me fascinait par sa légèreté, son efficacité, sa simplicité. Le gendre m'affirma qu'un couteau -un rasoir, sauf le respect que je lui dois, appartient à cette catégorie - fut le premier outil destiné à soutenir la main de l'homme. Il décréta aussi que décupler sa force était légitime pour pallier à la carence des lois naturelles, et il m'énuméra les différentes sortes de couteaux - ceux qui coupent, percent, rasent, fendent, tranchent, piquent, découpent. En l'écoutant parler, je déambulais dans ce petit champ de mots que je n'avais pas semé et qui poussait spontanément autour de moi. 

Meïr Shalev, Fontanelle, ch.3, p279, ed. Gallimard

31.8.22

Os du crâne (3) : vous avez dit Mais si ?

 "
Comme les autres Templiers, les Reinhardt s'étaient établis en Palestine pour accélérer l'avènement du Messie, m'expliqua Aharon qui connaissait personnellement plusieurs familles. Ils voulaient construire la Terre sainte et la ressusciter à notre place, "parce qu'ils se rendaient compte que l'on ne faisait rien pour la rédemption".

Le gendre esquissa l'un de ses rares sourires et ajouta que les Allemands n'avaient pas saisi un détail fondamental : nous, les juifs, sommes si heureux d'attenre la rédemption que nous ne sommes pas du tout pressés de l'accélérer.

"Et il y a encore une chose qu'ils n'ont pas comprise, c'est que le Messie n'est pas allemand comme eux persifla mon père. Il est juif, comme nous, et chez nous le temps n'est pas le temps, une heure ne signifie pas une heure. Alors les Allemands lui ont donné rendez-vous, ils ont débarqué ici et ils se sont mis à l'attendre mais ... le chofar n'a pas sonné, l'âne ne s'est pas réveillé ... bref, il n'est pas venu."

"

Meir Shalev, Fontanelle, ch.3, p231, ed. Gallimard

27.7.22

Os du crâne (2) : balisage

 "J'aime aussi le chemin des mots, ceux qui vous entortillent à force de séductions et de circonvolutions, se définissant comme ceci ou comme cela pour finir par vous induire en erreur ou pas, vous égarer au point de ne plus distinguer les associations réductrices des abîmes de la mémoire. Je m'y engage, un pot de peinture et un pinceau à la main, pour les baliser à l'intention de mes enfants, leur esquisser la topographie familiale apprise de mon père - avec ces citernes, ses ravins, ses coupoles secrètes, ses courbes de niveau espacées ou resserrées- afin qu'ils puissent reconnaître les dénivelés, et je sème de vastes champs de mots pour qu'ils s'y brûlent en hurlant. "

Meir SHALEV, Fontanelle, ch.1, Le voyage, p107, ed. Gallimard

26.7.22

Os du crâne (1) : avertissement au lecteur

Le lecteur avisé, comme celui qui ne l'est pas d'ailleurs, comprendra qu'il ne doit pas s'attendre à ce que je gaspille ma salive ni ma semence pour lui. 

Maintenant que tout est clair, je peux commencer mon histoire. Le lecteur qui se fourvoiera dans le sillon de ce que je m'apprête à creuser ferait bien de revenir en arrière, à ce chapitre précis, afin de s'y reconnaître, remettre les pendules à l'heure et retourner sur la bonne voie. S'il n'a pas envie de rebrousser chemin, il n'a qu'à me laisser tomber et prendre un autre livre, plus facile et plus palpitant. Peut-être même aurait-il intérêt à abandonner sa lecture pour câliner son amie. Et si d'aventure le lecteur était une lectrice, elle peut toujours délaisser mon livre et cajoler son homme.

Une question se pose toutefois : que fera le lecteur dont le lit est vide ? A celà je répondrai par une autre question : son lit est-il vraiment désert ou vide d'amour, comme le mien, même s'il le partage avec quelqu'un ?

Meïr SHALEV, Fontanelle, Prologue p27, ed. Gallimard

19.7.22

Aube de plage

 



Comme tous les matins, nous avons pris la voiture sitôt levés, et avons pris la première place disponible sur la Promenade des Anglais. 
A notre arrivée, un goéland était couché sur la plage et un cormoran chassait à deux mètres du rivage. La présence d’un tout petit cours d’eau et celle de petits poissons dès que j’eus mis la tête sous l’eau semblait expliquer cette présence bizarre. Le cormoran sauta sur les rochers brise-tempête et le goéland s’envola plus loin, rasant les galets. La mer était parfaitement lisse, et fraîche, et transparente. S’allonger et faire la planche c’était rentrer dans le parfait silence du matin. Puis, un curieux chassa le cormoran de ses rochers. Un grand échalas, entre Jésus-Christ superstar et sannyasin, explora longtemps les galets pour trouver sa place, puis pour se déshabiller, rentra dans l’eau en caleçon blanc et nagea longuement, s’arrêtant de temps en autre pour psalmodier des textes compréhensibles de lui seul. Un couple surgit du large : en sortant de l’eau, on put constater qu’elle avait vingt ans de plus que lui, qu’ils étaient amants, et qu’ils portaient la même technologie : maillot de compétition, pochettes aux contenants inconnus, chronomètre au poignet dont elle semblait contrariée à la lecture de sa performance ; ils sortirent se sécher et elle paraissait très grande et très masculine de dos. Peu à peu, les gens arrivaient et remplissaient l’espace libre, se rapprochant dangereusement de ma zone de confort ; le plus terrible est que l’on pouvait alors entendre leur conversation, qui rappelait que la moitié de la population a voté Rassemblement National et une autre France Insoumise. Il est temps de quitter les lieux. 


18.6.22

Tao

 "En poussant la porte de la maison pour la première fois, Sylvie pensa à l'affichette collée sur les murs de certains sanitaires : "Prière de laisser cet endroit dans l'état où vous voudriez le trouver en entrant." Un condensé du dogme taoïste du non-agir. "

Agnès DESARTHE, La chance de leur vie, p17

16.6.22

Meir Shalev :Le goût des lettres (2)

 " "A trouvé la mort", curieuse expression. En effet, c'est la mort qui découvre sa victime, pas le contraire. C'est le boulot de l'ange de la mort, non ? Retenir les coordonnées, les routes, s'orienter, atteindre son but, localiser l'endroit, enregistrer les adresses. Eh bien non, s'obstine l'hébreu. La mort nous poursuit toute notre vie. Elle traque, cherche, avance, mais c'est nous qui la trouvons. Voilà une langue qui sait et se rappelle ce que nous refusons de voir ou que nous avons oublié depuis belle lurette. "

Meir SHALEV, Un fusil, une vache, un arbre et une femme, ch. SEIZE

10.6.22

Meir Shalev :Le goût des lettres (1)

"Il sera bientôt là et on ne pourra plus se prélasser tous les deux nus au lit, déclara-t-il soudain. Nous serons trois, le père, la mère et le bébé, alors j'ai l'intention d'en profiter, tant que c'est encore possible, pour faire quelque chose d'important.

-Tout ce que tu veux, acquieçai-je, sachant qu'un petit discours de ce genre me réservait toujours des surprises. 

- J'aimerais que tu répètes l'alphabet après moi, parce que j'ai envie de voir ton visage quand tu épelles les lettres. Bon, allons-y, dis alef, beth, a, ba, daleth, da, di, do ... "
Il sauta le guimel et le het, sans grande importance, ainsi que le noun. "Il n'est pas beau et t'enlaidit" affirma-t-il. Arrivé au shin, pratiquement à la fin, il testa un mot et des syllabes : "Dis shalom, Shimshon, ashashit, dis shishim veshesh, trente-six, shalosh shloshim oushmoneh, trois heure trente huit. " Je m'exécutai docilement, mais il n'avait toujours pas l'air satisfait. Je l'interrompis : "Une seconde, Eitan, je sens que je vais éternuer, ani mit'atheshet.

- C'est ça ! s'écria-t-il. Le shin de mit'atheshet te rend merveilleusement belle et révèle ta vraie personnalité. A partir de maintenant, tu diras ani mit'atheshet le plus souvent possible !
(...)

Je voulais savoir :

"Pourquoi juste le shin de mit'atheshet et pas celui de mitlabeshet, par exemple ? Pourquoi aurai-je le droit d'éternuer et pas de m'habiller ?

- Place-toi devant le miroir. Regarde et écoute le shin de mitlabeshet, puis celui de mit'atheshet. Ils sont très différents, tu vois ? C'est à cause du th de mit'atheshet  qui a un son dur.
- Alors, c'est ça l'amour ? Eternuer à longueur de journée et ne jamais s'habiller ? "

Il se mit à rire.

"Contente-toi de le dire, tu n'as pas besoin de le faire. Ce qui est bien avec le langage, un mot peut être plus beau et plus vrai que ce qu'il désigne."

Je n'en revenais pas. Je n'avais jamais pensé qu'il pouvait avoir de pareilles idées.

"J'aime quand tu prononces le shin de mitlabeshet, parce que tes lèvres, tes dents et ta langue fusionnent de cette façon juste avec cette lettre dans ta bouche."

Meir SHALEV, Un fusil, une vache, un arbre et une femme, ch. SEIZE

5.6.22

De Pessah à Chavouot nouvelle édition : Psaume 050

 Français

1 Psaume d’Assaph. Le Dieu tout-puissant, l’Eternel parle; il adresse un appel à la terre, du soleil levant jusqu’à son couchant. 2 De Sion, ce centre de beauté, l’Eternel rayonne. 3 Il s’avance, notre Dieu, et ce n’est pas en silence: devant lui, un feu qui dévore, autour de lui gronde la tempête. 4 Il adresse son appel aux cieux d’en haut ainsi qu’à la terre, en vue de juger son peuple: 5 "Rassemblez-moi mes pieux serviteurs, qui ont sanctionné mon alliance par un sacrifice!" 6 Et les cieux proclament sa justice, car c’est Dieu qui est le juge. Sélah! 7 Ecoute, mon peuple, je veux parler; Israël, je veux t’adjurer solennellement: Je suis Dieu, ton Dieu! 8 Ce n’est pas pour tes sacrifices que je te reprends: tes holocaustes sont constamment sous mes yeux. 9 Je ne réclame pas de taureau de ta maison, ni des béliers de tes parcs. 10 Car à moi sont tous les fauves de la forêt, les bêtes qui peuplent par milliers les montagnes. 11 Je connais tous les oiseaux des hauteurs, tout ce qui se meut dans les champs est à ma portée. 12 Dussé-je avoir faim, je ne te le dirais pas, car l’univers, avec ce qu’il renferme, m’appartient. 13 Est-ce donc que je mange la chair des taureaux? Est-ce que je bois le sang des béliers? 14 En guise de sacrifice, offre à Dieu des actions de grâce, ainsi tu acquitteras tes vœux envers le Très-Haut. 15 Alors tu pourras m’appeler au jour de la détresse, je te tirerai du danger, et tu m’honoreras! 16 Quant au méchant, Dieu lui dit: "Qu’as-tu à proclamer mes statuts et à porter mon alliance sur tes lèvres? 17 Tu détestes pourtant la loi morale, et rejettes avec dédain mes paroles. 18 Vois-tu un voleur? Tu fais cause commune avec lui, tu t’associes avec des gens dissolus. 19 Tu donnes libre carrière à ta bouche pour le mal, et ta langue enfile des discours astucieux. 20 Tu t’installes pour déblatérer contre ton frère; sur le fils de ta mère tu jettes le déshonneur. 21 Voilà ce que tu fais, et je me tairais! T’imagines-tu que je puisse être comme toi? Je te reprendrai et te mettrai [mes griefs] sous les yeux." 22 Faites-y donc attention, vous qui oubliez Dieu, de peur que je ne sévisse, sans que personne puisse détourner mes coups. 23 Quiconque offre comme sacrifice des actions de grâce m’honore; quiconque dirige avec soin sa conduite, je le ferai jouir de l’aide divine.

Hébreu

א מִזְמוֹר, לְאָסָף:אֵל, אֱלֹהִים יְהוָה-- דִּבֶּר וַיִּקְרָא-אָרֶץ;מִמִּזְרַח-שֶׁמֶשׁ, עַד-מְבֹאוֹ. ב מִצִּיּוֹן מִכְלַל-יֹפִי-- אֱלֹהִים הוֹפִיעַ. ג יָבֹא אֱלֹהֵינוּ, וְאַל-יֶחֱרַשׁ:אֵשׁ-לְפָנָיו תֹּאכֵל; וּסְבִיבָיו, נִשְׂעֲרָה מְאֹד. ד יִקְרָא אֶל-הַשָּׁמַיִם מֵעָל; וְאֶל-הָאָרֶץ, לָדִין עַמּוֹ. ה אִסְפוּ-לִי חֲסִידָי-- כֹּרְתֵי בְרִיתִי עֲלֵי-זָבַח. ו וַיַּגִּידוּ שָׁמַיִם צִדְקוֹ: כִּי-אֱלֹהִים, שֹׁפֵט הוּא סֶלָה. ז שִׁמְעָה עַמִּי, וַאֲדַבֵּרָה-- יִשְׂרָאֵל, וְאָעִידָה בָּךְ:אֱלֹהִים אֱלֹהֶיךָ אָנֹכִי. ח לֹא עַל-זְבָחֶיךָ, אוֹכִיחֶךָ; וְעוֹלֹתֶיךָ לְנֶגְדִּי תָמִיד. ט לֹא-אֶקַּח מִבֵּיתְךָ פָר; מִמִּכְלְאֹתֶיךָ, עַתּוּדִים. י כִּי-לִי כָל-חַיְתוֹ-יָעַר; בְּהֵמוֹת, בְּהַרְרֵי-אָלֶף. יא יָדַעְתִּי, כָּל-עוֹף הָרִים; וְזִיז שָׂדַי, עִמָּדִי. יב אִם-אֶרְעַב, לֹא-אֹמַר לָךְ: כִּי-לִי תֵבֵל, וּמְלֹאָהּ. יג הַאוֹכַל, בְּשַׂר אַבִּירִים; וְדַם עַתּוּדִים אֶשְׁתֶּה. יד זְבַח לֵאלֹהִים תּוֹדָה; וְשַׁלֵּם לְעֶלְיוֹן נְדָרֶיךָ. טו וּקְרָאֵנִי, בְּיוֹם צָרָה; אֲחַלֶּצְךָ, וּתְכַבְּדֵנִי. טז וְלָרָשָׁע, אָמַר אֱלֹהִים, מַה-לְּךָ, לְסַפֵּר חֻקָּי; וַתִּשָּׂא בְרִיתִי עֲלֵי-פִיךָ. יז וְאַתָּה, שָׂנֵאתָ מוּסָר; וַתַּשְׁלֵךְ דְּבָרַי אַחֲרֶיךָ. יח אִם-רָאִיתָ גַנָּב, וַתִּרֶץ עִמּוֹ; וְעִם מְנָאֲפִים חֶלְקֶךָ. יט פִּיךָ, שָׁלַחְתָּ בְרָעָה; וּלְשׁוֹנְךָ, תַּצְמִיד מִרְמָה. כ תֵּשֵׁב, בְּאָחִיךָ תְדַבֵּר; בְּבֶן-אִמְּךָ, תִּתֶּן-דֹּפִי. כא אֵלֶּה עָשִׂיתָ, וְהֶחֱרַשְׁתִּי-- דִּמִּיתָ, הֱיוֹת-אֶהְיֶה כָמוֹךָ;אוֹכִיחֲךָ וְאֶעֶרְכָה לְעֵינֶיךָ. כב בִּינוּ-נָא זֹאת, שֹׁכְחֵי אֱלוֹהַּ: פֶּן-אֶטְרֹף, וְאֵין מַצִּיל. כג זֹבֵחַ תּוֹדָה, יְכַבְּדָנְנִי: וְשָׂם דֶּרֶךְ--אַרְאֶנּוּ, בְּיֵשַׁע אֱלֹהִים