"Petit à petit nos rapports s'amélioraient, et nous entonnâmes en chœur Surfin' USA avec les Beach Boys. Des phrases simples comme "Inside Outside USA", c'était agréable. "
MURAKAMI Haruki, Danse, danse, danse, ch.15
"Et, toi, il y a un garçon que tu aimes bien ?
-Non fit-elle. Mais il y en a plein que je déteste.
-Je te comprends fis-je.
- Je préfère écouter de la musique.
-Là aussi je te comprends.
- Tu comprends vraiment ? demanda Yuki en me regardant d'un œil méfiant, les yeux rétrécis.
- Je comprends vraiment. Tout le monde appelle ça la fuite, mais pourquoi pas ? Ma propre vie m'appartient, et ta propre vie t'appartient. Si tu sais avec certitude ce que tu veux, tu peux vivre comme ça te plaît. Les gens peuvent dire ce qu'ils veulent. Tous ces types peuvent bien mourir dévorés par les crocodiles. C'est ce que je pensais quand j'avais ton âge. Je pense toujours comme ça d'ailleurs. Peut-être parce que je n'ai pas grandi, humainement parlant. Ou peut-être que j'ai toujours eu raison. Je ne sais pas encore. Je n'arrive pas à trouver la réponse."
Je conduisais en sifflotant un air de Jimmy Gilmar entre mes dents. A gauche de la route s'étandait une plaine toute blanche. "Un petit coffe shop en bois, où l'expresso vous plaira...". Une bonne chanson ça, qui datait de 1964."
MURAKAMI Haruki, Danse, danse, danse, ch.15
"Autrefois, je ne réfléchissais pas sérieusement à ça. J'aimais tout ce que j'écoutais. J'étais jeune, j'avais le temps, et puis j'étais amoureux. N'importe quel truc sans intérêt, sans importance était prétexte à faire vibrer mon cœur. Tu comprends ?
-Un peu, fit Yuki
Je fredonnais un moment en accord avec Come go with me de Del Vikings, qui passait juste à ce moment."
"- Qu'est-ce que c'est que ça ? fit-elle.
C'était une cassette du bon vieux temps, que j'avais écoutée pour passer le temps en retournant la chercher à l'aéroport.
- J'aimerais bien écouter çà, fit-elle.
- Je ne sais pas si ça te plaira, ce sont de vieux tubes, fis-je.
Ca m'est égal, fit-elle. Ca fait dix jours que j'écoute la même chose.
Je mis la cassette dans l'appareil. Pour commencer Sam Cooke chanta Wonderful World. Une merveilleuse chanson. Sam Cooke, il était mort assassiné quand j'étais encore au collège."
MURAKAMI Haruki, Danse, danse, danse, ch.15
"Ensuite, Paul Mc Cartney et Michael Jackson chantèrent Say say say en duo. Il n'y avait pas beaucoup de circulation. En fait il n'y avait pratiquement pas de voitures. Les essuie-glaces, à leur vitesse maximum, chassaient les flocons de neige avec un bruit mouillé. Il faisait chaud dans la voiture, le rock-and-roll était agréable à écouter. Même Duran Duran rendait un son agréable."
MURAKAMI Haruki, Danse, danse, danse, ch.15
Les Rolling Stones chantèrent Going to a go-go.
- Je connais ce morceau, dis-je à Yuki. Les Miracles le chantaient autrefois. Smokey Robinson et les Miracles. Quand j'avais quinze ou seize ans.
-Ah ? fit-elle d'un ton dénué d'intérêt.
- Going to a go-go, me mis-je à chanter avec les Stones."
MURAKAMI Haruki, Danse,danse, danse, ch.15
"Elle sortit des cassettes de son sac à bandoulière, les mit dans le radio-cassette de la voiture, appuya sur le bouton. David Bowie chantait China Girl.
Puis Phil Collins. Starship. Tomas Dolby. Tom Petty and Heartbreakers. Hall and Oates. Thomson Twins. Iggy Pop. Banana Rahm. Le genre de musique qu'écoutent habituellement les teen-agers."
MURAKAMI Haruki, Danse,danse, danse, ch.15
"Quand j'eus fini mon journal, je sortis Le Bruit et la Fureur de Faulkner de mon sac. Si on lit les romans de Faulkner ou de Philip K. Dick quand on est fatigué nerveusement, on comprend très bien de quoi ça parle. Quand je suis dans un de ces moments je choisis invariablement un de ces deux auteurs. Je ne les lis jamais à d'autres moments. "
MURAKAMI Haruki, Danse,danse, danse, ch. 15
"A l'époque où j'avais son âge, je collectionnais les disques de rock. Des 45 tours. Hit the road Jack de Ray Charles, Travellin'Man de Ricky Nelson, All alone am I de Brenda Lee,
"
j'avais au moins une centaine de singles de ce genre. Je les écoutais tous les jours jusqu'à savoir les paroles par cœur. Ca peut paraître incroyable, mais aujourd'hui encore je me rappelle les paroles. Si j'essayais de chanter à nouveau ces tubes, leurs paroles absurdes me revenaient toutes seules."
MURAKAMI Haruki, Danse, danse, danse, ch. 15
Ce serait la devise de la semaine. Les chiens sont toujours aussi moches, mais plus petits. Les gens se dissimulent sous ce qu'ils peuvent, sauf les frimeurs qui brassent de l'air , et les véritables beautés ne sont que parodiées. Ne jamais perdre l'humour.
"En sortant de l'ascenseur, je fus accueilli par les sonorités de Moon River de Henri Mancini, diffusé par un haut-parleur dissimulé dans le plafond. Le monde de la réalité - un monde où je n'arrivais plus à être heureux, où je n'avais nulle part où aller."
MURAKAMI Haruki, Danse, danse, danse, ch. 11
"Tu as perdu beaucoup de choses jusqu'à présent. Beaucoup de choses importantes. Le problème n'est pas de savoir à qui la faute. Le problème, c'est que tu étais trop attaché à ces choses. Chaque fois que tu as perdu quelque chose, tu as laissé avec de petites parties de toi-même, qui y sont restées accrochées. Comme des marques. Et ça, tu n'aurais pas du le faire. Tu as abandonné même des choses que tu aurais dû garder, en même temps que celles que tu perdais. Et ça t'a usé petit à petit. Pourquoi as-tu fait ça ?
- Je ne sais pas.
-Peut-être qu'il n'y avait rien d'autre à faire. Le destin, peut-être ? Je ne trouve pas les mots juste pour le dire mais...
-Une tendance ? suggérai-je.
- Oui, oui, c'est ça. Une tendance. "
MURAKAMI Haruki, Danse, danse, danse, ch. 11